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Citations de Pierre Faupoint (12)


pit31   30 mars 2020
Les Écervelés de Pierre Faupoint
Là, Fantin a peur. Sa mère est pourtant comme à bout touchant avec lui, mais une peur, indomptable, l’étreint. Le petit Faki, sensible au trouble châtié de son copain, tente de le rassurer : « Di kasou ! Pou ko ! Pou ko ! Oum pou ko. » Fantin se tait. Il croit réentendre, dans la bouche de
Faki, des mots que sa mère a également utilisés plus tôt dans la matinée, mais il n’est plus très sûr de rien. Puis, un des onze hommes, sans l’ombre d’un doute, l’a choisi puisqu’il s’agenouille à un pouce de lui. De sa grosse voix, il lui dit : « Toumi. Pou ko di kasou. Sta pla. Tama pla ! » Pendant qu’il parle à Fantin, l’homme désigne le front, le coeur, puis le ventre de son corps naissant avec ses doigts huileux. Autour de lui, Fantin voit que cette scène se répète avec tous les autres enfants : un homme, à genoux, avec
les deux gros coquillages juste posés à proximité, prêt à peindre des motifs sur la peau de son jeune vis-à-vis. Fantin respire, respire, et quand sa mère, au surplus, s’accroupit dans son dos, il est submergé par un sentiment de bien-être remarquable.
« Toumi… » lui murmure-t-elle en posant un baiser tendre sur son épaule. « Toumi… di ko di kasou. Sta pla tama pla. Pla ! Pla ! » Puis elle s’empare de l’un des coquillages où une poudre rouge, fine, composée de minuscules cristaux, lui servira sûrement à pigmenter la peau du dos de Fantin. Quant à l’homme, qui, lui, s’est saisi du second gros coquillage, il y trempe ses mains qui en ressortent enduites d’un vert sombre et minéral. Aussitôt après, l’homme exécute des motifs linéaires et arrondis sur la poitrine de Fantin. Autour de son nombril, il dessine en pointillé plusieurs petits crânes humains imparfaits. Pendant qu’il tape sans ménagement sur le ventre reverdi par ses doigts, il lui explique, semble-t-il à Fantin, la signification des crânes ainsi ébauchés : « Oum sa sa ! Sa sa oum ! » Fantin n’y entend goutte mais son tatoueur a l’air si convaincant, en levant les bras vers le plafond de la grotte, qu’il le croit sur parole.
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pit31   30 mars 2020
Les Écervelés de Pierre Faupoint
Trente-cinq minutes plus tard, quand le crossover freina d’un coup sec devant la Clinique Astrid, Fantin n’avait toujours pas rouvert les yeux. Tibo s’était déjà extirpé de la place du conducteur tandis que Khris, d’une nonchalance inouïe, déverrouillait seulement sa portière. Trois internes,
un homme, deux femmes, vinrent immédiatement à leur rencontre avec un brancard monobloc. D’une efficacité redoutable, ils allongèrent Fantin dessus et, pendant qu’ils traversaient le hall de l’établissement, l’une des internes grimpa sur la civière à chevauchons. Elle fut ainsi plus à son
aise pour procéder aux étapes principales de son examen physique : les souffles cardio-vasculaires de Fantin étaient bons, ses intestins et ses poumons, a priori, n’en disaient pas le moindre mal. En fait, le garçon donnait l’impression d’être juste accablé de sommeil. C’était très inhabituel.
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pit31   29 mars 2020
Les Écervelés de Pierre Faupoint
Dès qu’il montra le bout de son nez dans la cuisine,
sa mère, tablier autour de la taille et hachoir à la main,
se retourna vers lui. Comme à l’accoutumée, d‘une voix
effacée – pour faire contrepoids avec la raucité de celle
de son mari – elle convia son fils à s’asseoir à la place
qui lui était réservée. La position de chacun répondait à
des impératifs absolus : en bout de table, le patriarche
profitait tout son soûl du téléviseur, juché en hauteur, dans un recoin de la pièce. La mère, à l’affût de chaque requête des hommes de sa vie, n’avait que le bras à tendre pour empoigner sa marmite basse. Et quant à Fantin, ce repas-là, comme tous les autres, n’était à ses yeux que prétexte à se nourrir. Il savait qu’il n’en ressortirait rien d’exceptionnel, ni même rien d’à peu près intéressant ; mais il avait fini par en faire son deuil.
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Lilou08   25 avril 2020
Je fus un mauvais homme de Pierre Faupoint
Puis, une voix, feutrée, que je connaissais si bien, si chaude, me chuchota : « Au revoir, papa… ». Ce fut comme un coup de massue sur la tête que je venais de recevoir ! Mais une massue de plumes, et de velours. Moi, moi qui avais tant espéré que Leila s’appropriât ces deux lettres magiques, ces deux syllabes salvatrices, interchangeables, « pa – pa », voilà qu’elle avait exaucé mon vœu le plus cher.
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pit31   31 mars 2020
Les Écervelés de Pierre Faupoint
Ce même lundi matin, à quelques kilomètres de là, le logement des Chaloupe avait déjà été secoué par plusieurs réveille-matin. Deux, pour être exact. Le père de Fantin avait quitté leur maison du Clos Marguerite avant que le jour n’eût lui. Il embauchait à six heures ; Fantin et lui n’avaient échangé nul mot. Vers les dix heures, Claudie était apparue, à la va-vite, à la minute près, comme chaque jour de la semaine. À l’instar de son Minou adoré, Claudie n’avait pas encore le droit de prendre une retraite qu’elle eût pourtant déjà bien méritée. Ainsi c’est usée, les os en friche, échinée par des années d’un labeur manutentionné, qu’elle se préparait à tenir son poste de
packeur, à temps partiel, dans un entrepôt de la périphérie de Areng-sur-Fault.
Il n’aurait su dire pourquoi, mais Fantin était réveillé depuis longtemps. Sans doute qu’il avait un peu honte d’entamer une convalescence qui allait le clouer à la maison pendant plusieurs jours. Tandis que, dans son chignon, sa mère emberlificotait amertume et grande lassitude. Alors il s’extirpa de sa chaise, se plaça en travers du chemin de Claudie, et l’obligea à cesser tout mouvement une poignée de secondes. Elle maugréa : « Fantin, mon chéri ! Je n’ai pas le temps pour ces enfantillages ! » Il s’en amusa : « Je sais, maman… je sais… » Puis, poussé par un élan d’amour ô combien réjouissant, il l’enlaça de toute sa tendresse. Et quand, après avoir humidifié très légèrement son index, il redessina le pourtour de ses lèvres pour que le rouge y
coïncidât à merveille, Claudie s’en inquiéta : « Tu ne vas pas faire de bêtises, au moins ? Hein, mon chéri ? Tu me le promets ? » Souriant, évidemment souriant, Fantin la rassura et lui dit à ce soir. Enfin, elle quitta à son tour la
maison.
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pit31   31 mars 2020
Les Écervelés de Pierre Faupoint
Intérieurement, Madeline se félicita que c’était dimanche soir et que les visiteurs avaient presque tous quitté la Clinique Astrid. Elle se disait aussi que, peut-être, l’addiction de Khris à l’héroïne pourrait être une alliée
de poids dans l’atteinte de leurs objectifs, à Luc et à elle. Alors, elle changea sans coup férir de braquet, c’est-à-dire qu’elle considéra Khris comme un être à part entière, avec déférence, omettant le côté répugnant de sa toxicomanie ; le jeune garçon en fut tout remué. Il avait toujours été
tellement en manque d’amour que les feulements de la Madeline, même outranciers, suffisaient à le rendre malléable comme de la pâte à modeler.
Chef d’orchestre impudique et lascif, la médecin-chef annonça du coup la couleur à Khris sans équivoque ni la moindre fausse note :
« Voyez-vous, Khris, même sans avoir utilisé de techniques invasives pour étudier le cerveau de votre meilleur ami, nous savons que celui-ci est exceptionnel.
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Lilou08   26 avril 2020
Je fus un mauvais homme de Pierre Faupoint
Derrière le comptoir de la cuisine, je n’en menais pas large. Je voyais bien que Leila avait du mal à me croire sur parole. Grâce à la relation surnaturelle qu’elles avaient toujours entretenue entre elles, Leila et Soquettes étaient comme deux sœurs jumelles. Et je n’aurais pas été surpris que la seconde eût dévoilé à la première la vérité sur notre voyage en voiture ! J’en étais là de mes pensées quand je m’aperçus que le journal télévisé de 19 heures accaparait toute l’attention de Leila.
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Lilou08   25 avril 2020
Je fus un mauvais homme de Pierre Faupoint
La nuit, expressive, balançait des étoiles filantes au-dessus de ma tête. J’avais causé tant de dégâts dans cette famille, pour sans doute, deux ou trois générations entières, que j’éprouvais un extraordinaire sentiment de satisfaction intérieure. Il était grand temps pour moi de disparaître. Avec, dans le bissac de mon âme, une seule idée, un unique objectif : traquer une nouvelle nourriture humaine.
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Lilou08   25 avril 2020
Je fus un mauvais homme de Pierre Faupoint
85 jours. Je resterais reclus 85 jours comme un chien. Alors que certains de mes collègues, bien plus concernés que moi par le trafic de stupéfiants, bénéficièrent de leur levée d’écrous les uns après les autres, le juge d’instruction souhaitait me tenir sous sa coupe. Il mit en exergue, pour me maintenir aussi longtemps captif, que je connivais aux actes suspects d’une famille connue de la région. Mais je n’étais qu’un jeune adulte, paumé, qui appréciait la compagnie des filles, et celles, de temps à autres, de l’absinthe et de l’opium.
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Lilou08   25 avril 2020
Je fus un mauvais homme de Pierre Faupoint
Après quelques instants, je fus installé, crépuscule brumeux, à l’arrière d’un fourgon sans chauffage. Assis sur la même banquette que la mienne, un brigadier, à l’air ribaud, proposa de me tutoyer. Il avait l’âge de mon père, j’aurais été dédaigneux de lui refuser un tel passe-droit. Et puis, après tout, frais émoulu de mes 18 ans, de la morve coulait encore de mon nez !
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Lilou08   25 avril 2020
Je fus un mauvais homme de Pierre Faupoint
Je me faufilai comme une ombre dans la nuit gélive. Posté sur le perron de la porte d’entrée, je vérifiai la présence de mon havresac, des instruments de torture que j’avais prévus : les cisailles crocodiles, l’araignée espagnole et la lampe à souder. Avec mille précautions, je saisis ma combinaison de peinture avec capuche et l’enfilai par-dessus mes habits de ville.
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Lilou08   25 avril 2020
Je fus un mauvais homme de Pierre Faupoint
De retour dans ma chambre d’hôtel, j’essayais de faire entendre raison à ma folie mais je sentis que mes efforts devenaient inutiles. Je perdais pied ; le fil de mon existence. Il me prit une envie de dingue de brûler le tableau qui me regardait de biais. La tête dans les mains, je m’interrogeai sur le vrai sens de ma destinée et, au bout du compte, je soupçonnai « le mec de là-haut », depuis belle lurette, de s’être pendu avec mes propres illusions.
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