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Samuel Millogo (Traducteur)Amadou Bissiri (Traducteur)
ISBN : 2742716602
Éditeur : Actes Sud (03/12/1998)

Note moyenne : 4.54/5 (sur 13 notes)
Résumé :

" Je commence pour croire que la chance est avec moi. Bientôt je vais gagner mon permis. Alors je peux marier bon mademoiselle qui vient de Lagos. Pas n'importe quelle mademoiselle de Lagos. Parce que des fois y en a qui vaut rien du tout. Mais Agnès c'est vraie fille avec ampoules 100 watts." Le ton est donné. Méné, le héros de ce roman, va pourtant être emporté loin de Doukana, petite ville du Biafra où, jeun... >Voir plus
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Critiques, Analyses & Avis (8) Voir plus Ajouter une critique
christianebrody
17 janvier 2012
Je te dis, la chose ça m'a embrouillé en pagaille. Comment tu vas combattre l'homme, tuer lui, et puis la personne va revenir encore? Si tu tues lui vingt fois, il va revenir vingt un fois. Si tu coupes son bras, son bras va sortir encore demain. Au nom de Dieu. Mais n'importe comment, nous on était là se battre et se battre. Avec fusil, sans fusil. Comme j'ai dit avant, de fois y a pas nourriture, de fois y a pas eau. Même tu dois uriner mettre dans bouteille pour de l'eau, et après un peu tu vas boire urine-là parce que y a pas de l' eau. Tufia! Ce que l'enfant de l'homme n'a pas vu, c'est Dieu qui connaît seulement »
Méné, jeune apprenti chauffeur, vit à Doukana loin du tumulte de Lagos. Petit village de pêcheurs et de planteurs, dépourvu d'infrastructures modernes, la vie s'écoule paisiblement. le quotidien se résume en réunions sur la place du village, des rassemblements décrétés par le chef Birani, un homme veule, corrompu, vivant du racket qu'il impose aux villageois. Les prêches alarmistes sur l'imminence de la fin du monde du pasteur Barika, un homme sans foi ni loi, inquiètent ces âmes simples et naïves. Gravitent autour de Méné, les anciens: Douzia » l‘infrime », Bom , Kolé un vieil homme discret, riche qui entretient ses deux amis, un homme dont le savoir et la mémoire sont respectés par tous. Il y a aussi Zaza, ancien « minitaire » auréolé de gloire qui, en son temps, a combattu Hitla; sa maman, une femme de caractère qui a pu lui payer ses études jusqu'au cours moyen puis son apprentissage et enfin, Agnès « sa jolie femme aux ampoules 100 watts » qui rêve d'un homme fort pour la protéger et quel meilleur moyen d'y parvenir, pour tous ces laissés- pour-compte, que de s'engager dans l'armée. Les rumeurs d'une guerre n'atteignent pas encore Doukana toute à sa joie de fêter une nouvelle ère « parce que ancien gouvernement a tombé et nouveau gouvernement de minitaires avec policiers a monté. Tout le monde disait que tout va aller bien à Doukana à cause de nouveau gouvernement-là. » Des nouvelles sur une exode citadine leur parviennent mais c'est l'augmentation du prix du sel et l'arrivée de camions de minitaires qui mettent le feu aux poudres. Dépassé par les évènements, songeant qu'aux retombées miraculeuses d'une telle opportunité, et contre l'avis de sa mère, Méné s'engage pour deux raisons: » Tout temps, tout temps, j'ėtais là penser sur ces deux choses-là. Premier: Zaza. Ce vaurien-là, tabataba-là qui est là promener dans Doukana faire grand bouche parce que il a fait guerre contre Hitla et qui est là insulter les jeunes comme moi-même que nous devons partir combattre. Deuxième: Agnès. Jolie fille. Très jolie fille quoi. Elle aime garçon fort qui va défendre lui si malheur vient. Bon d'accord. Je vais montrer Zaza que je suis pas wia wia comme lui. Je vais montrer Agnès-là que je suis pas un homme qui a peur. Je peux la défendre n'importe quand. Ah oui, je vais lui montrer bien bon. »
Méné, enfant-soldat, connaîtra l'enfer de la guerre sans jamais savoir exactement pour qui, pourquoi il se bat. Naïf, subtile dans ses raisonnements malgré la pauvreté de son éducation, un rêveur optimiste toujours prêt à aider son prochain, attaché aux valeurs familiales et sociales, il verra son monde volé en éclats, impuissant. L'absurdité de cette guerre qui oblige un peuple à s'entre-tuer afin qu'une poignée de gens puisse assouvir leur soif inextinguible du pouvoir et s'emparer des richesses du pays, lui ôtera tout; sa famille, son village, jusqu'à lui-même. Pendant deux ans, il voyagera au pays de la corruption, de la lâcheté morale, de la cupidité, de la mesquinerie, de la cruauté. La mort, la peur, l'humiliation, la torture, notions nouvelles pour cet ingénu dont le seul désir était d'aspirer à une meilleure existence lui révèleront la part monstrueuse qui sommeille en nous et dont la guerre est si friande. La faim, la soif, l'humidité, la prison, le manque de sommeil, la délation seront ses compagnons pendant le conflit. Désarmé devant l'horreur qui se joue devant lui, il assiste à la débâcle morale de son pays, au carnage que la violence laisse derrière elle, à l'hypocrisie doublée d'une incroyable inefficacité des organismes humanitaires. Victime innocente d'un combat dont les raisons lui échapperont toujours, aujourd'hui orphelin, le voici otage de croyances ancestrales. Apatride, fuyant la vindicte des villageois, il revient sur son odyssée: « Et j'étais là penser la façon je faisais mon malin avant de partir pour faire minitaire et prendre nom Pétit Minitaire. Mais maintenant si n'importe qui parle n'importe quoi sur affaire de guerre ou même de combat, je vais seulement courir, courir, courir,courir et courir. Crois-moi amicalement. »
Ecrit dans une langue hachée, « pourrie », SOZABOY parle aux noms de tous les enfants-soldats qu'ils soient d'Afrique, d'Asie ou d'ailleurs. Il rend compte avec acuité et fougue les destins de ces pauvres gens embringués dans la course folle du monde, une descente aux enfers qui les laissera toujours du mauvais côté de la barrière. C'est surtout la langue de Ken Saro-Wiwa, violente, passionnée et chaleureuse qui transporte le lecteur. Beaucoup s'y sont cassés les dents car elle est déroutante: grammaire hésitante, pauvreté du vocabulaire, conjugaison réduite à la simplicité. Patience et efforts récompenseront les plus têtus d'entre vous, c'est un livre superbe, envoutant et généreux. Ne pas passer à côté de l'introduction de William Boyd et des notes de l'auteur et des traducteurs qui ont dû s'arracher les cheveux pour restituer l'âme. A lire absolument pour la beauté du texte et pour tous les Méné du monde. Magistrale point-barre.
Lien : http://www.immobiletrips.com..
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bdelhausse
16 décembre 2014
★★★★★
★★★★★
Enorme. Enooooorme.
Que l'on prenne le livre par le destin de son auteur (assassiné), par le sujet (les enfants soldats) ou par le style (une sorte de pidgin English impressionnant), ce livre est juste énorme. Bien sûr, il faut un petit temps d'adaptation à cette langue revisitée, mais cela en vaut la peine.
J'ai longuement regretté de ne pas être capable de le lire en anglais. Mais je me suis consolé en me disant que la traduction était très bien ciselée. J'ai ensuite pleuré la disparition de l'auteur, tant ce Sozaboy augure de choses à venir, mais qui ne viendront jamais.
Il ne fait pas bon être un auteur engagé au Nigeria. Quel dommage.
Courez. Empressez-vous de lire ce livre. Il est rare et incommensurable. Il alterne le comique, les situations abracadabrantes, les affres de la guerre, son côté irréel mais si cruel... On rit, on pleure, on tremble. Et surtout, lisez-le en écoutant "Child in time" de Deep Purple, chanson sur les enfants soldats. Ecoutez les paroles. Soyez attentifs au livre. Et si vous n'êtes pas transpercés, bouleversés, je n'y comprends plus rien.
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Shan_Ze
13 mai 2013
★★★★★
★★★★★
Sozaboy. Sans doute pour soldier boy, en anglais pourri, traduit par pétit minitaire en français. Tout le roman est écrit en anglais pourri c'est-à-dire un mélange de pidgin, d'anglais dégradé idiomatique ainsi que d'emprunts aux langues nigérianes.
1967, au Nigéria, début de la guerre civile du Biafra. Méné raconte sa petite vie. Pour épater Agnès, « vraie fille avec ampoules 100 Watts » et ses camarades de Doukana, il s'engage dans l'armée même s'il ne comprend pas le pourquoi de cette guerre.
A travers le langage particulier de Méné, on découvre en fait un homme innocent et optimiste, qui n'aura bientôt plus que « sa maman et son Agnès » comme espoir. Il est difficile de rentrer dans l'histoire avec cette sorte de patois ; une certaine ressemblance avec le créole m'a aidée à m'accrocher à l'histoire. L'anglais pourri et l'innocence du narrateur donnent un style assez répétitif et comique à l'ensemble mais on s'attache à ce personnage un peu enfantin.
Une fois dedans, on ne ressort plus avant la dernière phrase avant de refermer doucement le livre. Une oeuvre bouleversante sur la guerre du Biafra servie par une écriture originale. Un véritable coup de bambou.
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zeropointu
10 septembre 2010
★★★★★
★★★★★
Au début, on est surpris, un peu dérouté. Bien que prévenu dans la préface écrite par d'Alain Mabanckou, le style « pourri » est assez étonnant. le narrateur (Méné au début, puis Pétit Minitaire) livre doucement et égraine les étapes qui vont constituer son périple. Enfant soldat, il sera comme beaucoup de jeunes ingénus, instrumentalisé dans une sale guerre (existe-t-il des guerres propres ?, celle de la Biafra au Nigéria, qu'on devinera, puisque l'auteur ne la nommera pas, préférant sans doute laisser champs libres au lecteur « africain », puisque l'Afrique fut le champs de plusieurs guerres ethniques.
Si un livre a souvent une destination universelle.................
Lien : http://djbeltounes.wordpress..
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paulevan
12 janvier 2016
C'est si proche du français que j'entends tous les jours - Magistrale traduction... Quand la langue est désordonnée, désaxée, désarticulée, le monde qu'elle traduit n'est pas loin de l'être à moins qu'elle ne recompose un autre monde à apprécier.
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Citations & extraits (1) Ajouter une citation
bdelhaussebdelhausse16 décembre 2014
Je commence pour croire que la chance est avec moi. Bientôt je vais gagner mon permis. Alors je peux marier bon mademoiselle qui vient de Lagos. Pas n'importe quelle mademoiselle de Lagos. Parce que des fois y en a qui vaut rien du tout. Mais Agnès c'est vraie fille avec ampoules 100 watts.
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