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4.1/5 (sur 43 notes)

Nationalité : France
Biographie :

"Véronique Brindeau enseigne l’histoire de la musique japonaise à l’Institut National des Langues et Civilisations orientales où elle a été formée. Elle est aussi coordinatrice éditoriale à à l’Ensemble intercontemporain (Cité de la musique).
Elle a publié aux éditions Philippe Picquier des traductions de nouvelles d’Ikezawa Natsuki et et de Murakami Haruki." (source : Picquier)

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Les flocons de neige

comme ils paraissent légers

dans le clair de lune
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De ce temps d’avant l’histoire, les jardins japonais se
souviennent. Ils en témoignent avec soin, comme de tout ce
qui garde trace du grand âge, lui font place autour des temples
et portent au rang de trésor la mousse la plus simple comme
nous le faisons de chênes vénérables, d’arbres majestueux ou
rares, de roses. Il est ainsi à Kyôto, où vibrent pour les Japonais
les plus délicates tonalités d’une nature où ils aiment à se
reconnaître, un Temple des parfums de l’ouest, plus connu
sous le nom de Temple des mousses, dont la parure végétale
se résume à cet hôte ordinaire des forêts, la plus pauvre et
la moins délibérée des parures : don du temps qui passe, que
l’attention des jardiniers transforme en frais drapé d’émeraude
courant entre les érables, les camphriers, les cèdres. Au point
que ce haut lieu du bouddhisme zen, dont le nom d’origine
rappelle à la fois l’orientation, à l’ouest de la ville, et la direction
du couchant, paradis du Bouddha, figure aujourd’hui l’un des
archétypes du jardin japonais, admiré à l’égal des jardins secs
les plus fameux, et tout premier nommé au panthéon horticole
du Japon. Car c’est bien au Japon, et là seulement, que l’on
cultive et admire ces mousses modestes, détestées de nos
jardiniers, tout occupés au contraire à les détruire. Quand le
Japon les apprécie, les entretient et les cultive, l’Occident les
ignore le plus souvent ou les chasse : ennemies jurées de la
divinité pelouse, elles ne font guère les délices que de quelques
botanistes.
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Les mousses du toit
fleurissent elles aussi
et puis se dispersent
     
Kobayashi Issa
     
(Est-ce d’avoir traversé tant de deuils ? Issa, toujours, est du côté des oiseaux, des enfants, d’une certaine nudité du monde connue de ceux-là seuls que la souffrance dépasse ; et parfois il sourit ; admire le monde et sourit ; ses haïkus, il les égrène telles des stèles au long d’un sentier, celui-là est écrit après la mort de son deuxième enfant à peine né.)
     
‘Les mousses du temple Hônen.in' – p. 90
     
- - -
     
Et puis encore la « mousse d’argent », la plus répandue de toutes peut-être, l’une des plus résistantes aussi, que l’on trouve jusqu’au sommet du mont Fuji, et dont la couleur cendrée de cinéraire se reconnaît aussitôt (…) Que la plus ordinaire des mousses, qui pousse pour ainsi dire sous nos pas de citadins, porte un nom si précieux nous restitue un peu du délicat Pavillon d’argent de Kyôto et de son énigmatique aire de sable où vient briller la lune dont l’éclat lui donne son nom, bien plus que les feuilles d’argent qui ne vinrent jamais parachever le toit rêvé par le shôgun Yoshimasa, il y a cinq siècles. Voici la « grande ombrelle » et le « petit cyprès », la « mousse des sables », la « mousse-cigare » si commune aux murets de clôture dont les feuilles, par temps sec, virent au brun et se rétractent – puis s’ouvrent à nouveau, et verdissent, à la première ondée ; celle encore que l’on surnomme « écureuil » et qui grimpe en effet en spirale rousse sur les branches ; et puis la « mousse-phénix », à la double rangée de feuilles le long de l’empennage de sa tige, dont mon guide de poche affirme le plus doctement et le plus naturellement du monde qu’elle est en tout point semblable aux plumes de l’oiseau merveilleux, avec cette même assurance que l’on trouve au Sakutei-ki, le premier traité de l’art des jardins au Japon, au XIè siècle…
     
‘Noms de mousse' – pp. 16-17
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Tout à la pensée
des cerisiers en fleur
dessus la mousse
j’établis ma demeure
et sommeille au printemps
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La parole s’éloigne de vous tout naturellement, devenue inutile et déplacée. Ombreuse et douce, la mousse épouse la terre, la couvre d’un manteau et pas d’avantage on n’en peut isoler les brins que les flocons. Elle est le printemps perpétuel comme la neige est l’hiver, et comme elle, restitue le monde à son silence.
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Puisse ton règne
durer mille et mille générations
jusqu’à ce que les pierres
forment des rochers
tout couverts de mousse
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On se souvient de l'étonnement des critiques de cinéma en découvrant la place de la caméra dans les films d'Ozu. La fenêtre sur le jardin, la buée d'une théière s'élevant au premier plan, sur une table tout près du plancher, une tranche de pastèque sur un plat étaient vues depuis une position abaissée par rapport à notre regard habituel. Le bas du kimono des personnages y devenait parfois plus présent que les visages, les déplacements des êtres dans la scène tout entière révélaient les mouvements d'une danse à la fois subtile et banale, depuis que les chevilles enveloppée de chausses blanches nous apparaissent avec une telle proximité. Chaque élément du cadre était perçu dans une lumière autre, et la plus citadine des scènes d'intérieur prenait d'un coup une sorte d'assise rurale, les tables et les objets nous apparaissant pour ainsi dire de chant plutôt qu'en plongée, comme lorsque l'on marche dans un chemin creux d'où les prairies et la racine des noisetiers qui les bordent vous viennent aux épaules. Dans ce cinéma japonais, les lignes fuite avaient changé, l'horizon s'était abaissé. Chacun se tenait là, dans le commerce ordinaire des êtres, depuis une position moins dominante sur les choses - et quelle merveille pour les enfants que le monde ainsi fait, où les adultes ne sont plus si grands ni les meubles si hauts, où l'on peut tomber de son lit ou de sa chaise, mais où l'on s'endort sur un coussin au même niveau que ses parents qui continuent de converser ou se taire, dans l'amical tintement des menus bruits de la vie. Se tenir assis sur ses talons pour observer la nature au plus près du sol est peut-être au Japon une attitude plus naturelle qu'elle ne l'est pour nous, habitués que nous sommes à embrasser le monde du regard en interrompant seulement notre marche, même s'il ne s'ensuit pas que ce regard soit nécessairement celui d'une conquête ou d'une emprise. (Est sans doute Victor Hugo, exilé à Guernesey, debout devant son écritoire au faîte de sa maison de Hauteville, face à l'Océan, voyait le monde d'une autre manière, lui qui voyait aussi, comme aucun autre, les chardons bleus sur la dune.)
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Mais lorsque l'esprit du jardin de thé y demeure sensible, et son appel serein vers un retrait du monde, alors la mousse est là-aussi une substance primordiale comme sur le chemin précédent le pavillon où se déroule la cérémonie du thé. Le nom délicat de "terre de rosée" (Roji) donné à ce chemin, plein de la fraicheur toujours associée aux mousses qui le recouvrent, ne doit pas faire oublier la résonance bouddhique, car la rosée s'évaporera tantôt, comme est transitoire ici notre passage.
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Pour écrire un haïku, il faut des mots, bien sûr. Mais il faut aussi compter jusqu'à cinq et jusqu'à sept : avec tes doigts, dans ta tête ou tout haut, comme tu préfères ! C'est la deuxième règle. Et comme il n'y en a que trois, te voilà bientôt prêt à écrire ton premier haïku...
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Un chat vagabond
- comme il file sur le toit!
la lune en hiver
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