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Par litolff, le 06/02/2012
Tangente vers l'est de
Maylis de Kerangal
Le premier couloir est vide, tout le monde dort là-dedans quand pourtant c'est dehors que ça se passe, l'aube qui relève la forêt, à toute allure, redresse chaque fût à la verticale, le sous-bois bleuté perforé de rayons chargés d'une lumière charnelle, la taïga comme un tissu magnétique que la nouvelle épaisseur de l'air module à l'infini.
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Par litolff, le 06/02/2012
Tangente vers l'est de
Maylis de Kerangal
Une Française, il est déçu -ne sait pourtant rien des femmes françaises, rien, ne connaît d'elles que des Fantine, des Eugénie ou des Emma, femmes obligatoires dont il avait entrevu des fragments de psyché dans des manuels scolaires et relégués loin de celles qui l'éblouissent, Lady Gaga en tête.
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Par letilleul, le 17/11/2010
Naissance d'un pont de
Maylis de Kerangal
C'est le premier jour du pont, le premier matin. L'aube polaroîde. Les noirs qui éclairent et les blancs qui foncent, la pigmentation progressive de tous les verts - fluo, émeuraude, pistache, vérinèse, amande, anis, absinthe, turquoise, hollywood chewing-gum, épinard et malachite, anglais, céladon -, bientôt fixé sur la rétine, et le fleuve est là, souple, les plis calmes, de longues herbes fluorescentes s'y étalent en surface, des taillis dérivent, des bidons, des bouteilles : l'eau est laiteuse et sale.
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Tangente vers l'est de
Maylis de Kerangal
Putain la Sibérie ! Voilà ce qu'il pense une pierre dans le ventre, et comme pris de panique à l'idée de s'enfoncer plus avant dans ce qu'il sait être une terre de bannissement, oubliette géante de l'empire tsariste avant de virer pays du goulag.
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Par Seraphita, le 03/05/2009
Corniche Kennedy de
Maylis de Kerangal
Ils se donnent rendez-vous au sortir du virage, après Malmousque, quand la corniche réapparaît au-dessus du littoral, voie rapide frayée entre terre et mer, lisière d'asphalte. Longue et mince, elle épouse la côte tout autant qu'elle contient la ville, en ceinture les excès, congestionnée aux heures de pointe, fluide la nuit - et lumineuse alors, son tracé fluorescent sinue dans les focales des satellites placés en orbite dans la stratosphère.
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Par brigetoun, le 22/12/2010
Naissance d'un pont de
Maylis de Kerangal
La première fois qu'ils se retrouvèrent au sommet de la tour Coca, ils se firent surprendre par le gigantisme du ciel, se reçoivent une claque violente, l'air était irisé, rapide, des milliards de gouttelettes microscopiques diffractaient le mouvement et la lumière, euphorisaient l'espace qui soudain se dilatait à toute vitesse, et ils rirent, saoulés.
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Par Seraphita, le 27/10/2010
Naissance d'un pont de
Maylis de Kerangal
Le pont inachevé est massif dans la nuit, une présence monstrueuse, très noire, Waldo le dévisage à voix basse, l’éclairage de nuit ne doit pas être trop fort, trop spectaculaire, Georges, je ne veux pas du sabre de flamme, de faisceaux qui sculptent, d’ampoules qui appuient, toute cette saloperie de grandiloquence, les tours ne seront pas éclairées jusqu’au sommet afin qu’on puisse penser qu’elles se prolongent dans la nuit, le tablier sera un simple trait comme une ligne de fuite, et on réglera la balance entre les ombres, entre les différentes qualités d’ombre, on fera toucher les matières, le fleuve, la ville, la forêt et, pour le pont, je veux seulement que l’on sente la force dans les câbles.
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Par jostein, le 23/11/2010
Naissance d'un pont de
Maylis de Kerangal
le pont contre la forêt, l'économie contre la nature, le mouvement contre l'immobilité
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Naissance d'un pont de
Maylis de Kerangal
On comprend que Summer, encouragée de la sorte, finisse par regarder les gamines de son âge comme des êtres mineurs. Elle s’empressa de fuir leur obsession de l’amour, leurs confidences interminables, leur lamento masochiste, la fragilité acidulée qu’elles endossaient si volontiers pour séduire. Se priva tout autant de leur peau, de leur rigolades, de leurs complicités nocturnes, de leur solidarité, se priva bêtement de leur douceur. Et décida pour elle-même, à treize ans, un jour où elle s’était laissé caresser au cinéma par un garçon qu’elle aimait mais qui se foutait d’elle, elle le savait – il lui pétrissait les seins sans vergogne, remontait la main entre ses cuisses, et lui raclait le palais d’une langue brutale –, décida que l’amour, d’accord, mais pas exagérément, pas à n’importe quel prix. Or décider ainsi quelque chose pour soi, le faire pour sa vie sans se goberger de balivernes comme quoi le cœur a ses raisons blablabla – l’amour autorisant toutes les conneries, que l’on y perde son temps, que l’on y laisse sa peau, que l’on se cogne pour se dévorer tout de suite après, que l’on hurle dans les cages d’escalier, que l’on se téléphone chaque heure de la nuit, que l’on roule bourré dans la campagne hostile, car c’est comme ça que ça se passe, pas autrement –, oui, statuer de la sorte, à froid les yeux en face des trous, chez une fille si jeune, avait de quoi surprendre.
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Par ChezLo, le 05/03/2011
Naissance d'un pont de
Maylis de Kerangal
La drague avance lentement dans le fil du fleuve, lourde et têtue, elle débarrasse, racle, aspire, décrasse le lit du fleuve de toute la merde qui s’y est déposée, qui s’y dépose, jour après jour; dérocte le chenal, saluée alors merveilleuse tâcheronne nécessaire bonniche, son énorme fraise à trois têtes – trois fois l’envergure et la puissance du bel outil de forage pétrolier en eau très profonde tout de même – fouraillant la roche pour conserver un passage aux coques des majestueux navires, cargos d’aventure, et pétroliers dernier cri. Les deux garçons marquent un recul devant les citernes où se déverse le fond du fleuve, vase noirâtre pâte sédimentaire remontée des profondeurs, alluvions sans âge, aucun scintillement là-dedans, rien, ils se mettent pourtant à y guetter la tranche d’une épave, un morceau de tôle, un débris humain, un os de crâne peut-être, (…) Ils s’excitent, rigolards, ne cherchent rien, n’espèrent rien, pas même la fortune, l’avenir n’a pas de forme pour ceux qui vivent au jour le jour, sans autre tension que celle de leur jeunesse, ils tendent les mains, paumes vastes et doigts habiles, toujours prompts à palper de quoi jour, de quoi se faire un peu de thune, toujours partant pour la première connerie.
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