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ISBN : 2020551470
Éditeur : Editions du Seuil (2002)


Note moyenne : 4.01/5 (sur 528 notes) Ajouter à mes livres
Résumé :
Monté à douze ans dans les arbres, Côme, baron du Rondeau, décide de ne plus jamais en descendre. Nous sommes en 1770. Des années plus tard, toujours perché, il séduira une marquise fantasque et recevra Napoléon en grande pompe.
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Critiques, analyses et avis

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    • Livres 4.00/5
    Par Cath36, le 29 juin 2013

    Cath36
    Quand l'amour (qui comme chacun sait, donne des ailes) vous fait grimper aux arbres... et n'en redescendre que pour vous mettre (très momentanément) aux pieds de votre bien-aimée....
    Entre conte philosophique et Aventures à la Munchausen, ce livre admirablement écrit, se dévore d'un bout à l'autre. Sorte de Voltaire italien, Calvino met ici en valeur l'esprit des lumières, à travers l'histoire assez délirante d'un homme de la fin du XVIIIème qui, passé l'enfance, ne vivra plus que dans les arbres.
    C'est d'ailleurs un très bel hommage aux arbres que ce livre ! On vole de branche en branche, de feuillage en feuillage, d'arbre en arbre, de saison en saison, et pour finir, on voit notre baron disparaître dans les airs, aussi mystérieusement que dans ses apparitions. Homme-oiseau, homme-mystère, héros quasi légendaire dans son pays, autant respecté que redouté, Côme finira comme il a vécu : au-dessus de la médiocrité et des pesanteurs terrestres.
    Un très bon moment de lecture, aussi désopilant que suscitant des reflexions sur notre façon de vivre et sur notre rapport au monde.
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    • Livres 4.00/5
    Par Labyrinthiques, le 04 avril 2012

    Labyrinthiques
    Le baron per­ché est un de ces nom­breux livres dont j'ai tou­jours repoussé, depuis l'adolescence, la lec­ture à plus tard. Fina­le­ment, après la lec­ture de Fils Unique de Sté­phane Aude­guy, je me suis dit : tiens pour­quoi pas le baron per­ché ! c'est peut-être le moment de lire ce roman ? Et c'est vrai qu'il y a entre les deux romans, écrits à 49 ans d'intervalle, un fil conduc­teur ténu : il par­tagent en effet pas mal de points com­muns en pre­nant un angle et un ton com­plè­te­ment dif­fé­rents : la fra­ter­nité, la mar­gi­na­lité de ses pro­ta­go­nistes, l'idéal de liberté, la croyance dans le pro­grès, un cer­tain regard iro­nique sur leur société contem­po­raine… et j'ai trouvé très plai­sant, à les lire rap­pro­chés, de tis­ser des liens entre ces deux ouvrages.
    Le baron per­ché est donc un conte phi­lo­so­phique et fan­tai­siste qui fait par­tie, avec le Vicomte pour­fendu et le che­va­lier inexis­tant d'une tri­lo­gie sur­nom­mée Nos ancêtres. Phi­lo­so­phique, car en arrière plan de cette lec­ture on voit le pro­fil de Can­dide ou l'ombre de Zadig (peut-être aussi celui de don Qui­chotte ou de Cyrano de Ber­ge­rac pour la ren­contre entre fan­tasque et phi­lo­so­phique), por­tant un regard cri­tique et iro­nique sur la société qui les entoure. Fan­tai­siste voire fan­tasque, parce que le pos­tu­lat de départ du roman ne se pré­oc­cupe pas d'une quel­conque vrai­sem­blance : c'est en quelque sorte à un jeu enfan­tin que nous invite le nar­ra­teur : “On dirait qu'un petit gar­çon mon­te­rait à un arbre et qu'il déci­de­rait de ne plus en des­cendre…”; un jeu auquel le lec­teur doit adhé­rer sans remettre en ques­tion le pos­tu­lat ini­tial sous peine de “rater” l'essentiel du roman.
    Cosimo Pio­vasco di Rondò (dit Côme Laverse du Ron­deau en fran­çais je trouve dom­mage de tra­duire en sono­ri­tés fran­çaises un patro­nyme ita­lien, au risque de lui faire perdre sa natio­na­lité) est l'aîné d'une famille noble de la Ligu­rie (région ita­lienne voi­sine de la Pro­vence fran­çaise) et son ave­nir, comme celui de tous les aris­to­crates de son époque, paraît tout tracé. Cepen­dant, Cosimo, à l'âge de 12 ans, pré­texte d'un dif­fé­rend avec son père concer­nant un plat d'escargots et décide de mon­ter dans les arbres et de n'en plus jamais redes­cendre. Ce qu'il va tenir jusqu'au bout. C'est donc l'histoire d'une fugue qui va durer 53 ans. Une fugue jon­chée d'Aventures extra­or­di­naires et impro­bables comme en rêvent les enfants quand ils atteignent l'âge où le monde des adultes leur pèse et qu'ils vou­draient choi­sir “autre chose”.
    C'est qu'il s'en passe des choses, là-haut dans les arbres : on y découvre le monde sous un angle dif­fé­rent et de ce fait on s'affranchit de ses pré­ju­gés, pre­nant les choses de la vie avec un recul que ne nous per­met pas le plan­cher aux vaches. On y ren­contre toute sorte de gens : des ban­dits, des pirates, des jésuites, de jolies filles, et même Napo­léon ; on y apprend la vie comme en vrai : l'émancipation, la lec­ture, la rébel­lion, la cruauté, l'amour fou, la fra­ter­nité uni­ver­selle ; on y est déjà haut per­ché, mais cela ne suf­fit pas, il faut encore s'élever davan­tage : ima­gi­ner une société uto­piste d'hommes et de femmes vivants dans l'égalité parmi les branches, faire la révo­lu­tion, cla­mer son goût de la liberté mais aussi sup­por­ter le poids de son pesant fardeau…
    Je ne m'étendrai pas ici sur l'aspect moral et phi­lo­so­phique de ce conte, ce point étant déjà lar­ge­ment com­menté par ailleurs (voir la biblio-ouèbo-graphie).
    Le nar­ra­teur, ce témoin, cet imposteur
    Extraits :
    « Un bruit de branches remuées, et voilà Côme essouf­flé qui montre sa tête au milieu des feuilles, en haut d'un grand figuier. Elle [Vio­lette], sa cra­vache à la bouche, le dévi­sa­geait, le nez levé, puis dévi­sa­geait les autres, du même regard écra­sant. Côme n'y tint plus, hors d'haleine, il lâcha :
    - Tu sais, depuis l'autre fois, je ne suis plus des­cendu des arbres !
    Les exploits que fonde une obs­ti­na­tion toute inté­rieure doivent res­ter secrets ; pour peu qu'on les pro­clame ou qu'on s'en glo­ri­fie, ils semblent vains pri­vés de sens, deviennent mes­quins. A peine eut-il pro­noncé ces paroles que mon frère aurait voulu ne les avoir jamais dites ; tout lui devint indif­fé­rent ; il eut réel­le­ment envie de des­cendre et d'en finir. » p. 57
    « Ombreuse n'existe plus. Quand je regarde le ciel vide, je me demande si elle a vrai­ment existé. Ces découpes de branches et de feuilles, ces bifur­ca­tions ; ce ciel dont on ne voyait que des écla­bous­sures ou des pans irré­gu­liers ; tout cela exis­tait peut-être seule­ment pour que mon frère y cir­cu­lât de son léger pas d'écureuil. C'était une bro­de­rie faite sur du néant, comme ce filet d'encre que je viens de lais­ser cou­ler, page après page, bourré de ratures, de ren­vois, de pâtés ner­veux, de taches, de lacunes, ce filet qui par­fois égrène de gros pépins clairs, par­fois se res­serre en signes minus­cules, en semis fins comme des points, tan­tôt revient sur lui-même, tan­tôt bifurque, tan­tôt assemble des gru­meaux de phrase sur lit de feuille ou de nuages, qui achoppe, qui recom­mence aus­si­tôt à s'entortiller et court, court, se déroule, pour enve­lop­per une der­nière grappe insen­sée de mots, d'idées de rêves — et c'est fini. Février 1957 » p. 283
    Le récit de ce roman est rap­porté par le frère cadet de Cosimo. C'est donc tout l'inverse de Fils Unique où le frère “non-conforme” tente de réta­blir, par un contre-récit, la vérité sur sa propre exis­tence et sur le men­songe odieux de son frère cadet. Ici le frère cadet — l'enfant modèle, celui qui reste dans les canons confor­mistes de l'aristocratie, « cet homme posé, sans grands élans ni tour­ments, un père de famille, noble par sa nais­sance, libé­ral dans ses idées, res­pec­tueux des lois » — raconte les tri­bu­la­tions de son frère aîné avec, tour à tour, une pro­fonde admi­ra­tion, une jalou­sie qu'il a par­fois du mal à conte­nir, une incom­pré­hen­sion totale (jusqu'à le croire fou), etc.
    Un autre baron, celui de Münchausen, interprété par Georges Neville dans la célèbre adaptation de Terry Gilliam qui fut un désastre commercial
    Un autre baron, celui de Mün­chau­sen, inter­prété ici par Georges Neville dans la célèbre adap­ta­tion de Terry Gil­liam qui fut un désastre commercial
    Le nar­ra­teur ne cesse d'ailleurs de s'entourer de pré­cau­tions ora­toires, comme s'il était sou­mis à une déon­to­lo­gie (ana­chro­nique) de jour­na­liste : il jus­ti­fie tout ce qu'il sait de son frère per­ché (duquel il est fina­le­ment le grand témoin absent de ses exploits) en pré­ci­sant que les récits qu'il rap­porte sont recom­po­sés à par­tir d'éléments grap­pillés soit de la bouche même de Cosimo, soit de per­sonnes ren­con­trées, soit des rumeurs qui cir­culent au vil­lage voi­sin, avouant même par­fois qu'il s'imagine que ça s'est passé comme il le raconte.
    J'ai trouvé cet élément bien sin­gu­lier : Cal­vino aurait pu faire racon­ter l'histoire par Cosimo en per­sonne, par le biais de quelque jour­nal per­son­nel retrouvé ou autre tour de passe passe que les écri­vains connaissent bien et qui aurait pu col­ler avec la per­son­na­lité de Cosimo. Il n'en est rien. Car, comme le rap­pelle la pre­mière cita­tion, rela­ter par soi-même ses exploits n'est pas glo­rieux et por­teur de sens. On peut pas­ser pour un van­tard, voire un boni­men­teur. Ces “exploits” doivent alors être racon­tés à la 3e per­sonne : la prise en charge par ce frère qui l'observe au pied des arbres semble donc s'expliquer naturellement.
    Mais cela va plus loin que cela car en fin de compte : de même que le Baron ne peut jouir de sa liberté, de son pro­jet fou, que par l'entremise, par la dépen­dance, le bon vou­loir et la for­tune de ce frère, de même le récit de ses aven­tures ne peut prendre corps que sous la plume de ce nar­ra­teur tapi à l'ombre de ces arbres.
    C'est alors que le der­nier para­graphe plonge le lec­teur dans une grande per­plexité : et si tout cela n'avait jamais existé, si tout cela, Ombreuse, ces arbres, ce baron, si tout cela n'était qu'invention, si la gran­deur du royaume de Cosimo, cette forêt d'Yeuse, de chênes et de mar­ron­niers, si tout cela n'était en fait que que le reflet de l'épaisse forêt que formes les lignes, “la bro­de­rie” de ce roman… et si le nar­ra­teur n'était tout sim­ple­ment qu'un créa­teur d'histoires…
    Grim­per aux arbres comme à un livre
    Une autre chose m'a fina­le­ment beau­coup séduit : Et si cet acte de grim­per aux arbres n'était pas une manière dégui­sée de décrire l'acte de l'écrivain et par conta­mi­na­tion, celui du lecteur.
    Moi, lec­teur je me sens comme Cosimo : je suis un jour monté dans un arbre qui s'appelait un livre, qui était de même matière — mélange de bois, de sève et de temps — et poussé par un sen­ti­ment d'ivresse, de liberté, de soif de connaître, j'ai décidé de ne plus en redes­cendre. Ainsi depuis je saute de page en page, de livre en livre en espé­rant ne plus jamais en descendre…
    Pour conclure, le baron per­ché est une œuvre drôle, avec plein de petits tiroirs d'où sortent des sou­rires, des clins d'œil, une œuvre ludique qui quelque part nous ramène à nos cabanes d'enfance ou à nos esca­pades dans les arbres… Au final je me dis que c'est une œuvre qu'on a plus inté­rêt à lire quand on est adulte, quand le temps est loin où l'enfant que nous étions che­vau­chait les arbres et qui, contrai­re­ment au baron, a fini par redes­cendre de sa branche…

    Lien : http://www.labyrinthiques.net/2008/10/12/le-baron-perche-italo-calvi..
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    • Livres 4.00/5
    Par ballad, le 08 avril 2014

    ballad
    Ce livre raconte l'histoire de Côme, qui, jeune baron Rondeau à son adolescence, ne supporte plus les plats infects que cuisine sa sœur pour toute la famille. Celle-ci aime la cuisine du genre expérimental, comme cuisiner des insectes par exemple. Un midi, ulcéré, Côme quitte la table et de dit non au repas, non à ses parents, non à toute la société. Il se dirige vers le beau jardin et grimpe sur les arbres d'où il ne redescendra plus. Il fera connaissance avec la voisine, une vraie chipie tout aussi aventureuse que lui. Avec les mauraudeurs de fruits de la région aussi. Et le temps passera ainsi, de découvertes en découvertes...
    Les Aventures du Baron Rondeau m'ont plu mais je me suis juste un peu lassée lors de ses combats guerriers. Cela dit, Côme ne fait pas que de se battre, bien au contraire, et là où il n'y a pas de batailles, c'est bien plus palpitant.
    Côme développe son indépendance, son goût du savoir. Il circule dans les bois, aménage des dispositifs pour mener une vie presque normale, que lui aurait envié Robinson Crusoé. La poursuite de son idéal de liberté, sa lutte pour trouver un compromis entre son mode de vie et celui des autres, tout ça m'a passionnée. Côme vit à l'écart des autres, mais aussi en intelligence avec eux. Il est inventif, flexible malgré tout, et utile en cas de coup dur, grâce à sa position élevée.
    Globalement, je retiens que ce conte philosophique éclaire avant tout le concept de la liberté, au travers des marginaux et de la célébration de la nature. Mais aussi l'impossibilité à se conformer . Et tout le reste n'appartient qu'à celui qui lit le livre.
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    • Livres 3.00/5
    Par GabyH, le 09 octobre 2013

    GabyH
    Le baron perché se situe à la lisière entre roman et conte philosophique. En tous cas, les références – plus ou moins cachées – à de grands maîtres de la philosophie sont nombreuses dans cet ouvrage d'Italo Calvino.
    L'argument principal pourrait se résumer ainsi : si Socrate dispensait ses enseignements sous un arbre, Côme, lui, choisit de partir vivre dans les arbres et apprend, en autodidacte, à regarder les hommes et leurs vies avec plus de hauteur et de détachement. Le baron perché raconte l'itinéraire initiatique assez original d'un pré-adolescent, qui va découvrir la vie et se découvrir lui-même en observant ses congénères avec de la hauteur, au travers des branches des arbres, jusqu'à devenir un vieillard entêté et néanmoins idéaliste.
    Le livre est construit non seulement à partir de références philosophiques mais c'est aussi une variation sur un thème bien connu de l'ethnologie, celui des jeunes garçons, qui, au moment de la préadolescence, ressentent le besoin, pour s'affirmer, de monter dans les arbres, d'escalader les murs, de grimper partout là où ils peuvent. Côme, le héros, âgé d'une douzaine d'années au début du roman, n'est donc qu'un idéal-type de l'adolescent moyen qui va cependant permettre de développer un conte philosophique, presque une utopie. Belle prouesse littéraire d'Italo Calvino !
    C'est un roman jeunesse, agréable à lire pour les adultes, même si certains passages sont entendus, prévisibles. le ton est léger mais c'est en fait une réflexion très philosophique sur notre rapport aux autres, sur notre relation à la différence, à l'originalité, presque à la déviance, et à la nature aussi, érigée en écrin de ce conte philosophique.
    Pour conclure, il me semble que c'est un livre à conseiller aux adolescents ou pré-adolescents. Agréable à lire pour les adultes mais qui perd sans doute un peu de sa saveur si on ne le lit pas avec des yeux d'enfants. Le baron perché reste néanmoins une bonne introduction à la lecture de Candide.
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    • Livres 3.00/5
    Par viou1108, le 17 août 2012

    viou1108
    1770, quelque part non loin de Gênes en Italie. Période des Lumières, on sent le vent des révolutions qui commence à faire frémir les feuilles des arbres. Il est d'ailleurs beaucoup question de révolte et d'arbres dans ce livre. Jugez plutôt : à 12 ans, et parce qu'il refuse de manger les escargots du repas dominical, Côme, fils aîné du baron du Rondeau, grimpe dans les arbres. On croit d'abord à un caprice, mais la journée passe, puis la nuit, les jours, les saisons et les années, et Côme ne redescend pas. Au contraire, il s'installe dans les arbres, s'y déplace et y vit aussi à l'aise que nous les pieds sur terre.
    Si on admet ce point de départ fantaisiste sans se poser de questions, comme des enfants, alors on se laisse captiver par ce conte, qui décrit la vie d'un original et anti-conformiste, qui à douze ans, sentait déjà que la vie « normale » et ses conventions n'était pas pour lui. Sans pour autant devenir ermite au fond des bois, puisqu'il vivra en bonne entente avec ceux restés à terre, continuant ses leçons avec son précepteur, découvrant la nature, le savoir, les hommes et même l'amour.
    L'esprit de Voltaire n'est pas loin dans cette fantaisie, dans laquelle les réflexions philosophiques sur la vie en société n'empêchent pas l'humour, loin de là.
    Ce livre fait partie d'une trilogie (« la Trilogie des ancêtres »), avec Le Vicomte pourfendu, et Le chevalier inexistant.
    J'en conseille la lecture, pour sa drôlerie et son originalité.
    Deux phrases, pour donner le ton :
    « Optimus Maximus était un chien perdu qui s'était joint à la meute par passion juvénile ».
    « Il comprit que les associations renforcent l'homme, mettent en relief les dons de chacun et donnent une joie qu'on éprouve rarement à vivre pour son propre compte : celle de constater qu'il existe nombre de braves gens, honnêtes et capables, tout à fait dignes de confiance. (Lorsqu'on ne vit que pour soi, on voit le plus souvent les gens sous leur autre face, celle qui nous force à tenir constamment la main sur la garde de notre épée).(…) Côme devait le comprendre plus tard : lorsque le problème commun n'existe plus, les associations perdent leur sens, et mieux vaut alors être un homme seul qu'un chef ».
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Citations et extraits

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  • Par gwenlaot, le 18 août 2010

    A vrai dire, on nous avait déjà interdit de nous laisser glisser sur les rampes de marbre de l'escalier. Non de peur que nous nous cassions jambes ou bras - nos parents ne se soucièrent jamais de cela, si bien qu'effectivement nous ne nous cassâmes jamais rien - mais parce que, croissant en taille et en poids, nous risquions de renverser les statues d'ancêtres que notre père avait fait placer sur de petites colonnes surmontant les balustres, à chacun des paliers. Côme avait déjà fait dégringoler une fois un trisaïeul évêque, avec sa mitre et tout. Puni, il avait appris à freiner son élan un instant avant d'arriver au palier et à sauter en bas au moment précis où il allait cogner la statue.
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  • Par gwenlaot, le 18 août 2010

    Côme monta jusqu'à la fourche d'une grosse branche, où il pouvait s'installer commodément, et s'assit là, les jambes pendantes, les mains sous les aisselles, la tête rentrée dans le cou, son tricorne enfoncé sur le front.
    Notre père se pencha par la fenêtre:
    - Quand tu seras fatigué de rester là, tu changeras d'idée! cria-t-il.
    - Je ne changerai jamais d'idée, répondit mon frère, du haut de sa branche.
    - Je te ferai voir, moi, quand tu descendras!
    - Oui, mais moi, je ne descendrai pas.
    Et il tint parole.
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  • Par mandarine43, le 29 juillet 2011

    [ Incipit ]

    C'EST le 15 juin 1767 que Côme Laverse du Rondeau, mon frère, s'assit au milieu de nous pour la dernière fois. Je m'en souviens comme si c'était d'hier. Nous étions dans la salle à manger de notre villa d'Ombreuse ; les fenêtres encadraient les branches touffues de la grande yeuse du parc. Il était midi ; c'est à cette heure-là que notre famille, obéissant à une vieille tradition, se mettait à table ; le déjeuner au milieu de l'après-midi, mode venue de la nonchalante cour de France et adoptée par toute la noblesse, n'était pas en usage chez nous. Je me rappelle que le vent soufflait, qu'il venait de la mer et que les feuilles bougeaient.
    « J'ai déjà dit que je n'en voulais pas et je répète que je n'en veux pas », fit Côme en écartant le plat d'escargots.
    On n'avait jamais vu désobéissance plus grave. Le baron Arminius Laverse du Rôndeau, notre père, coiffé d'une perruque Louis XIV descendant jusqu'aux oreilles et démodée comme tout ce qui lui appartenait, siégeait à la place d'honneur. Entre mon frère et moi était assis l'abbé Fauche-lafleur, chapélain de notre famille, notre précepteur. En face de nous, la générale Konradine du Rondeau, notre mère, et notre soeur Baptiste, la nonne de la maison. Au bas de la table, en costume turc, l'avocat AEneas-Sylvius Carrega, hydraulicien, régisseur de notre propriété et notre oncle naturel.
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  • Par Labyrinthiques, le 05 avril 2012

    Un bruit de branches remuées, et voilà Côme essouf­flé qui montre sa tête au milieu des feuilles, en haut d’un grand figuier. Elle [Vio­lette], sa cra­vache à la bouche, le dévi­sa­geait, le nez levé, puis dévi­sa­geait les autres, du même regard écra­sant. Côme n’y tint plus, hors d’haleine, il lâcha :
    - Tu sais, depuis l’autre fois, je ne suis plus des­cendu des arbres !
    Les exploits que fonde une obs­ti­na­tion toute inté­rieure doivent res­ter secrets ; pour peu qu’on les pro­clame ou qu’on s’en glo­ri­fie, ils semblent vains pri­vés de sens, deviennent mes­quins. A peine eut-il pro­noncé ces paroles que mon frère aurait voulu ne les avoir jamais dites ; tout lui devint indif­fé­rent ; il eut réel­le­ment envie de des­cendre et d’en finir.
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  • Par Labyrinthiques, le 05 avril 2012

    « Ombreuse n’existe plus. Quand je regarde le ciel vide, je me demande si elle a vrai­ment existé. Ces découpes de branches et de feuilles, ces bifur­ca­tions ; ce ciel dont on ne voyait que des écla­bous­sures ou des pans irré­gu­liers ; tout cela exis­tait peut-être seule­ment pour que mon frère y cir­cu­lât de son léger pas d’écureuil. C’était une bro­de­rie faite sur du néant, comme ce filet d’encre que je viens de lais­ser cou­ler, page après page, bourré de ratures, de ren­vois, de pâtés ner­veux, de taches, de lacunes, ce filet qui par­fois égrène de gros pépins clairs, par­fois se res­serre en signes minus­cules, en semis fins comme des points, tan­tôt revient sur lui-même, tan­tôt bifurque, tan­tôt assemble des gru­meaux de phrase sur lit de feuille ou de nuages, qui achoppe, qui recom­mence aus­si­tôt à s’entortiller et court, court, se déroule, pour enve­lop­per une der­nière grappe insen­sée de mots, d’idées de rêves — et c’est fini. Février 1957 » p. 283
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