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Critiques filtrées sur 5 étoiles  
Un excellent roman. Mais avant d'en parler, il me semble important, au vue des étiquettes qui lui sont attribuées, de préciser ce qu'il n'est pas :
Bien qu'il y ait beaucoup de policiers et d'actions policières, ce n'est pas un roman policier (pas d'enquête, pas de crime, tout au plus une grosse infraction suivie d'une fuite et d'une traque)
Les scènes en pleine nature sauvage sont très nombreuses, dans des paysages proches de ceux de Dersou Ouzala, mais si vous êtes contre la chasse, mieux vaut passer votre chemin…
Ce n'est pas non plus un roman noir, mais с'est désespérant au possible, anti feel good. Il s'agit d'un roman sociétal. L'histoire se déroule en extrême-orient russe, près de la mer d'Okhostk. le village de Rybatchi est au bord de la mer mais les habitants vivent plutôt de la chasse et de la pêche en rivière. Mais pour pêcher et chasser, il faut des permis, accordés selon le bon vouloir (et surtout contre monnaie sonnante et trébuchante) par les autorités locales. Sans compter qu'il est bien difficile de trouver un débouché légal aux produits de la pêche et de la chasse, pour cause d'infrastructures défaillantes. Cette année-là, interdiction de pêcher, seuls les oeufs de saumon intéressent les autorités. C'est totalement illégal, donc ça va rapporter très gros. Tout le monde y gagne, un équilibre instable règne. Mais voilà qu'un incident de rien du tout éclate : Stepane Kobiakov rentre dans une voiture de police mal garée, un adjoint ambitieux, pas très au fait des pratiques locales, veut fouiller son véhicule, et tout part en sucette. Kobiakov prend la fuite, les flics se sentent ridiculisés, une chasse à l'homme s'organise, l'équivalent russe du GIGN est appelé en renfort.
Volia volnaïa, « libre liberté », c'est le titre d'une chanson cosaque (qui ne finit pas bien ), cela évoque Stenka Razine, tout un programme,... Volia signifie liberté, celle des grands espaces, de la vie sauvage, c'est aussi la liberté de penser. Mais ce n'est pas la même chose que Svoboda, la liberté de l'homme juridiquement libre...
Les personnages sont bien campés, les attitudes de chacun, leurs personnalités, leurs motivations, tout ce qui peut expliquer l'enchaînement de leurs décisions maladroites est détaillé, entre des descriptions splendides de paysages et quelques cuites. Il y a
Guenka le chasseur, Tikhi le chef de la milice plutôt pépère, dépassé par son nouvel adjoint Gnidiouk, Kobiakov, intègre, mais impulsif, Ilya le riche Moscovite qui cherche à fuir la vie urbaine corrompue dans cette nature hostile mais libre, Balabane, chanteur musicien qui joue le Requiem de Mozart en pleine taïga, et pas mal d'autres.
Cela se passe au bout du monde, très loin de Moscou, mais quelle belle manière de montrer à quel point le pays est gangréné par la corruption.
Dans un interview de 2014, l'auteur explique que si tout est fictif, chaque chapitre est tout à fait vraisemblable et, hélas, typiquement russe. Au passage il nous apprend qu'il a vraiment vécu la scène du Requiem et celle avec l'ours. Quand j'ai refermé le livre j'avais l'impression d'avoir lu un roman déprimant au possible, mais pour l'auteur, pas du tout, car à chaque instant chaque personnage aurait pu prendre une autre décision. Un optimisme très minimal tout de même. Heureusement, il y a de très bons moments, le plus souvent solitaires, au coeur de paysages époustouflants (genre Dersou Ouzala, Sylvain Tesson ou André Makine).
Ce livre a été primé (prix Russkiy booker 2014 et prix Bolchaïa Kniga 2014) à sa sortie pour « son regard ouvert sur les conflits sociaux contemporains ». Dire que c'est l'année où la Russie a annexé la Crimée !
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Liberté libre!
Je sors de cette lecture un peu saoule de vodka, les poumons engorgés de fumée de cigarettes mais la tête pleine des grands espaces de la taïga et le coeur débordant de liberté et de volonté.
Je n'ai que le goût de chevaucher une motoneige et de rejoindre les épinettes du nord québécois. D'entendre le silence… sinon, le craquement des arbres, les oiseaux, le vent…
Ce roman est une ode à la nature dans tout ce qu'elle a de beau à proposer et à sa rudesse; mais aussi à ce que les hommes malfaisants sont capables de lui faire ainsi qu'à leurs congénères.
Nous sommes dans un petit village russe de
Sibérie où tout se rapporte à la chasse et à la pêche. le braconnage est roi et la corruption de la milice mène le bal.
Les oeufs de saumons valent leur pesant d'or et la chasse à la zibeline est plus qu'un sport.
L'histoire tourne autour de Kobiakov qui lors d'un simulacre d'altercation, refuse de céder le fruit de ses efforts aux miliciens. le village en entier se retrouve impliqué dans cette affaire qui dégénère tellement que Moscou doit envoyer des membres d'une unité des forces spéciales pour la régler.
Mais comment survivre dans cette immensité? Les villageois sont très bien outillés et le roman décrit très bien les techniques de survie en forêt. Il en est de même avec la lutte entre la loyauté à ses amis et le respect des traditions; et l'asservissement de l'état et la quête identitaire des russes qui ne connaissent que les pots de vins et la privation.
L'auteur nous fait bien ressentir la volonté de liberté de la masse populaire russe mais également le silence dans lequel elle est tenue par rapport à la politique et la désinformation qu'elle subit. L'immensité du territoire en est en partie responsable ainsi que la cruauté de son gouvernement.
J'ai beaucoup aimé cette lecture mais j'y ai mis du temps car je me perdais totalement dans les noms des protagonistes et je devais sans cesse me référer à la liste du début. Il m'a fallu une bonne dose de courage pour passer au travers et j'ai quelques fois penser abandonner mais la finale vaut tellement le coup! A la pensée des critiques élogieuses des amis (es) babeliotes, j'ai tenu le cap et j'ai traversé l'immensité des richesses de ce roman.
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La taïga est le personnage principal de ce roman. Magnifique, magnétique, impitoyable, rude, très rude.
Le roman se permet avec bonheur de grands moments contemplatifs. Les hommes s'arrêtent parfois pour juste admirer la nature qui les entoure.
Et j'aime quand le récit se permet ce genre de pause (vous ai-je parlé du film « Ghost in the Shell » de 1995 ?)

## Mais où sommes-nous au fait ?

Le récit se situe aux confins de la Russie non loin des terres Yakoutes.
Une petite communauté vit de pêche, de chasse et du trafic des oeufs de poissons. Un véritable or rouge.

## Mais quand sommes-nous ?

C'est un récit contemporain.

## Et les hommes ?

Les hommes ne sont pas « magnifiques ». Certains sont braves, droits et justes. D'autres, beaucoup plus lâches et veules.
Mais de toute façon pour vivre avec un peu de « confort » il faut un « métier » à côté.
Personne n'est blanc comme neige.
Alors tout le monde contourne la loi sous l'approbation de la police qui ponctionne 20 % pour fermer les yeux.

> Peut-être pensait-il que tout flic qui se respecte doit avoir son business. Ce n'était pas lui qui l'avait décidé, c'était la coutume.

Chacun vit sa vie et savoure la liberté sans pareille au milieu d'une nature sans limites.
La vie est rude et l'alcool coule à flots. Vraiment à flot. On boit de la Vodka ou des tors boyaux tout le temps, constamment.
Pas de repas sans Vodka.
Pas de rencontre sans Alcool.
On part en « expédition » dans la taïga sur un coup de tête après avoir beaucoup trop arrosé une discussion nocturne.
Il faut alors de la chance pour en revenir.

Un incident stupide entre un habitant et un policier nouveau venu va prendre des proportions dramatiques.
Le fragile équilibre de la communauté qui tenait surtout par un accord tacite « laisse-moi tranquille » vol en éclat.
C'est pour tous un révélateur : « Sommes-nous aussi libres que l'on veut bien le croire ? »
On peut se moquer du système, de Moscou… mais tout ça se rappelle avec force à tous.

Le récit est très bien dosé (à mon avis) entre moments de contemplation, tension, rencontres.
J'ai trouvé les personnages très intéressants : du plus rebelle au plus résigné, tous sont « vrais ».
Personne ne sonne faux.

## Élargissons le cadre

Le roman donne un éclairage bienvenu sur la perception du pouvoir et de la liberté en Russie

> En Russie, le pouvoir avait toujours été une vache sacrée. Même ici, dans ces lieux reculés qui depuis la nuit des temps servaient de refuge contre les persécutions de toutes sortes et où le servage n'avait jamais pris, où des hommes plus qu'indépendants vivaient au sein d'une nature rude, les gens s'indignaient, non pas de la mauvaise structure du pouvoir lui-même, mais de l'injustice de ses actions. C'était stupide à n'y rien comprendre !

Les hommes boivent, mais leur liberté est un constant sujet de discussion

> Tous les gars du coin se ressemblaient : ils voulaient une vie libre. Même au prix d'un pouvoir inique.
Or un pouvoir inique corrompt même la liberté

On parle de changement de pouvoir en ce moment pour la Russie. Changement vraiment ?

> Il savait pertinemment que de son vivant le pouvoir ne s'améliorerait pas en Russie. le gouvernement actuel, la situation actuelle correspondaient précisément aux aspirations de l'absolue majorité des citoyens, à l'idée que ceux-ci se faisaient du bien-être.

Deux mondes qui s'ignorent

>… Il comprenait bien qu'il n'existait rien de commun entre ceux qui regardaient le ciel depuis leurs bureaux moscovites, passaient leurs soirées au restaurant ou au théâtre, distribuaient les licences de pêche et de chasse, les autorisations à extraire l'or… et un Onc' Sacha qui sillonnait la taïga sur son vieux tas de ferraille.
Rien ne les unissait : ni Dieu, ni un tsar, ni même un guide bien-aimé.

Sur Moscou et le pouvoir

> — Bon, chez nous, d'accord, c'est l'arbitraire, disons. Si tu es procureur, les autres n'ont qu'à se tenir à carreau. Mais tu prétends que c'est pareil à Moscou ? Ça veut dire que le pouvoir est pourri partout ?
— À Moscou, c'est pire. Ici, malgré tout, subsistent quelques valeurs humaines. Là-bas, il n'y a que l'argent.

## Points délicats ou qui peuvent l'être

* On s'appelle par le prénom et le nom de famille, ou par le prénom seul, ou par un diminutif, ou par un surnom !
Et oui vous n'échapperez pas au moment « Mais de qui parle-t-il donc ? »
Pas facile de suivre par moment
* Chasse : Pas question ici de chasse à la « galinette cendrée », mais chasse il y a.

## Quelques citations pour se rendre compte du ton du livre

> En avançant en âge – il avait quarante-trois ans –, il s'était mis à apprécier de plus en plus cette vie solitaire au coeur de la taïga. Il en était lui-même étonné : avec les années, bien des choses cessaient de l'intéresser et s'éloignaient en douceur, quittaient sa vie, mais cette attirance-là ne faisait que croître. Dans la forêt, il se sentait toujours bien. Mieux qu'ailleurs, avec qui que ce soit.

> La chanson préférée du Cuistot narrait l'histoire d'un gars qui cherchait l'amour et la liberté, mais qui était tombé sur une belle garce, une traîtresse. Il y avait là un désespoir très russe, un désespoir fou d'ivrogne – la trahison de cette garce symbolisait le désordre du monde –, authentique dans sa profondeur effrayante et mystérieuse. Cette histoire aurait pu être vulgaire, comme toutes les chansons de ce genre, mais elle ne l'était pas. Balabane possédait un savoir calme sur la vie : dans son interprétation, la fille était malheureuse, elle aussi, et c'était très important ; la douce voix du chanteur permettait à tous de s'élever au-dessus de ce qui aurait pu être une banale cuite.

> Il y avait dans le travail de ces hommes un sens immense, presque inaccessible à l'intellect, un sens qui émanait de cette taïga, de ces montagnes, contenu dans le travail lui-même, dans ce lourd labeur qu'ils accomplissaient sans rechigner en sachant que l'année suivante il leur faudrait recommencer

Lien : https://post-tenebras-lire.n..
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« La solitude dans la taïga est une drogue accrocheuse »…et même par livre interposé. Ce livre est une plongée réaliste dans l'immensité sibérienne, au coeur de la Taïga, une expédition montagnarde, sylvestre et aquatique pour chasser la zibeline et pêcher le saumon. Un voyage dans le froid et la neige, enveloppé d'une doudoune en duvet et chapka en fourrure sur la tête, là où les pins nains sont saupoudrés de givre comme des paillettes d'argent, à fouler une neige duveteuse et molle, douce sous les pieds comme les poils d'un lièvre. Au milieu des ours et des loups. Une sensation de calme et d'éternité qui serti ce bourg du bout du monde : Rybatchi. Sur les côtes de la mer d'Okhotsk.

Volia volnaïa, ou « liberté libre » en français, du nom d'une chanson, est un roman russe poétique, fulgurant, qui conte l'éternel affrontement entre désir de liberté et asservissement au pouvoir, tiraillement d'autant plus fort en cette Russie post-communiste. Les habitants de cette contrée lointaine tirent leurs revenus principalement du trafic illégal d'oeufs de saumon et de peaux de zibeline, activités interdites par la milice sauf à lui payer une taxe de 20%. Trafic versus corruption du pouvoir. Activités illégales versus racket par les chefs mêmes des milices locales qui sont de fait des chefs mafieux. Les nombreux personnages qui jonchent ce roman, dont les noms, les prénoms et les diminutifs sont tour à tour utilisés pour les nommer ce qui peut être perturbant en début de lecture, se trouvent confrontés à une forte quête identitaire, avec, en toile de fond, ce tableau pour le moins contrasté de la Russie contemporaine elle-même partagée entre tradition et modernité.

Le début du livre donne le ton ; nous sommes en effet immédiatement immergés au sein d'une nature grandiose, découvrant Guenka, parti comme chaque année s'isoler dans son isba en automne, à l'ouverture de la chasse ; Chasseur de zibelines et pêcheur à ses heures, entouré d'une nature qu'il aime, une nature immuable.

« Comme la plupart des saisonniers, il aimait particulièrement ces jours précédant l'ouverture de la chasse. La rivière, la forêt, tout était à redécouvrir, tout avait légèrement changé. C'était comme retrouver un vieux copain que l'on n'a pas vu depuis un an. Tiens, il a des cheveux gris, une nouvelle cicatrice, des rides qu'on ne lui connaissait pas auparavant. Pareil. A un endroit, la berge s'affaissait, avalée par la rivière, le sentier avait disparu, un tilleur séculaire gisait, arraché, en travers de la clairière, ayant évité de justesse une petite isba. Mais surtout il y avait une multitude de détails. Les couleurs étaient vives, comme rénovées. Cette répétition éternelle et inépuisable – il verrait la même nature que l'an passé, qu'il y avait deux ans, et pourtant, ce serait comme une nouvelle rencontre – procurait une grande joie à Guenka, elle conférait un sens à son existence. La fraîcheur et l'infini de la vie l'élevaient au-dessus de la terre, au-dessus de la rivière et de la taïga. Dans ces moments, il avait l'impression qu'il en serait toujours ainsi ».

Puis peu à peu les autres personnages prennent vie sous la plume incroyable de Victor Remizov au moyen de descriptions magnifiques de réalisme : chasseurs, pêcheurs, miliciens, hommes, femmes, jeunes et vieux, nous découvrons la vie si caractéristique de cette société du bout du monde, ses codes, ses difficultés. Des hommes qui boivent la vodka comme de l'eau plate. Des femmes qui semblent être la seule planche de salut de ce petit microcosme. Des personnages rudes, taiseux, alcooliques, touchants, à l'image des paysages arides de cette contrée glacée. Un incident mal interprété entre un chasseur et le chef de la milice va mettre le bourg dans tous ses états. Ce sera le début de la fuite du chasseur, puis de sa traque en pleine taïga ainsi que d'une prise de position de chacun dans le village, certains étant pour aider le chasseur, d'autres pour l'attraper et le punir. Mais autant chercher un aiguille dans la taïga…Un événement propice à la réflexion sur les notions de liberté, d'orgueil, de soumission.

Sensible aux plumes poétiques, celle de Victor Remizov sait allier les descriptions poétiques de paysages, celles plus épiques des personnages, il sait distiller un certain suspens tout en faisant passer ses messages politiques…une très belle plume !

« Il gelait légèrement, un soleil rouge se couchait dans la toundra bistre recouverte de neige, plongeant derrière les lointaines cimes blanches pointues des montagnes vers lesquelles les hommes étaient partis. Les nuages vaporeux et plats, s'étaient gorgé des couleurs du couchant qu'ils transportaient vers l'autre extrémité du ciel, vers l'est. Là, le rose tendre s'épaississait, s'écoulait à flots réguliers formant tout en bas, un liseré bleu-vert et violet sombre ».

Liberté d'aller vivre au rythme de la nature, seul, même dans des conditions extrêmes, liberté de s'opposer aux décisions parfois contradictoires toujours corrompues du pouvoir de la base au sommet en cette Russie post-communiste, liberté de changer de vie lorsque celle-ci n'offre plus de perspective ni de sens. Liberté pour contrer l'absurde et la soumission. Ce livre évoque tout cela de très belle et poétique manière. Un premier roman à découvrir !

« Il s'adossa à l'encadrement de la porte, abasourdi par le silence de la taïga et la lumière. Une douce joie pénétrait dans son âme avec l'air froid. Une vie authentique l'attendait, une vie pleine, absolument limpide. Elle régnait tout autour de lui, il suffisait de franchir le seuil. C'était sa vraie liberté, absolue, divine en ce monde. Il ne croyait à aucune autre ».
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Nous sommes en Sibérie, dans le petit village de Rybatchi, proche de la mer, en octobre, alors que va débuter la saison de la chasse. Ici tout le monde se connaît, les hommes sont chasseurs, pêcheurs. Il faut bien vivre dans la Russie post communiste, où règnent des flics pourris, miliciens qui rackettent les pêcheurs : on ferme les yeux sur la pêche illégale des oeufs de saumon, qu'ils appellent l'or rouge, moyennant une commission de vingt pour cent…

Un incident survient, Kobiakov furieux que son véhicule soit fouillé par l'un des ripoux, ne se laisse pas faire, emboutit la voiture des policiers, coup de feu échangé sans blesser personne sauf l'orgueil dudit ripou et Kobiakov est obligé de partir à pied avec son chien sur son terrain de chasse, dans la taïga, en évitant ses isbas refuges : il est devenu un « criminel en fuite » pour crime de lèse-majesté…

On va faire ainsi un superbe voyage, dans la solitude des montagnes enneigées, magiques quand on les connaît bien (et même si on ne les connaît pas d'ailleurs !) et rencontrer des personnages fascinants, courageux, épris de liberté. On suit bien sûr Kobiakov sur la trace des zibelines, qu'on appelle « l'or mou », et pour se nourrir il faut abattre d'autres espèces. Cet homme parcourt des centaines de kilomètres à pied, comme on en parcourt cinq ou dix, respecte la nature, ne chassant que pour se nourrir, lui et son chien. Dans la région, les orpailleurs d'autrefois ont laissé la place à l'or mou et à l'or rouge…

On a un autre chasseur, Jebrovski, un nanti qui s'est enrichi de manière plus ou moins honnête et qui vient pour la deuxième année sur le terrain de chasse qu'il a acheté l'année précédente : il était arrivé en hélicoptère la première fois, et il s'étonne que les autres ne l'apprécient guère et l'appellent le Moscovite ». Il n'y connaît pas grand-chose mais veut vivre des sensations fortes, en utilisant d'autres hommes du village pour l'emmener, dégager le passage, tronçonner les pins…

Côté policiers nous avons le lieutenant-colonel Tikhi, qui doit bientôt être muté, et tente à tout prix de régler cette affaire à l'amiable, qui lui-aussi touche des sous, même si c'est à contre coeur et qu'il a brûlé les premières enveloppes de billet dans la cheminée sous l'emprise de la vodka, et qui remettre en question ses choix de vie. Il est entouré de deux autres miliciens, celui qui a déclenché les hostilités car il est prêt à tout pour progresse et n'est même pas originaire du coin.

Le troisième, (Vaska Semikhvatski) vit comme un pacha, tellement il a touché avec ses vingt pour cent, et veut partir seul à la recherche de Kobiakov.

Parmi les villageois, on a aussi Choura qui rêve de révolution, mais reste dans la théorie, et que l'on surnomme « l'étudiant » et un autre personnage, un musicien, Balabane, cheveux longs, mèche qui tombe sur le front, qui chante en s'accompagnant à la guitare, qui sirote sa vodka au bar du coin, toujours penché sur un livre, plein de mystère…

Étant donné l'escalade, les grands pontes de la police de Moscou, tout aussi corrompus sont prévenus et on envoie pour l'exemple l'unité d'élite, l'OMON, des militaires qui ont servi en Tchétchénie ! et qui ne savent faire que le nettoyage par le vide….

J'ai un peu de mal au départ, car la chasse et moi, cela fait deux, et la souffrance animale m'est insupportable, mais j'ai mis mes pieds dans les traces de Kobiakov dont j'ai beaucoup aimé, le respect de la nature, la liberté d'esprit. Les ruminations de Tikhi donnent lieu à des phrases superbes, les personnages secondaires sont tous attachants, avec leurs qualités et leurs défauts, à par le nazillon de service.

« En cela, tous les gars du coin se ressemblaient : ils voulaient une vie libre. Même au prix d'un pouvoir inique. Or un pouvoir inique corrompt même la liberté. »
J’ai failli oublier les femmes dans cette belle histoire : elles sont loin d’être absentes du récit, elles ont un caractère bien trempé, une résistance plus en douceur, plus réfléchie à la situation, qu’il s’agisse de Macha, la compagne de Tikhi, ou de Olia sa secrétaire, ou les compagnes des personnages secondaires. Quant à la femme du Moscovite, qui brille par son absence, on sent en fait sa présence lancinante en toile de fond, vu l’état du couple…

Viktor Remizov décrit très bien l'importance de la corruption dans son pays, ceux qui l'acceptent car c'est devenu une fatalité et ceux qui se révoltent pour plus de justice, et on sent son affection pour ces chasseurs, pêcheurs, ces hommes qui travaillent et voudraient vivre honnêtement de leur travail, et l'importance de l'amitié, des liens qui se tissent entre eux.

J'ai aimé aussi la réflexion sur la liberté, liberté des grands espaces, liberté d'esprit, et la critique de la Russie de Vladimir Poutine qui leur ferait regretter l'époque de l'URSS et tout le monde rigole sur les tours de passe-passe des élections et le roque (clin d'oeil aux amateurs d'échecs) terme sous lequel il désigne l'élection de Medvedev comme président et Poutine devenant premier ministre : « nos présidents, je ne sais même plus qui est au pouvoir en ce moment ». Maintenant, Vladimir ne se donne même plus la peine de procéder au tour de passe-passe, il a fait modifier la consultation pour régner au moins jusqu'en 2036 !

Comme le dit la traductrice :

« Volia volnaïa, « liberté libre », comprend l'idée de grands espaces à parcourir et de risque, souvent associée à la figure du Cosaque, du guerrier, du bandit. Volia signifie à la fois liberté et volonté. »

J'ai beaucoup pensé à Sylvain Tesson et à Andreï Makine en parcourant la taïga, les espaces enneigés, le silence…

Comme dans beaucoup de romans russes, la vodka occupe une place importante, c'est pratiquement un personnage du livre. J'ai adoré cette histoire, et l'écriture si belle de Victor Remizov que j'ai retrouvé avec un immense plaisir car je l'ai découvert, l'année dernière grâce à NetGalley, avec son deuxième roman « Devouchki » qui était déjà un coup de coeur.

https://leslivresdeve.wordpress.com/2019/02/17/devouchki-de-victor-remizov/

Je connais encore mal les auteurs russes contemporains, à part Victor Remizov et Andreï Guelassimov, alors que j'adore les auteurs russes du XIXe, mais j'essaie de combler mes lacunes…

Donc, un immense coup de coeur une nouvelle fois pour le roman et l'auteur dont j'attends le prochain livre avec impatience, en espérant que le régime ne l'enverra pas en prison car la liberté de pensée n'est pas la bienvenue…
Lien : https://leslivresdeve.wordpr..
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Victor Remizov nous amène dans la taïga en Sibérie orientale où les hommes vivent de la chasse, de la pèche et de la vente d'oeufs de saumon, commerce illégal. Cette vente résulte d'un braconnage toléré par la police moyennant un backchich de 20%.
Tout fonctionne bien, les policiers ferment les yeux car cela leur rapporte de l'argent. Société corrompue donc mais chacun s'y conforme, à l'exception de Kobiakov, braconnier certes mais qui refuse ce système.

Tout se dérègle à l'occasion d'un incident entre Kobiakov et la police, monté en épingle par un policier ambitieux et qui verra s'organiser une répression et une chasse à l'homme, avec l'appui d'unités spéciales du Ministère de l'intérieur venues de Moscou. Face à cette irruption, tout le monde est médusé car elle entraîne le limogeage du chef de la police, des saisies d'oeufs de saumon chez tous, le décès d'un homme au commissariat et la fuite du braconnier Kobiakov qui se réfugie dans la Taïga. Celui-ci est activement recherché mais sera aussi aidé.

le roman nous décrit bien la corruption du régime, i lest féroce sur les autorités mafieuses, avides d'argent et de pouvoir, et nous y trouvons même à l'occasion des piques sur le président Poutine. Il s'agit d'une véritable dénonciation de la Russie d'aujourd'hui.

le roman est aussi un merveilleux hymne à cette taïga, où la nature est rude, ie froid est intense, où les hommes se contentent de peu, où il leur faut être capable de tout faire pour circuler dans la région : réparer sur place un véhicule tout-terrain au milieu de nulle part, abattre des arbres pour assurer sa route, trouver sa route quand tout est couvert de neige et que les lacs sont gelés.. . Il y a de superbes descriptions de la Taïga, de ses rivières, de ses lacs et montagnes, de sa faune, ses zibelines, ses saumons, ses ombles et ses ours. Victor Remizov m'a donné envie de découvrir un jour cette Sibérie
Voiia Volnoïa dresse de beaux portraits des hommes vivant dans cette région inhospitalière mais à laquelle ils sont profondément attachés; Ils éprouvent le besoin de quitter leur foyer pendant les mois d'hiver pour vivre de la chasse et de la pèche, vivant dans des isbas rudimentaires qu'ils ont bâties eux-mêmes. Hommes qui se retrouvent autour d'un feu de camp, du thé et de la vodka. Comme dans tant de romans russes, les personnages sont nombreux, un relevé de ceux-ci figure en tête du roman, nous les retrouverons tantôt repris sous leur prénom, prénom ou patronyme ce qui demande un peu d'allers et retours vers le lexique en début de lecture.
Volia Volnoïa, « liberté libre », est enfin un hommage à la liberté, liberté de ces hommes rudes qui ne connaissent que leur loi.
C'est un très bon livre !
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Rybatchi,
Me voilà perdue, Megooglemap me propose deux versions :
Rybatchi, tout près du parcours de l'express côtier dans le nord de la Norvège, une péninsule, la péninsule Rybatchi, située la plus au nord de la Russie européenne continentale, son nom signifie « péninsule des pêcheurs », pratiquement entièrement entourée par les eaux de la mer de Barents.
Rybatchi, l'autre est une base des sous marins nucléaires qu'un décret du soviet suprême de la République socialiste fédérative soviétique de Russie rattacha avec Primorski ( base de la flotte du pacifique) et Seldevaïa (chantier naval de la flotte du pacifique ) pour fonder la ville de Vilioutchinsk le 16 octobre 1968, ville fermée du kraï kamtchatka sur la baie d'Avatcha.

Pour faire plus simple on dira que le lieu de l'intrigue tourne autour de la mer d'Okhotsk, tout à l'est de la Russie, juste au dessus du Japon.
Comme souvent dans la littérature russe récente nous retrouvons au début du roman une longue liste des personnages avec leurs noms, leurs patronymes, ou leurs surnoms ... la lecture est déstabilisante et peut faire peur ... quelle énumération fastidieuse... pour ma part, j'ai depuis longtemps abandonné l'idée de tout mémoriser ... prendre les choses comme elles viennent et suivre mot à mot les phrases et les idées.

Commencer par pêcher, il est plaisant de comprendre les différences entre les saumons de mer et les ombles, "les uns vivaient et se protégeaient, mesquins, les autres se sacrifiaient, et cela les rendaient forts".
Puis chasser, mais chasser quoi les zibelines, un petit mammifère carnivore que l'on ne peut pas croiser dans nos régions. On la rencontre en Chine, au Japon, en Corée, en Mongolie, en Finlande, en Pologne et bien sûr en Russie. Elle est chassée pour sa fourrure remarquable de couleur foncée, elle est très gourmande. Elle peut vivre jusqu'à 17 ans et pèse environ 2 kg.
Nous croiserons aussi des tamias, petits mammifères rongeurs, une seule espèce est native d'Eurasie, le tamia de Sibérie. Il semblerait que cette gentille petite bête (Tic et Tac de Disney sont des tamias ), puisse transmettre la maladie de Lyme car elle peut héberger un grand nombre de tiques.

Découvrir la végétation avec les pins nains qui ont la particularité l'hiver de se coucher sur le sol quand la température descend trop et là, ils attendent tranquillement que ça se réchauffe.

Pour l'instant je n'ai fait que planter le paysage, c'est important pour ressentir l'atmosphère dans ce "far est" de notre époque. Là, pas d'indiens, ni de cowboys, juste des hommes qui essaient de survivre dans cette terre oubliée par le pouvoir.
Il n'y a pas de lois, il s'agit juste de respecter des usages pour que tout le monde s'y retrouve ... ne nous faisons pas d'illusions ... comme toujours, il y a ceux qui en ch... et ceux qui profitent du travail des autres ... nous sommes dans le pays des travailleurs !
Le style est agréable, nous écoutons de grands airs de musique qui illustrent la situation géographique du lieu, nous respirons l'air de la taïga, nous grelottons dans la neige et pataugeons dans la glace, nous dégustons des plats de la tradition populaire, et bien sûr la vodka coule à flots ... nous sommes loin de notre petit confort quotidien ... nous rêvons !

L'auteur vit à Moscou, il n'hésite pas dans un langage non dénué de provocation à mettre en cause le régime, mis à mal dans cette partie de l'empire russe laissé à l'abandon et où les polpulations doivent faire face seules aux difficultés économiques, à l'éloignement géographique .... les seules solutions restant la débrouille et les petits arrangements entre amis. Même le grand chef n'est pas à l'abri des moqueries, le peuple russe n'a pas besoin d'autres héros car il en a déjà un et c'est le plus grand !
Le deuxième roman de l'auteur vient de sortir, ce sera un vrai plaisir de continuer à découvrir son univers.
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Volia volnaïa nous entraîne dans un coin reculé de la Sibérie. La vie y est rude mais les habitants y trouvent leur compte. L'hiver, les hommes partent chacun dans leur domaine de chasse. Ils aiment cette période où ils se retrouvent seuls face aux éléments, mais entièrement libres. L'été, ils pêchent et les autorités policières encouragent un trafic d'oeufs de saumon moyennant une commission qui est en fait du racket.
Mais un jour, tout va basculer. Un pêcheur qui ne veut pas être rançonné par les flics, un policier qui veut faire du zèle et tout va déraper.
Superbe roman de Victor Remizov qui nous entraîne dans de magnifiques paysages de la Sibérie : la nature y est somptueuse, puissante, l'homme y est libre mais à la fois fragile puisqu'à la merci de la rigueur du climat et des ours et puissant puisqu'armé et équipé. Mais les hommes appartiennent à une société, avec ses règles et ses compromissions, qui les rattrapent au coeur de la forêt. Un roman passionnant sur les relations entre les hommes et la nature et sur un système humain corrompu et sa logique implacable.
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Je dois vous avouer que seule la nationalité de l'auteur m'a poussé à acheter ce roman. En effet, c'est la première fois que j'ai l'opportunité de lire un écrivain Russe… car si l'on regarde de plus près cette couverture, elle ne fait vraiment pas envie. Encore moins d'envie après avoir lu la 4ème de couverture qui nous propose une intrigue autour d'oeufs de saumon…

Les 100 premières pages, il m'a fallu énormément de courage pour ne pas abandonner ce roman. L'auteur construit son histoire en nous présentant le taïga russe, son fonctionnement ainsi que les dizaines et dizaines de personnages. Ces derniers ont tous un prénom, un nom, un surnom, un diminutif, un 2ème surnom, un énième diminutif… Si bien qu'il est très difficile de s'y retrouver pendant une petite 100aine de pages.

Ensuite, c'est un roman qui devient extraordinaire. Victor Remizov nous propose de découvrir la « liberté relative » Russe dans une contrée que nous connaissons peu, la taïga (Sibérie). Les lois sont très nombreuses, très strictes. La pêche est interdite, la récolte des oeufs de saumon également, et pourtant tout le monde pêche, chasse, braconne avec la bénédiction des autorités (qui empochent 20% au passage).

J'ai eu l'opportunité de pouvoir visiter Saint-Petersburg, et j'avais été bluffé par ce paradoxe entre le respect des lois dans la ville et la nonchalance des autorités. Un exemple concret : les piétons sont toujours prioritaires. Si une colonne de 3000 touristes souhaitent traverser, pas une seule voiture n'osera avance d'un centimètre (ni même klaxonner). Par contre, les russes sont incapables de se garer sur une place de parking, ils se garent en double file, en plein milieu d'une voie rapide, et même sur des places interdites sous la barbe et l'autorisation de la police locale… Ce roman permet au lecteur de prendre conscience de la façade autoritaire russe et des nombreuses absurdités.

L'intrigue proposée par Victor Remizov n'est pas nouvelle. Une traque à l'homme. Toutefois, elle est menée très subtilement. Cette enquête haletante (qui n'aboutit qu'à une 20 lignes de la dernière page) n'est qu'un prétexte que pour aborder le thème de la « liberté libre » (titre du roman). La fin est très inattendue et on en ressort grandi.

Les points positifs

- Une intrigue « classique » mais menée avec brio.
- le lecteur apprend énormément sur la Russie, plus particulièrement la Sibérie.
- Prise de conscience de la façade autoritaire russe.
- Une écriture très mature, complexe et qui pousse à la réflexion.

Le point négatif

- Les noms des personnages et leurs nombreux diminutifs. Une petite centaine de page pour s'y retrouver totalement.

Ma note pour cette lecture : 20/20

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Un roman d'une très grande richesse. Pas de personnage principal, ici c'est la taïga dans l'immense Sibérie orientale qui tient la vedette. Les humains et les animaux vivent au gré de la nature, rarement de manière propre. de nos jours dans cette Sibérie austère, les hommes gagnent toujours leur vie comme ils le peuvent, en stockant clandestinement des oeufs de saumons par tonnes et en vivant d'orpaillage illégal. Les autorités sont au courant, mais tout se déroule bien tant que les flics et les miliciens se font graisser la patte : 20 % des bénéfices, de quoi arrondir les fins de mois. Stepane Kobiakov en a assez de refiler une partie de ses biens et veut le faire savoir. Une fusillade s'ensuit, voilà l'épine dorsale de ce roman fresque de 400 pages. D'accord, Victor REMIZOV n'a pas eu de chance, il pourrait participer à un championnat de vrais sosies de STALINE. C'est ici son premier roman, qu'il a écrit en 2014, à 56 ans, traduit en français en 2017. Sur la couverture nous sommes prévenu.e.s : « Un Jim HARRISON russe » ! Oui, mais pas seulement. Dans une interview, REMIZOV fait part de ses trois influences majeures : TOLSTOÏ, DOSTOÏEVSKI et Jack LONDON. Trois des plus grands, des plus puissants. Eh bien on retrouve leur style ou leurs sujets de prédilection en partie dans ce roman d'une quarantaine de personnages (ce qui nous ramène à TOLSTOÏ) que le romancier laisse parler sans s'immiscer (comme chez DOSTOÏEVSKI) dans des grands espaces sublimés (là on flirte du côté de LONDON). Ici aussi c'est très sombre, ombrageux, polaire, les protagonistes sont taciturnes, charpentés, prennent de la place. Pour les paysages, on sent l'auteur très à l'aise pour les décrire, amoureux de ce qu'il tient à nous faire partager. Sur ce point je l'ai trouvé proche de l'écriture et de l'atmosphère d'un William TAPPLY. Mais c'est aussi un livre sur la situation politique et social de la Russie sous POUTINE : corruption, pots de vin, mainmise des autorités sur les activités clandestines, chantage, violence, intimidations, abus de pouvoir, capitalisme sauvage, alcool à outrance, j'en passe et des meilleures. le sujet de fond de ce superbe bouquin est la question suivante : jusqu'où l'homme peut-il aller pour sa liberté ? « Volia volnaïa » signifie « Liberté libre » ou « Volonté libre ». L'homme est-il apte à s'adapter au monde moderne, de surcroît dans une Sibérie encore très marquée par les âges anciens, les rites et les croyances ? Comble du raffinement, REMIZOV impose son rythme, la lecture est lente, tendue, âpre, et cette chasse à l'homme suscitée par « l'erreur » de Kobiakov n'est pas sans rappeler les grandes envolées du sublime Edward ABBEY. Un roman à peu près impossible à résumer, les évènements se succèdent et se nouent par les psychologies des personnages, la force extrême de la nature, mais aussi pour la relative complexité de la trame. L'auteur a eu la bonne idée de dresser une liste exhaustive des protagonistes au début du livre, c'est parfois très utile, et accessoirement on peut constater que la gente féminine n'est pas très bien représentée dans un monde où l'homme domine. La relève de la grande littérature russe classique semble assurée. On notera toutefois quelques longueurs et baisses de régime, mais pour un premier roman, c'est un véritable coup de maître, à la fois roman social, identitaire (dans le bon sens du terme hein !), politique, mais s'inscrivant également dans le style très prisé du pur « nature writing ». Pour parfaire le tout, la traduction est remarquable.
https://deslivresrances.blogspot.fr
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