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Seuil

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AMR
  19 octobre 2019
Honorine de Honore de Balzac
Encore une fois, ma lecture dans l'ordre et in extenso de la Comédie humaine me fait découvrir un livre peu connu d'Honoré de Balzac… Entre longue nouvelle et court roman, Honorine est l'histoire d'une femme adultère que son mari n'a jamais cessé d'aimer et le récit d'une vaste entreprise visant à la ramener au domicile conjugal.



Balzac renoue ici avec le récit fait par l'un des personnages d'évènements passés dont la relation tend à soutenir une thèse défendue entre gens du monde : « en parlant littérature, on parla de l'éternel fonds de boutique de la république des lettres : la faute de la femme ! Et l'on se trouva bientôt en présence de deux opinions : qui, de la femme ou de l'homme, avait tort dans la faute de la femme ? »…

Le Consul général de France à Gênes, Maurice de l'Hostal , reçoit quelques hôtes de marque et se met en devoir de leur raconter un épisode de sa vie qui a marqué sa jeunesse... le comte Octave de Bauvan a été quitté par sa femme, Honorine, pour un amant avec lequel elle a brièvement connu la passion et la volupté et dont elle a eu un enfant. Abandonnée à son tour, son enfant décédé, elle vit en recluse dans une maison modeste et gagne sa vie en fabriquant des fleurs artificielles, sans savoir que son mari qui lui a pardonné et qui reste profondément amoureux d'elle, n'a cessé de tout organiser dans l'ombre pour lui faciliter la vie.

L'essentiel de la nouvelle va être consacré au récit du stratagème imaginé par le mari avec l'aide de son jeune secrétaire, Maurice de l'Hostal, pour déjouer l'hostilité de sa femme à son égard et favoriser leur réconciliation.

Si l'ensemble fonctionne plutôt bien, Maurice va devoir s'éloigner définitivement en se lançant dans la carrière diplomatique et en épousant une riche héritière, car il a entretemps succombé au charme d'Honorine… Il n'est pas anodin qu'il demande à son épouse, étrangement prénommée Onorina, d'aller voir leurs enfants, le temps de son récit…



Dans ce livre, Balzac met à l'honneur le point de vue féminin, entre son héroïne principale dont l'histoire nous est contée, et les trois femmes présentes, l'ambassadrice, la consulesse et Camille Maupin. Ces femmes censées naturellement être irréprochables, se révèlent impitoyables pour les femmes. L'épouse du narrateur a été éloignée durant son récit mais tout porte à croire qu'elle l'a entendu…

Honorine devient un personnage tragique partagée entre la passion et l'honneur. L'auteur n'hésite pas à donner des détails sur l'aventure qu'elle a vécue avec son amant, sa découverte de la sensualité et de la volupté, sur la maladresse de son mari qui n'a pas su s'y prendre avec elle ; puis le sens de l'honneur reprend le dessus, provoquant d'abord sa réclusion volontaire puis son retour au foyer conjugal. Elle provoque aussi la pitié de Maurice et de ceux qui la côtoient et se fait horreur à elle-même… Tous les moteurs de la tragédie, au sens classique, nous sont donc donnés à lire. Si Camille Maupin la qualifie de « grande âme », c'est qu'elle lui accorde un caractère sublime, accentué par son rapport avec les fleurs et la vie recluse.

J'ai également trouvé intéressant le mea culpa du mari, qui se rend bien compte qu'il a quelque chose à se reprocher vis à vis de sa jeune épouse, à une époque où nombre de mariages étaient arrangés : « j'ai compris que j'avais fait de ma femme une poésie dont je jouissais avec tant d'ivresse que je croyais mon ivresse partagée. Ah ! […] un amour sans discernement est, chez un mari, une faute qui peut préparer tous les crimes d'une femme ! J'avais probablement laissé sans emploi les forces de cette enfant, chérie comme une enfant ; je l'ai peut-être fatiguée de mon amour avant que l'heure de l'amour eût sonné pour elle ! ». de même, les hommes invités donnent l'impression qu'ils essayent de prouver qu'il peut rester des vertus à une femme après sa faute.



Honorine est un chant d'amour désespéré « qui procède de la tête, du coeur et des sens ». Malgré les bonnes dispositions du mari trompé, le repentir de l'épouse coupable, l'amitié sans faille et la loyauté du secrétaire… le dénouement (que je ne dévoilerai pas) sonne comme un glas ; heureusement, Balzac a laissé Camille Maupin, connue également sous le nom de Melle des Touches, conclure et la pensée de cette femme libre déjà rencontrée dans Béatrix recadre le débat dans les limites de la vie décrite dans les Scènes de la vie privée, hors de toutes dérives moralisatrices….

Encore une fois, une belle surprise. Je ne le redirai jamais assez : lisons, relisons Balzac.

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akcd
  19 octobre 2019
Dans la peau d'un intouchable de Marc Boulet
Marc Boulet négocie un contrat avec son éditeur pour pouvoir endosser pendant quelques semaines les habits et la vie peu enviable d’un mendiant intouchable à Bénarès, ville sainte au bord du Gange. Son objectif ? Ecrire un livre sur la condition d’un quart de la civilisation indienne, les sous-hommes, que les autres qualifient de sales, mangeurs de porc et buveurs d’alcool. Ce n’est pas la première fois qu’il tente un exercice de ce type, puisque quatre années auparavant, il avait déjà effectué l’exercice dans la peau d’un Chinois (Editions Bernard Barrault, 1988).

Il n’est pas non plus le premier à procéder à une métamorphose complète afin d’étudier une société de l’intérieur. Je peux citer, comme deux romans de notoriété certaine, Le Quai de Ouistreham de Florence Aubenas (Editions de l’Olivier, 2010) et, parmi les premiers du genre à ma connaissance, Dans la peau d’un noir de John Howard Griffin (Gallimard, 1976). L’exercice est donc classique et court le danger de juger une population avec un regard extérieur – but de l’opération, peut-être, mais biais sociologique.

Et de fait. La première moitié du livre m’a tellement fatiguée que j’ai été prête à abandonner. Le style journalistique est trop descriptif et l’autour utilise parfois des mots inappropriés. Marc Boulet décrit la dure vie des intouchables selon des critères essentiellement matériels (ils sont sales, ils dorment dans la crasse, ils se font battre par la police, ils mangent à peine…). Ce n’est pas inintéressant mais terriblement voyeur. Au bout de quelques nuits passées sur le parvis de la gare et quelques kilos en moins, sa manière de raconter bascule dans la complainte. Marc Boulet ne décrit plus les intouchables, il décrit ce que ressent un Français qui se travestit en Indien intouchable. Nuance ! C’est en accord avec le titre du livre, d’accord. Mais lorsqu’il évoque la dépression de Marc Boulet, l’ennui de Marc Boulet, l’envie d’alcool de Marc Boulet et les courtes pauses de Marc Boulet entre deux périodes de mendicité (avec douche, repas consistant et sieste au creux des doux bras de sa femme), il ne décrit plus la condition de vie d’un intouchable ; il décrit ce que peut ressentir un nanti qui sombre dans la déchéance. C’est toujours intéressant, mais toujours superficiel. Car la soumission à laquelle notre faux intouchable doit se plier devant l’autorité, les brahmanes ou les autres membres de castes de touchables, révulse en lui l’homme civilisé. Un intouchable de naissance a-t-il la capacité de réagir ? Toutes les études sur la servitude humaine et le maintien volontaire de certaines classes de la population dans des conditions de grande pauvreté le prouvent : les trop pauvres, même s’ils sont des millions, n’ont pas la force de se révolter. Ils ne sont pas dangereux.

J’ai donc failli lâcher le livre mais j’ai persévéré et j’ai bien fait. Petit à petit, le journaliste élève le débat. Il garde le ton de la révolte, mais ce n’est plus à sa propre condition qu’il la consacre mais à celle de son sujet d’étude, enfin. Il part des intouchables pour évoquer les droits de l’homme, mais surtout, et là ça devient passionnant, l’hindouisme, les humanistes de l’Inde (Gandhi et Ambedkar). Il évoque leurs incohérences, les aberrations d’un système modelé sur la sagesse qui traite un quart de sa population pire que des chiens écrasés, qui vénère les vaches et leur donne des déchets à manger, qui est végétarien mais qui laisse crever les poissons dans l’eau polluée des fleuves. Etc, etc, etc.

Qu’en est-il des conditions de vie des intouchables, depuis la sortie du livre il y a vingt-cinq ans ? Le sujet a évidemment aiguisé ma curiosité. Hélas, rien n’a vraiment changé. Les castes restent une réalité de l’Inde contemporaine. D’après Wikipedia que je cite, la National Sample Survey Organisation atteste de la persistance des inégalités de castes dans l’Inde contemporaine. Les basses castes sont sur-représentées dans les catégories les plus pauvres. Dans les campagnes, elles représentent 83 % de la population vivant sous le seuil de pauvreté alors qu’elles ne sont que 69 % de la population rurale totale. Le différentiel est encore plus grand en ville, où ces chiffres s’établissent à 67 et 48 % respectivement. Et le journaliste Marc Boulet insiste bien sur une des conséquences de ces inégalités : malgré les lois, la police indienne (les « chiens kakis ») peut tabasser à mort un intouchable sur simple accusation d’un membre d’une classe plus élevée. Les badauds qui se regroupent et se régalent du spectacle de rue n’interviennent jamais, de peur de subir le même sort. La soumission est de mise. Il est vraisemblable que la culture de castes ne disparaisse jamais. Pour que la violence institutionnelle disparaisse, en cela Marc Boulet est formel, il faudrait supprimer l’hindouisme. Tout simplement.
Lien : https://akarinthi.com/
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Paulo55
  19 octobre 2019
Fief de David Lopez (II)
FIEF raconte le quotidien flasque d'un de ces jeunes de ville moyenne, Jonas. Le roman s'inscrit dans son regard qui embarque assez bien le lecteur notamment grâce à une langue verte, remuante parfois violente, toujours bien sentie. Ça fleure bon la poésie de quartier (pour ceux qui aiment.) Et pourtant le quotidien n'est pas reluisant : ennui, fumette, un peu de sport, cartes, playstation...

J'ai apprécié l'humanité du personnage. Se dégage une tendresse touchante au coeur du vide et c'est au crédit de l'auteur. Mais le propos suit paradoxalement une structure trop scolaire. Chaque chapitre aborde un thème et on finit par s'ennuyer. Le long cunnilingus n'est pas sans charme. En revanche, la réception et le match de boxe manquent d'idées.

Mais c'est un premier roman et la sincérité de l'ensemble l'emporte.
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