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Par brigetoun, le 02/06/2010
La tempête de
Juan Manuel de Prada
Je repris conscience dans une pièce sans fenêtres aux murs couverts de liège ; en face de moi, une vitre fumée me montrait ce qui se passait dans la pièce voisine : les invités du bal masqué de Taddeo Rosso et de Giovanna Zanon défilaient sur une estrade et posaient, de face et de profil, devant les subalternes de Nicolussi qui les prenaient en photo, photos qui seraient jointes à leurs fichiers et serviraient peut-être un jour à illustrer les épitaphes sur leurs tombes. On décelait encore, sur ces visages, les traces de l'ivresse et de la décadence qu'accusait une perplexité qui n'allait même pas jusqu'à la colère parce que les excès de la fête les maintenaient captifs d'une nébuleuse de laxisme
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Le septième voile de
Juan Manuel de Prada
Je suis arrivé dans la ville de mon enfance une heure après que ma mère eut expiré. Quand ceux que nous aimons deviennent vieux ou sont consumés depuis longtemps par la maladie, nous sommes enclins à nous figurer leur mort à l'avance, en un exercice mental préparatoire au choc qui nous attend. En contemplant leur déclin graduel, la progression ponctuelle des rides, la perte inexorable des facultés et les ravages de la décrépitude, nous mesurons, pendant les mois ou les années prématurément passés en compagnie de la mort, l'importance et le prix de ce que nous allons bientôt perdre ; nous apprenons à affronter l'avenir plus ou moins proche où ils nous manqueront. Notre pitié agit comme un mécanisme de défense et nous aguerrit contre leur disparition ; nous les pleurons ainsi avant l'heure, nous honorons leur mémoire avant le temps, nous nous affligeons et nous désespérons d'avance parce que nous savons que cette douleur persistante, presque quotidienne, nous infligera une blessure plus légère que la douleur brutale qui suit une perte dont nous avons préféré ignorer la venue. Depuis que l'on avait découvert les métastases cancéreuses qui affectaient les poumons et le foie de ma mère et rendaient toute intervention chirurgicale mutile, je m'étais efforcé d'admettre sa mort inéluctable, j'avais tait de son agonie un adieu prolongé, et je la soutenais autant que je le pouvais pendant ses interminables séances de chimiothérapie. Un spectateur non averti aurait vu dans mes attentions une preuve émouvante de dévouement filial ; mais je savais tout au fond de moi que mon objectif était aussi bien égoïste, parce que, ayant déjà fait l'expérience de la mort comme coup fortuit qui ébranle et abat, je n'avais pas le courage de la revivre.
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Par brigetoun, le 02/06/2010
La tempête de
Juan Manuel de Prada
Il ne lui restait plus à présent que la consolation (consolation pourtant masochiste) de s'embarquer sur un vaporetto pour sentir sous ses pieds les ondulations de ce support verdâtre qui avait nourri sa jeunesse ; ses évocations n'étaient empreintes d'aucun regret mais il n'en présentait pas moins tous les symptômes du découragement : la contemplation de la lagune réduite en parcelles par les bouées et rayée par les sillages profonds que laissaient les vedettes-taxis était aussi douloureuse pour lui que l'est pour un monarque celle du royaume qu'il vient d'abdiquer, car la lagune avait été son fief et celui de ses aïeux
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Par brigetoun, le 02/06/2010
La tempête de
Juan Manuel de Prada
Avec autant de précautions que le personnage de mon rêve en avait pris pour épier la femme du tableau, je m'approchai de la vitre et découvris que le corps endormi était celui de Chiara. Elle était couchée en travers du lit, comme si elle désirait l'investir tout entier, et dans le plus grand calme ; elle me tournait le dos, ses cheveux, sur l'oreiller, pareils à des cordes de violon brisées, bouclaient sur sa nuque qui semblait couverte d'un léger voile de sueur.
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Par Myrinna, le 04/12/2010
Le septième voile de
Juan Manuel de Prada
Avec ses amis, l'homme commun enlève d'abord un voile puis un autre, jusqu'à trois ou quatre en tout. Avec la femme qu'il aime, il en enlève cinq , peut-être six
s' il y a entre eux une très grande confiance, mais jamais les sept.
L'esprit humain aime aussi couvrir sa nudité et garder son intimité pour lui.
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Par brigetoun, le 02/06/2010
La tempête de
Juan Manuel de Prada
La brume avait acquis une épaisseur de forêt touffue quand nous regagnâmes Venise, une densité qui estompait les distances et enveloppait les palais de la Riva degli Schiavoni d'une sorte de sérénité léthéenne qui préfigurait leur naufrage et les accoutumait à leur vocation de mausolées.
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Par Myrinna, le 09/12/2010
Le septième voile de
Juan Manuel de Prada
Ils tuent la chair, mais ils ne peuvent pas tuer l'esprit