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Note moyenne 3.65 /5 (sur 72 notes)

Nationalité : France
Biographie :

Sébastien Berlendis vit à Lyon où il enseigne la philosophie. Il a publié "Une dernière fois la nuit", "L’autre pays", "Maures" et "Revenir à Palerme" chez Stock.
En 2020, il publie "Des saisons adolescentes", chez Actes Sud, dans la collection Un endroit où aller.

Source : Editions Stock
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Entretien avec Sébastien Berlendis à propos de son ouvrage Maures :



28/07/2016

Maures propose une plongée directe dans vos souvenirs d’adolescence estivaux. Les paragraphes nous font chacun voyager dans le temps, sans chronologie particulière. Pourquoi cette construction originale ?



Maures est une plongée en adolescence dans une pinède au bord de la mer. Plus précisément un narrateur se souvient au présent de ses étés varois. Mais comme vous le soulignez, bien qu`écrit au présent, le texte entremêle différentes temporalités : un temps passé, un temps très lointain que le narrateur n`a pas connu et un temps présent. C`est ce qui explique la construction fragmentée et non chronologique de Maures. Il n`y a pas de plan préalable à l`écriture du livre, pas de scénario à proprement parler, mais cette construction s`est imposée d`emblée. Elle colle assez justement aux méandres de notre mémoire, à son caractère non linéaire. Chaque fragment peut ainsi être perçu comme une impression de mémoire, un flash photographique comme j`ai déjà pu l`entendre à propos de ce nouveau livre. Cet entremêlement des temps donne enfin (du moins je l`espère) une forme d`intemporalité. Même si quelques dates apparaissent, on ne peut pas exactement situer la narration.



Vous évoquez à plusieurs reprises des photographies de famille. Sont-ce celles qui vous ont servi de matériel à l’écriture du roman ? Comment avez-vous procédé pour vous remémorer tous ces souvenirs ?



Les photographies que vous mentionnez et qui apparaissent dans le texte existent vraiment. Elles sont au nombre de six. Elles datent de 1972 ( je n`étais pas né ) et m`ont tout de suite intrigué. Découvertes dans un vieil album photographique familial, elles présentent des scènes classiques de repas estivaux, des tableaux de réunions familiales, des paysages marins. Ce qui surprend c`est la sûreté du cadrage, la beauté de l`impression. Au dos est écrit juillet 72 et personne ne reconnaît l’écriture, nul ne sait qui a pris ces images.
Pour revenir à la construction du livre j`ai eu très vite l`idée de rompre l`évocation discontinue des souvenirs en insérant des chapitres datés. Ces ruptures créent une pause, offrent au lecteur une plage de respiration. Trois dates m`ont paru essentielles : 1959, l`année du premier été pour les grands parents; 1972, l`année de ces fameuses photographies et 1989, l`année des basculements pour le narrateur.
Concernant le travail de remémoration et l`agencement des souvenirs, je procède à la fois de manière réfléchie et instinctive. L`idée est que les fragments se répondent entre eux, qu`il y ait dans la construction quelque chose qui rappelle une partition musicale ( comme beaucoup j`imagine, j`écris à haute voix et il est essentiel que les fragments sonnent bien) ou un montage cinématographique. L`agencement du livre tourne autour de quelques espaces clairement identifiés: la pinède est le cœur du livre, et à partir de ce centre, d’autres espaces se mettent en place: la plage, les routes côtières, les salins etc... Je voulais également construire le livre autour de quelques figures importantes, celle du grand père paternel notamment qui fait lui même apparaître d`autres personnages, les grands oncles, les amis (en cela Maures peut être vu comme la tentative discrète de faire le portrait du peuple, au sens noble du terme, en vacances). L`autre figure importante du livre est celle des filles. Il y a ainsi dans le texte tout ce qui fait le sel d`une adolescence estivale: la découverte du désir, de la sensualité, des premiers émois .



Écrit à la première personne, on imagine que ce roman est tiré de vos propres souvenirs. Quelle place avez-vous laissé à votre imagination ?



Ce troisième texte est comme les deux précédents écrit à la premier personne du singulier. Je pars en effet de mes propres souvenirs, de personnages existant également. Mais très souvent cette base autobiographique se laisse débordée par la fiction, l’imagination, le fantasme même. En cela et sans vouloir me comparer à lui j`aime beaucoup la phrase de Patrick Modiano essayant de décrire son entreprise littéraire. Il parle d`autobiographie imaginaire. Et je ne pourrais pas dire mieux pour qualifier ce que j`essaie de faire à travers l`écriture. J`ai aussi l`espoir que ce je ne soit pas qu`un je intime mais qu`il soit au contraire davantage universel. L`important est que le lecteur puisse s`approprier le texte, que les souvenirs et les images évoqués fassent apparaître ses propres images, ses propres souvenirs



On sent, malgré l’innocence de votre personnage principal, une certaine omniprésence de la peur de la fin de l’été et du retour à la ville. Votre “vous” du roman est-il un éternel inquiet ?



Le texte très solaire dans ses premiers moments devient au fil des pages plus mélancolique. C’est la présence de plus en plus forte du grand père qui fait basculer le livre vers une tonalité plus sombre (c’est d`ailleurs le sens de l`expression utilisée en quatrième de couverture, c’est un texte entre ombre et lumière). Différentes inquiétudes transparaissent, celle de la disparition du grand père particulièrement, la crainte de la transformation de la pinède aussi (menacée par les incendies et les constructions nouvelles) et ces deux inquiétudes se font écho. Et à travers elles le livre questionne sans doute le passage parfois délicat de l`adolescence à l`âge adulte. Ce mélange de solarité et de mélancolie fait de Maures un texte de fin d`été.




On comprend que le fantasme de ce lieu de vacance se mêle à vos souvenirs. Y êtes-vous retourné depuis votre adolescence ? Quel effet vous font ces plages et ces routes aujourd’hui adulte ?



Chaque été je reviens dans cet espace varois et ce retour relève d`une nécessité très forte. Il n`est pas motivé par la nostalgie (je ne vis pas dans le regret de l’enfance) mais plutôt par la joie toujours neuve et présente de voir la mer, de retrouver ces territoires aimés. Et comme il est écrit dans le texte je n`ai pas la crainte de désenchanter mes souvenirs. Je me souviens aussi d`une phrase de Cesare Pavese que je citais dans mon premier livre, une dernière fois la nuit: "rien n`est plus inhabitable qu`un lieu où on a été heureux". J`adore Pavese mais là je pense exactement l`inverse. Je dois également voir ces espaces avec les yeux de l’adolescence !



Quel sentiment a motivé l’écriture de ce roman ?



Différents sentiments ont motivé l`écriture du texte. D`abord la joie très forte de faire revivre ces espaces d’adolescence, le désir d`écrire plus directement sur l’adolescence aussi. Les deux premiers évoquaient déjà cet âge mais en creux, de façon implicite. il y avait enfin une forme d’urgence. J`ai commencé à écrire Maures après avoir appris la maladie de mon grand père paternel. Il ne lui restait que quelques mois à vivre et à travers le texte j`ai en premier lieu souhaité lui raconter à nouveau les Maures. J`étais obsédé par le fait qu`il perde la mémoire et je voulais qu`il entende le maximum de pages (au final je lui ai lu la moitié du texte).




Par ce roman, vous dressez un portrait assez complet de votre petit coin de Provence, des couleurs aux sensations. Faites-vous un parallèle entre votre écriture et la photographie, que vous pratiquez également ?



Comme vous le notiez dans une question précédente, la photographie est particulièrement importante dans mon travail d`écriture. Je suis d`ailleurs venu à l`écriture par la photographie que j`ai pratiquée de façon demi professionnelle. De nombreux fragments sont inspirés par des images, des images que je fais lors de mes voyages, des images que je trouve (souvent dans des maisons ou espaces a l`abandon). Dans ma pratique photographique je n`utilise que des vieux appareils (que je charge de pellicules elles aussi défraîchies !). Il n`y a là aucune obsession passéiste mais je préfère le grain de la pellicule. L`imperfection de l`image aussi. Il en ressort des images pas toujours nettes, un peu floues même, doucement pâlies. Et j`apprécie lorsque mes amis ou des inconnus me disent qu`il y a une concordance entre mes images et mon écriture. Même si l`écriture vient préciser ou réinventer ce que l`image dit, l’important est que l`ensemble demeure suggestif, sensible ou sensuel, en tout cas assez peu explicatif ou démonstratif. Et que chacun, comme je l`ai dit plus haut, puisse intégrer ses propres images.
Concernant l`influence des images je pourrais évoquer aussi l`importance du cinéma (mon autre grande passion). J`aime construire mes livres comme on monterait un film. J`aime aussi écrire d`après certains films (dans Maures par exemple c`est surtout le cinéma italien des années 60 que j`avais en tête , les deux premiers films de Pasolini notamment, Mamma Roma et Accatone, pour la blancheur presque brûlée des images). Chaque fragment est alors comme une courte séquence cinématographique.



Ce roman semble s’inscrire dans la lignée de vos deux précédents, puisqu’il évoque à son tour une certaine nostalgie de l’adolescence et les lieux de votre jeunesse. Ces romans s’inscrivent-ils dans un projet commun ?



Même si avec Maures nous quittons l`Italie présente dans les premiers livres, ce troisième live s`insère dans la logique des deux premiers. On y retrouve les mêmes obsessions: la mémoire, l’adolescence, la question du désir, l`omniprésence des routes et des déplacements, la mer et l’été, le mélange d`autobiographie et de fiction, la figure du grand père, une certaine mélancolie (plutôt que de la nostalgie). Chaque texte peut être lu pour lui-même mais compose aussi sans doute une variation du précédent. Même si cela peut paraître quelque peu prétentieux de présenter les choses ainsi, c’est vrai que je pense en terme d`œuvre, j`ai l`espoir que l`ensemble de mes textes ne forme qu`une seule œuvre. Et encore une fois je pense au travail de Patrick Modiano et à cette expression déjà citée: construire une autobiographie imaginaire.




Sébastien Berlendis et ses lectures :



Quel est le livre qui vous a donné envie d’écrire ?



La Longue route de sable de Pier Paolo Pasolini.
D`ailleurs mon deuxième texte L`autre pays reprend l`idée du voyage italien (voyage du Nord au Sud, réminiscences amoureuses et traces familiales s’entremêlant).



Quel est l’auteur qui vous a donné envie d’arrêter d’écrire (par ses qualités exceptionnelles...) ?



Je lis beaucoup même lorsque je suis en pleine phase d`écriture et je dois dire que les textes et les auteurs sont davantage source d`inspiration plutôt que d`inhibition. Je peux bien évidemment être subjugué par un auteur ( Julien Gracq, Samuel Beckett. Pierre-Jean Jouve ou plus près de nous Annie Ernaux, Laurent Mauvignier m`impressionnent par exemple) mais cela ne va pas m`empêcher de creuser mon sillon, de chercher à faire entendre ma voix.



Quelle est votre première grande découverte littéraire ?



Marguerite Duras et Patrick Modiano ex æquo. Même si aujourd`hui je pencherais davantage vers Modiano ( je crois que vous avez compris mon amour pour lui!).



Quel est le livre que vous avez relu le plus souvent ?



Paulina 1880 de Pierre-Jean Jouve (je crois avoir recopié chacune de ses phrases!)



Quel est le livre que vous avez honte de ne pas avoir lu ?



Je me suis toujours dit (et mes amis aussi) qu`A la recherche du temps perdu, tome 1 : Du Côté de chez Swan... était pour moi. Un été j`ai commencé le premier tome et je me souviens que l’émerveillement l’a nettement emporté sur la difficulté. Chaque été serait alors consacré à la lecture de Proust. Deuxième été deuxième tome que je n`ai pas réussi à finir.... Mais j`y reviendrai c`est sûr!



Quelle est la perle méconnue que vous souhaiteriez faire découvrir à nos lecteurs ?



Je ne sais pas si ces auteurs sont absolument méconnus mais je citerais trois livres:
Sept ans de Peter Stamm ; Les Promesses de Marco Lodoli et Patmos et autre poèmes du poète Lorand Gaspar.



Quel est le classique de la littérature dont vous trouvez la réputation surfaite ?



Au risque de me faire des ennemis, Belle du Seigneur d`Albert Cohen



Avez-vous une citation fétiche issue de la littérature ?



" Je ne guérirai jamais de ces saisons lumineuses" d`André Hardellet.



Et en ce moment que lisez-vous ?



J’ai commencé Dernier Royaume, tome 1 : Les ombres errantes de Pascal Quignard. Une œuvre qui comporte plusieurs tomes. Après Dernier Royaume, tome 1 : Les ombres errantes, le tome VII Les désarçonnés, je viens de commencer le tome VIII Vie secrète. Érudition et sensualité de la langue, un régal qui élève !



Entretien réalisé par Marie-Delphine


Découvrez Maures de Sébastien Berlendis aux éditions Stock :


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Citations et extraits (54) Voir plus Ajouter une citation
Bookycooky   10 mars 2020
Des saisons adolescentes de Sébastien Berlendis
Un repas de midi, et le blanc partout qui éclate et fait plisser mes yeux. Le blanc des nappes, des serviettes, celui des robes, des fleurs de marguerite, des rubans dans les cheveux, la blondeur brûlée par le soleil de mes sœurs jumelles, les blancs des voiles du bateau qui attend, accroché au ponton. Seul le rouge des fraises des bois ramassées le matin, éparpillées sur la table à la fin du déjeuner, vient rompre cette blancheur.

( Texte d'un ado anonyme)
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Blackbooks   19 mai 2019
L'autre pays de Sébastien Berlendis
Il y a une certaine mélancolie lorsque je relis les voix des lettres et des cartes italiennes qui récitent le regret du Sud, le regret de la terre natale, et je ne connais pas ce sentiment de l’exil, ce besoin de l’enracinement, l’absence d’un pays.
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petitsoleil   30 septembre 2018
Revenir à Palerme de Sébastien Berlendis
Le dernier cap est en vue, nous ne pouvons pas être plus au sud, les pins déversent leur masse sombre, mes yeux fixent la ligne blanche de la route, mes mains déplient la carte géographique, retracent l'itinéraire. A certains endroits, le bitume s'effrite, les virages flirtent avec le vide, le vert du maquis, les agaves en fleur contrastent avec le bleu de la mer.
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valsing   21 février 2018
Une dernière fois la nuit de Sébastien Berlendis
Depuis six ans la maladie est dans chaque parcelle d'espace, l'asthme forme un dépôt qui durcit la poitrine. Je ne dors presque pas.
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LiliGalipette   06 juin 2016
Maures de Sébastien Berlendis
« Des récits de mon grand-père, c’est cette image du peuple en vacances qui m’émeut, l’image d’une vie d’été avec ses stéréotypes à laquelle je demeure fidèle. » (p. 22)
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LiliGalipette   06 juin 2016
Maures de Sébastien Berlendis
« Les filles s’écartent du sentier pour gagner les fougères hautes. Elles nous prennent la main, je suis un garçon qui marche derrière une fille, le sang et le cœur retourné. (p. 34)
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LiliGalipette   06 juin 2016
Maures de Sébastien Berlendis
« Cet été, Louise découvre la plage, les garçons, la frénésie, son corps. Avec elle, je découvre le mien. » (p. 50)
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LiliGalipette   06 juin 2016
Maures de Sébastien Berlendis
« Les images d’une adolescence au soleil continuent de modeler mon désir et mon imaginaire. Je me construis dans les souffles chauds, les idylles, l’horizon bleu, le sel marin. » (p. 71)
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LiliGalipette   06 juin 2016
Maures de Sébastien Berlendis
« Sans la présence de mes souvenirs et la voix de mon grand-père verrais-je autre chose qu’une étendue sèche de sable et des caravanes désolées. » (p. 81)
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blandine5674   01 octobre 2016
Maures de Sébastien Berlendis
J’aime tant l’odeur et le goût des serviettes trempées d’eau de mer qu’il m’arrive souvent de mordre le tissu-éponge.
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