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Note moyenne 4.29 /5 (sur 73 notes)

Nationalité : Italie
Né(e) à : Naples , le 25/06/1969
Biographie :

Antonio Scurati, né le 25 juin 1969 à Naples, est un écrivain italien.
Antonio Scurati est un linguiste italien. Spécialiste du langage, il est chercheur et enseignant à l’Université de Bergame et à l’Université libre de langues et communication IULM de Milan. Il collabore régulièrement à La Stampa.

Il obtient le prix Campiello en 2005 pour Il sopravvissuto (Le Survivant) et le prix Viareggio en 2015 pour Il tempo migliore della nostra vita et le prix Strega en 2019 pour M. il figlio del secolo (M, l'enfant du siècle).



Source : http://www.voxeurop.eu et Wikipedia
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De Mussolini à Berlusconi en passant par Salvini, l'Italie est l'un des foyers majeurs du populisme européen. Mais revenons un siècle en arrière... Pour en parler, le romancier Antonio Scurati, professeur de littérature comparée et d'écriture créative revient dans son ouvrage “M, l'ennemi du siècle” aux éditions Les Arènes sur ces cinq années qui ont fait basculer l'Italie dans l'une des dictatures les plus symboliques du XXème siècle. Il est accompagné par Marc Lazar, directeur du Centre d'histoire de Sciences Po, spécialiste de l'Italie contemporaine et auteur de “Peuplecratie. La métamorphose de nos démocraties” aux éditions Gallimard

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Citations et extraits (24) Voir plus Ajouter une citation
deuxquatredeux   26 août 2020
M, l'enfant du siècle de Antonio Scurati
Fondation des Faisceaux de combat Milan, piazza San Sepolcro, 23 mars 1919



Nous surplombons la place du Saint-Sépulcre. À peine cent personnes, uniquement des hommes sans importance. Nous sommes peu nombreux et nous sommes morts.

Ils attendent que je prenne la parole, mais je n’ai rien à dire.

La scène est vide, inondée par des millions de cadavres, une mer de corps – réduits en bouillie, liquéfiés – jaillie des tranchées du Carso, de l’Ortigara, de l’Isonzo. Nos héros ont déjà été tués ou ils le seront. Nous les aimons tous jusqu’au dernier, sans distinction. Nous sommes assis sur le monceau sacré des morts.

Le réalisme qui succède à chaque inondation m’a ouvert les yeux : l’Europe n’est plus qu’une scène de théâtre privée de personnages. Tous ont disparu : les hommes barbus, les pères monumentaux et mélodramatiques, les libéraux magnanimes et geignards, les orateurs grandiloquents, cultivés et brillants, les modérés et leur bon sens, auxquels nous devons depuis toujours notre malheur, les politiciens en déconfiture qui vivent dans la peur panique de l’effondrement imminent, mendiant chaque jour un délai avant l’inévitable événement. Pour eux tous, l’heure a sonné. Les vieillards seront balayés par cette masse énorme, quatre millions de combattants se pressent aux frontières de notre territoire, quatre millions de revenants. Il faut se mettre au pas, à un pas soutenu. Les prévisions sont inchangées, les temps resteront mauvais. La guerre est encore à l’ordre du jour. Le monde se scindera en deux grands partis : ceux qui y étaient et ceux qui n’y étaient pas.

Je le vois, je vois tout cela avec clarté dans ce parterre de fous et de malheureux, mais je n’ai rien à dire. Nous sommes un peuple de rescapés, une humanité de survivants, de restes. Une sensation semblable à l’extase des épileptiques nous a secoués, les nuits du massacre, quand nous étions blottis dans les cratères. Nos discours sont brefs, laconiques, affirmatifs, hachés. Nous proférons par rafales des idées que nous n’avons pas, pour retomber aussitôt dans le mutisme, tels des fantômes sans sépulture qui ont abandonné leur parole à l’arrière.

Et pourtant ces gens-là, ces gens-là seuls forment mon peuple. Je le sais bien, moi qui suis le marginal par excellence, le protecteur des démobilisés, l’égaré cherchant sa route. Malgré tout, nous sommes à la tête d’une entreprise, et il est nécessaire de la faire tourner. Dans cette salle à moitié vide, je flaire le siècle, les narines dilatées, puis tends le bras, je tâte le pouls de la foule et suis certain que mon public est là.

Le premier rassemblement des Faisceaux de combat, que le Popolo d’Italia a annoncé à grand fracas durant des semaines en le qualifiant de rendez-vous fatidique, était censé se dérouler au théâtre Dal Verme, au vaste parterre d’une capacité de trois mille places. Mais nous nous sommes décommandés : entre la grandeur du désert et la petite honte, nous avons préféré la seconde. Nous nous sommes repliés sur cette salle de réunion du cercle de l’Alliance industrielle et commerciale. Voilà donc où je devrais parler à présent : entre quatre murs d’un triste vert d’eau donnant sur le néant d’une petite place paroissiale toute grise, dans une salle dont les dorures tentent en vain d’arracher les fauteuils Biedermeier à leur torpeur, au milieu de rares chevelures ébouriffées, de calvities, de moignons, de vétérans amaigris qui respirent l’asthme mineur des commerces routiniers, des vieilles prudences et des avarices budgétaires méticuleuses. De temps en temps, quelques membres du cercle, intrigués, apparaissent au fond de la salle – un grossiste en savons, un importateur de cuivre, par exemple –, nous lancent un regard perplexe, puis retournent fumer un cigare et boire un Campari.

Pourquoi devrais-je donc parler ?

La présidence de l’assemblée est revenue à Ferruccio Vecchi, fervent interventionniste, capitaine des Arditi, les troupes de choc, démobilisé pour maladie, brun, grand, pâle, décharné, les yeux caves – les stigmates de la dégénérescence maladive. Un tuberculeux excitable et impulsif qui prêche avec violence, sans substance ni mesure, et qui, dans les moments forts des manifestations publiques, s’exalte comme un obsédé, en proie à un délire démagogique, se faisant alors… oui… réellement dangereux. Le secrétariat du mouvement sera presque certainement confié à Attilio Longoni, un ancien cheminot ignare, zélé et bête, comme seuls les honnêtes gens savent l’être. À lui ou à Umberto Pasella, né en prison d’un père geôlier et devenu agent de commerce, syndicaliste révolutionnaire, garibaldien en Grèce, prestidigitateur dans les cirques itinérants. Nous choisirons les autres cadres au hasard parmi les occupants les plus bruyants des premiers rangs.

Pourquoi devrais-je parler à ces hommes ? À cause d’eux, les faits ont dépassé la théorie. Ces individus s’en vont à l’assaut de la vie comme un commando. Je n’ai devant moi que la tranchée, l’écume des jours, la zone des combattants, l’arène des fous, le sillon des champs labourés à coups de canon, des forcenés, des déplacés, des criminels, de géniaux excentriques, des oisifs, des fêtards petits-bourgeois, des schizophrènes, des laissés-pour-compte, des disparus, des irréguliers, des noctambules, d’anciens détenus, des repris de justice, des anarchistes, des syndicalistes incendiaires, des gazetiers désespérés, une bohème politique de vétérans, officiers et sous-officiers, des experts dans le maniement des armes à feu et des armes blanches, des hommes que la normalité du retour a découverts violents, des fanatiques incapables d’y voir clair dans leurs propres idées, des survivants qui, se voyant en héros destinés à la mort, confondent une syphilis mal soignée avec un signe du destin.

Je le sais, ils sont là devant moi, je les connais par cœur : ce sont les hommes de la guerre. De la guerre ou de son mythe. Je les désire, ainsi qu’un homme désire une femme, et en même temps je les méprise. Je les méprise, oui, mais peu importe : une époque s’est achevée, une autre a commencé. Les décombres s’entassent, les débris s’attirent. Moi, je suis l’homme de l’« après ». Et j’y tiens. C’est avec ce matériau de piètre qualité – avec cette humanité de démolition – qu’on fait l’Histoire.

En tout cas, voilà ce que j’ai devant moi. Et derrière, je n’ai rien. Derrière moi, j’ai le 24 octobre 1917. Caporetto. L’agonie de notre époque, la plus grande défaite militaire de tous les temps. Une armée d’un million de soldats détruite en l’espace d’un samedi et d’un dimanche. Derrière moi, j’ai le 24 novembre 1914. Le jour de mon expulsion du parti socialiste, la salle de la Société humanitaire où l’on a maudit mon nom, les ouvriers dont j’étais l’idole la veille encore, qui se battaient pour avoir l’honneur de me frapper à coups de poing. Maintenant, ils me souhaitent chaque jour de mourir. Comme à D’Annunzio, à Marinetti, à De Ambris et même à Corridoni, tombé il y a quatre ans lors de la troisième bataille de l’Isonzo. Ils souhaitent à des morts de mourir. Ils nous haïssent parce que nous les avons trahis.

Les foules « rouges » pressentent l’imminence de leur triomphe. En l’espace de six mois, trois empires, trois maisons ayant gouverné l’Europe depuis six siècles se sont effondrés. L’épidémie de grippe espagnole a déjà contaminé des dizaines de millions de personnes. Les événements traduisent des soubresauts apocalyptiques. La semaine dernière, la IIIe Internationale s’est réunie à Moscou. Le parti de la guerre civile mondiale. Le parti de ceux qui veulent ma mort. De Moscou jusqu’à Mexico, sur tout le globe terrestre. Une nouvelle époque s’ouvre, celle de la politique des masses, et ici nous sommes moins de cent.

Mais cela aussi importe peu. Plus personne ne croit à la victoire. Elle est déjà venue et elle avait un goût de boue. Notre enthousiasme – jeunesse, jeunesse ! – est une forme suicidaire de désespoir. Nous sommes avec les morts, ils répondent à notre appel par millions à l’intérieur de cette salle à moitié vide.

Dans la rue, les commis crient à la révolution. Nous, nous rions. La révolution, nous l’avons déjà faite. En poussant à coups de pied aux fesses ce pays dans la guerre, le 24 mai 1915. Aujourd’hui, tout le monde dit que la guerre est finie. Nous, nous rions encore. La guerre, c’est nous. L’avenir nous appartient. Inutile de le nier, je suis comme les bêtes : je sens l’air du temps. (p. 9-13)
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deuxquatredeux   26 août 2020
M, l'enfant du siècle de Antonio Scurati
Les événements et les personnages de ce roman documentaire ne sont pas le fruit de l’imagination de l’auteur. Au contraire, les faits, les personnages, les dialogues et les discours relatés ici sont tous historiquement documentés et/ou rapportés par plusieurs sources dignes de foi. Reste cependant que l’Histoire est une invention à laquelle là réalité apporte ses propres matériaux. Mais sans arbitraire. (p. 4)
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mapivion   10 septembre 2014
Le Survivant de Antonio Scurati
Je suis parmi vous, je ne suis pas avec vous
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Aquilon62   28 août 2021
M, l'homme de la providence de Antonio Scurati
Rome, 9 novembre 1926, 16h30 Parlement du royaume, Chambre des députés



En moins de quatre heures, la Chambre des députés a démoli ce qu'il restait de l'Etat libéral, s'est débarrassée de cent vingt-quatre députés élus et a anéanti une conquête qui constituait, en matière de droits civiques, une primauté de l'Italie dans le monde. L'opposition est morte, la liberté est abolie, la libre vie politique a pris fin.
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deuxquatredeux   26 août 2020
M, l'enfant du siècle de Antonio Scurati
C’était toutefois par l’octroi du poignard, arme latine par excellence, que les Arditi étaient entrés dans la légende. (p. 21)
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Aquilon62   27 août 2021
M, l'homme de la providence de Antonio Scurati
L'opposition tombe sous les coups de pioche que ses propres membres abattent sur la terre nue, tels des condamnés creusant leur fosse. La bureaucratie obéira à l'ordre de ne pas conspirer ouvertement contre le régime pour s'y employer en cachette. La presse, plus simplement, se laissera bâillonner pour continuer de parler sans rien avoir à dire. Le travail de l'État fasciste est bien engagé. Son accoucheur, doté d'une compétence juridique absolue, n'est autre que le professeur Alfredo Rocco, leader nationaliste impitoyablement conservateur. Mussolini lui a confié la rédaction des lois liberticides. Le renversement de l'État libéral est prêt : ce n'est plus l'individu qui cède une partie de ses libertés à l'Etat pour recevoir en retour protection et soins ; c'est l'Etat qui dispense, à un taux d'intérêt exorbitant, dans une mesure et des limites établies chaque fois, le bénéfice des libertés publiques.
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Aquilon62   28 août 2021
M, l'homme de la providence de Antonio Scurati
Oui, car en ce jour de Noël de l'année 1926 de Notre Seigneur, Benito Mussolini a aussi institué par une circulaire ministérielle une nouvelle scansion du temps. L'usage de la formule « ère fasciste» est encore facultatif dans les documents officiels. Ce ne sera bientôt plus le cas.
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Aquilon62   18 août 2021
M, l'enfant du siècle de Antonio Scurati
Keynes, ce haut fonctionnaire du Trésor anglais qui a abandonné la conférence de la paix de Versailles pour la dénoncer dans un livre, a raison. Il prétend qu’Américains, Anglais et Français ont imposé une paix carthaginoise, que, si les premiers s’obstinent à appauvrir l’Allemagne au moyen de sanctions et de réparations de guerre, nous aurons d’ici deux décennies une nouvelle guerre. La vengeance des Allemands humiliés sera terrible, l’horreur fera pâlir les tranchées et, de toute façon, l’ordre social du vieux monde a cessé d’exister. Il est impossible de ramener en arrière l’horloge de l’Histoire, impossible de réduire l’après-guerre à une affaire de frontières et de commerce, impossible de retarder la guerre civile. D’Annunzio et Keynes, le poète et l’économiste, concordent sur ce point : la démocratie est vulnérable, sa blessure est profonde, l’État libéral peut être abattu
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deuxquatredeux   29 août 2020
M, l'enfant du siècle de Antonio Scurati
La spirale de la violence poursuit comme toujours son mouvement, de carnage prolétaire en carnage prolétaire. (p. 36)
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Antonio Scurati
lehibook   20 septembre 2021
Antonio Scurati
"Les femmes sont ce que les hommes désirent qu'elles soient :- pour moi ,la femme est une parenthèse agréable dans mon existence surchargée... Plus un homme est viril et intelligent , moins il a besoin d'une femme qui soit partie intégrante de lui-même." B.Mussolini
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