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Parle-leur de batailles, de rois et d'éléphants de
Mathias Enard
« Il appréciait le calme aquatique de la cour des mosquées et le chant fraternel du muezzin du haut du minaret. Surtout, il aimait la ville, les antres bruyants où buvaient les janissaires, l’activité du port, l’accent des étrangers.
Et, plus que tout, le dessin, la blessure noire de l’encre, cette caresse crissant sur le grain du papier ».
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Par sylvie, le 10/12/2009
Zone de
Mathias Enard
je voudrais retrouver un jour tiède entre Agami et Marsa Matrouh, à quelques kilomètres d'Alexandrie, sur la plage immense, c'est le soir la Méditerranée est métallique le ciel rosi le sable doux, je regarde vers le large le phosphore pur de la mer fait cligner des yeux dans la lumière oblique, deux formes glissent hors de l'eau, elles sautent l'une derrière l'autre et étincellent, deux gerbes irisées viennent vers la côte à petits bonds, deux dauphins, deux dauphins jouent dans la mer tiède à quelques encablures du bord, je n'en ai jamais vu, je me lève, ils sont si proches qu'on voit leur rostre étinceler, ils cabriolent devant moi, il n'y a personne d'autre, alors bien sûr je cours ils semblent si réels vus au ras des vagues, j'en ai les larmes aux yeux, jamais je n'ai assisté à un spectacle pareil, un spectacle pour personne, ils caracolaient pour moi seul, dans le soir d'une côte déserte, un cadeau du hasard ou de Thétis la généreuse, je me suis jeté dans l'eau, un linceul de fraîcheur m'a recouvert, les deux formes d'argent se découpaient sur le ciel rose, le goût de sel me remplissait la bouche, j'ai nagé doucement vers eux, c'était la beauté qui m'appelait, la beauté le calme et le bonheur pur de l'harmonie du monde, je nageais vers les deux dauphins, doucement pour ne pas les effrayer, je voulais les suivre, je voulais les suivre, je les aurai suivis jusqu'à la demeure de Poséïdon aux crins d'azur, c'était un beau couchant pour disparaître, un beau soir pour mourir ou vivre éternellement dans le sillage des mammifères marins, ils m'ont senti arriver, perçu mes vibrations dans les vagues, je n'étais pas digne d'eux, je n'en étais pas digne
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Par Orphea, le 17/12/2010
Parle-leur de batailles, de rois et d'éléphants de
Mathias Enard
Cela commence par des proportions. L'architecture est l'art de l'équilibre ; tout comme le corps est régi par des lois précises, longueur des bras, des jambes, position des muscles, un édifice obéit à des règles qui en garantissent l'harmonie. L'ordonnancement est la clé d'une façade, la beauté d'un temple provient de l'ordre, de l'articulation des éléments entre eux. Un pont, ce sera la cadence des arches, leur courbe, l'élégance des piles, des ailes, du tablier. Des niches, des gorges, des ornements pour les transitions, certes, mais déjà, dans le rapport entre voûtes et piliers, tout sera dit.
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Par toto, le 01/02/2011
Parle-leur de batailles, de rois et d'éléphants de
Mathias Enard
Je sais que les hommes sont des enfants qui chassent leur désespoir par la colère, leur peur dans l'amour; au vide, ils répondent en construisant des châteaux et de temples. Ils s'accrochent à des récits, ils les poussent devant eux comme des étendards; chacun fait sienne une histoire pour se rattacher à la foule qui la partage. On les conquiert en leur parlant de batailles, de rois, d'éléphants et d'êtres merveilleux; en leur racontant le bonheur qu'il y aura au-delà de la mort, la lumière vive qui a présidé à leur naissance, les anges qui leur tournent autour, les démons qui les menacent, et l'amour, l'amour, cette promesse d'oubli et de satiété.
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Parle-leur de batailles, de rois et d'éléphants de
Mathias Enard
Comme mon pays disparu, là-bas, de l'autre côté de la mer. Il ne vit plus que dans les histoires et ceux qui les portent. Il leur faudra parler longtemps de batailles perdues, de rois oubliés, d'animaux disparus. De ce qui fut, de ce qui aurait pu être, pour que cela soit de nouveau.
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Parle-leur de batailles, de rois et d'éléphants de
Mathias Enard
Je sais que les hommes sont des enfants qui chassent leur désespoir par la colère, leur peur dans l'amour ; au vide, ils répondent en construisant des châteaux et des temples. Ils s'accrochent à des récits, ils les poussent devant eux comme des étendards ; chacun fait sienne une histoire pour se rattacher à la foule qui la partage. On les conquiert en leur parlant de batailles, de rois, d'éléphants et d'êtres merveilleux ; en leur racontant le bonheur qu'il y aura au-delà de la mort, la lumière vive qui a présidé à leur naissance, les anges qui leur tournent autour, les démons qui les menacent, et l'amour, l'amour, cette promesse d'oubli et de satiété. Parle-leur de tout cela, et ils t'aimeront ; ils feront de toi l'égal d'un dieu. Mais toi tu sauras, puisque tu es ici tout contre moi, toi le Franc malodorant que le hasard a amené sous mes mains, tu sauras que tout cela n'est qu'un voile parfumé cachant l'éternelle douleur de la nuit.
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Parle-leur de batailles, de rois et d'éléphants de
Mathias Enard
Oublie ta peur, profite de ce que je suis, comme toi, un morceau de chair qui n'appartient à personne sinon à Dieu. Prends un peu de ma beauté, du parfum de ma peau. On te l'offre. Ce ne sera ni une trahison, ni un serment ; ni une défaite, ni une victoire.
Juste deux mains s'emprisonnant, comme des lèvres se pressent sans s'unir jamais.
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Parle-leur de batailles, de rois et d'éléphants de
Mathias Enard
- Vous ajouterez de la beauté au monde, dit Mesihi. Il n'y a rien de plus majestueux qu'un pont. Jamais aucun poème n'aura cette force, ni aucune histoire. Quand on parlera de Constantinople, on mentionnera Sainte-Sophie, la mosquée de Bayazid et votre ouvrage, maestro. Rien d'autre.
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Par jostein, le 18/10/2010
Parle-leur de batailles, de rois et d'éléphants de
Mathias Enard
Combien faudra-t-il d'œuvres d'art pour mettre la beauté dans le monde?
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Par brigetoun, le 18/09/2010
Parle-leur de batailles, de rois et d'éléphants de
Mathias Enard
Il va aller se perdre dans les rues de la ville, se perdre dans les bouges de Tahtakale ; pour tout souvenir de Michel-Ange, il garde le dessin d'un éléphant, et surtout, dans un repli de son vêtement, la dague noire et or qui lui brûle à présent le ventre comme si elle était chauffée à blanc.