> Rose-Marie Makino-Fayolle (Traducteur)

ISBN : 2742788298
Éditeur : Actes Sud (2009)


Note moyenne : 4.03/5 (sur 34 notes) Ajouter à mes livres
L'île où se déroule cette histoire est depuis toujours soumise à un étrange phénomène : les choses et les êtres semblent promis à une sorte d'effacement diaboliquement orchestré. Quand un matin les oiseaux disparaissent à jamais, la jeune narratrice de ce livre ne s'épa... > voir plus
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Critiques et avis

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    • Livres 4.00/5
    Par ivredelivres, le 11 août 2010

    ivredelivres
    Dans ce récit l'auteur touche au fantastique et à l'absurde avec un grand talent.
    Dans une île jamais nommée, les habitants ont pris l'habitude de voir disparaître les objets, petits ou gros, utiles ou décoratifs, objets de la vie de tous les jours.
    Un jour les rubans ne sont plus là, puis les bonbons, un matin les oiseaux sont absents et ne chantent plus, les fleurs perdent leurs pétales.
    Tout le monde ignore le pourquoi de ces disparitions et quand se produira la prochaine.
    Curieusement toute la population semble renoncer sans efforts à ces objets, les gens ne gardent aucun souvenir des choses disparues, ils n'en souffrent pas, simplement elles ne sont plus là et ils acceptent cette situation.
    On ne sait pas non plus qui décide et pourquoi. Un monde étrange est né sans mémoire, sans souvenir, sans émotion.
    La narratrice a une mère artiste, enfant elle ne comprenait pas que sa mère conserve pieusement au fond d'un tiroir un ticket du ferry disparu qui permettait de quitter l'île, un flacon de parfum, un bonbon à la limonade.
    L'enfant est devenue adulte et romancière. Elle soumet régulièrement ses manuscrits à son éditeur et écrit un roman mettant en scène une dactylo qui tape sur une machine dont les touches disparaissent progressivement, puis c'est la voix de la dactylo qui lui fait défaut, l'éditeur est très satisfait de son travail.
    La jeune femme n'est pas choquée de ce qui se passe autour d'elle, pourtant on murmure que parmi les habitants de l'île certains ont la malchance de conserver la mémoire ou ne se résignent pas à l'oubli. Ils sont alors poursuivis par les traqueurs, une milice toute puissante capable de détecter la persistance des souvenirs. Les arrestations se multiplient, les personnes montent dans des camions pour une destination inconnue, d'un jour à l'autre ils ne sont plus là, comme les objets ils sont portés disparus.
    Les disparitions s'accélèrent, la nourriture devient rare, on ne peut plus mesurer le temps car les calendriers disparaissent à leur tour, les livres et les bibliothèques sont anéantis, les mots vont-ils eux aussi disparaître ?
    Son éditeur est en danger car réfractaire à l'oubli programmé il garde en lui des souvenirs. Malgré les risques et avec l'aide d'un vieil homme, elle va le cacher dans un réduit de la maison "une caverne en plein ciel" protectrice certes mais qui isole cet homme du reste du monde. Elle a franchi le pas, elle est entrée en résistance.
    Ces trois personnages vont s'apporter assistance, amitié et affection malgré les risques, malgré la peur, ils ont décidés de ne plus obéir.
    Un roman d'une grande originalité, d'une grande justesse de ton. Yoko Ogawa avec des mots simples réussit à nous faire ressentir l'oppression, l'étouffement d'une société sous surveillance où règne l'arbitraire ; elle nous emporte dans un monde fantastique où l'oubli est la règle. Un roman profondément métaphorique et inquiétant tout en faisant la part belle à la poésie. Un vrai plaisir de lecture
    Je n'ai pu m'empêcher de penser à Anne Franck enfermée dans l'arrière maison mais aussi au film " Soleil vert " et à la scène superbe où un vieil homme interprété par Edward G Robinson revoit sur un écran un monde disparu, on lui projette une prairie heureuse pleine de fleurs où s'ébattent des chevaux, une rivière court sur l'écran, le bruit de la cascade est la dernière image pour l'homme qui va mourir.

    Lien : http://asautsetagambades.hautetfort.com/archive/2010/03/24/la-crista..
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    • Livres 4.00/5
    Par lostinbooks, le 21 septembre 2010

    lostinbooks
    La narratrice de ce dernier roman traduit de Yoko Ogawa (il a été publié au Japon en 1994), une jeune romancière dont nous ne connaîtrons pas le nom, fille d'une sculptrice et d'un ornithologue, vit sur une île soumise à de très étranges phénomènes : certains jours, à intervalles plus ou moins réguliers, des choses disparaissent. Au début, il s'agit seulement de "petites choses", presque insignifiantes, des bonbons à la limonade, des rubans, des grelots, puis des choses plus symboliques disparaissent à leur tour, purement et simplement, pour ne plus jamais revenir. Un jour, ce sont les oiseaux qui quittent l'île par milliers pour se perdre au delà des mers, un autre jour, ce sont les fleurs dont les pétales s'envolent, ne laissant plus que des tiges ou des arbustes desséchés. Pire encore, les habitants de l'île ne semblent pas s'en inquiéter outre mesure, car, avec les choses, leurs souvenirs et les émotions liés aux objets s'effacent également de leur mémoire, que Yoko Ogawa nomme très poétiquement "la cavité du coeur". Les traqueurs de souvenirs, organisés en milice, veillent à ce qu'aucun objet voué à disparaître ne subsiste. Et puis, ce sont les livres qui disparaissent et sont brûlés en place publique, tout comme les lieux qui les abritent.
    Certains résistent, dont R., l'éditeur de notre narratrice, qui se souvient et qui, ultime résistance, a précieusement conservé certains objets disparus. Afin d'éviter qu'il ne soit arrêté par les traqueurs de souvenirs, la narratrice décide de le cacher chez elle, dans une chambre secrète qu'elle a aménagée avec l'aide d'un grand-père, mari de son ancienne nounou. Parallèlement, et comme en écho aux évènements, elle poursuit la rédaction de son nouveau roman, effrayante histoire d'une dactylo, sous la coupe de son inquiétant professeur de dactylographie, qui perd inexorablement sa voix, après que sa machine ait, un à un, perdu ses caractères.
    Une nouvelle fois, j'ai été séduite par la plume de Yoko Ogawa. L'atmosphère angoissante est tempérée par l'exceptionnelle relation qui se crée entre les trois principaux protagonistes, empreintes de respect, de confiance, de compréhension et de partage, les sauvegardant de la folie totalitaire de ce monde dans lequel ils sont contraints de vivre.
    Un beau roman qui nous dévoile une nouvelle facette du talent de Yoko Ogawa : à l'univers intimiste, poétique et quotidien de "La Formule préférée du professeur" ou de "La Marche de Mina" ou encore "La petite pièce hexagonale", titres particulièrement aimés, elle ajoute un soupçon de fantastique (impossible par moments de ne pas penser à Ray Bradbury et "Fahrenheit 451"). J'ai même aussi parfois pensé à Stendhal et à sa "cristallisation", les objets disparus prenant une auréole de perfection qu'ils n'avaient pas du temps de leur existence.
    Comme toujours, la traduction de Rose-Marie Makino est excellente et la couverture du livre particulièrement évocatrice et soignée.

    Lien : http://perduedansleslivres.blogspot.com/2010/01/cristallisation-secr..
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    • Livres 2.00/5
    Par oops, le 04 juillet 2010

    oops
    Celle qui raconte, elle-même romancière, elle travaille sur un nouveau roman, mettant en scène une dactylo dont la voix disparaît.Elle vit sur une île d'où régulièrement, des objets, des émotions, des créatures s'effacent des mémoires de ses habitants ; Plus exactement, ils cessent d'avoir un sens pour les habitants, qui procèdent alors à leur destruction. Exit les oiseaux, les roses, le ferry, le parfum, les romans. Tous les habitants de l'île ne sont pas touchés par le phénomène. Certains à la mémoire récalcitrante conservent le souvenir des objets disparus et la police les traque sans relâche. Malgré un style d'écriture agréable, j'ai n'ai pas su apprécié tout le sens de ce roman.
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    • Livres 5.00/5
    Par kathel, le 25 août 2010

    kathel
    Sur l'île où vit la narratrice, jeune écrivain, d'étranges disparitions ont lieu depuis son enfance. Les timbres disparaissent, ou les grelots, ou les parfums, et passé le moment où chacun s'acquitte de la tâche de s'en débarrasser, plus aucun souvenir ne subsiste de ces objets, ni de leur utilité, ni de leur apparence. Habituée comme la plupart des habitants à ce phénomène, la jeune femme remarque pourtant que sa mère semble réagir un peu différemment des autres. Malheureusement sa mère meurt et elle se retrouve un peu plus solitaire dans ce monde étrange, où des rafles emmènent voisins ou amis. Parvenue à l'âge adulte, elle se lie d'amitié avec R, son éditeur.
    La nostalgie des choses oubliées ou disparues, c'est un thème qui convient tellement bien à Yoko Ogawa, qu'elle manie tellement bien, à sa manière discrète et précise, que j'en ai été subjuguée. Cette critique poétique et saisissante d'un régime totalitaire, avec ses décrets arbitraires, ses emprisonnements, ses disparitions, est particulièrement prenante. le lecteur espère que les habitants vont protester, réagir au lieu de laisser faire passivement. Les oiseaux disparaissent à leur tour, puis certains métiers, les romans disparaissent, perspective angoissante s'il en est, et d'autres privations sont même plus étranges encore. La narratrice étant écrivain nous offre un roman dans le roman, sur le thème de la disparition, bien sûr, c'est ce qu'elle connaît. le danger que court son ami R, l'éditeur, la fait passer dans le camp discret des rebelles…
    Tout dans ce livre m'a enchantée et je ne peux que souhaiter que vous puissiez le découvrir un jour aussi.

    Lien : http://lettres-expres.over-blog.com/article-yoko-ogawa-cristallisati..
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    • Livres 4.00/5
    Par Lune, le 12 avril 2011

    Lune
    Figée sur une seule idée : la disparition du genre humain, la police secrète se cristallise d'abord sur la disparition d'objets, de choses pour en arriver à celle de l'homme. La programmation de cette société totalitaire poussée dans un extrême kafkaïen vient remuer notre sang.
    Démunis de leurs souvenirs, avachis par la peur, les êtres effacent tout jusqu'à l'oubli total et s'adaptent à leur nouvelle mémoire. La tristesse profonde réside dans l'acceptation : perte du moi réel, abandon de la lutte.
    Quelques uns paieront de leur vie et/ou de leur liberté qu'on devine d'avance condamnée ce qu'ils tentent de conserver et de défendre, mais ils sont rares tant est pesante l'angoisse et l'épouvante.
    Ce livre, immense métaphore, nous entraîne dans les dérives mégalomanes que peuvent inventer l'homme et un régime dictatorial.
    Roman ? Certes. Fantasmes de science-fiction ? Certes. Mais on sait combien l'imagination humaine peut être créative dans le mal...
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Citations et extraits

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  • Par wictoria, le 06 février 2010

    Nous parlons de toutes sortes de choses en prenant le goûter. La plupart du temps il s'agit de souvenirs. De mon père, ma mère, ma nourrice, de l'observatoire ornithologique, de la sculpture, du lointain passé où l'on pouvait se rendre dans d'autres endroits avec le ferry... Mais nos souvenirs de jour en jour ne font que diminuer. Parce qu'ils sont emportés avec chaque disparition. Nous partageons le peu qui reste du goûter et nous répétons les mêmes histoires que nous laissons fondre lentement sur nos lèvres.
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  • Par ivredelivres, le 11 août 2010

    Mes souvenirs ne sont jamais détruits définitivement comme s’ils avaient été déracinés. Même s’ils ont l’air d’avoir disparu, il en reste des réminiscence quelque part. Comme des petites graines. Si la pluie vient à tomber dessus, elles germent à nouveau. Et en plus, même si les souvenirs ne sont plu là, il arrive que le cœur en garde quelque chose. Un tremblement, une larme
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  • Par kathel, le 25 août 2010

    J’étais assise sur le tabouret qui m’était réservé, et ma mère affûtait son ciseau ou polissait la pierre à la lime – elle était sculpteur – tout en parlant d’une voix tranquille.

    - Quand il se produit une disparition, pendant un certain temps, l’île s’agite. Les gens se regroupent ici ou là dans les rues pour parler des souvenirs relatifs à l’objet perdu. On regrette, on s’attriste, on se console l’un l’autre. Lorsqu’il s’agit de choses qui ont une forme, on se rassemble pour les brûler, les enterrer ou les laisser dériver au gré du courant. Mais cette petite agitation ne dure guère plus de deux ou trois jours. Chacun retrouve bientôt sa vie quotidienne telle qu’elle était avant. On n’arrive même plus à se souvenir de ce qu’on a perdu.
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  • Par Emma-saru, le 25 avril 2010

    Ruban, grelot, émeraude, timbre... Les mots dans la bouche de ma mère me faisaient tressaillir, comme les noms de petites filles étrangères ou de nouvelles espèces de plantes. En l’écoutant parler, j’étais heureuse d’imaginer l’époque où tous ces objets avaient leur place sur l’île. Mais c’était aussi difficile à imaginer. Les choses se blottissaient sur ma paume, sans bouger, comme de petits animaux en hibernation, et ne daignaient m’envoyer aucun signal.
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  • Par Ameni, le 06 mai 2011

    Quand j’ai sous les yeux des objets disparus, mon cœur s’agite énormément. Comme si quelque chose de dur et épineux était lancé soudain au milieu d’un paisible marais. Il se forme des rides, un tourbillon se crée au fond et la boue remonte. C’est pourquoi nous sommes bien obligés de brûler les objets, de les jeter à la rivière ou de les enterrer, afin de les éloigner le plus possible de nous.
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