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Julien Lapeyre de Cabanes (Traducteur)
EAN : 9782330153755
224 pages
Éditeur : Actes Sud (01/09/2021)
4.47/5   141 notes
Résumé :
Ahmet Altan est romancier, essayiste et journaliste, il était aussi rédacteur en chef du quotidien «Taraf» jusqu’au 15 juillet 2016. À cette date, la Turquie s’en?amme, des milliers de personnes descendent dans la rue à Istanbul et à Ankara suite à une tentative de putsch. Le lendemain commence une vague d’arrestations parmi les fonctionnaires, les enseignants, l’armée et les journalistes. Ahmet Altan fait partie de ceux-là, il sera condamné à perpétuité, accusé d’a... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (44) Voir plus Ajouter une critique
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Cannetille
  03 mai 2020
L'écrivain et journaliste turc Ahmet Altan a été emprisonné lors de la vague d'arrestations consécutives à la tentative de putsch de 2016 en Turquie. Ses caractéristiques : il est célèbre et, favorable à l'opposition, s'est exprimé dans le passé contre le gouvernement en place. Aujourd'hui âgé de soixante-neuf ans, condamné à perpétuité sans motif connu ni procès digne de ce nom, il a écrit ce livre du fond de sa cellule.

Voici une lecture qui laisse abasourdi et sans voix, horrifié de cette flagrante et révoltante atteinte aux droits de l'homme, mais tout autant étonné de la force de cet auteur, de taille à résister à l'anéantissement et, toujours, à faire entendre une voix que tout contribue à faire taire. Digne et douloureux, ce texte est un véritable pied-de-nez à l'oppression, la démonstration du pouvoir des mots, capables de traverser les murailles et de donner son vrai sens à la liberté.

Etonnamment légère et facile à lire, l'écriture est magnifique : éclairée, cultivée, profonde et élégante, elle impressionne par la sagesse et la qualité de ses réflexions, elle émeut par son humour et sa poésie, et elle vous plonge dans un profond respect tant pour l'auteur que pour son oeuvre. Ce témoignage d'une injustice et d'une expérience d'enfermement que le lecteur ressentira presque physiquement, est aussi un essai philosophique et un formidable hommage à la littérature, à la force des rêves et à l'indomptabilité de l'esprit. Tant qu'il y aura des livres, la pensée et les émotions seront toujours libres de voyager. Au-delà du coup de coeur.

Lien : https://leslecturesdecanneti..
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TerrainsVagues
  23 mai 2020
Il est des pays où dire ce qu'on pense n'est pas la meilleure idée qu'on puisse avoir pour couler des jours « mal » heureux. La Turquie fait partie de ces nombreux endroits où la parole est en liberté conditionnelle, où le mot est sous surveillance, le verbe épié, disséqué, condamné.
Ahmet Altan, écrivain et journaliste Turc a été emprisonné et condamné à perpétuité quelques jours après la tentative de putsch contre Erdogan en 2016. La raison invoquée ? Avoir critiqué le gouvernement dans une émission de télé la veille et ainsi, selon Erdogan, avoir appelé à la révolte. En gros pour le pouvoir, il fait partie des instigateurs du coup d'état manqué.
Je ne reverrai plus le monde, ce sont des textes écrits en prison qui ont été sortis feuille après feuille par ses avocats.
Alors que je m'attendais à une charge sur la politique Turque, le nationalisme, la religion ou la liberté d'expression, alors que j'espérais, pour l'auteur, voir que les conditions d'emprisonnement avaient changées depuis Midnight Express (du fabuleux Alan Parker sur un scénario du non moins génial Oliver Stone), alors que… je sais qu'il ne faut jamais faire l'histoire avant d'avoir ouvert un livre, j'ai été surpris. Surpris par le ton du bouquin qui prend toutes mes attentes à contre pied de la plus belle manière qui soit.
« J'écris ces lignes depuis ma cellule. Mais je ne suis pas en prison. Je suis écrivain. Vous pouvez m'emprisonner mais vous ne pouvez pas me garder ici. Comme tous les écrivains, je suis magicien. Je peux traverser vos murs sans mal. »
Tout est dit, Ahmet Altan a choisi de nous dire le chemin qu'il a pris pour vivre sa détention arbitraire. Comment résister et ne pas se montrer abattu aux yeux de « l'ennemi », ne jamais lui donner l'espoir de son renoncement. Un moment de rêve, de méditation, un instant de poésie, furtif, fugitif et voila l'auteur de l'autre coté du mur.
Rien d'extraordinaire dans ces instantanés, rien de révolutionnaire dans ces petits textes et ces tranches de vie mais pourtant, assemblés les uns avec les autres, tous ensembles, quel grand livre.
Il m'est tout de suite venu un texte, une chanson après cette lecture, une des plus belles (lui qui n'a fait que des plus belles) de Daniel Balavoine à mon avis :
https://www.youtube.com/watch?v=DpY1kQiKHmA
Sous la torture
Derrière les murs
Les yeux remplis d'effroi
L'homme aux voeux purs
Souffre et endure
Les coups sourds de la loi
Noyés par les bulles rouges
Ses mots muets
S'élèvent et s'écrasent sur la paroi
L'écrivain plie mais ne rompt pas
Ressent une étrange douleur dans les doigts
Délire en balbutiant qui vivra vaincra
Dans la cellule du poète
Quand le geôlier vient près de lui
Quand plus personne ne s'inquiète
L'homme que l'on croyait endormi
Frappe avec sa tête
A court d'idées
Ils t'ont coupé
Et ta langue et les doigts
Pour t'empêcher
De t'exprimer
Mais ils ne savent pas
Qu'on ne se bat pas
Contre les hommes
Qui peuvent tout surtout pour ce qu'ils croient
Et l'homme infirme retrouve sa voix
Défie le monde en descendant de sa croix
Et sort la liberté de l'anonymat
Dans la cellule du poète
Quand le geôlier vient près de lui
Quand plus personne ne s'inquiète
L'homme que l'on croyait endormi
Frappe avec sa tête
Frappe avec ta tête...
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Unhomosapiens
  01 septembre 2020
C'est toujours très difficile de lire un livre d'un auteur Turc. Que ce soient Ohran Pamuk, Hakan Gunday, Asli Erdogan ou Ahmet Altan, les seuls que j'ai lus jusqu'à présent, on n'en ressort jamais indemne. Tant la réalité qu'ils décrivent est effrayante. J'aime beaucoup ce pays. Je l'ai traversé de la frontière Arménienne aux rives de la mer Egée, de Antioche à Istanbul, en passant par le grand centre Soufi de Konya, à la découverte de sites incomparables, où toutes les civilisations se sont croisées, et d'une population extrêmement chaleureuse et accueillante. Mais jamais le voyageur, jamais, ne se douterait des effroyables exactions qui se déroulent dans ce pays. Depuis le putch raté de 2016, Erdogan est devenu complètement paranoïaque, voire psychopathe. Ces « Textes de prison » remettent les pendules à l'heure. L'auteur y décrit son arrestation, complètement arbitraire, basée sur la délation. Puis son incarcération et la vie en cellule à laquelle il s'efforce de s'habituer. Cette mascarade, cette parodie de justice à laquelle lui et ses compagnons de cellules sont soumis lors du procès est à peine croyable. Idem pour son passage à l'hôpital. On assiste à sa « voix intérieure », pour ne pas sombrer dans la folie. S'émerveillant ici de pouvoir lire Tolstoï, se réjouissant là de recevoir avec parcimonie, quelques nouvelles de ses proches… Les chapitres sont courts, reflets de pensées personnelles ou simples descriptions de situations vécues dans la trivialité de la promiscuité que l'on peut imaginer.
Il faut lire ce livre, déjà par respect pour son auteur, puis pour se dire que nous avons la chance de vivre dans un pays où, pour le moment, on jouit d'une liberté incomparable. Même s'il faut toujours être à l'affût.
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JIEMDE
  13 octobre 2019
Sans l'insistante recommandation de ma libraire favorite, je n'aurais probablement pas acquis et lu Je ne reverrai plus le monde de Ahmet Altan, traduit par Julien Lapeyre de Cabanes. Et ça aurait été bien dommage.
Du fond de sa geôle turque, feuillet après feuillet, Ahmet Altan a fait sortir ce témoignage incroyable sur une justice du XXI siècle aux relents arbitraires dignes du Moyen Âge. Journaliste et romancier, Altan est incarcéré à perpétuité pour complotisme et tentative de putsch. Loin d'être abattu ou résigné, il choisit la lutte par l'acceptation, l'évasion par le rêve, la survie par la poésie, le salut par l'écriture. Il choisit d'être un écrivain avant d'être un prisonnier, c'est-à-dire « d'être ni là où je suis, ni là où je ne suis pas ».
C'est beau, c'est fort, c'est marquant. Témoignage de politique internationale, essai philosophique, tranches de poésie, fulgurances littéraires… Les angles ne manquent pas pour apprécier ce livre, procurant pour ses futurs lecteurs autant d'occasions de s'y plonger sans tarder.
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BandiFuyons
  28 août 2019
Peut-être les avocats sont-ils quelques fois attachants quand eux-mêmes détournent les règles.
Feuillet après feuillet, mêlé entre les écrits de procédure, les conclusions et les documents de défense de ses avocats, Ahmet Altan a fait sortir son livre de prison. Par pièces détachées, avant qu'elles ne soient rassemblées au dehors.
Ce livre est d'abord un livre traduit. Il n'a pas été publié en Turquie. Et la traduction française par Julien Lapeyre de Cabanes est excellente.
Ahmet Altan s'est fait arrêter dans la vague de répression arbitraire qui a suivi le coup d'état manqué en Turquie en juillet 2016.
Ce n'est pas un livre sur la politique (c'est un texte politique, un texte engagé et entier mais il ne traite pas des rouages politiques en tant que tels). C'est un livre sur la prison. Sur l'enfermement, sur la force de l'esprit et l'importance de la littérature. C'est un livre qui parle de Toltsoï et de la "poignée de ciel" aperçue entre les barreaux. La mélancolie d'un baiser qu'on ne peut plus donner.
C'est avant tout très beau.
Sur la création, sur la capacité à inventer, à utiliser les profondeurs de son cerveau, il dit cette phrase magnifique :
"Me jeter en prison était dans vos cordes ; mais aucune de vos cordes ne sera jamais assez puissante pour m'y retenir.
Je suis écrivain.
Je ne suis ni là où je suis, ni là où je ne suis pas."
C'est d'une grande force, celle qui amène à la sérénité parfois. Poétique souvent, drôle puisqu'il s'agit de survivre.
La poésie d'abord dans les discussions avec les autres détenus au dessus des murs, sans voir les visages :
"Selman : 'Les oiseaux sont de retour'.
La voix : 'Oui, en ce moment je nourris une perruche... Elle est née dans la prison, puis sa mère est morte. Depuis, c'est moi qui l'élève..."
Selman : "Je ne l'ai encore jamais vue voler, votre perruche... J'ai pas eu cette chance, faut croire...'
La voix : 'Elle ne vole pas'. Puis, avec la tendresse d'un père qui s'inquiète pour son fils : 'Elle a peur du ciel...' ".
L'humour ensuite, quand une femme médecin liée à la prison lui demande "de baisser son pantalon" et qu'il pense d'instinct "vous d'abord", c'est une réplique pour continuer d'exister.
Ce livre découpé en courts chapitres est l'une des publications les plus belles de cette année.
Texte lu et débattu à l'Intime Festival de Namur.

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critiques presse (3)
Actualitte   18 septembre 2019
L’écrivain et journaliste turc Ahmet Altan, victime des purges de 2016 qui ont suivi le putsch manqué en Turquie, explique depuis sa geôle comment les mots peuvent aider malgré tout à sauter par-dessus les murs. Un texte magnifique, empreint de douleur mais aussi d’humour et de tendresse.
Lire la critique sur le site : Actualitte
LaCroix   13 septembre 2019
En explorant sa condition de prisonnier, l’écrivain et journaliste turc, arrêté après le putsch manqué de juillet 2016, accède au sens profond de la liberté humaine.
Lire la critique sur le site : LaCroix
LeMonde   10 septembre 2019
Le journaliste et écrivain turc, sous les barreaux depuis septembre 2016, sait nous faire éprouver physiquement la détention sans raison ni justice qu’il subit tous les jours.
Lire la critique sur le site : LeMonde
Citations et extraits (151) Voir plus Ajouter une citation
lafilledepassagelafilledepassage   29 novembre 2021
À force d’aimer on s’habitue à l’amour.
Or, pour comprendre l’immensité de l’amour que cette habitude recouvre, il faut parfois en avoir été brutalement sevré.
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lafilledepassagelafilledepassage   25 novembre 2021
Avec Selman, mon jeune camarade de cellule, nous arrive-t-il de nous lier d’amitié avec ces voisins que nous n’avons jamais vus.
Le sujet de nos discussion importe peu.
Ce qui compte, c’est de savoir qu’il existe des gens en dehors de ta cellule, d’affirmer ta propre existence en t’adressant à eux.
Pour nous, le « monde », ce sont ces cours voisines que nous rejoignons par la voix, et en criant, c’est « avec le monde » que nous communiquons.
Un jour de printemps, Selman discutait avec la « voix » de la cour d’à côté.
Selman : les oiseaux sont de retour.
La voix : oui, en ce moment je nourris une perruche… Elle est née dans la prison, puis sa mère est morte. Depuis, c’est moi qui l’élève…
Selman : je ne l’ai pas encore vu voler, votre perruche… J’ai pas eu cette chance il faut croire…
La voix : elle ne vole pas. Puis avec la tendresse d’un père qui s’inquiète pour son fils : elle a peur du ciel.
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TerrainsVaguesTerrainsVagues   17 mai 2020
J'ai soixante-huit ans.
Et si je ne crois pas en Dieu, l'idée de Dieu me fascine.
Nous vivons sur une planète où les vivants mangent les vivants. Les hommes ne se contentent pas de tuer d'autres créatures, ils s'assassinent aussi entre eux, constamment. Les montagnes crachent le feu, la terre s'ouvre, engloutit hommes et bêtes, les eaux se déchaînent, détruisent tout sur leur passage, des éclairs tombent du ciel.
Ici semble résider l'un des paradoxes les plus curieux du genre humain, capable de concevoir que la terre, ce lieux affreux, puisse être l'oeuvre d'une puissance "parfaitement bonne", et d'ainsi démontrer que les hommes sont dotés malgré la barbarie constitutive de leur existence, d'une imagination exagérément optimiste.
Ils croient qu'une "force" a créé tout cela, mais au lieu de s'en plaindre et de la détester, ils l'adulent, pleins de gratitude et de reconnaissance.
Aussi suis-je fasciné depuis ma jeunesse, par cette religion qui fait voir aux hommes une "bonté" à l'oeuvre derrière le spectacle des horreurs terrestres qu'ils constatent chaque jour.
Dieu, sublime métaphore.
Comme tant d'autres écrivains, j'aime à roder autour de cette métaphore prodigieuse. L'effort infini, le hasardeux désespoir dont font preuve les hommes lorsque, cherchant à "bonifier" leur nature, inquiète de sa propre barbarie, effrayée de sa propre malignité, ils imaginent ce "foyer de bonté" situé hors d'eux mêmes, voilà quelle pathétique recherche me semble résumer l'aventure humaine.
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PatriceGPatriceG   27 décembre 2019
Suite Ahmet Altan ..
Que du beau monde qui se cristallise sur l'affaire Ahmet Altan écrivain chantre de la liberté enfermé dans la big geôle d'Erdogan. Après l'Humanité avant-hier c'est au tour du copain comme cochon Libération ce vendredi soir sous la plume de Eva Luna Tholance, fortement inspirée de Amnesty International sous la plume éclairée de Marie Struthers, de titrer " Droits de l'homme, Ahmet Altan, la prison malgré la décision de fin de l'incarcération"

On est bien barrés les enfants !.. Je n'ose croire que tous ces gens auront le triomphe facile demain en apprenant la libération de notre frère, l'écrivain Ahmet Altan qui ne semble pas être à l'ordre du jour du Tyran qui multiplie ses méfaits chaque jour davantage. Je m'empresse de dire tout de suite que si Erdogan dans l'article était condamné au nombre de ses citations , il se porterait à l'heure actuelle comme un pape.
On peut y lire que : " La cour pénale turque a cassé mardi l'arrêt de la cour de cassation qui prévoyait de rendre la liberté à l'écrivain et journaliste turc emprisonné depuis le 12 novembre.

Je dois être con et lire à l'envers ! "Depuis 2016, Ahmet Altan est dans le viseur du pouvoir turc .." Et le pouvoir turc, n'est pas dans le viseur d'Ahmet Altan et que cela dépasse largement le cadre de sa petite personne ?
Libé poursuit : " ..Le livre, Je ne reverrai plus le monde (Actes Sud) n'est pas publié en turc, par sécurité." Ah bon, j'y voyais plutôt de la censure. On n'a pas dû lire le même livre !..

"Aujourd'hui, Ahmet Altan est incarcéré en dépit de tout cadre légal .." Non seulement il serait temps de se réveiller mais de faire attention à ce qu'on dit: Ahmet Altan avait été condamné à perpétuité par la cour pénale de justice pour intelligence avec les putschistes de 2016 et avait vu sa peine réduite le 5 juillet 2019 par la cour suprême, le grief de terroriste ne pouvant être retenu contre lui. La dessus, la cour de cassation avait ordonné sa mise en liberté. Ahmet Altan a donc été libéré en Novembre 2019 puis remis en prison sur ordre du procureur général d'Istambul car on lui reproche d'autres faits comme notamment sa connivence particulière avec le cerveau des putschistes Fethullah Gülun en exil aux Etats-Unis. Donc depuis novembre 2019, fatalement la décision de la cour de cassation a été levée, et c'est le dernier jugement de la cour pénale qui prévaut. Et selon toute vraisemblance Ahmet Altan sera rejugé pour de nouveaux faits antérieurs et sa peine actuelle requalifiée.

"Il est impossible de voir dans cette décision autre chose qu'une nouvelle sanction visant à le punir de sa détermination à ne pas se laisser réduire au silence, punition qui vient s'ajouter à la liste scandaleuse des injustices qu'il a déjà subies". Oh ben ça, on avait compris depuis longtemps qu'on veut punir Ahmet Altan de s'opposer à Erdogan. Il suffit de lire les plaidoiries d'Ahmet Altan et son livre même s'il n'est pas traduit en turc pour s'en convaincre. Lors de la révision de son procès en 2019, le juge de la cour pénale lui a dit que s'il s'était tenu pénard comme écrivain et ne s'était pas mêlé à la vague putschiste contre Erdogan, ce que nie farouchement Ahmet Altan, il serait définitivement en liberté, c'est clair, non ? Les accusations sont bien des supputations arbitraires d'une justice aux ordres d'Erdogan et ne valent pas un caramel.

Eva Luna Tholande de Libé ajoute, selon Amnesty International :" Les effets de la dernière vague d'érosion de la liberté de la presse sont claires, le journalisme indépendant est au bord du gouffre en Turquie." Mais qu'est-ce qu'elle nous chante, le journalisme indépendant en Turquie n'existe plus, il est en prison ; et si c'est si clair que ça, il faut dire clairement qu'à chaque fois qu'Erdogan subit un putsch , il en profite pour restreindre les libertés dont celles de la presse turque. Alors dans le sommeil du tyran, celui-ci fait des cauchemars de putsch ou des rêves de putsch ?
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PatriceGPatriceG   28 décembre 2019
Ahmet Altan, Libé ..
J'ai remarqué une chose, ces plumitifs de l'Humanité et de Libé, les seuls il faut le dire à montrer le bout de leur nez autour de l'affaire qui nous occupe, n'en ont rien à faire de l'écrivain Ahmet Alcan. Ils signalent juste son état et point barre ! Au passage, ils ne citent guère plus Erdogan ! Dans cette hypothèse, quand il sera libéré, il sera interdit de sortie du territoire turc selon toute vraisemblance (comme son frère Mehmet l'est) bye bye Ahmet Altan, il ne deviendra plus digne d'intérêt et ira rejoindre la cohorte des masses populaires en souffrance sur lesquelles on ferme les yeux. Pourquoi s'intéresser dans ce cas à Ahmet Altan, parce que sa famille est communiste et que lui c'est un laïc, un "engagé" dans les causes internationales ? Sous le prisme de la propagande qu'on voit déjà ici poindre et qu'on verra demain poindre ailleurs car on s'attellera à d'autres chevaux plus fringants, plus intéressants, ces quelques clignements de cils d'un jour, 'l'homme du jour" titrait avant-hier l'Humanité paraissent à vrai dire bien dérisoires et déconnectées de toute réalité. Ils sont à la ramasse : de leur "cellule" à la cellule d'Ahmet Altan.

Moi au contraire, j'aime bien lire Ahmet Altan, j'aime bien quand il nous parle des écrivains Tolstoï, Malraux .. en des termes bien à lui, l'artiste qu'il est sait les magnifier. J'aime bien aussi quand il nous parle de son père qui est mort mais toujours avec lui : "Mais ce soir je boirai du champagne avec mon père à Paris" .. J'aime bien quand il nous parle de sa famille toujours avec lui, mais malheureusement absente physiquement car il est en prison à Silivri, la plus grande prison "d'Europe" comme j'ai lu pour les détenus de droit commun, la fierté d'Erdogan. Alors dans ces conditions, ça prend une tout autre tonalité. C'est bien triste à dire ou paradoxal, mais on a le le sentiment que l'écrivain Ahmet Altan est meilleur que jamais, le miel de son coeur, le miel de sa conscience ; rien que son talent d'écrivain dégagé de toutes les scories et les habitudes existentielles. "Je ne reverrai plus le monde", quand Ahmet Altan sortira de prison -mais on ne sait pas quand ?- de tous ses livres, celui-là en particulier aura la saveur originelle du combat d'une vie pour la liberté, son credo : il faut sans doute des oeuvres comme celle-là pour remettre à flot la conscience de l'homme bien lointaine.
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Vidéo de Ahmet Altan
Texte d'Ahmet Altan pour la remise du Prix Femina – 25/10/2021
« La littérature est un miracle. Et les personnages que crée la littérature vivent plus longtemps que les créatures de Dieu. Aucune être humain créé par Dieu ne peut survivre à Hector de Troie, à Hamlet, au père Goriot, à Faust, à Anna Karénine, au capitaine Achab ou au petit prince. L'autre avantage des créatures littéraires, c'est qu'elles sont plus robustes, plus fascinantes et plus durables que leurs créateurs…
Comme tous les enfants épris de littérature, j'ai grandi dans l'adoration de ce miracle, avec la croyance qu'il n'y avait rien de plus merveilleux au monde, animé d'une empathie et d'un amour profonds pour tous ces personnages. Et j'ai rêvé de faire partie d'un tel miracle, de baigner à mon tour – si peu que ce soit – dans cette lumière divine.
Aujourd'hui, ce miracle, je suis en train de le vivre.
Madame Hayat a vu le jour dans une cour de prison qu'elle a illuminé de son ironie et son sourire taquin. Pendant des jours, des mois, des années, elle a vécu avec moi en prison. Je l'ai aimée, je l'ai infiniment aimée.
On dit que les écrivains sont jaloux. Peut-être, oui. Mais leur jalousie ne s'étend pas à leurs créatures. Au contraire, ils veulent les partager avec les autres. Moi aussi, j'ai voulu que les autres aiment Madame Hayat autant que je l'aimais. Qu'ils tombent amoureux d'elle autant que j'en étais tombé amoureux. Qu'ils puissent l'apprécier autant que je l'ai appréciée.
Ce prix montre que vous l'avez aimée. Vous ne pouvez pas savoir le bonheur que vous donnez.
Aujourd'hui, Madame Hayat va là où je ne peux aller, elle rencontre des gens que je ne peux rencontrer, elle discute avec des gens à qui je n'ai pas la liberté de parler. Elle leur sourit, elle plaisante avec eux, et surtout leur rappelle qu'ils ne doivent pas trop se prendre au sérieux.
Elle a vu le jour en prison, mais aujourd'hui elle se promène dans Paris. Libre, et heureuse.
Sa liberté me rend plus libre.
Je vous suis infiniment reconnaissant de m'accorder ce bonheur et cette liberté. Merci à vous toutes et tous. Vous m'avez offert bien plus qu'un prix littéraire.
Cette joie, j'aimerais partager ma joie avec quelques personnes : je veux dédier ce prix à toutes les femmes turques et kurdes injustement emprisonnées, pour des raisons politiques, au cours de ces années passées avec Madame Hayat. Pour leur dire que même si le droit et la justice les ont oubliées, la littérature, elle, ne les a pas oubliées et ne les oubliera jamais.
Je voudrais que comme Madame Hayat, aussi longtemps qu'elle sera libre, ces femmes puissent respirer le parfum de la liberté.
Une fois encore : merci à toutes et tous. Dans l'espoir et au plaisir de vous rencontrer un jour. » Ahmet Altan
Traduction : Julien Lapeyre de Cabanes
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