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Note moyenne 4.31 /5 (sur 371 notes)

Nationalité : Turquie
Né(e) à : Ankara, Turquie , le 02/03/1950
Biographie :

Né en 1950, Ahmet Altan est aujourd'hui l'un des écrivains les plus brillants de Turquie et a publié six romans et deux essais qui l'ont rendu célèbre et indépendant. "Comme une blessure de sabre", publié en 1998, s'est vendu à 150.000 exemplaires; et "Histoires dangereuses", publié en 1995, à 250.000 exemplaires.

En plus d'être romancier et essayiste, il est également rédacteur en chef du quotidien Taraf jusqu'au 15 juillet 2016 date de la tentative de coup d'état avortée en Turquie. Il fait partie de la vague d'arrestations, au lendemain de cette tentative de putsch, avec d'autres fonctionnaires, enseignants, militaires et journalistes.
Il est accusée d'avoir appelé au renversement du gouvernement et est condamné, arbitrairement, à perpétuité.
Il a été libéré le 14 avril 2021.
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Avec Laurent Gaudé, Julien Lapeyre de Cabanes & Timour Muhidine Lecture par Sophie Bourel Rencontre animée par Sophie Joubert Fazl, le jeune narrateur de ce livre, part faire des études de lettres loin de chez lui. Devenu boursier après le décès de son père, il loue une chambre dans une modeste pension, un lieu fané où se côtoient des êtres inoubliables à la gravité poétique, qui tentent de passer entre les mailles du filet d'une ville habitée de présences menaçantes. Au quotidien, Fazl gagne sa vie en tant que figurant dans une émission de télévision, et c'est en ces lieux de fictions qu'il remarque une femme voluptueuse, vif-argent, qui pourrait être sa mère. Parenthèse exaltante, Fazl tombe éperdument amoureux de cette Madame Hayat qui l'entraîne comme au-delà de lui-même. Pour celui qui se souvient que ce livre – charge politique et grand roman d'amour – a été écrit en prison, l'émotion est décuplée. En l'absence de l'auteur (remis en liberté après une longue détention mais dans l'incapacité de sortir de son pays), il sera évoqué par l'écrivain Laurent Gaudé, par son traducteur Julien Lapeyre de Cabanes et par son éditeur Timour Muhidine. La lecture d'extraits par Sophie Bourel complètera cette soirée de soutien et d'admiration pour son oeuvre. À lire – aux éd. Actes Sud : Ahmet Altan, Madame Hayat, Prix Femina étranger, Actes Sud, 2021 – Je ne reverrai plus le monde, coll. « Babel » , 2019.

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Citations et extraits (361) Voir plus Ajouter une citation
Cannetille   03 mai 2020
Je ne reverrai plus le monde : Textes de prison de Ahmet Altan
Je suis écrivain. Je ne suis ni là où je suis, ni là où je ne suis pas. Vous pouvez me jeter en prison, vous ne m’en­fermerez jamais. Car comme tous les écrivains, j’ai un pouvoir magique : je passe sans encombre les murailles.
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krzysvanco   13 janvier 2022
Je ne reverrai plus le monde : Textes de prison de Ahmet Altan
Pendant des mois je n’ai pas vu ni effleuré le moindre livre.

Interdiction de faire venir des livres « de l’extérieur ». Dans la prison il y avait bien une bibliothèque, mais elle était fermée.

J’ai grandi dans une maison pleine de livres. J’ai passé toute mon enfance parmi eux. Les livres étaient comme des fées au milieu d’une forêt qui me semblait oppressante, effrayante, et à cette forêt dont la nature profonde m’échappait, j’aimais mieux les charmes scintillants des fées, leur ravissant mystère et leurs sourires pleins de promesses.
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TerrainsVagues   17 mai 2020
Je ne reverrai plus le monde : Textes de prison de Ahmet Altan
J'ai soixante-huit ans.

Et si je ne crois pas en Dieu, l'idée de Dieu me fascine.

Nous vivons sur une planète où les vivants mangent les vivants. Les hommes ne se contentent pas de tuer d'autres créatures, ils s'assassinent aussi entre eux, constamment. Les montagnes crachent le feu, la terre s'ouvre, engloutit hommes et bêtes, les eaux se déchaînent, détruisent tout sur leur passage, des éclairs tombent du ciel.

Ici semble résider l'un des paradoxes les plus curieux du genre humain, capable de concevoir que la terre, ce lieux affreux, puisse être l'oeuvre d'une puissance "parfaitement bonne", et d'ainsi démontrer que les hommes sont dotés malgré la barbarie constitutive de leur existence, d'une imagination exagérément optimiste.

Ils croient qu'une "force" a créé tout cela, mais au lieu de s'en plaindre et de la détester, ils l'adulent, pleins de gratitude et de reconnaissance.

Aussi suis-je fasciné depuis ma jeunesse, par cette religion qui fait voir aux hommes une "bonté" à l'oeuvre derrière le spectacle des horreurs terrestres qu'ils constatent chaque jour.

Dieu, sublime métaphore.

Comme tant d'autres écrivains, j'aime à roder autour de cette métaphore prodigieuse. L'effort infini, le hasardeux désespoir dont font preuve les hommes lorsque, cherchant à "bonifier" leur nature, inquiète de sa propre barbarie, effrayée de sa propre malignité, ils imaginent ce "foyer de bonté" situé hors d'eux mêmes, voilà quelle pathétique recherche me semble résumer l'aventure humaine.
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GeraldineB   15 octobre 2021
Je ne reverrai plus le monde : Textes de prison de Ahmet Altan
Les combles de notre esprit grouillent d'un tas d'êtres que nous ignorons, inconnus, invisibles, ce sont eux qui viennent la nuit mettre sens dessus dessous tout ce que nous avons réussi à mettre en ordre dans la journée.

Ils se promènent tranquillement en nous, tellement à leur aise qu'on ne sait plus très bien si c'est nous, ou bien eux, le propriétaire des lieux.

De la baraque, en tous cas, nous ne sommes pas tout à fait maîtres, les rêves en sont la preuve.
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diablotin0   30 novembre 2021
Madame Hayat de Ahmet Altan
La vie ne sert à rien d'autre qu'à être vécue. La stupidité, c'est d'économiser sur l'existence, en repoussant les plaisirs au lendemain, comme les avares. Car la vie ne s'économise... Si tu ne la dépenses pas, elle le fera d'elle-même, et elle s'épuisera.
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Ahmet Altan
Omnibusse   02 octobre 2019
Ahmet Altan
Tout le monde sur cette terre a une histoire à raconter, pourvu qu'il ait quelqu'un pour l'écouter.
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bichonbichette   07 novembre 2021
Madame Hayat de Ahmet Altan
Mais on n’apprend pas grand-chose sur l’existence, dans les familles heureuses, je le sais à présent, c’est le malheur qui nous enseigne la vie. (p.31)
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Ahmet Altan
JOE5   22 février 2018
Ahmet Altan
Le romancier turc Ahmet Altan condamné à perpétuité



Marine Landrot Publié le 21/02/2018. Mis à jour le 21/02/2018 à 17h36.







L’écrivain, accusé d’avoir participé au putsch manqué du 15 juillet 2016, est incarcéré depuis septembre 2016. Même en prison, il n’a jamais lâché son combat pour la démocratie en Turquie.



La peine de perpétuité vient d’être prononcée contre lui. Ahmet Altan s’attendait au châtiment suprême. Comme s’y attend aussi Asli Erdogan, qui exerce le même métier, de plus en plus risqué en Turquie, d’écrivain et de journaliste libre de parole. Jointe à Francfort où elle vit pour l’instant en exil dans l’attente de son procès, elle se dit horrifiée : « Ahmet Altan est l’un des auteurs majeurs de mon pays. Il a vraiment façonné l’opinion depuis deux générations. J’ai un immense grand respect pour lui car ce n’est pas facile d’être un chroniqueur aussi fin et aussi courageux dans la Turquie d’aujourd’hui. Il a toujours été connu pour ses positions antimilitaristes, et voilà qu’on le jette en prison à vie, sous prétexte qu’il aurait participé au coup d’Etat ? C’est absurde et atroce. »



Incarcéré depuis septembre 2016 pour « tentative de renversement de la Grande Assemblée nationale turque », « tentative de renversement du gouvernement », « tentative de renversement de l’ordre constitutionnel », Ahmet Altan a toujours refusé de plier. Au bout d’un an de détention, depuis sa prison, il a réussi à faire passer sous le manteau une lettre magnifique publiée dans Le Monde, où il jurait que son esprit serait pour toujours une forteresse inatteignable : « Attendez et écoutez ce que j’ai à vous dire avant de battre les tambours de la miséricorde. Oui, je suis détenu dans une prison de haute sécurité au beau milieu d’un no man’s land. Oui, je demeure dans une cellule où la lourde porte de fer fait un bruit d’enfer en s’ouvrant et en se refermant. Oui, ils me donnent mes repas à travers un trou au milieu de la porte. Oui, même le haut de la petite cour pavée où je fais quelques pas dans la journée est recouvert de grilles en acier. Tout cela est vrai, mais ce n’est pas toute la vérité. Les beaux matins d’été quand les premiers rayons du soleil viennent traverser la fenêtre, j’entends les chansons enjouées des oiseaux qui ont niché sous les combles de la cour, mais aussi le son étrange qui sort des bouteilles d’eau vides en plastique qu’écrasent les prisonniers. Je vis avec le sentiment que je réside encore dans ce pavillon avec un grand jardin où j’ai passé mon enfance ou alors, pour une raison bizarre et que je ne m’explique pas, dans ces hôtels français situés dans des quartiers animés. Quand je me réveille avec la pluie d’automne qui frappe à la fenêtre, je commence la journée sur les rives du Danube, dans un hôtel avec des torches enflammées qu’on allume tous les soirs. Quand je me réveille avec le murmure de la neige s’empilant de l’autre côté de la fenêtre, en hiver, je commence la journée dans cette datcha aux énormes vitres où le docteur ­Jivago avait trouvé refuge. Jusqu’à présent, je ne me suis jamais réveillé en prison – pas une seule fois. »

La dissidence, de père en fils



La résistance est une affaire de famille chez les Altan. Son frère Mehmet, grand économiste et animateur d’une émission de télévision, n’est pas connu pour sa soumission au pouvoir, et vient d’écoper de la même condamnation, après avoir affirmé au procureur : « On peut voir toutes les maladies du corps à l’examen d’une seule goutte de sang. » Quant à leur père, le romancier Cetin Altan, mort en 2015, il a été poursuivi plus de trois cents fois en justice pour diffamation contre l’Etat, en l’espace de quarante ans.



A chaque fois qu’il a dénoncé une tare de son pays, Ahmet Altan l’a fait en écrivain avant tout. Ainsi, dans un article publié en 2009, il choisissait de se référer aux contes traditionnels turcs, pour évoquer de manière très codée l’absence d’évolution de la situation kurde. Pour bien comprendre l’allusion, il faut savoir que les contes pour les enfants, en turc, commencent par des « randonnées », sortes de comptines remplaçant notre « Il était une fois » : « Un mot de randonnée, dit : “Je suis allé un peu, je suis allé beaucoup. J’ai traversé plaines et prairies, coupé tulipes et jacinthes, aplati rivières et montagnes. J’ai bu de l’eau fraîche, j’ai marché six mois et un automne. Je me suis retourné, j’ai regardé, et j’ai vu que je n’avais avancé que de la taille d’un grain d’orge” », écrit Ahmet Altan, la taille d’un grain d’orge mesurant ici l’avancée de la question taboue en Turquie.



Son roman L’Amour au temps des révoltes (éd. Actes Sud) s’ouvre au lendemain d’un suicide raté, preuve que, pour lui, la soumission par la mort n’est jamais une solution. Comment ne pas lire aujourd’hui entre les lignes de cette saga romanesque sur l’emprise du pouvoir et de la religion, dans le début du XXe siècle ? Tout comme dans le roman qui précédait, Comme une blessure de sabre, (éd. Actes Sud) hymne à l’amour et à la transgression des interdits, dans l’Empire ottoman finissant ?



“Aujourd'hui, je ne vois aucune issue pour la Turquie, à part la guerre civile”



Lors de son procès, Ahmet Altan a fermement proclamé son espérance que la Turquie s’éveille de ce cauchemar : « Le système judiciaire a été contaminé par la lèpre et défiguré par des plaies purulentes. Je suis bien conscient du fait que nous vivons une époque de honte et de tyrannie dans laquelle les personnes relâchées par le tribunal sont arrêtées à nouveau en quittant la salle d’audience, que je suis à la fois témoin et accusé de cette tyrannie qui a tenté de massacrer la loi aux mains des hommes de loi. Mais je crois au proverbe latin selon lequel la loi dort parfois, mais ne meurt jamais. Je sais que l’Etat de droit qui a été fusillé, blessé et qui gît inconscient dans son sang, guérira éventuellement et reviendra à lui. »



http://www.telerama.fr/livre/le-romancier-turc-ahmet-altan-condamne-a-perpetuite,n5494402.php
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krzysvanco   13 janvier 2022
Je ne reverrai plus le monde : Textes de prison de Ahmet Altan
J’ai allumé une cigarette. Rouge brasillement dans le noir de la cellule.

J’y voyais mon existence, ultime lueur sur le point d’être engloutie dans les ténèbres, comme dans la tempête un vieux navire, la coque eventree, poulies grinçantes, voiles déchirées, les mâts qui vacillent, verse à l’abîme sous les vagues furieuses.

Je regardais ma vie sombrer dans l’ombre. La cigarette en rougeoyant se consumait, comme s’éloigne la lueur d’un phare.
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Ahmet Altan
armand7000   12 septembre 2019
Ahmet Altan
Je me suis réveillé.

On sonnait à la porte.

J'ai jeté un œil au réveil électronique à côté de moi... "5:42", les chiffres clignotaient.

"La police", me suis-je dit.

Comme tous les opposants de ce pays, chaque soir je m'endormais imaginant qu'à l'aube, on frapperait à ma porte.

Je savais qu'ils viendraient.

Ils sont venus. »
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