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Par Woland, le 07/02/2012
Monstrueux de
Natsuo Kirino
[... ] ... C'est très clair aujourd'hui. Plus jeune, j'étais abondamment dotée de ce je-ne-sais-quoi qui attire les hommes mûrs. J'avais le pouvoir de réveiller chez eux ce que l'on appelle le complexe de Lolita. Mais le destin a voulu que, les années passant, il me soit de plus en plus difficile de conserver ce charme enfantin. Il ne m'a pas abandonnée d'un seul coup. Jusqu'à trente ans, j'ai toujours été capable d'en faire usage, dans une certaine mesure. Et parce que je possède de naissance une beauté qui surpasse de loin celle des autres femmes, je suis toujours attirante malgré mes trente-six ans. Mais aujourd'hui j'officie dans des bars à hôtesses minables et me prostitue quand l'occasion se présente. Il faut croire que, dans le vrai sens du terme, je suis devenue laide.
Mon sang lascif ne me laisse pas d'autre choix que de convoiter les hommes. Et même si je deviens banale, laide, vieille, aussi longtemps que la vie animera mon corps, je continuerai à les désirer. C'est mon destin, tout simplement. Même si les hommes ne s'émerveillent plus en me voyant, même s'ils ne me désirent plus, même s'ils me rabaissent, il faut que je les aie dans mon lit. Ou plutôt, je veux les avoir dans mon lit. C'est la contrepartie d'un attribut divin que nul ne peut conserver éternellement. On pourrait peut-être dire que mon "pouvoir" n'est guère plus qu'un péché. ... [...]
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Par Woland, le 07/02/2012
Le vrai monde de
Natsuo Kirino
[...] ... Tout le temps que je passe à pédaler sur mon vélo, je suis sur le point de m'endormir. C'est peut-être la météo, mais je m'étonne de me sentir comme ça tandis que je pédale sur l'asphalte brûlant de la nationale, à quelques centimètres des camions qui passent à toute allure. Ce n'est pas comme si j'étais fatigué ni rien. Ce que je fabrique depuis hier se résume à faire de la route sur un vélo de fille. Jusqu'à maintenant, le voyage a été facile. Chaque fois que je vois une supérette, je m'arrête pour me rafraîchir, boire un peu d'eau et lire des mangas. Il n'y a donc aucune raison pour que je sois aussi somnolent.
Mais peut-être que la situation dans laquelle je me trouve maintenant ressemble à celle du soldat japonais. [Alors qu'il était encore en primaire, le narrateur avait vu sur un film d'actualités un soldat japonais se laisser battre à mort par un couple de vieux Philippins qui se vengeaient probablement de ce qu'il leur avait fait subir pendant la guerre.] Peut-être que je ne le sais pas, mais que mon inconscient essaie d'échapper à la réalité. Il doit donc y avoir quelque chose à craindre, me dis-je.
Matricide. Je n'aurais jamais cru pouvoir faire un truc pareil, mais voilà, c'est fait. Le choc que j'ai eu en regardant les informations hier soir dans la supérette a commencé à me rendre nerveux. J'avais vu un article là-dessus dans un journal et m'étais simplement dit : Hé, regardez-moi ça ! Mais à la télé, c'était effrayant. ... [...]
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Par Woland, le 07/02/2012
Monstrueux de
Natsuo Kirino
[...] ... En y regardant de près, on s'aperçoit tout de suite que je suis une "sang-mêlé." Mon père est un ressortissant suisse d'origine polonaise. Il paraît que son grand-père, un pasteur, avait fui les nazis et s'était réfugié en Suisse, où il était mort. Mon père avait une petite affaire - il était importateur en pâtisseries et friandises occidentales. L'intitulé en lui-même est assez alléchant mais en réalité, mon père se contentait d'importer des chocolats et des biscuits de qualité médiocre, rien de plus que des amuse-gueules bon marché. Et il avait beau être connu pour ses douceurs à l'occidentale, pas une fois dans toute mon enfance je n'ai eu la permission d'y goûter.
Nous menions une vie très frugale. Nos repas, nos vêtements et même nos affaires de classe étaient tous fabriqués au Japon. Je ne suis pas allée dans une école internationale mais à l'école publique japonaise. Mon argent de poche était strictement rationné et le budget consacré aux dépenses de la maison était largement inférieur à ce que ma mère aurait pu tenir pour suffisant.
Mon père n'avait jamais réellement décidé de passer le reste de sa vie au Japon avec ma mère et moi. Il était tout simplement trop radin pour repartir. Il refusait de dépenser le moindre yen inutilement. Et c'était lui, bien sûr, qui décidait de ce qui était utile et de ce qui ne l'était pas. ... [...]
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Par Woland, le 07/02/2012
Le vrai monde de
Natsuo Kirino
[...] ... La sirène sonne encore. Mais là, juste entre deux grondements, j'entends un grand bruit, quelque chose qui se casse chez les voisins. Nos maisons sont tellement proches qu'en ouvrant une fenêtre on peut entendre les parents qui s'engueulent, ou le téléphone qui sonne. Je me dis qu'ils ont peut-être pété une vitre. Il y a sept ans, le gamin qui vivait en face, dans la maison en diagonale de la nôtre, a envoyé un ballon de foot à travers une fenêtre de la pièce où on conserve notre autel bouddhiste. Il a fait celui qui n'a rien vu et, plus tard, on l'a transféré dans une école du Kansai. Je me rappelle que le ballon abandonné est resté une éternité sous l'auvent de chez moi.
Bref, le bruit que j'entends est exactement le même. Il n'y a pas de petits enfants à côté, alors c'est un peu bizarre d'entendre quelque chose voler en éclats avec une telle force et, dans l'ensemble, plutôt inquiétant. Peut-être qu'un cambrioleur est entré par effraction. Le coeur battant à tout rompre, je tends l'oreille, mais n'entends rien de plus. Silence total. ... [...]
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Monstrueux de
Natsuo Kirino
Chaque fois que je croise un homme, je me prends à imaginer l'aspect qu'aurait notre enfant si l'idée nous venait d'en faire un ensemble. C'est pratiquement devenu une seconde nature... Je commence toujours par imaginer le meilleur des scénarios possibles, mais bientôt des visions d'horreur surgissent à l'exact opposé du spectre.
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Par verobleue, le 25/08/2011
Monstrueux de
Natsuo Kirino
Parce que dans cette maison, il y a un ordre aux choses. C’est comme le test qu’on fait avec le chien, non ? On aligne les membres de la famille et on lâche le chien pour voir vers qui il va en premier. Et le premier, c’est le patron. C’est comme ça. Tout le monde perçoit naturellement l’ordre des choses…qui a le plus de prestige et d’autorité, je veux dire. Et on observe cet ordre instinctivement. Pas besoin de l’expliquer, tout le monde y obéit. Tout se décide en fonction de cet ordre… comme euh…qui a le droit de prendre son bain en premier et à qui reviennent les meilleurs morceaux. Mon père passe en premier ; c’est tout naturel, non ? Et moi je viens en deuxième position. Avant, c’était ma mère la deuxième, mais depuis que je me suis hissée parmi les meilleures de ma classe d’âge au classement national, j’ai pris sa place. Donc maintenant mon père vient en premier, moi en deuxième, puis ma mère et enfin ma sœur. Si ma mère ne fait pas attention, ma sœur risque bientôt de passer devant.
- Vous déterminez l’ordre de préséance dans votre famille en fonction des résultats aux tests nationaux ?
- Disons que nous nous classons en fonction de l’effort fourni.
- Mais puisque ta mère ne va jamais passer de concours d’entrée, ce n’est pas un peu injuste pour elle ?
Mères et filles mises en concurrence les unes avec les autres. Avait-on jamais vu quelque chose d’aussi absurde ? Mais Kazue était parfaitement sérieuse.
- C’est inévitable. Ma mère a perdu contre mon père dès le départ et personne dans notre famille ne peut prendre le dessus sur lui. J’ai étudié aussi dur que je le pouvais et aussi loin que je me souvienne. Ma plus grande joie dans la vie, c’est d’améliorer mes notes. Ça fait bien longtemps que j’ai décidé de tout faire pour surclasser ma mère. Tu sais, elle dit toujours qu’elle n’a jamais eu l’ambition de faire carrière, mais je crois qu’elle voulait devenir médecin quand elle était jeune. Son père ne l’aurait jamais laissée faire ; en plus, elle n’était pas assez intelligente pour entrer en faculté de médecine. Mais elle l’a toujours regretté. Etre élevée pour ne devenir qu’une femme, c’est lamentable, tu ne trouves pas ? C’est ce qu’elle dit toujours. Elle se sert du fait qu’elle est une femme pour se justifier de n’avoir rien fait de sa vie. Mais si tu t’y emploies à fond, c’est possible de réussir, même en étant une femme.
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Par verobleue, le 25/08/2011
Monstrueux de
Natsuo Kirino
Les hommes vivent selon des règles qu’ils se sont fixées eux-mêmes. Et parmi ces règles, il y en a une qui veut que les femmes ne soient qu’une marchandise qu’il leur appartient de posséder. Une fille appartient à son père, une femme à son mari. Pour eux, les désirs propres aux femmes représentent un obstacle, et mieux vaut les ignorer. D’ailleurs, le désir est toujours le fait de l’homme. C’est son rôle de faire des avances aux femmes et de protéger les siennes des avances des autres.
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Par verobleue, le 29/09/2010
Le vrai monde de
Natsuo Kirino
La plupart des jeunes que je connais ne lisent que des mangas, mais je préfère les romans. Les romans sont plus proches de la vraie vie, c'est comme s'ils montraient le monde après en avoir épluché une couche, une réalité qu'on ne pourrait pas voir autrement. Ce que je veux dire, c'est qu'ils ne sont pas superficiels. Ca fait de moi une sorte d'anomalie au sein de ma classe. Mes camarades ne voient que la surface des choses. Pareils pour leurs parents; Ils doivent trouver que ca leur rend la vie plus facile, comme si c'était la manière la plus intelligente d'aborder l'existence. Quelle bande de trouducs!
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Par verobleue, le 06/10/2010
Le vrai monde de
Natsuo Kirino
Même une mère sympa et un père comme lui ne peuvent vraiment pas ressentir l'agression mercantile que leur enfant subit depuis le berceau, la peur permanente qu'elle a d'être dévorée vive par les abrutis qui l'entourent. Ils pigent tout simplement pas
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Par BMR, le 13/07/2008
Out de
Natsuo Kirino
[...] - Mais qu'est-ce que vous faites ?
Masako se tourna vers elle d'un air excédé.
- On le coupe en morceaux. On a décidé que c'était un travail comme un autre.
- Mais enfin ... c'est pas un travail !
- Si, c'en est un ! décréta Masako pour couper court. Tu as besoin d'argent, tu nous aides.
Ces mots la réveillèrent.
- Vous aider, mais à quoi ?
- On va en faire des petits morceaux qu'on mettra dans des sacs que tu iras jeter.
- Je n'aurai rien d'autre à faire ?
- Non.
- Et ça me rapportera combien ?
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