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3.92/5 (sur 282 notes)

Nationalité : Norvège
Né(e) à : Haugesund , le 29/09/1959
Biographie :

Jon Fosse est un écrivain norvégien.

Il débute comme romancier et écrit une trentaine de romans, de récits, d’essais, de recueils de poèmes et de livres pour enfants.

Puis, par pure nécessité économique, il écrit sa première pièce en 1994 "Et jamais nous ne serons séparés" ("Og aldri skal vi skiljast") à l’instigation du jeune metteur en scène Kai Johnsen. Encouragé par son succès, suit en 1995 "Le Nom" ("Namnet"). En 1996, il écrit "Quelqu’un va venir" ("Nokon kjem til å komme", Prix international Ibsen 2010) et le roman "Mélancholia I", deux œuvres que Claude Régy mettra en scène et qui le révéleront par là même en France.

Depuis, avec une fascination pour l’écriture théâtrale, il a écrit plus d’une dizaine de pièces dont la plupart ont été traduites et ce par Terje Sinding, connu pour ses traductions d’Ibsen. Il est désormais mondialement connu en tant que dramaturge.

Considéré comme l'un des plus grands auteurs contemporains, il a été décoré de l'Ordre national du Mérite français en 2007 et a reçu plusieurs prix dont le Prix européen de littérature en 2014 et le Grand prix de littérature du Conseil nordique en 2015.

Il vit à Bergen.
Il obtient le Prix Nobel de Littérature en 2023.
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Source : www.theatredunord.fr
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L'écrivain norvégien Jon Fosse lauréat du prix Nobel de Littérature 2023


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Jon Fosse
Il y a une connaissance qui est de l'ordre de l'indicible mais qu'il est peut-être possible d'exprimer par l'écrit.
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C'est ainsi que ça a commencé, dans l'obscurité, sous la pluie, sur une route qui longeait la grève, dans une vieille remise à bateaux, il y avait les vagues qui ne cessaient de frapper et la peau qui ne cessait de se dilater. Son baiser était une marque sur ma peau, il a pénétré dans mon corps pour y rester.
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Il n'y a rien à faire, tu finiras ménétrier toi aussi, a-t-il dit
et le père Sigvald a dit que c'était comme ça, ménétrier il était et ménétrier il serait, et tant pis, il jouait déjà si bien qu'en l'écoutant on pouvait le prendre pour un ménétrier chevronné, et quand on était ménétrier on était ménétrier, il n'y avait rien à faire, ménétrier il serait, son fils aussi, et c'était sans doute normal, car son père à lui, le vieil Asle, et son grand-père, le vieux Sigvald, avaient tous les deux été ménétriers, c'était le destin dans leur famille d'être ménétrier, même si être ménétrier tenait plutôt du mauvais destin, a dit le père Sigvald, mais quand on était ménétrier on était ménétrier, quand c'était comme ça il n'y avait rien à faire, et tant pis, c'était ce qu'il pensait, a dît le père Sigvald, et si on lui demandait pourquoi c'était comme ça il répondrait que c'était lié au chagrin, à une sorte de deuil ou à un chagrin tout court, car la musique allégeait le chagrin et le faisait s'envoler, et dans son envol il se changeait en joie et en bonheur, et la musique servait à ça, c'était pour ça qu'il devait faire de la musique, et ce chagrin, tout le monde en avait sa part et c'était pour ça que tant de gens aimaient la musique, c'était sûrement pour ça, car la musique nous élevait et donnait de la hauteur à notre existence, que ce soit dans les enterrements ou dans les noces ou simplement quand les gens se réunissaient pour festoyer et danser, mais pourquoi on avait ce don pour la musique dans sa famille, il n'en savait rien, il ne saurait l'expliquer, bien sûr que non, car il n'avait jamais eu d'instruction, même s'il avait toujours été un bon ménétrier, ça oui, depuis qu'il était gamin, depuis l'âge qu'avait Asle maintenant, et Asle aussi était déjà un bon ménétrier, ils se ressemblaient sur bien des points Asle et lui, a dit le père Silvag, et tout comme lui-même avait accompagné son propre père quand celui-ci devait jouer dans les noces, c'était maintenant au tour d'Asle d'accompagner le père Sigvald pour apprendre le métier, et plus tard cet été il l'accompagnerait aussi quand le père Sigvald jouerait dans les bals, et il l'accompagnerait quand il jouerait dans les enterrements comme lui-même avait accompagné son propre père dans les noces, dans les enterrements et dans les bals, mais est-ce que ça lui plaisait de voir son fils devenir ménétrier, ça c'était une autre affaire, d'ailleurs personne ne lui demandait son avis, le destin ne demandait son avis à personne, et lorsqu' on ne possédait rien il fallait bien se débrouiller avec les dons qu'on avait reçus de Dieu, c'était ça la vie


P-51-52-53
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.........comme la remise à bateaux, ce qui était si important, toute une vie en quelque sorte, ce n’est plus grand-chose maintenant, c’est toujours comme ça , à la fin il n’en reste plus rien, ça disparaît , tout change, et ce qui existait autrefois devient quelque chose d’entierement différent, ça devient tout petit, rien du tout, c’est comme ça on n’y peut rien, c’est comme ça. p.110
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C'était un baiser prudent, elle dit
et il pose une main sur ses cheveux, mais il pose sa main sans lui toucher les cheveux, et ils s'enlacent, et ils s'étreignent, blottis l'un contre l'autre, et il pose la main sur les cheveux, et il se met à caresser ses longs cheveux foncés, de haut en bas, et elle pose sa tête sur son épaule, et je vois qu'ils restent comme ça, dans cette position, sans bouger, et ils ressemblent à une nouvelle image, à l'une de ces images que je n'oublierai jamais, à une image que je vais peindre, je vais les peindre et les dé-peindre, je vais les peindre et les dé-peindre dans cette position, je pense, car on a l'impression qu'une lumière sort d'eux quand ils sont dans cette position, enlacés, blottis l'un contre l'autre, comme s'ils ne formaient plus qu'un, dans cette position on a l'impression qu'ils ne forment plus qu'un, oui, blottis l'un contre l'autre pendant que la nuit tombe, pendant que l'obscurité tombe sur eux comme de la neige, l'obscurité tombe comme une chute de flocons mais une obscurité qui n'en demeure pas moins inentamée, non comme des pans d'obscurité mais comme une obscurité floconneuse, neigeuse, et plus cette obscurité s'épaissit plus la lumière jaillit, oui, une espèce de lumière sort d'eux, je le vois, et même si on ne voit pas la lumière on la voit quand même, car la lumière peut aussi sortir des gens, surtout de l’œil, et surtout par des étincelles, sous la forme d'une invisible lumière étincelante, mais d'eux sort une silencieuse lumière régulière, qui reste la même et ne change pas, comme si blottis l'un contre l'autre dans cette position ils étaient une seule et même lumière...
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...je me lève et je regarde le ciel et je vois les nuages se mouvoir dans leur blancheur sur le bleu du ciel et je regarde la mer dans son bleu plus profond et la mer est pleine de mouvements blancs et je me dis que Lars est comme la mer et comme le ciel, toujours changeant, de la lumière à l'obscurité, du blanc au noir le plus noir, c'est comme ça qu'il est, Lars, exactement comme la mer, me dis-je, alors que moi je suis plutôt comme la pierre ou comme les marais, pas vraiment inégale, mais marron et jaune, et moi aussi j'ai sans doute mes fleurs, me dis-je ...
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Asle et Alida arpentaient les rues de Bjorgvin, Asle portait à l'épaule deux ballots renfermant tout ce qu'ils possédaient et il tenait à la main l'étui contenant le violon qu'il avait hérité de son père Sigvald, et Alida était chargée de deux sacs de provisions, et cela faisait plusieurs heures qu'ils arpentaient les rues de Bjorgvin à la recherche d'une chambre, mais il n'y avait pas moyen de trouver une chambre à louer ; non, disaient les gens, on n'a pas de chambre à louer, non, disaient les gens, tout ce qu'on a est déjà loué, voilà ce que disaient les gens, et Asle et Alida se voyaient obligés de continuer à arpenter les rues, à frapper aux portes et à demander si on pouvait louer une chambre à louer, et où aller, où s'abriter du froid et de l'obscurité de cette fin d'automne, quelque part ils trouveraient bien une chambre à louer, et heureusement qu'il ne pleuvait pas, mais bientôt il se mettrait surement à pleuvoir et ils ne pourraient pas continuer à errer comme ça, et pourquoi les gens refusaient-ils de les héberger, était-ce parce qu'on voyait qu'Alida allait bientôt accoucher, ce n'était plus qu'une question de jours, ou parce qu'ils n'étaient pas mariés et ne formaient pas un couple légitime...
(Incipit)
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Les vêtements noirs et blancs, et la robe noire et moulante de madame Winckelmann, la collerette de dentelle blanche, ses cheveux châtain foncé, parfois presque noirs comme les miens, et puis sa bouche qui s'ouvre en un sourire et son sourire est un grand trou, noir, humide, son sourire est un trou marécageux, un lourd marécage qui me retient le pied, qui m'empêche de le soulever, je suis là, avec un pied qui s'enfonce dans le marécage, au-dessus de moi volent les mouettes, et là-bas, au bout du marécage, il y a la baie et la mer toujours remontée, les vagues qui frappent la grève, les galets, le sable et les rochers noirs, et mon pied qui est pris dans l'eau froide du marécage, l'humidité qui remonte jusqu'en haut de mon pantalon, je tire sur ma jambe, je me penche en avant et je tire et ça fait un bruit de succion et mon pied est libre et je fais un pas en avant, j'allonge la jambe autant que je peux, mais mon autre pied aussi est pris dans le marécage, et je dois avancer autant que je peux, et puis mon pied s'enfonce un peu plus dans le marécage et je dois tirer sur mon autre jambe pour la sortir du marécage, la tirer vers moi, puis avancer jusqu'au tertre, là-bas il y a un tertre, puis sortir du marécage et parvenir jusqu'à la lisière de la forêt, jusqu'aux arbustes de genévrier, parvenir jusqu'à l'endroit où est la lumière, sortir mon pied du marécage, comme une bouche, une bouche ouverte, puis avancer, doucement et avec précaution, jusqu'à l'endroit où la lumière se répand sur l'eau, jaune et blanche en dessous, jusqu'à la lumière, jusque là-bas où la lumière est blanche, jaune, puis blanche en-dessous et puis, là-haut, jusqu'aux nuages, là-haut, dans les airs là-haut, jusqu'aux nuages, là-haut dans les airs, les bleu, les blancs, les évanescents nuages blancs et bleus, là-haut dans les nuages blancs et bleus, là-haut, là, avancer, se dégager, avancer, se dégager, avancer, sortir le pied de la vase, de la terre humide du marécage, et puis avancer, se tendre en avant, silencieux, silencieux comme une fenêtre ouverte, peinte en blanc...
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...là Ales m'attend, elle et notre enfant, et je dois rentrer chez moi, je dois rentrer les retrouver, retrouver ma femme, retrouver notre enfant, mais qu'est-ce que je suis en train de penser ? Je pense, car je vis seul, je vais rentrer dans ma vieille maison à Dylgja, là où je vivais autrefois avec Ales, elle qui est partie à présent, elle qui repose en Dieu à présent, comme je le sens très distinctement, au plus profond de moi, elle qui ne marche plus sur terre mais à qui je parle quand même quand je le désire, oui, aussi étrange que cela puisse paraitre, car la différence n'est pas si grande, oui, la différence entre la vie et la mort, bien que cette différence paraisse indépassable elle ne l'est pas, car c'est vrai, je lui parle tous les jours à Ales, oui, presque tout le temps, et nous nous parlons sans prononcer de mots, presque toujours, et bien sûr qu'elle me manque, mais comme nous sommes très proches l'un de l'autre, et comme il ne reste plus très longtemps avant que n'arrive l'heure où moi-même je devrai aller là où elle est, oui, dans ces conditions, je m'en sors bien dans la vie, même si c'est moche, oui, la perdre revenait à tout perdre dans cette vie, oui, sa perte a presque eu raison de moi, et nous n'avons jamais eu d'enfant ensemble, donc pourquoi suis-je en train de penser que je rentre retrouver ma femme et notre enfant ? c'est sans doute parce que je glisse dans un assoupissement quand je conduis, et c'est dans l'assoupissement que cette pensée peut surgir, mais bon, je le sais, je ne suis pas plus fou que je le laisse penser...
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(...) Asle regarde la toile blanche, et il pense que non, non ça ne peut plus continuer, il n'en peut plus, il pense, maintenant ça suffit, il pense, plus question de peindre avec des photos comme modèles, plus question de peindre des cabanes et des granges au soleil, avec des hampes et des drapeaux norvégiens qui flottent au vent, avec des bouleaux qui viennent d'éclore, avec un Fjord bleu tout calme et scintillant, plus question de peindre autre chose que ses images, les siennes à lui, parce que sa tête est pleine d'images, elle en est tellement pleine que c'en est un fléau, oui, car les images se fixent en permanence dans sa tête, non pas comme une action ou un agissement, mais comme une sorte de photographie, prise tel jour, ici et maintenant, si bien qu'il peut en quelque sorte faire défiler les images dans sa tête, les unes après les autres, comme s'il avait un album photo dans sa tête où les images les plus étranges se fixeraient, les bottes noires du Grand-Père sous la pluie, tel jour, ici et maintenant, ou le Père passant une main dans ses cheveux, tel jour, ici et maintenant, ou la lumière tombant de son ciel sur le Fjord, tel jour, ici et maintenant, et à présent une succession d'images de la Sœur morte vient de se fixer dans la tête d'Asle et défile comme une série de diapositives, l'une à la suite de l'autre, et il porte ses mains à ses yeux, il les presse contre ses yeux, mais les images ne disparaissent pas, elles redoublent d'intensité, et il retire ses mains de ses yeux, et dorénavant, il pense, dorénavant, au lieu de peindre des images avec des photos comme modèles, des images de maisons et de propriétés, il va peindre les images qu'il a dans la tête, et il ne va pas les peindre telles qu'il les voit dans sa tête, parce que c'est une souffrance, une douleur, liée à chaque image, il pense, même si c'est aussi une sorte de paix, oui, une paix aussi, oui, il va dé-peindre toutes les images qu'il a emmagasinées dans sa tête, pour autant que ce soit possible, afin qu'il ne reste que la paix...
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