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"Contre nature" raconte l'histoire de trois femmes qui se croisent en prison puis se rencontrent à la bibliothèque de celle-ci.
Ces trois femmes brisées par leur histoire de vie n'ont en commun que le fait d'être femme et d'avoir été victime avant de se retrouver en prison. Elles vont pouvoir enfin dire, se raconter, exorciser leur histoire qu'elles ont toujours tue , à travers un exercice proposé par la bibliothécaire.
C'est un livre puissant qui provoque un certain mal-être, un sentiment d'impuissance, un sentiment de révolte.
Cathy Galliegue explore l'âme humaine avec intensité, âmes blessées, meurtries qui vont tenter de se réparer par les mots.
Je retrouve dans ce livre la sensibilité et la pudeur que j'avais déjà appréciées lors de ma lecture de "Et boire ma vie jusqu'à l'oubli".
A lire !
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J'avoue être partagé après la lecture de ce livre.
Partagé entre le vouloir bien faire de l'auteure, et c'est plutôt réussi en ce qui concerne la partie "autobiographique" de ses trois personnages principaux, et sa vision "acquarosiste", voire angélique de l'univers carcéral, de la révélation et de la rédemption

Trois femmes sont en prison, deux quinquagénaires et une jeune femme de dix-neuf ans.
L'une des deux quinquagénaires, Leïla, est aide-bibliothécaire. Sage, lettrée, elle est le symbole de la réhabilitation dans un univers censé généré l'inverse, pire... la récidive.
Fille d'immigrés venus d'Afrique du Nord, son père homme foncièrement honnête et travailleur s'est pris de passion pour la langue française, lit énormément. La soeur et le frère de Leïla ont emboité le pas de leur père et sont devenus profs de lettres. Leïla, elle, a dérivé légèrement préférant être bibliothécaire.
Elle a épousé son patron, un Français de "souche" comme le rengainent "certains." Un mariage mixte qui a mis mal à l'aise ses parents, traînant péniblement le boulet de l'infériorité migratoire... sa soeur et son frère, lesquels ont décelé chez cet homme très beau, très enjôleur, un mâle alpha, un dominateur manipulateur, un pervers narcissique. Ils ont prédit à leur soeur un enfer matrimonial auquel leur benjamine n'a pas accordé foi. Vingt-quatre ans de vie commune plus tard la prophétie s'est hélas réalisée. Nul besoin d'être devin pour comprendre la raison de la présence de Leïla dans une cellule d'un quartier pénitentiaire.
Pascale est le copier-coller de Dominique Cottrez. Pour qui n'a pas entendu parler de l'affaire, Dominique Cottrez est une femme mariée, bonne mère bonne épouse, bonne aide-soignante, bonne voisine, bien intégrée, comme on dit, qui a commis huit néonaticides. Une mère infanticide donc, victime d'obésité et porteuse d'un passé pas facile à porter. Benjamine elle aussi, elle a été une petite fille que ses parents ont gavée... un biberon plein prenant immédiatement le relais de celui terminé. Biberons de lait mélangé à du beurre... puis bouillies saturées de saindoux. Sa personnalité s'est construite dans la satiété qui ne laissait pas le temps et la place pour l'échange. Très vite, elle est devenue à l'école le bouc émissaire. Elle a ou pas été victime d'inceste ( je vous renvoie à Wikipédia qui explicite en détail tout ce qu'il y a à savoir sur son parcours et ses différents procès... ce tout dont s'est inspirée Cathy Galliègue ).
Surnommée par ses codétenues "le monstre ", pas seulement à cause de sa difformité 1,55m pour 165 kg... mais surtout parce que même pour des hors-la-loi il existe des lois sacrées...
Elle est immédiatement en butte aux brimades, aux railleries et aux agressions des autres filles emmenées par "Paradis". Seule Leïla qui est intriguée par la personnalité de Pascale va approcher "le monstre"...
Vanessa, dite "Paradis" ... pour sa ressemblance avec... Joe le taxi...est la meneuse, la rebelle, celle qui ose défier les matonnes et contester l'autorité.
Cette jeune et très belle femme, âgée de seulement dix-neuf ans a un lourd background.
Fille de ces cités devenues dans notre roman national un "cliché", vivant coincée entre les barres d'immeubles désertées par l'ordre et le social et le périph, les bandes se les sont appropriées pour en faire ce que le jargon sociologisant a qualifié de "territoires perdus de la République..."
Le père de Pascal est au chômage depuis deux ans, après vingt années de bons et loyaux services comme ouvrier dans une usine qui a fini par délocaliser.
Il vit aujourd'hui reclus, tentant d'oublier sa honte grâce aux cubes de mauvais pinard et à la télé.
Sa mère est, elle, restée coincée à l'âge de l'adolescence heureuse. Elle vit dans un autre monde, et pour ce faire passe son temps à frotter, astiquer, tentant de faire briller, de faire luire la grisaille de leur quotidien.
Jusqu'à l'âge de seize ans, Vanessa, la plus jolie fille du lycée, était aussi une élève modèle, l'unique fierté de ses parents. Elle s'est promis, n'ayant pas choisi de naître ici entre l'ignorance et la violence et l'ennui, à coup de livres, elle franchirait tous les murs de la cité et qu'ainsi elle pourrait prendre son envol ( merci Jean-Jacques !).
Passionnée de dessin, elle rêve de beaux-arts, de beauté... jusqu'à ce jour où sa vie bascule dans un sous-sol sordide.
Pendant un an, trois fois par semaine, Vanessa va subir l'horreur des tournantes organisées par ceux qu'elle appelle "les loups"...
Il lui faudra la douloureuse expérience d'un avortement, dont ses parents ignoreront tout, pour se révolter et refuser d'être à nouveau la proie soumise.
En échange, le caïd de la bande en fait sa rabatteuse.
Durant une année, Vanessa devenue à son tour une "louve" recrute des jeunes filles sur le Net.
C'est après la plainte d'une mineure de quinze ans en fugue, que "Paradis" tombe et écope de cinq ans de prison pour proxénétisme.
Apparemment ces trois profils n'avaient pas grand-chose de commun, si ce n'est l'amour des livres et le besoin d'écrire...
Leïla et un concours d'écriture national vont les réunir pour poser de manière chorale des mots sur ce qu'elles ont vécu et toujours tu...

Un roman social, du déjà lu cent fois, vu et entendu cent fois plus, revu et visité avec la perception que s'en fait Cathy Galliègue.
Une perception qu'il est difficile "sociologiquement" de ne pas partager tant elle nous saute tous les jours aux yeux et aux oreilles à l'heure des infos. Pour certains, il ne s'agit même plus de perception mais de vécu.
Pas vraiment de critiques pour cette partie du roman.
Le trait n'est pas forcé, il n'y a pas de pathos racoleur... juste la gêne de l'emprunt copié-collé à l'affaire Dominique Cottrez...
La partie liée au milieu carcéral, que je connais un peu pour y être intervenu comme soignant et pour avoir pas mal lu sur le sujet, n'est pas idéalisé mais projette une interprétation positive un peu "maman Noël".
Ces détenues privées de ce qui est essentiel pour vivre... la liberté, ensauvagées par l'enfermement où règne la loi du plus fort ou de la plus forte... vont, grâce aux livres et à l'écriture être soudain les heureuses et inattendues récipiendaires des mots et de la lumière bienfaitrice qu'ils portent en eux.
Pourquoi pas ? Enfin, il m'a été difficile de suivre l'auteur sur ce chemin de la grâce retrouvée et de la salvation rédemptrice.
Troisième point de détail troublant, les trois protagonistes, lors de leur(s) procès, ont pris l'entière responsabilité de leur(s) faute(s) sur leurs épaules, refusant de révéler toutes les circonstances atténuant ou explicitant les fautes en question...
Hasard ?
Non, si l'on sait que cela va être utilisé pour servir de thème au concours d'écriture auquel elles vont prendre part une fois emprisonnées.
Ficelle narrative ?
Pour moi, c'est évident.
L'écriture, dont j'ai lu des appréciations très laudatives, ne m'a pas séduit.
J'ai eu tendance à la trouver heurtée, manquant de cet écoulement harmonieux qui fait qu'une plume a des sonorités de rivière, exceptionnellement de poésie.
J'ai lu un français correct, une langue maîtrisée mais peu habitée.
Un roman social sans grande envergure.
Cela étant, ce livre m'a donné envie de lire celui de Ondine Millot ( sur l'affaire Dominique Cottrez ) - Les monstres n'existent pas -.
Au plaisir de vous en parler...


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Ce livre, superbement écrit évoque des faits graves et des sujets abominables. Et pourtant, sa lecture est plaisante. Nous découvrant trois détenues et leurs histoires. trois vies ravagées qui les ont conduites en détention. Sans fausse pudeur, sans misérabilisme, nous suivons leurs parcours. le but n'est même pas de trouver des circonstances atténuantes ou de comprendre le geste. Chaque mot est à sa place, juste, mesuré et dosé parfaitement. Même la fin ne cherche pas à en faire plus qu'il ne faut.
Un excellent travail d'auteur et un livre qui marque par les sujets qu'il traite.
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Dans ce roman, Cathy Galliègue donne la parole à ses personnages qui se livrent d'une écriture percutante et directe. le lecteur est pris à témoin de vies difficiles aux multiples violences enfouies sous de faux-semblants. Et, malgré une certaine révulsion, il s'attendrit face à des protagonistes mises à nu qui se dévoilent sans tabou. Les mots utilisés par Pascale, Vanessa et Leïla ne peuvent que faire réfléchir et toucher celui qui les lit. de plus, ils forcent à aller au-delà des apparences.
L'alternance des récits de chacune donne du souffle au roman et tient le liseur en haleine. Celui-ci peut néanmoins se sentir moins "concerné" par l'histoire de Vanessa du fait qu'elle est narrée à la troisième personne alors que les deux autres sont écrites en "je". Un choix compréhensible car expliqué dans le texte, mais qui crée une distance entre le personnage et le public.
Un roman saisissant qui montre l'influence que la lecture peut avoir sur tout un chacun.
Lien : https://livresratures.wordpr..
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Ce livre raconte 3 femmes : Pascale, Vanessa et Leila. 3 femmes emprisonnées. Elles ont commis des crimes divers pour se retrouver aujourd'hui derrière les barreaux mais elles ont un point commun : elles se retrouvent là car elles sont chacune à leur manière victime de prédateurs, d'hommes.

Dès le début de ma lecture j'ai été embarquée par la plume de l'autrice et la narration à 3 voix. En revanche j'ai été surprise par le contenu du roman. En effet, en lisant la 4eme de couverture je m'imaginais que ce roman parlerait beaucoup de livres. Or ce n'est pas tout à fait le cas. Il est bien questions de romans, on y croise quelques titres notamment Autant en emporte le vent ou Vernon Subutex mais ce n'est pas le centre du roman puisque ces 3 femmes vont en fait se raconter.

Cela m'a un peu déçue, notamment au milieu du livre sur un passage que j'ai trouvé un peu long. J'ai aussi trouvé un peu disproportionné les récits de chacune des victimes, certains sont très brefs, d'autres plus longs mais cela était peut-être volontaire ?

Cependant malgré cette petite déception sur le thème du roman j'ai apprécié ma lecture. Surtout j'ai aimé la plume de l'autrice et j'ai parfaitement réussi à m'imaginer les personnages, tellement qu'à un moment je me suis demandé si cela ne serait pas inspiré de faits réels !

En bref la découverte d'une très belle plume !
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Cathy Galliegue et moi, c'est la rencontre fortuite, la découverte imprévue.
Si le Hasard existait toujours, ce Hasard qui jadis faisait (parfois) bien les choses, ce Hasard aujourd'hui supplanté par les nébuleux algorithmes, les recommandations numériques ciblées et les traceurs informatiques lâchement planqués dans les rouages de nos moteurs de recherche et de nos réseaux dits "sociaux", je dirais volontiers que c'est lui, le hasard et rien d'autre, qui m'a récemment conduit sur le site "actualitte.com".
Là était publié, sous le titre "Feel-good books : Est-ce que Sagan, Duras, écrivaient pour faire du bien ?", un article signé d'une Mme Galliegue dont je n'avais jusqu'alors jamais entendu parler.

Je suis d'une part complètement hermétique à ces fameux "feel-good books", et j'ai d'autre part trouvé assez pertinente la question posée sur Sagan et Duras, alors j'ai lu l'article avec attention.
Bien m'en a pris : j'y ai fait deux rencontres.

D'abord l'auteure passionnée, la femme de lettres bien décidée à faire reconnaître la valeur de son travail et à "donner aux histoires une petite musique différente, le style, peut-être".
Et puis la lectrice, aussi, celle qui fuit la facilité, qui se méfie "des trucs écrits à la truelle avec tous les ingrédients pour que ça fasse joli", celle qui aime être bousculée ("ce que je veux, ce que je cherche dans un roman, c'est qu'on me fasse du mal, qu'on me malmène, qu'on m'emmène dans les tréfonds de l'humanité et que j'en ressorte ébranlée").
Si c'est également votre cas, alors lisez Contre nature.
J'y viens (enfin !).

Contre nature, c'est une histoire tragique, l'histoire de trois "monstres", trois femmes incarcérées, trois destins chaotiques menant à la même impasse, la même case prison.
C'est une histoire de ventres aussi, de maternités douloureuses, refoulées, contrariées, de ventres trop pleins ou trop vides, de ventres profanés.
Trois histoires douloureuses en somme, sur fond de lourds secrets et d'univers carcéral glauquissime..
L'exact inverse du "feel-good", vous étiez prévenus.

> Comment et pourquoi ces trois femmes ont-elles atterri derrière les barreaux ? À vous de le découvrir, je ne dirai rien en l'absence de mon avocat.
> Comment vont-elles surmonter l'épreuve ? Par la lecture d'abord, et puis par l'écriture, quand l'une d'entre elles invite les deux autres à passer aux aveux manuscrits, à mettre des mots sur leurs crimes. ("On va leur donner ce qu'aucun tribunal ne nous a extirpé. On va dire ce que nous sommes les seules à savoir de nos vies intimes, cachées, honteuses. Et après ça, on sera un petit peu réparées, pas neuves, mais en meilleur état.")
La littéature comme meilleur moyen d'évasion, l'écriture comme premier pas sur le chemin de la résilience.

Tout cela est sombre, poisseux, éprouvant, et même si je suis généralement friand de ce genre de texte fort, j'aime quand même y trouver un peu de nuances et quelques motifs d'espoir, aussi ténus soient-ils, ne serait-ce que pour produire un effet de contraste encore plus saisissant. Ici, rien. Pas la moindre lueur dans la nuit des cachots où tout n'est que violence, colère et désolation. C'est un parti pris de l'auteur que je respecte, mais qui aura peut-être joué défavorablement sur mon plaisir de lecture.

Contre nature reste néanmoins un roman réussi et soigneusement travaillé dans la forme.
Il a le mérite de mettre en scène de manière efficace et originale des personnages complexes, plus humains que leurs passifs respecitfs pouvaient initialement le laisser supposer, des femmes en souffrance dont le principal tort fut sans doute d'être "entrée(s) par la mauvaise porte et bien trop jeune(s) dans le chaos d'une époque qui ne compte plus ses vaincus, qui ne se retourne même plus sur leurs dépouilles et les pousse du pied, hors de vue".

Un récit à trois voix puissant, terrible et cruel jusqu'à la dernière page, auquel il aura malgré tout manqué un je ne sais quoi pour que je sois complètement conquis...

Lien : https://actualitte.com/artic..
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3 femmes en prison, 3 destins épouvantables inspirés de faits réels. Condamnées, Pascale pour infanticide, Vanessa pour proxénétisme, Leïla pour crime passionnel. Leur vérité est tout autre. Derrière ces mots, des femmes qui n'ont pu échapper à leurs prédateurs, à la violence de leurs conditions de vie jusqu'à commettre l'irréparable. A l'instigation de Leïla qui s'occupe de la bibliothèque, elles vont réussir par la lecture d'abord puis l'écriture à dévoiler leur moi profond.
Pour l'instant la prison est un refuge, la sortie sera difficile.
Des personnages très bien analysés dans leur complexité, un roman particulièrement émouvant.
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Trois femmes détenues, Pascale, Leïla et Vanessa, participent à un atelier d'écriture au cours duquel elles vont se livrer par écrit. Nous allons connaître leur histoire, leur personnalité et ce qu'elles ont fait pour en arriver là. ● Je vais aller à contre-courant de la majorité babéliote car ce roman ne m'a pas plu, même si le style de l'autrice présente des qualités. ● Je trouve que seul le personnage de Pascale réussit vraiment à s'incarner dans ce récit. Ceux de Leïla et de Vanessa ne me paraissent pas suffisamment caractérisés, au point que je les ai confondus pendant presque tout le roman, sauf à la fin, quand on apprend la raison de leur détention. ● Ce qui me chiffonne surtout c'est que l'autrice a pris trois personnages non pas de criminelles mais de victimes pour camper ces détenues. C'est paradoxalement ce statut de victime qui les a amenées en taule. Aussi on ne peut qu'être dans une empathie complète avec elles et furieux contre ce système judiciaire, et plus globalement cette société, qui les a mises là. Il aurait été beaucoup plus fort de faire compatir le lecteur envers de véritables criminels. ● C'est aussi une manipulation que de laisser croire que les prisons sont remplies de victimes. On condamne aussi et, à vrai dire, surtout, des criminels.
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‌Un texte sobre et court visant avec la ténacité d'un missile tête chercheuse son sujet, l'emprise. Ses multi-sujets même, puisqu'on y côtoiera force questions philosophiques et une large palette du nuancier des émotions.

C'est un beau travail d'auteur, qui va nous prouver que la force d'un roman c'est de retourner son lecteur à son insu et substituer la compréhension au jugement tout prêt , le sandwich-triangle de la pertinence. Comprendre l'inexplicable.
L'instant T du procès , forcément tronqué, partial, sous-alimenté, ne peut être qu' une pâle caricature de la complexité de vies qui se sont télescopées pour le pire et l'extra-moche.


Ces 3 existences piétinées, l'auteur nous en reconstitue progressivement la genèse, et y insuffle habilement la densité émotionnelle qui nous fait plonger dans le film de leur vie, remontant parfois sur les 25 dernières années.
Une honte intime, extrêmement profonde et intense, les a tout d'abord tétanisées avant de les faire disparaître comme personnes.

Bien sûr que la justice ne peut que tâtonner à tenter la même chose avec ses moyens rigides. Quel archaïsme aussi que les audiences publiques, ou de manière plus générale la publicité morbide faite autour des faits divers, forçant probablement des décisions à la main lourde pour satisfaire la meute scandalisée et bête. Bête parce que se croyant ontologiquement du bon côté de la vitre, éloigné de tout trébuchement, tout danger écarté de se prendre les pieds dans le grand tapis de la vie.


Sur ces 3 vies qui comparaissent, la justice a malencontreusement oublié de nombreux protagonistes, tous ceux, bien planqués, qui ont bousillé avec constance des enfances aux joues rebondies et des jeunesses pétulantes et confiantes.
Sur ces cas précis en tout cas, la justice lâche la proie pour l'ombre : la personne qu'elle tient sous son projecteur n'est là que parce que d'autres ont fait de sa vie du petit bois. La frontière de la culpabilité est mouvante, friable, et repose mal à propos sur les épaules d'un seul.


L'auteur achève sa mise à nu en faisant apparaître l'éthique cachée de ces femmes, en particulier la loyauté. Une source qui les fera parfois se torpiller elles mêmes dans leur défense , car dire ce serait trahir , trahir quelqu'un qui , là encore, a échappé à la focale du Grand Jeu de la Vérité et de ses toges noires. A ce moment, oui, on pivote et on se reconnaît semblable à ces 3 femmes, comme nous partagées entre des forces contraires , commettant des erreurs énormes et tragiques mais aussi porteuses d'une pulsation vers l'autre que personne ne pourra leur ravir.

Et on se dit que la véritable différence entre elles et les autres, c'est plus la malchance, le karma social, et non une différence intrinsèque. Une question nous taraude alors : y-a-il une différence de nature entre celles qui ont tué, déraillant après des années de sévices, et les meurtres en série qu'un Etat nous somme de commettre en temps de guerre ? ou le génocide à grande échelle des abattoirs ? Si toute vie est sacrée, ce sont surtout les conventions d'une civilisation qui statuent sur les meurtres autorisés et ceux qui ne le sont pas.

L'éternel grand absent des tribunaux c'est aussi l'Inconscient. Il rôde tout au long du texte , de son vol lourd , le Grand Mwouhahah, qui nous téléguide tous, la seule variation étant la position du curseur entre petit pet-au-casque mignonnet et pet-au-casque totalement barré, toutes les nuances restant finalement dans les frontières de l'Homo Petaucasquus, grand vainqueur incontesté de l' Évolution. Une fraternité qui nous prend par surprise, donc, la dernière page refermée sur ces vies bouleversées et qui prennent aux tripes.

j'ai beaucoup apprécié aussi les 2 dernières pages, plaisamment irrévérencieuses, et qui claquent le beignet à la dernière bien-pensance qui nous resterait.
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Son procès a été fortement médiatisé, on l'a vue à la télé, on l'a entendue pleurer. Parce que, par huit fois, elle tué ses enfants. Des enfants qui n'ont même pas eu le temps de crier. Des enfants dont le père n'a jamais soupçonné l'existence. Parce que cachés dans un corps imposant. Déclarée coupable, Pascale va bientôt se retrouver derrière les barreaux. À la prison, nombre de femmes l'attendent, celle que déjà, elles surnomment "le monstre". Prêtes à lui faire la peau. Vanessa la première. Forte en gueule, la cheffe de meute compte bien lui en faire voir. Et c'est d'un oeil presque indifférent que Leïla observe ses codétenues. C'est dans les locaux de la bibliothèque, où travaille cette dernière, que les trois femmes, que tout semble opposer, vont peu à peu se rapprocher...

Trois femmes dans les couloirs d'une prison. Trois femmes au passé difficile. Pascale, qui a tué ses huit enfants sans que jamais personne ne le sache* ; Leïla, femme révoltée qui croit en la puissance des mots et dont on découvre, au fil des pages, les raisons de son incarcération et, enfin, Vanessa, surnommée "Paradis", jeune femme victime pendant de longs mois de viols à répétition dans les caves de la cité. Ces trois femmes, bien que condamnées pour des faits graves, nous émeuvent, nous touchent dès les premières pages. Car, sous la plume, intense et percutante de Cathy Galliègue, elles prennent vie et forme, se métamorphosent, se révèlent et, sous nos yeux, nous paraissent non pas des femmes répréhensibles mais des victimes (de la société, des hommes...). de l'incompréhension à la compassion, en passant par la révolte, la stupeur ou encore l'empathie, c'est tout un flot d'émotions qui nous submergent au fil des pages. Des pages que l'on parcourt le coeur serré...

* L'auteur s'est inspiré de l'histoire de Dominique Cottrez, accusée d'avoir tué huit de ses nouveau-nés entre 1989 et 2004.
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