Voici venu le nouveau Blake et Mortimer, tome 21, sous la plume conjointe d'
André Juillard, pour les dessins et d'
Yves Sente, pour le scénario. Arrêtons-nous justement sur ce dernier mot, scénario, car
Yves Sente n'est pas
Jean van Hamme et le Serment des cinq lords pêche par absence de scénario, d'un scénario digne de Blake et Mortimer et du grand Edgar Pierre Jacob. Par ailleurs, le dessin de
Ted Benoit est beaucoup plus proche de ce que pouvait faire Jacob que celui, remarquable tout de même, d'
André Juillard.
Alors oui, l'histoire est sympa, un groupe de cinq lords se sont constitués en une société secrète afin de perpétuer le mythe de Lawrence d'Arabie, des lords qui détiennent un secret. Malheureusement, il semblerait que toutes ces cachoteries ne soient pas du goût de tout le monde car, petit à petit, comme sous l'effet d'une malédiction, les membres de cette société meurent les uns après les autres.
Le mystère, la mort, les enquêtes croisées de Blake et Mortimer qui finissent par converger rapidement, les références aux aventures précédentes, les décors de la campagne anglaise, tout y est, mais que cela manque cruellement de saveur. Un peu comme une recette réalisée depuis toujours par sa grand-mère et à la mort de cette dernière, quelqu'un tente la recette en la suivant à la lettre sans réussir pour autant le plat. E.P. Jacob savait faire vivre ses personnages, il avait la recette, mais ne la regardait plus depuis longtemps, il savait insuffler la magie à ses personnages, faire d'une simple recette, avec de simples ingrédients, des récits d'aventure et d'enquête sans pareille.
Mais un jour Jacob est mort en laissant un plat inachevé (Les trois formules du professeur Sato) et sa recette à la portée de tout le monde. Voilà comment Blake et Mortimer ont survécu à leur créateur. Mais la magie n'y est plus, sauf peut-être avec
Jean van Hamme et
Ted Benoit.
Oui, il fallait sans doute que Blake et Mortimer continuent de vivre encore aujourd'hui (quoique pour leur collègue Tintin, qui ne court plus le monde depuis plus de trente ans, ça ne se passe pas si mal), oui, les continuateurs de l'œuvre font de leur mieux pour se glisser dans les souliers de Jacob sans trop les déformer, oui, les derniers ouvrages sont à lire avec plaisir, mais ce n'est plus du Jacob.