AccueilMes livresAjouter des livres
Découvrir
LivresAuteursLecteursCritiquesCitationsListesQuizGroupesQuestionsPrix Babelio
Rejoignez Babelio pour découvrir vos prochaines lectures

Note moyenne 4.27 /5 (sur 98 notes)

Nationalité : Canada
Né(e) à : Sainte-Agathe-des-Monts , le 08/01/1928
Mort(e) à : Montréal , le 14/12/1996
Biographie :

Gaston Miron est un poète et éditeur québécois.

Il est le cofondateur des Éditions de l'Hexagone, en compagnie de Gilles Carle, Louis Portugais, Olivier Marchand, Mathilde Ganzini et Jean-Claude Rinfret. Fondée en 1953, il s’agit de la première maison d’édition de poésie québécoise.

Gaston Miron publie des poèmes dès les années 1950, dans divers quotidiens et périodiques, dont Le Devoir, Liberté et Parti pris. En 1953, il publie avec Olivier Marchand un recueil de poésie, Deux sangs, qui inaugurera les Éditions de l’Hexagone. Étant cependant insatisfait des poèmes qu'il a publié de manière éparse, ce n’est qu’à l’aube des années 1970 qu’il se laisse convaincre de les regrouper, avec quelques-uns de ses textes en prose, dans un recueil intitulé L’Homme rapaillé, son maître ouvrage (prix Apollinaire). Publié en 1970 aux Presses de l’Université de Montréal (et non pas aux Éditions de l’Hexagone), Miron retravaillera constamment cette œuvre – sept éditions des textes ont été publiées.
Il reçoit de nombreux prix dont le Prix Ludger-Duvernay en 1978, le prix Guillaume-Apollinaire pour "L'homme rapaillé" en 1981, le Prix Le Signet d'Or, catégorie Rayonnement à l’étranger en 1993...
Gaston Miron est encore aujourd'hui considéré comme le plus grand poète du Québec contemporain, par la force et la profondeur du questionnement universel qu'il se pose, sur lui-même et les conditionnements culturels qui lui étaient imposés à l'époque, dans un Québec anglicisé de toute part. Son poème « La marche à l'amour » est l'un des plus beaux jamais écrits en Amérique française.
+ Voir plus
Ajouter des informations
étiquettes
Videos et interviews (49) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de
Gaston MIRON – Radioscopie (France Inter, 1981) L’émission « Radioscopie », par Jacques Chancel, diffusée le 21 avril 1981. Invité : le poète en personne.
Podcasts (3) Voir tous


Citations et extraits (63) Voir plus Ajouter une citation
jsgandalf   16 septembre 2012
L'homme rapaillé de Gaston Miron
La marche à l'amour



Tu as les yeux pers des champs de rosées

tu as des yeux d'aventure et d'années-lumière

la douceur du fond des brises au mois de mai

dans les accompagnements de ma vie en friche

avec cette chaleur d'oiseau à ton corps craintif

moi qui suis charpente et beaucoup de fardoches

moi je fonce à vive allure et entêté d'avenir

la tête en bas comme un bison dans son destin

la blancheur des nénuphars s'élève jusqu'à ton cou

pour la conjuration de mes manitous maléfiques

moi qui ai des yeux où ciel et mer s'influencent

pour la réverbération de ta mort lointaine

avec cette tache errante de chevreuil que tu as

tu viendras tout ensoleillée d'existence

la bouche envahie par la fraîcheur des herbes

le corps mûri par les jardins oubliés

où tes seins sont devenus des envoûtements

tu te lèves, tu es l'aube dans mes bras

où tu changes comme les saisons

je te prendrai marcheur d'un pays d'haleine

à bout de misères et à bout de démesures

je veux te faire aimer la vie notre vie

t'aimer fou de racines à feuilles et grave

de jour en jour à travers nuits et gués

de moellons nos vertus silencieuses

je finirai bien par te rencontrer quelque part

bon dieu!

et contre tout ce qui me rend absent et douloureux

par le mince regard qui me reste au fond du froid

j'affirme ô mon amour que tu existes

je corrige notre vie

nous n'irons plus mourir de langueur

à des milles de distance dans nos rêves bourrasques

des filets de sang dans la soif craquelée de nos lèvres

les épaules baignées de vols de mouettes

non

j'irai te chercher nous vivrons sur la terre

la détresse n'est pas incurable qui fait de moi

une épave de dérision, un ballon d'indécence

un pitre aux larmes d'étincelles et de lésions profondes

frappe l'air et le feu de mes soifs

coule-moi dans tes mains de ciel de soie

la tête la première pour ne plus revenir

si ce n'est pour remonter debout à ton flanc

nouveau venu de l'amour du monde

constelle-moi de ton corps de voie lactée

même si j'ai fait de ma vie dans un plongeon

une sorte de marais, une espèce de rage noire

si je fus cabotin, concasseur de désespoir

j'ai quand même idée farouche

de t'aimer pour ta pureté

de t'aimer pour une tendresse que je n'ai pas connue

dans les giboulées d'étoiles de mon ciel

l'éclair s'épanouit dans ma chair

je passe les poings durs au vent

j'ai un coeur de mille chevaux-vapeur

j'ai un coeur comme la flamme d'une chandelle

toi tu as la tête d'abîme douce n'est-ce pas

la nuit de saule dans tes cheveux

un visage enneigé de hasards et de fruits

un regard entretenu de sources cachées

et mille chants d'insectes dans tes veines

et mille pluies de pétales dans tes caresses

tu es mon amour

ma clameur mon bramement

tu es mon amour ma ceinture fléchée d'univers

ma danse carrée des quatre coins d'horizon

le rouet des écheveaux de mon espoir

tu es ma réconciliation batailleuse

mon murmure de jours à mes cils d'abeille

mon eau bleue de fenêtre

dans les hauts vols de buildings

mon amour

de fontaines de haies de ronds-points de fleurs

tu es ma chance ouverte et mon encerclement

à cause de toi

mon courage est un sapin toujours vert

et j'ai du chiendent d'achigan plein l'âme

tu es belle de tout l'avenir épargné

d'une frêle beauté soleilleuse contre l'ombre

ouvre-moi tes bras que j'entre au port

et mon corps d'amoureux viendra rouler

sur les talus du mont Royal

orignal, quand tu brames orignal

coule-moi dans ta plainte osseuse

fais-moi passer tout cabré tout empanaché

dans ton appel et ta détermination

Montréal est grand comme un désordre universel

tu es assise quelque part avec l'ombre et ton coeur

ton regard vient luire sur le sommeil des colombes

fille dont le visage est ma route aux réverbères

quand je plonge dans les nuits de sources

si jamais je te rencontre fille

après les femmes de la soif glacée

je pleurerai te consolerai

de tes jours sans pluies et sans quenouilles

des circonstances de l'amour dénoué

j'allumerai chez toi les phares de la douceur

nous nous reposerons dans la lumière

de toutes les mers en fleurs de manne

puis je jetterai dans ton corps le vent de mon sang

tu seras heureuse fille heureuse

d'être la femme que tu es dans mes bras

le monde entier sera changé en toi et moi

la marche à l'amour s'ébruite en un voilier

de pas voletant par les lacs de portage

mes absolus poings

ah violence de délices et d'aval

j'aime

que j'aime

que tu t'avances

ma ravie

frileuse aux pieds nus sur les frimas de l'aube

par ce temps profus d'épilobes en beauté

sur ces grèves où l'été

pleuvent en longues flammèches les cris des pluviers

harmonica du monde lorsque tu passes et cèdes

ton corps tiède de pruche à mes bras pagayeurs

lorsque nous gisons fleurant la lumière incendiée

et qu'en tangage de moisson ourlée de brises

je me déploie sur ta fraîche chaleur de cigale

je roule en toi

tous les saguenays d'eau noire de ma vie

je fais naître en toi

les frénésies de frayères au fond du coeur d'outaouais

puis le cri de l'engoulevent vient s'abattre dans ta gorge

terre meuble de l'amour ton corps

se soulève en tiges pêle-mêle

je suis au centre du monde tel qu'il gronde en moi

avec la rumeur de mon âme dans tous les coins

je vais jusqu'au bout des comètes de mon sang

haletant

harcelé de néant

et dynamité

de petites apocalypses

les deux mains dans les furies dans les féeries

ô mains

ô poings

comme des cogneurs de folles tendresses

mais que tu m'aimes et si tu m'aimes

s'exhalera le froid natal de mes poumons

le sang tournera ô grand cirque

je sais que tout mon amour

sera retourné comme un jardin détruit

qu'importe je serai toujours si je suis seul

cet homme de lisière à bramer ton nom

éperdument malheureux parmi les pluies de trèfles

mon amour ô ma plainte

de merle-chat dans la nuit buissonneuse

ô fou feu froid de la neige

beau sexe léger ô ma neige

mon amour d'éclairs lapidée

morte

dans le froid des plus lointaines flammes

puis les années m'emportent sens dessus dessous

je m'en vais en délabre au bout de mon rouleau

des voix murmurent les récits de ton domaine

à part moi je me parle

que vais-je devenir dans ma force fracassée

ma force noire du bout de mes montagnes

pour te voir à jamais je déporte mon regard

je me tiens aux écoutes des sirènes

dans la longue nuit effilée du clocher de Saint-Jacques

et parmi ces bouts de temps qui halètent

me voici de nouveau campé dans ta légende

tes grands yeux qui voient beaucoup de cortèges

les chevaux de bois de tes rires

tes yeux de paille et d'or

seront toujours au fond de mon coeur

et ils traverseront les siècles

je marche à toi, je titube à toi, je meurs de toi

lentement je m'affale de tout mon long dans l'âme

je marche à toi, je titube à toi, je bois

à la gourde vide du sens de la vie

à ces pas semés dans les rues sans nord ni sud

à ces taloches de vent sans queue et sans tête

je n'ai plus de visage pour l'amour

je n'ai plus de visage pour rien de rien

parfois je m'assois par pitié de moi

j'ouvre mes bras à la croix des sommeils

mon corps est un dernier réseau de tics amoureux

avec à mes doigts les ficelles des souvenirs perdus

je n'attends pas à demain je t'attends

je n'attends pas la fin du monde je t'attends

dégagé de la fausse auréole de ma vie

Gaston Miron

+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          381
Cielvariable   11 janvier 2012
L'homme rapaillé de Gaston Miron
je marche à toi, je titube à toi, je meurs de toi

lentement je m'affale de tout mon long dans l'âme

je marche à toi, je titube à toi, je bois

à la gourde vide du sens de la vie

à ces pas semés dans les rues sans nord ni sud

à ces taloches de vent sans queue et sans tête

je n'ai plus de visage pour l'amour

je n'ai plus de visage pour rien de rien

parfois je m'assois par pitié de moi

j'ouvre mes bras à la croix des sommeils

mon corps est un dernier réseau de tics amoureux

avec à mes doigts les ficelles des souvenirs perdus

je n'attends pas à demain je t'attends

je n'attends pas la fin du monde je t'attends

dégagé de la fausse auréole de ma vie

Commenter  J’apprécie          272
Piatka   23 février 2017
Deux Sangs de Gaston Miron
MER



Trace la rigueur de ta beauté


La grande allure du soupir bleu


Le souffle amical des écoutilles


Le bercement roucoulé des goélands


L’endimanchement des vagues



Perche les nuages à tes voiles


Libère ton haleine à tous les parfums


Tu flottes des mondes rauques


Au long de tes hululements



Univers marin ravisseur


Teinté d’âme et de repos vert


Déesse en rade à tous les continents



Aventure de ton flanc osseux

Visage fougueux de sel



Nous tombons au vertige de ta profondeur

Commenter  J’apprécie          273
Gaston Miron
coco4649   16 mars 2020
Gaston Miron
Soir tourmente





La pluie bafouille aux vitres

et soudain ça te prend

de courir dans tes pas plus loin

pour fuir la main sur nous



tu perds tes yeux dans les autres

ton corps est une idée fixe

ton âme est un caillot au centre du front

ta vie refoule dans son amphore

et tu meurs

tu meurs à petites lampées sous tes semelles



ton sang

ton sang rouge parmi les miroirs brisés

Commenter  J’apprécie          230
sabine59   22 mars 2018
L'homme rapaillé de Gaston Miron
Et dans l'ombre de l'ombre de chaque nuit

dormir et s'aimer encore

ô dormir

fleurir ensemble
Commenter  J’apprécie          230
Lali   02 avril 2012
Poèmes épars de Gaston Miron
Avancer

sans voiles sans écrans

sans fard sans masques

sans tabous sans fétiches

avancer

comme si c’était

la première plage du monde

avancer

nu

vers toi qui t’avances.
Commenter  J’apprécie          220
Gaston Miron
sabine59   01 avril 2017
Gaston Miron
Plus belle que les larmes



Jeune fille plus belle que les larmes

qui ont coulé plus qu' averses d'avril,

beaux yeux aux ondes de marin-pêcheur du matin

où passent les longs-courriers de mon désir

mémoire, ô colombe dans l'espace du coeur

mes mains sont au fuseau des songes éteints

je me souviens de sa hanche de navire

je me souviens de ses épis de frissons

et sur mes fêtes et mes désastres

je te salue toi la plus belle

et je chante



(" L'homme rapaillé")
Commenter  J’apprécie          181
Cielvariable   11 janvier 2012
L'homme rapaillé de Gaston Miron
JE T'ÉCRIS



I

Je t'écris pour te dire que je t'aime

que mon coeur qui voyage tous les jours

— le coeur parti dans la dernière neige

le coeur parti dans les yeux qui passent

le coeur parti dans les ciels d'hypnose —

revient le soir comme une bête atteinte



Qu'es-tu devenue toi comme hier

moi j'ai noir éclaté dans la tête

j'ai froid dans la main

j'ai l'ennui comme un disque rengaine

j'ai peur d'aller seul de disparaître demain

sans ta vague à mon corps

sans ta voix de mousse humide

c'est ma vie que j'ai mal et ton absence



Le temps saigne

quand donc aurai-je de tes nouvelles

je t'écris pour te dire que je t'aime

que tout finira dans tes bras amarré

que je t'attends dans la saison de nous deux

qu'un jour mon coeur s'est perdu dans sa peine

que sans toi il ne reviendra plus



II



Quand nous serons couchés côte à côte

dans la crevasse du temps limoneux

nous reviendrons de nuit parler dans les herbes

au moment que grandit le point d'aube

dans les yeux des bêtes découpées dans la brume

tandis que le printemps liseronne aux fenêtres



Pour ce rendez-vous de notre fin du monde

c'est avec toi que je veux chanter

sur le seuil des mémoires des morts d'aujourd'hui

eux qui respirent pour nous

les espaces oubliés



+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          170
neimad6891   09 novembre 2009
L'homme rapaillé de Gaston Miron
"J'ai fait de plus loin que moi un voyage abracadabrant

il y a longtemps que je ne m'étais pas revu

me voici en moi comme un homme dans une maison

qui s'est faite en son absence

je te salue, silence



je ne suis pas revenu pour revenir

je suis arrivé à ce qui commence"

p.19
Commenter  J’apprécie          150
SBys   12 octobre 2015
L'homme rapaillé de Gaston Miron
Il y a des complicités inavouées.

Il n'est pas possible que tout le monde ait raison en même temps.
Commenter  J’apprécie          160

Acheter les livres de cet auteur sur

FnacAmazonRakutenCulturaMomox



Quiz Voir plus

Littérature et poésie japonaise du XIXe et XXe siècle

Atsushi Nakajima a écrit

La bête au clair de lune
Histoire du poète qui fut changé en tigre
Le livre de la jungle

7 questions
2 lecteurs ont répondu
Thèmes : littérature japonaise , poésie japonaise , xixème-xxème sièclesCréer un quiz sur cet auteur

.. ..