-
Par Pasdel, le 29/04/2012
Henri IV de
Luigi Pirandello
LANDOLF. –(...) Ah ! nous sommes beaucoup moins favorisés que les véritables conseillers d’Henri IV ; eux, personne ne leur donnait de rôle à jouer. Ils ignoraient même qu’ils avaient un rôle à jouer ! Ils le jouaient au naturel, sans le savoir… Pour eux, ce n’était pas un rôle, c’était la vie, leur vie. Ils faisaient leurs affaires aux dépens d’autrui : ils vendaient les investitures, touchaient des pots-de-vin, toute la lyre… Tandis que nous, nous voilà habillés comme ils l’étaient, dans cet admirable cadre impérial… Pour faire quoi ? Rien du tout… Nous sommes pareils à six marionnettes accrochées au mur, qui attendent un montreur qui se saisira d’elles, les mettra en mouvement et leur fera prononcer quelques phrases.
> lire la suite
-
Par Pasdel, le 28/04/2012
Henri IV de
Luigi Pirandello
LANDOLF. – Tranquillise-toi : nous ne savons pas plus que toi qui nous sommes. Voici Hérold, voilà Ordulf, moi, je suis Landolf… Il nous a donné ces noms… Nous en avons pris l’habitude, mais qui sommes-nous ? Ce sont des noms de l’époque… Berthold doit être aussi un nom de l’époque. Seul, le pauvre Tito jouait un rôle vraiment historique, celui de l’évêque de Brême. Et on aurait dit pour de bon un évêque ! Il était magnifique, ce pauvre Tito !
-
Par ballad, le 01/04/2012
Six personnages en quête d'auteur de
Luigi Pirandello
Le Père (presque en sourdine, avec une mielleuse humilité) :
Rien que pour savoir, Monsieur, si vraiment vous, tel que vous êtes actuellement, vous vous voyez… comme vous vous voyez par exemple, avec le recul du temps, celui que vous étiez autre fois, avec toutes les illusions que vous vous faisiez, alors ; avec toutes les choses, au-dedans et autour de vous, telles qu’elles vous paraissaient alors – et elles étaient ainsi, elles l’étaient réellement, pour vous ! Eh bien, Monsieur : en repensant à ces illusion qu’à présent vous ne vous faites plus, à toutes ces choses qui maintenant ne vous « paraissent » plus être comme elles « étaient pour vous jadis ; ne sentez-vous pas s’effondrer, je ne dis pas le plancher de cette scène, mais le sol, le sol lui-même, sous vos pieds, lorsque vous en déduisez que, de la même façon, « celui » que vous avez le sentiment d’être actuellement, toute votre réalité d’aujourd’hui, telle qu’elle est, est destinée à vous paraître une illusion, demain ?
> lire la suite
-
Par zazimuth, le 24/08/2010
Un, personne et cent mille de
Luigi Pirandello
L'homme puise en lui-même ses matériaux et se construit, comme une maison.
Croyez-vous vous connaître, si vous ne vous construisez pas d'une manière quelconque ? Et puis-je vous connaître, si je ne vous construis pas à la mienne ? Et vous moi, si vous ne me construisez pas à la vôtre ?
Nous ne connaissons que ce à quoi nous parvenons à assigner une forme. Mais que vaut cette connaissance ? Cette forme correspond-elle à l'objet lui-même ? (p.60)
-
Par zazimuth, le 26/08/2010
Un, personne et cent mille de
Luigi Pirandello
Chacun veut imposer à autrui l'univers qu'il porte en lui, comme si cet univers était extérieur, comme si tout le monde devait en avoir une vision conforme à la sienne, et comme si les autres ne pouvaient être différents de l'image qu'il s'en fait. (p.123)
-
Par zazimuth, le 26/08/2010
Un, personne et cent mille de
Luigi Pirandello
Mais est-ce notre faute, à vous et à moi, si les mots, en eux-mêmes, sont vides ?...
Vides. En les prononçant, vous les remplissez du sens qu'ils ont pour vous ; et moi en les accueillant, je les remplis du sens que je leur donne. (p.48)
-
Par zazimuth, le 02/10/2010
Henri IV de
Luigi Pirandello
Vous trouvez ça rassurant, vous, qu'il y ait quelqu'un qui s'évertue à persuader les autres que vous êtes comme il vous voit, lui, à fixer dans l'opinion des autres le jugement qu'il s'est fait de vous ? (p.89)
-
La Dernière Séquence de
Luigi Pirandello
Voir le monde, la vie à travers l'objectif d'une caméra : drôle d'affaire, mais aussi drôle de drame. Séraphin Gubbio est opérateur de cinéma au temps du muet. Fasciné par son art autant que par le spectacle qui s'offre à son regard, il entreprend de noter les faits dont il est témoin... La Dernière Séquence relate ainsi l'histoire tragique d'un échantillon d'humanité en quête de sa vérité. Le lecteur devenu voyeur assiste au déchaînement des passions, aux errances de personnages qui ne savent plus s'ils sont des êtres de chair et de sang ou de simples marionnettes.
Tout l'univers pirandellien sur la scène du roman. Folie, tragédie, déchirements des âmes,*. La vie comme un film.
> lire la suite
-
Six personnages en quête d'auteur de
Luigi Pirandello
Les phrases ! Oui, les phrases ! Comme si devant un fait inexplicable, devant un mal qui nous ronge, ce n'était pas un réconfort pour tout le monde que de tomber sur un mot qui ne veut rien dire mais où l'on trouve l'apaisement !
-
Six personnages en quête d'auteur de
Luigi Pirandello
LE PÈRE : Mais pour nous autres, du fait de notre nature même (il se désigne lui-même et indique rapidement les cinq autres Personnages), cette illusion, c’est notre seule réalité !
LE DIRECTEUR (abasourdi, regardant ses acteurs eux aussi interdits et troublés) : Qu’est-ce que vous me racontez là ?
LE PÈRE (après les avoir considérés un instant avec un pâle sourire) : Mais oui, la seule ! Quelle autre pourrions-nous avoir ? Ce qui pour vous est une illusion à créer est au contraire, pour nous, notre seule réalité. (Un temps. Il fait quelques pas vers le directeur, puis il ajoute :) Mais nous ne sommes pas les seuls dans ce cas, notez bien. Réfléchissez un peu. (Le regardant dans les yeux :) Pouvez-vous me dire qui vous êtes ? (Il reste l’index pointé sur le directeur.)
LE DIRECTEUR (troublé, avec un demi-sourire) : Qui je suis ? Eh bien, je suis moi !
LE PÈRE : Et si je vous répondais que ce n’est pas vrai parce que vous, vous êtes moi ?
LE DIRECTEUR : Je vous répondrais que vous êtes un fou ! (Les acteurs rient.)
LE PÈRE : Vous avez raison de rire. Ici, on joue. (Au directeur :) Vous pouvez m’objecter, par conséquent, que si ce monsieur (il montre le grand premier rôle masculin), qui est « lui », doit devenir « moi » et vice versa, c’est qu’il ne s’agit que d’un jeu. Je vous ai pris au piège, vous voyez ?
> lire la suite