Une vie française - Prix Femina 2004
Petit-fils de berger pyrénéen, fils d'une correctrice de presse et d'un concessionnaire Simca à Toulouse, Paul Blick est d'abord un enfant de la Ve République.
L'histoire de sa vie se confond avec celle d'une France qui crut à de Gaulle après 58 et à Pompidou après 68, s'offrit à Giscard avant de porter Mitterrand au pouvoir, pour se jeter finalement dans les bras de Chirac.
Et Paul, dans tout ça ? Après avoir découvert, comme il se doit, les joies de la différence dans le lit d'une petite Anglaise, il fait de vagues études, devient journaliste sportif et épouse Anna, la fille de son patron.
Brillante chef d'entreprise, adepte d'
Adam Smith et de la croissance à deux chiffres, celle-ci lui abandonne le terrain domestique. Devenu papa poule, Paul n'en mène pas moins une vie érotique aussi intense que secrète et se passionne pour les arbres, qu'il sait photographier comme personne.
Une vraie série noire - krach boursier, faillite, accident mortel, folie - se chargera d'apporter à cette comédie française un dénouement digne d'une tragédie antique.
Jardinier mélancolique, Paul Blick prend discrètement congé, entre son petit-fils bien-aimé et sa fille schizophrène. Si l'on retrouve ici la plupart des " fondamentaux " de
Jean-Paul Dubois - dentistes sadiques, femmes dominatrices, mésalliances et trahisons conjugales, sans parler des indispensables tondeuses à gazon -, on y découvre une construction romanesque dont l'ampleur tranche avec le laconisme de ses autres livres.
Cet admirateur de
Philip Roth et de
John Updike est de retour avec ce roman dont le souffle n'a rien à envier aux grandes sagas familiales, dans une traversée du siècle menée au pas de charge.
Vous plaisantez, monsieur Tanner
Le narrateur hérite d'une maison dans un bien piteux état, mais qu'il décide pourtant de rénover.
Il doit donc faire appel à des artisans prétendument spécialisés. Là commence une parade délirante.
Couvreurs, électriciens, plâtriers, chauffagistes se succèdent, semblant lui réserver les spécimens les plus caricaturaux.
"Une fois encore j'avais ramassé la crème des crèmes. [] Ces types devaient se donner le mot. Ils venaient du monde entier, ne se connaissaient pas, mais tous portaient le même virus, le même Mal. []
J'étais confronté à une internationale nuisible, une nébuleuse préparée dans des camps d'entraînement, dressée à tuer la raison, à liquider le bon sens, à égorger la logique." Bien qu'on ait envie de le secouer plus d'une fois, Paul Tanner, pourtant fort sympathique, endosse à merveille sa condition de dindon idéal de farces multiples.
"Souvent je me suis posé la question de savoir s'il n'y avait pas quelque chose qui clochait chez moi. Il n'était pas normal d'attirer à ce point les ennuis et les canailles. Je devais avoir des paroles, une attitude, une façon d'être qui me désignaient, dans la foule, comme un pigeon préférentiel. Il n'y avait pas d'autre explication."
Un livre frais et léger qui, comme à l'accoutumée chez J.P Dubois, mêle dérision et humour caustique. Une vitrine bien réaliste et finement observée de l'univers du bâtiment.
Jean-Paul Dubois a écrit, là, une sorte de parenthèse légère qui, à mon goût, l'est peut-être un peu trop car je n'y retrouve pas l'épaisseur, le corps des personnages de certains de ses précédents livres. Une comédie, un vaudeville somme toute distrayant et agréable pour passer quelques bons moments.