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Par tulisquoi, le 19/12/2010
Nous étions des êtres vivants de
Nathalie Kuperman
Nous ne pouvions plus rien faire de nos jambes, de nos mains, de nos cerveaux. Nous avancions en tâtonnant, et la présence de celui qui était devant rassurait celui qui le suivait. Nous voulions profiter le plus longtemps possible d’être un groupe, une entité, un ensemble. Nous ignorions encore la douleur d’être seul devant les questionnaires du pôle emploi, à devoir prouver que nous recherchions un travail d’une façon hardie. Nous allions vite devenir coupables de n’avoir pas su conserver notre poste. Nous devrions expliquer à nos amis comment notre société avait été condamnée du jour où elle avait été vendue. Les gens feraient mine de comprendre ; en ce moment, c’est partout pareil… Et pourtant, non, ce n’est pas partout pareil. C’est partout singulier, c’est partout une seule personne à la fois qui soudain perd pied, hallucine, voudrait que ce soit un rêve, mais, par pitié, pas elle, oh non, pas elle. Partout c’est elle, qui espérait une récompense parce qu’elle s’était tenue bien sage, avait fait tout ce qu’elle pouvait, avait mis des bouchées doubles comme on le lui avait demandé (ah, les bouchées doubles !), toléré les humiliations et accepté d’humilier à son tour pour sauver une place qu’elle a de toute façon perdue.
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Par Inextenso, le 07/10/2010
J'ai renvoyé Marta de
Nathalie Kuperman
Mardi. J'ai quitté mon travail à cinq heures sous prétexte d'aller chercher Marta à la crèche, une excuse que je me suis inventée : une folle envie de voir ma fille plus tôt ce soir-là. J'étais à la maison à cinq heures et demie, ma fille sur les bras, et je ne savais pas quoi faire d'elle, ce que je voulais, c'était préparer la venue de Marta, alors bien sûr, ma fille m'encombrait.
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Nous étions des êtres vivants de
Nathalie Kuperman
Éventrer les cartons, que bonheur, éventrer les projets foireux, éventrer les chefs, éventrer les décisions arbitraires, les représailles, les abus de pouvoir, les entretiens dont on sort la queue entre les jambes alors que ça fait vingt ans qu'on est dans la boîte et que l'on s'entend soudain dire qu'on n'est plus bon à rien, éventrer la bêtise, éventrer ce rien qui tient lieu de tout et devant lequel on doit s'agenouiller. On aime notre métier et notre métier ne nous aime plus.
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Par Inextenso, le 07/10/2010
J'ai renvoyé Marta de
Nathalie Kuperman
Le soir, je suis entrée chez moi en fermant les yeux. J'attendais tant et tant de Marta qu'un instant j'ai imaginé qu'elle avait pu faire de notre appartement un endroit autre, un lieu où chaque chose serait telle que je l'aurais voulue, sans pour cela avoir besoin de réfléchir, de trancher. (...) Fermer les yeux, c'est ce que j'ai fait en entrant, mais quand je les ai rouverts, ce que j'ai vu c'est du ménage, rien d'autre. Marta me décevait.
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Par manoes, le 28/09/2010
Nous étions des êtres vivants de
Nathalie Kuperman
Je suis débordé, dit-on. Mais l’on aime que ça déborde, que ça nous dépasse, que ça nous inonde. Avoir du temps serait presque l’aveu de notre inutilité.
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Par kathel, le 17/11/2010
Nous étions des êtres vivants de
Nathalie Kuperman
Il est huit heures et je dois me rendre au travail. C’est tellement étonnant la façon dont les choses auraient pu tourner, et comment, non, elles sont restées figées. je n’ai rien fait de mon goût pour les concours et je ne me suis jamais mesurée aux autres. Ne pas se faire remarquer demande déjà une énergie considérable.
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Par manoes, le 28/09/2010
Nous étions des êtres vivants de
Nathalie Kuperman
Nous faisons partie de cette entreprise qui, si elle n’est plus une « grande entreprise » et se nomme aujourd’hui PME, n’en est pas moins un projet, un combat, une gageure. Nous nous resservons des coupes de champagne médiocre pour oublier que, sous les masques, s’installe le renoncement…
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Par Aifelle, le 28/01/2011
Nous étions des êtres vivants de
Nathalie Kuperman
"Nous les avions un peu oubliées, celles qui ont tout fait pour que les choses se passent autrement, qui n'ont cessé de nous prévenir du danger que représentait l'acceptation d'être rachetés par un escroc, qui nous ont encouragés à faire grève, à alerter les médias, à nous mobiliser pour exiger que nous restions dans le grand groupe de presse en question. Nous en avons les moyens ! assenaient-elles avec une conviction moyenne. Nous avions déjà baissé les bras".
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Punie ! de
Nathalie Kuperman
Lorsque nous sommes arrivées à la maison, maman m'a demandé si tout s'était bien passé. J'ai répondu oui, mais maman, qui a une loupe dans les yeux quand elle me regarde, a trouvé que mon oui n'était pas bien dessiné.
- C'est un oui qui ne me plaît pas beaucoup, mon petit chat, m'a-t-elle dit.
- Pourquoi ?
- Le O tremblote, le U bascule, et le I n'a pas le point bien au-dessus de sa tête.
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Par Lizouzou, le 06/03/2011
Nous étions des êtres vivants de
Nathalie Kuperman
Nous nous méfions de nous-mêmes, craignant de nous le pire : pourrions-nous devenir autres si l'occasion se présentait ?