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Editions Métailié

Les Editions Métailié sont une maison d`édition créée en 1979 par Anne-Marie Métailié. La maison s`est d`abord concentrée sur la publication d`ouvrages de la littérature lusophone et hispanophone puis s`est ouverte sur des auteurs de nationalités différentes comme Christopher Klein (allemand), Massimo Carlotto (italien) ou encore Arnaldur Indridason (islandais). Il est à noter que les Editions Métailié publie tous les ouvrages traduits de l`auteure espagnole Rosa Montero.

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Dernières critiques
berni_29
  13 mai 2021
Le cycliste de Tchernobyl de Javier Sebastián
J'ai longtemps hésité à écrire cette chronique. Je tournais en rond autour de ce livre que j'avais repéré depuis longtemps déjà. Tout ce qui traite du sujet de Tchernobyl me touche pour diverses raisons.

Le texte évoque l'événement du 26 avril 1986, l'accident nucléaire de Tchernobyl et la tragédie qui s'ensuivit.

Nous connaissons bien sûr cet événement qui date de trente-cinq ans. Selon nos âges, il n'a peut-être pas le même impact sur nous. Ceux de ma génération se rappellent ce fameux nuage radioactif qui s'arrêta pile devant les Alpes pour les contourner et filer je ne sais où, sûrement vers l'Afrique ou les pays arabes... Une chance que la ville de Lourdes ne se trouvait pas dans le département des Alpes-Maritimes sinon nous étions bons pour entendre les cloches sonner jusqu'à la fin des jours... J'ironise, mais c'est une grimace, j'accentue à peine le trait car le récit dont je vais vous parler évoque justement ce mal qui peut accroître un mal qui s'appelle la désinformation...

À cette époque, j'étais depuis plusieurs années déjà un peu sensibilisé par un professeur de physique-chimie qui m'avait convaincu de la terreur nucléaire. Dès 1979 lorsque j'avais dix-sept ans, sur cette pointe chérie du Finistère nous avions résisté à ce projet d'une centrale nucléaire qui devait s'installer à Plogoff, proche de la pointe du Raz. Des artistes comme Jacques Higelin étaient venus soutenir notre cause. Mitterrand arrivant au pouvoir en mai 1981 supprima définitivement le projet. C'était d'ailleurs une des promesses de sa campagne.

Ce n'est pourtant pas de cette manière que je suis venu à ce roman, bien que mon cher professeur de physique-chimie avait alors décrit tous les risques qu'une centrale nucléaire peut engendrer et, malgré les sarcasmes qu'il recevait régulièrement, force est de constater que ses craintes se sont avérées justifiées...

Non, le sujet m'est revenu plus tard, depuis quelques années, comme un aiguillon, puisque ma nouvelle compagne est ukrainienne, elle habitait Kiev au moment de l'événement c'est-à-dire précisément à quatre-vingt quatorze kilomètres à vol d'oiseau de Tchernobyl. Par sa relation j'ai rencontré une femme brestoise qui fut toute jeune adolescente irradiée à Pripiat dont le corps aujourd'hui continue 35 ans après de souffrir de l'événement et une autre femme dont le père était pompier, déployé le premier jour par hélicoptère au-dessus du réacteur infernal. Il mourut le lendemain dans d'atroces souffrances ainsi que tous les autres membres de l'hélicoptère y compris un journaliste qui les accompagnait pour faire un reportage.

Mais revenons à l'histoire...

Au départ

Un vieil homme hagard

Venu de nulle part

S'égare

Dans l'histoire...

Que fait-il à Paris ? Il semble qu'on l'ait abandonné dans un fast-food des Champs-Elysées. Un quiproquo cocasse fait que le narrateur, présent à ce moment-là sur les lieux, doit le prendre en charge parce que les autorités locales ont déduit qu'il était son père... « Ne me laissez pas me tuer », c'est à peu près tout ce que ce vieil homme mutique sait dire. C'est alors que peu à peu le narrateur va découvrir l'ampleur du vertige et du drame qui touche ce vieil homme, son itinéraire, ce lieu tragique d'où il vient... Pripiat...

Pripiat, ville devenue fantôme après l'accident du 26 avril 1986, située à trois kilomètres de la centrale de Tchernobyl. Nous découvrons peu à peu un territoire postapocalyptique dans une réalité qu'aucun romancier porté sur cette thématique n'aurait peut-être malheureusement pu imaginer ainsi dans une telle horreur.

Car l'horreur de cette tragédie organise le récit en trois temps : avant, pendant, après.

Le récit nous révèle l'horreur ainsi : le lieu construit sur une faille sismique, l'accident lorsqu'il survient suite probablement à un test de sécurité mal assuré et qui démontre l'incompétence technique pour le gérer, mais peut-être et sans doute après ne serait-ce pas là que le récit révèle l'ampleur du plus grand drame, là où est venu le plus grand nombre de décès à cause de l'incapacité du régime soviétique à réagir à l'événement, à cause des réponses apportées, mais sans doute en raison de la désinformation liée au sujet puisque nous sommes encore sous le régime soviétique. En clair de centaines de milliers de morts sont venus pour des raisons humaines.

Le texte démontre, exemples à l'appui, la manière dont le régime soviétique a instrumentalisé l'événement et l'a accompagné à son bénéfice.

Voici un exemple flagrant :

Confidentiel. Protocole n°10 du 10 mai 1986. Dans la deuxième disposition, le Groupe stratégique du Politburo ordonnait du ministère de l'Agriculture de ne pas envoyer à Moscou la récolte de légumes, tubercules et autres produits des champs contaminés. Mais on pouvait les envoyer dans d'autres villes de l'Union Soviétique.

Vous en voulez encore un autre :

Confidentiel. Protocole n°32, du 22 août 1986. Afin d'éviter un excès de substances radioactives dans l'organisme, il faut disperser la viande contaminée et l'employer en charcuterie et conserves, à raison d'un dixièmes mélangé à de la viande propre. Cette prescription est valable pour tous les territoires, y compris la Moldavie, les républiques transcaucasiennes, le Kazakhstan et l'Asie centrale. L'unique exception sera Moscou, où les lots de viande contaminée ne seront pas envoyés.

Le cycliste de Tchernobyl, c'est Vassili Nesterenko, physicien spécialiste du nucléaire, un homme qui se bat, qui combat, qui se dresse, qui pédale, qui se promène dans un lieu qui devient invisible pour le reste de l'humanité. Effectivement poursuivi par la police du KGB parce que Vassili gêne, révèle des choses désagréables pour l'autorité soviétique, il abandonne sa Volkswagen au début de la zone de contamination après une course poursuite avec des inconnus qui détruiront sa voiture. C'est là que le côté cycliste s'imposera... Son véhicule brûlé, l'homme se saisit d'un vélo et fusionne avec une communauté qui vit sur place malgré l'interdiction, on les appelle les samosiol, ceux qui sont revenus dans la zone interdite. J'ai alors adoré ce temps approprié par une communauté humaine hors du temps et presque de l'espace, sur cette zone contaminée pas seulement par l'atome.

Cet homme, qui se bat, qui combat, est un homme de la science. Il aide, il va aider chercher à aider des femmes, des enfants, des hommes sur ce territoire qui est totalement anéanti. Il va attirer l'attention, informer, alors que le régime soviétique fera tout son possible de manière machiavélique pour effacer l'empreinte de l'erreur et de sa conséquence, fera tout pour taire cet homme, sa parole, son action.

Il y a des scènes inoubliables, avec des enfants dont les parents ne savaient pas ce qu'il fallait faire, démunis devant l'événement et la contradiction des informations qui suivront, des enfants qui n'auraient pas dû rester là, manger ceci manger cela. Vassili va les aider et prendre soin d'eux... Des enfants qui restent là et brusquement ressentent atrocement les effets de la radioacticté sur leurs corps. Je vous éviterai le détail sur les naissances qui ont suivi l'accident. Terrifiant !

C'est un récit façonné d'horreur, de révolte, d'amour et d'amitié.

Oui, il y a aussi des scènes incongrues de fraternité et de solidarité, il y a de la lumière qui se dessine dans ces champs bombardés d'atomes...

Oui parce qu'il y a de l'espoir dans ce récit, ce cycliste qui pédale dans cette zone interdite de Pripiat est éblouissant, parce qu'il n'est pas seul et que sa démarche sert.

Une communauté attachante d'hommes et de femmes se tisse, se dresse, rit, s'aime, danse, chante des chansons de Demis Roussos, étrangement vit et résiste dans un monde détruit.

Il y a quatre ans j'étais à Kiev et je fus sidéré de découvrir devant une agence de voyage une publicité invitant à une expédition pour Tchernobyl.

Je ressors ébloui et dévasté par ce texte qui dit beaucoup de choses pour moi.

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Nine33
  12 mai 2021
Les Fantômes de Reykjavik de Arnaldur Indriðason
Une deuxième enquête pour Konrad, policier à la retraite.

Une enquête bien noire, dans une Islande tres sombre, engluée dans des histoires presque insoutenables de violences faites aux femmes et aux enfants.

Konrad va également en savoir un peu plus sur son père.

Avec son talent habituel l'auteur rassemble peu à peu toutes les pièces du puzzle.
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Giraud_mm
  12 mai 2021
Perdre est une question de méthode de Santiago Gamboa
Victor Silanpa est à la fois journaliste et détective privé. Il enquête, pour son journal, sur l'identification d'un homme retrouvé empalé au bord d'un lac, et donne à l'occasion un coup de main à son ami le capitaine Moya de la police de Bogota.

Avant même que la victime soit identifiée, il apparait que les terrains sur lesquels elle a été retrouvée suscitent beaucoup de convoitises. Sentiment qui sera renforcé lorsque l'identité du défunt sera connue.

Silanpa est tellement investi dans son enquête qu'il néglige sa compagne Mónica, dont il est follement amoureux...



L'auteur signe là un roman noir, et une critique sociale, où s'affrontent les côtés obscurs de la société colombienne, en ayant l'intelligence de s'éloigner des poncifs connus que sont le trafic de drogue et les rébellions terroristes.

Une multitude d'acteurs se croisent, faibles et puissants, dominants et/ou dominés ; parfois on ne sait plus...

L'intrigue prend des chemins de traverse pour mieux nous égarer, entrecoupée par le récit du Capitaine Moya qui, tout au long du roman, résume sa vie pour lancer sa cure d'amaigrissement, avant de nous réserver une surprise finale...

Santiago Gamboa manie l'humour et les dialogues percutants, plus que l'action et les rebondissements, pour entretenir l'intérêt pour une histoire où l'on va de découverte en découverte, ou de supposition en supposition, et où les certitudes se font rares.

La découverte d'une Colombie méconnue...
Lien : http://michelgiraud.fr/2021/..
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