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> Rose-Marie Makino-Fayolle (Traducteur)

ISBN : 2742754911
Éditeur : Actes Sud (2005)


Note moyenne : 3.82/5 (sur 82 notes) Ajouter à mes livres
Résumé :
Un jeune muséographe vient d'entrer en fonction dans un manoir aux confins du monde. Sous la direction d'une vieille femme plutôt étrange, il devra recenser, agencer, mettre en scène une véritable collection d'objets, de reliques du quotidien, de vestiges d'une intimité... > voir plus
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Critiques, analyses et avis

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    • Livres 4.00/5
    Par EMOTION, le 14 mars 2012

    EMOTION
    Voici un roman qui nous entraîne dans le monde de la transmission. Un jeune garçon, muséographe, est choisi par une vieille dame légèrement acariâtre pour participer à la création de son "musée du silence". Ce musée s'élèvera à partir d'objets qui ont été subtilisés juste après leur mort à des personnes défuntes et qui les caractérisent au mieux selon l'intuition de la personne chargée de la quête de l'objet. C'est un récit du témoignage et de la mémoire où nous cotoyons en permanence la mort. Au fil des pages, nous nous sentons enfermés, nous et surtout le jeune homme, dans un huis clos angoissant et définitif. La" fille" de cette vieille dame jouera un rôle essentielle dans la vie du jeune homme, de même que le jardinier qui s'occupe du manoir. Chacun participera à l'élaboration du musée et finira par se désintégrer au sein de ce projet unique. Nous ne visiterons plus, après lecture de ce roman, ces institutions officielles de la culture sans chercher à découvrir leur âme, la puissance spirituelle que les objets leur octroient. D'autres personnages comme les prédicateurs du silence confèrent une aura de mystère à ces pages qui glissent parfois à la lisière du fantastique. Est ce par ailleurs un musée destiné à recevoir des visiteurs ou un lieu qui se nourrit de lui même et surtout de la disparition des êtres? Nous finissons par nous immerger dans ce manoir environné de ténèbres avec une telle intensité qu'il sera très malaisé de s'en échapper, et cela alors que des meurtres se produisent aux alentours. Merci Madame Ogawa...
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    • Livres 3.00/5
    Par bodi, le 02 janvier 2013

    bodi
    On entre dans cette histoire sans se rendre compte que l'auteur va nous conduire dans un cul de sac. L'atmosphère assez légère du début s'appesantit au fil des pages pour devenir de plus en plus lourde. La fin n'est pas de l'ordre du choix mais plutôt de l'inexorable, du « subi ». J'ai mieux compris le parallèle que font certains lecteurs et critiques entre Yôko Ogawa et Haruki Murakami (je pense à « La fin des temps », à « Chroniques de l'oiseau à ressort »): un style apparemment simple, des personnages qui paraissent isolés et qui pourtant ne sont pas seuls, des endroits mystérieux et irréels, du symbolisme et cette impression que l'homme n'est pas maître de son destin. On sort de ce livre, un peu morose, sans joie, mais avec beaucoup de questions… sans doute une qualité de ce livre !
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    • Livres 3.00/5
    Par Lune, le 03 juin 2008

    Lune
    Un simple objet peut-il résumer une vie? C'est ce que veut prouver ce "Musée du silence" dont on assiste à l'élaboration durant tout ce livre. Une vieille, très vieille dame acariâtre, étrange, colérique, physiquement répugnante tend à l'oeuvre unique de sa vie : montrer et dé/montrer la continuité dans un objet représentatif d'un être défunt (objets qu'elle dérobe à chaque mort depuis l'âge de 12 ans). Tout est "hors" monde dans ce roman, depuis le manoir où elle vit entourée d'un jardinier, d'une femme de ménage, d'une jeune fille éthérée qu'elle a adoptée, jusqu'au village et les faits qui s'y passent, jusqu'au monastère dont les moines "prédicateurs du silence" ont fait de celui-ci une ascèse évocatrice de l'inutilité des mots. Chargé de constituer ce lieu, un muséographe se joint à tout ce petit monde plus qu'étrange et sera happé au fur et à mesure au point de perdre son identité. La fin de ce livre est édifiante et évoque le phénix renaissant de ses cendres, continuité, disparition de l'ancien pour que le nouveau puisse être sans oublier ce qui fut. Livre où le morbide peut déranger - tout dépend de l'état d'esprit que l'on a au moment de sa lecture. Des destins se croisent et perdurent au-delà de la mort grâce à l'objet. Dorénavant, je regarderai différemment les musées en y pénétrant. Roman déstabilisant dont on ne perçoit pas très bien les répercussions en nous. Avis mitigé donc, tout en étant admirative face à l'imagination et le savoir faire (psychanalytique) de l'auteur.
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    • Livres 5.00/5
    Par Ameni, le 26 mai 2011

    Ameni
    Nouvelle claque pour le fan (grandissant) que je suis de Yoko Ogawa !
    Un univers différent, un même style époustouflant.
    Le musée du silence est un huis-clos sublime à l'histoire originale et poétique. Tout se déroule dans ce manoir et ses environs, où le narrateur, un muséographe, arrive et découvre en même temps que le lecteur cet univers si spécial et la mission (tout aussi étrange) qu'on lui a donné.
    Le huis-clos est amplifié par le fait que toute tentative de contact avec l'extérieur n'a aucun résultat. le narrateur écrit quelques lettres à son frère ou veut lui rendre visite, le lecteur n'en aura aucun écho retour. Lorsqu'on s'aventure hors de ce manoir, jusqu'au monastère par exemple, on tombe sur des moines ayant fait vœu de silence, et pour ce qui se passe au village on se heurte à la violence du monde extérieur (Meurtres, etc.. Je ne veux pas trop en dévoiler.) tout en restant dans les pas des habitants du manoir.
    Cet espace fermé et surtout cette mission si particulière de musée autour des objets des défunts crée une ambiance bien particulière (Certains pourraient dire morbide, mais le terme est bien trop péjoratif et restrictif). La mission va même plus loin puisqu'il faut aller collecter les objets des nouveaux défunts.
    On retrouve un thème qui semble cher à Yoko Ogawa ; La mémoire, le devoir de mémoire, les souvenirs, l'oubli... Collecter l'objet d'un défunt pour lui éviter l'oubli total.
    Un objet résumé d'une vie.
    Les personnages (Compliqués, attachants, angoissants, hypnotisants…), ce musée et tout ce dont il est dépositaire, cet univers à part fait de mémoire, de mort, de meurtres, de poésie, d'intimité, et évidemment ce style, tout est réuni pour un superbe roman. Pour tout dire, ma gorge s'est serrée quand j'ai vu que j'étais sur la dernière page. J'adore avoir cette sensation et pourtant j'avais délibérément pris mon temps pour bien "déguster" (Oui, oui, ça peut paraître pédant, mais un livre de cet auteur se déguste ! Et ouais !)

    Lien : http://blogameni.wordpress.com/2011/05/26/le-musee-du-silence-yoko-o..
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  • Par doven, le 27 avril 2011

    doven
    Livre majeur. Un des charmes, au sens fort du terme, de ce roman tient à ce qu'il fait partie de ces livres chez qui le narrateur est un personnage sinon effacé, du moins humble, du moins discret.
    « Je sus, même à travers les rideaux, que le soleil commençait à décliner. le vent avait dû se lever, car on entendait les arbres bruisser dans le lointain. L'air froid qui montait à mes pieds donnait encore plus d'épaisseur au silence.
    - Parlez-moi des règles de muséologie que vous avez assimilées.
    Son dentier avait failli se détacher, dans un nuage encore plus gros de postillons.
    - Oui
    J'avais compris qu'il était inutile de déployer de l'énergie à essayer de me montrer sous mon meilleur jour. » Page 18
    Alors, quelle est sa légitimité, car le paradoxe est patent, lui qui est devenu le maître de cérémonie auprès du monde extérieur, sa force ? Elle réside dans une sorte de patience, d'engagement neutre et endurant. Ceci vaut pour l'écriture elle-même, bien entendu, son rythme précis et posé de braises, rendant en sa respiration et crépitements comptés les pulsations intimes des lieux, de leurs habitants, des peines, des heures, du mat et du brillant. Tout participe à ce tissage calme, y compris la scène de l'attentat ou du piétinement, l'aiguille plonge et réapparaît sans heurts de la première à la dernière page.
    "La couleur des montagnes, le débit des ruisseaux, l'ombre de l'horloge de la mairie, le son des cloches du monastère, tout était sous la domination de l'hiver » page 247
    « le profil de la jeune fille s'apprêtait à plonger dans l'obscurité. » Page 241
    Ce personnage, qui nous révèle la dimension transcendantale de tout musée digne du nom, ressemble à d'autres narrateurs qui dans d'autres récits sont parfois à peine sur le bord de l'histoire, hors considération, ce qui ne lui ferme une aucune porte. Yôko Ogawa connaît à fond cette vérité ultra littéraire : celui qui compte le moins est celui à qui on tolère qu'il rende compte pour tous. Et comme si cela ne suffisait pas, sa conscience du monde est aussi rare qu'impressionnante et précieuse. Sans oublier ce que le lecteur apprend de l'art du coutelier, de ces moines voués au silence, de la muséographie.
    Et il faudrait encore parler du fil du roman, cette collection fanatique et légitime.
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Citations et extraits

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  • Par Irisa, le 08 juillet 2010

    A la réunion de décision des pièces à détruire, j'étais toujours silencieux et de mauvaise humeur. Je n'arrivais pas à me calmer, comme si j'avais été contraint de me retrouver dans un endroit où je ne me sentais pas à ma place.
    Les spécimens végétaux qu'il n'était plus possible de restaurer étaient passés à l'effilocheuse. Un socle de l'Acropole qui s'était fendu en cours de reproduction était réduit en morceaux à coups de marteau. Et pour la simple raison que c'était trop banal, le diorama sur la vie des abeilles était mis au feu.
    Et ils n'étaient pas inhumés avec autant de soin que des animaux de laboratoire sacrifiés à l'élaboration de nouveaux médicaments. Il n'y avait ni prières ni fleurs. Près d'un conservateur novice qui les détruisait mécaniquement l'un après l'autre, une autre jeune recrue inscrivait les données nécessaires dans un classeur. Pas pour garder une trace de ce qui disparaissait, plutôt pour vérifier, conformément aux statuts des musées, que la destruction avait été effectuée selon la manière prévue.
    Je me tenais un peu en retrait, seul à leur dire adieu, en suivant des yeux jusqu'au bout les éclats qui jaillissaient ou les cendres qui s'élevaient en tourbillonnant. Alors qu'ils auraient certainement pu devenir, dans n'importe quelle région reculée du monde, un fragment constitutif de ce monde.

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  • Par Irisa, le 08 juillet 2010

    ‒ C'est en manipulant, jour après jour, toutes sortes d'objets que je m'en suis rendu compte. Alors que ce devaient être des preuves de la vie des gens, je ne sais pourquoi j'ai l'impression qu'ils racontent ce qu'il est advenu de ces personnes dans le monde d'après la mort. Ce ne sont pas des boites qui renferment le passé, mais peut-être des miroirs qui reflètent le futur.
    ‒ Des miroirs ? Questionna-t-elle en sondant toujours l'espace.
    ‒ Oui, c'est ça. Quand j'ai le livre de ma mère entre les mains, je sens que l'univers de la mort, qui devrait être entouré d'un halo de frayeur, tient agréablement à l'intérieur de ma paume. Alors que je suis en train de tourner les pages, de deviner ce qui est écrit ou de sentir l'odeur du papier, toute peur finit pas disparaître. J'ai parfois même l'impression qu'il s'agit d'une vieille amie qui m'est chère. C'est pour cela que lorsque je suis en contact avec les objets je respire mieux, je me sens calme, et je m'endors plus facilement.
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  • Par EMOTION, le 13 mars 2012

    C'est la même chose pour les musées. Beaucoup de gens pensent que ce sont de simples entrepôts d'exposition. Jusqu'à tout récemment, je pensais moi aussi que c'était ça. Mais pour vous, c'est quelque chose de compliqué, qui s'étend à l'infini. Un musée a un univers cohérent de musée. Pourtant, la plupart des gens se contentent de flâner au hasard dans l'entrée. Seule une poignée d'entre eux sont capables de pénétrer vraiment dans l'univers qu'ils représentent.
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  • Par Irisa, le 08 juillet 2010

    De tous les endroits où je suis allée récolter des objets laissés par les défunts, aucun ne m'a fait une impression aussi forte que cet atelier. S'il faut l'expliquer avec des mots, je dirais qu'il s'agissait d'une baraque pratiquement en ruine, qui donnait une impression palpable de manace. Une menace qui poussait à faire un pas en arrière, prendre une inspiration et adresser une prière à Dieu avant d'entrer.
    En tout cas dans l'atelier, on ne voyait rien d'autre que des tableaux et du matériel de peinture. Vous me direz que c'est normal, mais il n'y avait pas de tasse de café, ni collyre, factures, photos encadrées, cigarettes, miettes de biscuits, rouge à lèvres... rien. Pas de consolation, de rappel du quotidien, rien pour se détendre.
    C'était un spectacle impressionnant, implacable, à donner le frisson. Un chevalet, des carnets de croquis et des toiles jonchaient le sol, plusieurs dizaines de pinceaux aux poils durcis étaient tombés, et de la peinture avait giclée partout, des murs jusqu'au plafond. Des tableaux de toutes tailles, étaient-ils terminés ou en cours de réalisation ? se pressaient sur des étagères dont ils tombaient en cascades pour s'empiler les uns sur les autres.
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  • Par Irisa, le 08 juillet 2010

    La seule chose que je remarquai parmi les cartes postales, les poupées ou les albums de photos de montagnes, c'étaient des petits bibelots de forme ovale décorés de toutes sortes de motifs. Avec un socle tarabiscoté, ils étaient accrochés à des rubans qui pendaient à la devanture.
    ‒ Ce sont des oeufs sculptés. Le dernier objet encore fabriqué au village. On aspire l'intérieur, on renforce la coquille avec un produit spécial, et on le travaille.
    L'un à côté de l'autre, nous avions approchés notre visage de la vitrine. Il y avait un atelier au fond de la boutique où, sur un établit couvert d'une poussière blanche apparemment issue des débris des coquilles, travaillait un ouvrier. Il y avait toutes sortes d'objets, de la clochette de table au sucrier, certains avec des pierres précieuses, dont les incrustations ressortaient à la lumière d'une lampe incandescente.
    ‒ Il y a eu une période de fortes chaleurs qui a fait que les poules ne pondaient plus. Mais le jour de l'éclipse annulaire, toutes les poules se sont mises à pondre des oeufs dorés. Les villageois, surpris, ont gardé précieusement les coquilles, les ont décorés et accrochées aux fenêtres, et la pluie a enfin sauvé le village... C'est une légende. Mais maintenant, on peut toujours le demander aux dieux, les grosses chaleurs ne viennent plus. Et en automne, il pleut à n'en plus finir.
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