Anna Wajimsky a six ans lorsqu'on l'arrache subitement à son bonheur émerveillé d'enfant. Que sait-on de la vie, des peines, des inquiétudes, des tourments, des appréhensions d'adulte à six ans ? Normalement, rien, dans une période de paix. Mais on est en 1939. Et à six ans, la petite a déjà connu l'exil, l'exode, la détresse, l'angoisse, l'épouvante. Partie de Lódz en Pologne pour ce que ses parents imaginaient une terre d'accueil, hospitalière et protectrice, la France ne sera qu'un répit trop court sur le chemin de croix de cette famille. A six ans, la petite Kätsele - comme la surnomme Ethel sa mère -, a été ôtée à l'amour des siens, cachée dans une famille de paysans français bourrus, bougons, butés, renfrognés, durs à la tâche où les sentiments et la sensiblerie n'ont pas leur place. Et puis, la Mère Poulou est une femme rustique, mutique, rude, presque sauvage qui n'a pas le temps de s'apitoyer sur les petits chagrins de sa pensionnaire d'infortune. Heureusement, il y a l'école pour Anna. Et à l'école, il y a Cécile Tournon, l'institutrice qui encourage, aide, soutient, réconforte, panse les petits et les grandes peines, protège aussi, quand cela s'avère nécessaire.
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