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Note moyenne 4.25 /5 (sur 114 notes)

Nationalité : Italie
Né(e) à : Naples , le 25/06/1969
Biographie :

Antonio Scurati, né le 25 juin 1969 à Naples, est un écrivain italien.
Antonio Scurati est un linguiste italien. Spécialiste du langage, il est chercheur et enseignant à l’Université de Bergame et à l’Université libre de langues et communication IULM de Milan. Il collabore régulièrement à La Stampa.

Il obtient le prix Campiello en 2005 pour Il sopravvissuto (Le Survivant) et le prix Viareggio en 2015 pour Il tempo migliore della nostra vita et le prix Strega en 2019 pour M. il figlio del secolo (M, l'enfant du siècle).



Source : http://www.voxeurop.eu et Wikipedia
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De Mussolini à Berlusconi en passant par Salvini, l'Italie est l'un des foyers majeurs du populisme européen. Mais revenons un siècle en arrière... Pour en parler, le romancier Antonio Scurati, professeur de littérature comparée et d'écriture créative revient dans son ouvrage “M, l'ennemi du siècle” aux éditions Les Arènes sur ces cinq années qui ont fait basculer l'Italie dans l'une des dictatures les plus symboliques du XXème siècle. Il est accompagné par Marc Lazar, directeur du Centre d'histoire de Sciences Po, spécialiste de l'Italie contemporaine et auteur de “Peuplecratie. La métamorphose de nos démocraties” aux éditions Gallimard

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Citations et extraits (42) Voir plus Ajouter une citation
Aquilon62   04 octobre 2022
M. Gli ultimi giorni dell'Europa de Antonio Scurati
Naples a toujours été favorable aux despotes, tyrans et seigneurs de toutes sortes. Elle n'a pas fait exception avec Mussolini au moment de la conquête du pouvoir et ne semble même plus aujourd'hui vouloir décevoir le maître absolu de l'Italie. Elle lui a donc offert un de ces mémorables « beaux jours » qui sont une philosophie de vie cynique plutôt qu'une simple condition climatique. [...]

C'est alors qu'Hitler, enchanté, enflammé, la lèvre secouée par un rictus, propose le pacte militaire à son ami italien. L'odeur du sang domine soudain celle des jardins d'orangers, portée par le vent de la péninsule sorrentine. Le cuirassé paré pour la fête se transforme en bateau des morts, un radeau de naufragés et de pendus à la dérive dans la baie de Naples.
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Aquilon62   04 octobre 2022
M. Gli ultimi giorni dell'Europa de Antonio Scurati
Est-ce que je les tue et sauve des millions de vies ou est-ce que je ne les tue pas et ne sauve que la mienne ?

C'est le menu du siècle. Mourir, être tué, abattu, écorché, gavé pour le banquet des dieux pestilentiels, c'est évident. Mais tuer, c'est autre chose. Tuer ou ne pas tuer, le dilemme est là.

L'attente fut longue, épuisante, des semaines de rêverie et d'impuissance. Il n'est qu'un professeur - archéologue, spécialiste de l'art antique, des bas-reliefs romains et des sarcophages étrusques - que l'obstination des bureaucrates ministériels a catapulté de sa chaire à l'Université de Pise au premier plan de l'histoire.

Et pour faire quoi, alors ? Le guide touristique des bourreaux en visite d'État.
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deuxquatredeux   26 août 2020
M, l'enfant du siècle de Antonio Scurati
Fondation des Faisceaux de combat Milan, piazza San Sepolcro, 23 mars 1919



Nous surplombons la place du Saint-Sépulcre. À peine cent personnes, uniquement des hommes sans importance. Nous sommes peu nombreux et nous sommes morts.

Ils attendent que je prenne la parole, mais je n’ai rien à dire.

La scène est vide, inondée par des millions de cadavres, une mer de corps – réduits en bouillie, liquéfiés – jaillie des tranchées du Carso, de l’Ortigara, de l’Isonzo. Nos héros ont déjà été tués ou ils le seront. Nous les aimons tous jusqu’au dernier, sans distinction. Nous sommes assis sur le monceau sacré des morts.

Le réalisme qui succède à chaque inondation m’a ouvert les yeux : l’Europe n’est plus qu’une scène de théâtre privée de personnages. Tous ont disparu : les hommes barbus, les pères monumentaux et mélodramatiques, les libéraux magnanimes et geignards, les orateurs grandiloquents, cultivés et brillants, les modérés et leur bon sens, auxquels nous devons depuis toujours notre malheur, les politiciens en déconfiture qui vivent dans la peur panique de l’effondrement imminent, mendiant chaque jour un délai avant l’inévitable événement. Pour eux tous, l’heure a sonné. Les vieillards seront balayés par cette masse énorme, quatre millions de combattants se pressent aux frontières de notre territoire, quatre millions de revenants. Il faut se mettre au pas, à un pas soutenu. Les prévisions sont inchangées, les temps resteront mauvais. La guerre est encore à l’ordre du jour. Le monde se scindera en deux grands partis : ceux qui y étaient et ceux qui n’y étaient pas.

Je le vois, je vois tout cela avec clarté dans ce parterre de fous et de malheureux, mais je n’ai rien à dire. Nous sommes un peuple de rescapés, une humanité de survivants, de restes. Une sensation semblable à l’extase des épileptiques nous a secoués, les nuits du massacre, quand nous étions blottis dans les cratères. Nos discours sont brefs, laconiques, affirmatifs, hachés. Nous proférons par rafales des idées que nous n’avons pas, pour retomber aussitôt dans le mutisme, tels des fantômes sans sépulture qui ont abandonné leur parole à l’arrière.

Et pourtant ces gens-là, ces gens-là seuls forment mon peuple. Je le sais bien, moi qui suis le marginal par excellence, le protecteur des démobilisés, l’égaré cherchant sa route. Malgré tout, nous sommes à la tête d’une entreprise, et il est nécessaire de la faire tourner. Dans cette salle à moitié vide, je flaire le siècle, les narines dilatées, puis tends le bras, je tâte le pouls de la foule et suis certain que mon public est là.

Le premier rassemblement des Faisceaux de combat, que le Popolo d’Italia a annoncé à grand fracas durant des semaines en le qualifiant de rendez-vous fatidique, était censé se dérouler au théâtre Dal Verme, au vaste parterre d’une capacité de trois mille places. Mais nous nous sommes décommandés : entre la grandeur du désert et la petite honte, nous avons préféré la seconde. Nous nous sommes repliés sur cette salle de réunion du cercle de l’Alliance industrielle et commerciale. Voilà donc où je devrais parler à présent : entre quatre murs d’un triste vert d’eau donnant sur le néant d’une petite place paroissiale toute grise, dans une salle dont les dorures tentent en vain d’arracher les fauteuils Biedermeier à leur torpeur, au milieu de rares chevelures ébouriffées, de calvities, de moignons, de vétérans amaigris qui respirent l’asthme mineur des commerces routiniers, des vieilles prudences et des avarices budgétaires méticuleuses. De temps en temps, quelques membres du cercle, intrigués, apparaissent au fond de la salle – un grossiste en savons, un importateur de cuivre, par exemple –, nous lancent un regard perplexe, puis retournent fumer un cigare et boire un Campari.

Pourquoi devrais-je donc parler ?

La présidence de l’assemblée est revenue à Ferruccio Vecchi, fervent interventionniste, capitaine des Arditi, les troupes de choc, démobilisé pour maladie, brun, grand, pâle, décharné, les yeux caves – les stigmates de la dégénérescence maladive. Un tuberculeux excitable et impulsif qui prêche avec violence, sans substance ni mesure, et qui, dans les moments forts des manifestations publiques, s’exalte comme un obsédé, en proie à un délire démagogique, se faisant alors… oui… réellement dangereux. Le secrétariat du mouvement sera presque certainement confié à Attilio Longoni, un ancien cheminot ignare, zélé et bête, comme seuls les honnêtes gens savent l’être. À lui ou à Umberto Pasella, né en prison d’un père geôlier et devenu agent de commerce, syndicaliste révolutionnaire, garibaldien en Grèce, prestidigitateur dans les cirques itinérants. Nous choisirons les autres cadres au hasard parmi les occupants les plus bruyants des premiers rangs.

Pourquoi devrais-je parler à ces hommes ? À cause d’eux, les faits ont dépassé la théorie. Ces individus s’en vont à l’assaut de la vie comme un commando. Je n’ai devant moi que la tranchée, l’écume des jours, la zone des combattants, l’arène des fous, le sillon des champs labourés à coups de canon, des forcenés, des déplacés, des criminels, de géniaux excentriques, des oisifs, des fêtards petits-bourgeois, des schizophrènes, des laissés-pour-compte, des disparus, des irréguliers, des noctambules, d’anciens détenus, des repris de justice, des anarchistes, des syndicalistes incendiaires, des gazetiers désespérés, une bohème politique de vétérans, officiers et sous-officiers, des experts dans le maniement des armes à feu et des armes blanches, des hommes que la normalité du retour a découverts violents, des fanatiques incapables d’y voir clair dans leurs propres idées, des survivants qui, se voyant en héros destinés à la mort, confondent une syphilis mal soignée avec un signe du destin.

Je le sais, ils sont là devant moi, je les connais par cœur : ce sont les hommes de la guerre. De la guerre ou de son mythe. Je les désire, ainsi qu’un homme désire une femme, et en même temps je les méprise. Je les méprise, oui, mais peu importe : une époque s’est achevée, une autre a commencé. Les décombres s’entassent, les débris s’attirent. Moi, je suis l’homme de l’« après ». Et j’y tiens. C’est avec ce matériau de piètre qualité – avec cette humanité de démolition – qu’on fait l’Histoire.

En tout cas, voilà ce que j’ai devant moi. Et derrière, je n’ai rien. Derrière moi, j’ai le 24 octobre 1917. Caporetto. L’agonie de notre époque, la plus grande défaite militaire de tous les temps. Une armée d’un million de soldats détruite en l’espace d’un samedi et d’un dimanche. Derrière moi, j’ai le 24 novembre 1914. Le jour de mon expulsion du parti socialiste, la salle de la Société humanitaire où l’on a maudit mon nom, les ouvriers dont j’étais l’idole la veille encore, qui se battaient pour avoir l’honneur de me frapper à coups de poing. Maintenant, ils me souhaitent chaque jour de mourir. Comme à D’Annunzio, à Marinetti, à De Ambris et même à Corridoni, tombé il y a quatre ans lors de la troisième bataille de l’Isonzo. Ils souhaitent à des morts de mourir. Ils nous haïssent parce que nous les avons trahis.

Les foules « rouges » pressentent l’imminence de leur triomphe. En l’espace de six mois, trois empires, trois maisons ayant gouverné l’Europe depuis six siècles se sont effondrés. L’épidémie de grippe espagnole a déjà contaminé des dizaines de millions de personnes. Les événements traduisent des soubresauts apocalyptiques. La semaine dernière, la IIIe Internationale s’est réunie à Moscou. Le parti de la guerre civile mondiale. Le parti de ceux qui veulent ma mort. De Moscou jusqu’à Mexico, sur tout le globe terrestre. Une nouvelle époque s’ouvre, celle de la politique des masses, et ici nous sommes moins de cent.

Mais cela aussi importe peu. Plus personne ne croit à la victoire. Elle est déjà venue et elle avait un goût de boue. Notre enthousiasme – jeunesse, jeunesse ! – est une forme suicidaire de désespoir. Nous sommes avec les morts, ils répondent à notre appel par millions à l’intérieur de cette salle à moitié vide.

Dans la rue, les commis crient à la révolution. Nous, nous rions. La révolution, nous l’avons déjà faite. En poussant à coups de pied aux fesses ce pays dans la guerre, le 24 mai 1915. Aujourd’hui, tout le monde dit que la guerre est finie. Nous, nous rions encore. La guerre, c’est nous. L’avenir nous appartient. Inutile de le nier, je suis comme les bêtes : je sens l’air du temps. (p. 9-13)
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Aquilon62   15 octobre 2022
M. Gli ultimi giorni dell'Europa de Antonio Scurati
Galeazzo Ciano, Nid d'aigle d'Adolf Hitler, 12 août 1939



Et Adolf Hitler attend dans son nid, le Nid d'aigle. Pour l'atteindre, les invités sont obligés de monter - jusqu'à deux mille mètres d'altitude - mais c'est une ascension qui nécessite une descente dans des cavités basaltiques très profondes de la terre, un enfoncement vers la lumière, un abîme qui mène au ciel , une sorte d'ascension vers les enfers.[...]



L'ascension au Nid d'Aigle est donc, du point de vue d'Hitler, une visite d'agrément gratuite mais, du point de vue des Italiens, elle pourrait être la dernière occasion d'éviter une catastrophe, d'éviter le carnage, de sauver des vies celles des autres et celles des leurs.[...]



Par contre, quel meilleur endroit que celui-ci pour commander et gérer cette "boucherie" qui s'annonce ? Autant la vue s’étend vers l’horizon sans limites, autant on ne voit, dans aucune direction, l’empreinte des êtres humains
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deuxquatredeux   26 août 2020
M, l'enfant du siècle de Antonio Scurati
Les événements et les personnages de ce roman documentaire ne sont pas le fruit de l’imagination de l’auteur. Au contraire, les faits, les personnages, les dialogues et les discours relatés ici sont tous historiquement documentés et/ou rapportés par plusieurs sources dignes de foi. Reste cependant que l’Histoire est une invention à laquelle là réalité apporte ses propres matériaux. Mais sans arbitraire. (p. 4)
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Aquilon62   16 octobre 2022
M. Gli ultimi giorni dell'Europa de Antonio Scurati
Les rumeurs, les chuchotements à demi-voix, les commérages. L'information en est réduite à cela quand dans un pays depuis vingt ans la flatterie a remplacé les mérites, quand la critique a expiré comme une mauvaise plaisanterie, quand le courage de projeter l'avenir s'estompe en subterfuge, quand tout exercice sain d'admiration éclate en délire d'idolâtries de type païen.
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Aquilon62   05 octobre 2022
M. Gli ultimi giorni dell'Europa de Antonio Scurati
Se vantant de la colère mal dissimulée avec laquelle les journaux français et anglais commentaient l'épreuve de force donnée par la marine italienne dans le golfe de Naples, Mussolini proclama : « Maintenant, même sur mer, l'Angleterre est finie ! »

[...]

Cet homme ridicule à qui les accents manquent (le professeur se moque de lui dans son journal lorsque Mussolini prononce le nom de l'île légendaire « Atlantìde ») va vraiment jeter les Italiens, en accord avec cet insondable touriste allemand, dans la fournaise de la guerre contre les plus grande puissance impériale de tous les temps et sa marine inégalée ? L'intellect, la culture, les bons accents importent-ils vraiment si peu face à la volonté malheureuse du pouvoir, aux immenses malentendus de l'histoire ?
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Aquilon62   13 octobre 2022
M. Gli ultimi giorni dell'Europa de Antonio Scurati
Mussolini avait trop longtemps défié le destin pour ne pas sentir la menace d'un possible revers. Comme l'heureux Polycrate, averti par de sombres pressentiments, il semblait soucieux d'éviter son sort. Il était préoccupé par son union avec Hitler, qui avait des forces infiniment plus grandes. Il se voyait entraîné dans une voie qu'il avait lui-même ouverte, prisonnier du système qui lui devait la vie, et des passions qu'il avait déchaînées, vers un but qui lui paraissait pour le moins incertain.

Ayant provoqué le vent, il craignait la tempête.

Extrait des mémoires de Grigore Gafencu, ministre roumain des Affaires étrangères
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Aquilon62   06 octobre 2022
M. Gli ultimi giorni dell'Europa de Antonio Scurati
Au Palazzo Vecchio, à Boboli, ou à la Galerie des Offices, devant un Titien ou un Michel-Ange, chaque fois que le regard ému du peintre raté rencontre un objet digne de son amour féroce, sa gorge émet un murmure de jouissance.

Puis au bout de quelques instants sa voix métallique crie : "Si le bolchevisme était venu..." et, à chaque fois, forcément, Benito Mussolini, influent, opportuniste et aussi prêt à emprunter les idées des autres qu'Hitler reste obsessionnellement ancré aux siennes, de compléter la phrase en allemand-romagne : « … alles zersteèt » : tout détruit.
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Aquilon62   05 octobre 2022
M. Gli ultimi giorni dell'Europa de Antonio Scurati
Est-il judicieux de parler de politique à Naples ?

Il est possible de nouer une alliance internationale solide, de fer, un pacte d'acier, dans la ville du soleil, dans la capitale de la Méditerranée où tout, du chant de Caruso à celui des sirènes, de la douceur du climat à l'éclat de la lumière de midi, de l'eau du golfe au feu du volcan, du bleu vide du ciel à la densité vereuse de siècles de populace, où tout, de la beauté absolue à la misère absolue, mène à la douceur du sommeil, à la résignation d'une existence oisive ?
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