-
Par Sesheta, le 17/11/2012
L'Anthropologie n'est pas un sport dangereux de
Nigel Barley
Les funérailles torajas sont des manifestations joyeuses par nature, du moins à leur dernier stade, quand le chagrin est oublié. Le corps peut très bien avoir été conservé pendant plusieurs années, tandis qu'on mobilise les ressources et qu'on convoque les gens partis à l'étranger. L'émigration est depuis longtemps la réponse à la dureté de la vie dans les montagnes. Mais les Torajas reviennent toujours au pays, en particulier pour les fêtes de ce genre.
(p.141)
> lire la suite
-
Par Sesheta, le 20/10/2012
L'Anthropologie n'est pas un sport dangereux de
Nigel Barley
Le réveil, le matin, est toujours un moment où la tolérance est soumise à rude épreuve. Nous sommes tous xénophobes à cette heure-là. C'est alors que les préjugés prennent toute leur force et que les sensibilités s'exacerbent. La vision de gens en train d'engloutir de grandes quantités d'ail et de riz en guise de petit déjeuner est toujours difficile à supporter. La générosité joyeuse avec laquelle ils offrent de les partager avec le voyageur étranger serait attachante en toute autre circonstance. A cette heure-là, elle vous rend ronchon et désagréable.
(p.100)
> lire la suite
-
Par Sesheta, le 14/12/2012
L'Anthropologie n'est pas un sport dangereux de
Nigel Barley
La route devint soudain beaucoup plus mauvaise -ou, plus exactement, le chauffeur paraissait désormais viser les nids-de-poule au lieu de les éviter. [...] Johannis [...] serrait ses provisions pour les protéger.
"Comment vont les œufs?" fis-je poliment.
Tout le monde hurla de rire. J'avais involontairement dit ma première blague cochonne. On m'expliqua qu'il fallait s'enquérir des œufs de poule, sinon on comprenait que je demandais des nouvelles des organes génitaux des passagers mâles.
(p.163)
> lire la suite
-
Par Sesheta, le 18/11/2012
L'Anthropologie n'est pas un sport dangereux de
Nigel Barley
Difficile de savoir quoi faire lorsqu'on vous met en présence d'un mort. L'admiration semble déplacée. Doit-on risquer des commentaires sur sa taille ? Il me parut préférable de m'en tenir à des questions vides de sens, du genre famille-royale-à-qui-on-montre-une-merveille-industrielle. Depuis combien de temps ? Comment exactement ? De quelle religion ? Un intérêt poli et impressionné semblait l'émotion la plus convenable.
(p.146)
> lire la suite
-
Par Sesheta, le 15/12/2012
L'Anthropologie n'est pas un sport dangereux de
Nigel Barley
Ma déception a dû être évidente. Les Occidentaux ont une tendance inhérente à se servir du reste du monde pour réfléchir à leurs propres problèmes. Andareus n'était pas un "bon sauvage" stigmatisant les défauts de notre civilisation. Il était plutôt plus moderne que moi: il parlait couramment le jargon de l'informatique et de l'électronique. Ses valeurs étaient probablement très proches des miennes, et son attachement au monde traditionnel aussi extérieur que le mien. Il le considérait depuis le confort d'un bungalow moderne et climatisé de Kalimantan, juste par romantisme peu-être. Son implacable lucidité sur lui-même me retournait le couteau dans la plaie.
"Vous voyez. Ce n'est qu'en partant à l'étranger que j'ai appris à apprécier nos anciennes coutumes.
(p.183-184)
> lire la suite
-
Par Sesheta, le 15/12/2012
L'Anthropologie n'est pas un sport dangereux de
Nigel Barley
Johannis m'indiqua un bloc rocheux qui s'élevait verticalement depuis le fond de la vallée.
"C'est le fort de Pong Tiku", expliqua-t-il.
Il s'agissait, je le savais, du chef toraja qui s'était opposé aux Hollandais lors de leur invasion de la région, en 1906. Il avait été vaincu après un long siège.
"Que lui est-il arrivé?
- Les Hollandais l'ont emmené à Rantepao et ils l'ont fusillé. (Une expression de fureur passa sur son visage.) Aujourd'hui, c'est un héros, mais les gens de Baruppu' l'ont combattu. Il a brûlé le village et tout le monde s'est enfui à Makki pour chercher de la magie. Nous allions revenir pour le détruire, et puis les Hollandais sont arrivés. C'est pourquoi il n'y a pas de vieilles maisons ici."
(p.189)
> lire la suite
-
Par Sesheta, le 15/12/2012
L'Anthropologie n'est pas un sport dangereux de
Nigel Barley
Un flot de gens, presque tous habillés en noir, la couleur de la mort, sortait des maisons. Ici aussi, les fêtes torajas étaient divisées entre celles de l'ouest, dites de la "fumée descendante" -les fêtes de la mort-, et celles de l'est, de la "fumée montante" -les fêtes de la vie. Le rituel toraja semble totalement déséquilibré, car il insiste beaucoup plus sur la mort que sur la vie. Cela, cependant, peut très bien venir de l'influence des missionnaires qui ont supprimé les rites de la fertilité relativement licencieux, ne laissant que ceux de la mort, désormais aussi incongrus qu'une baleine échouée sur une plage.
(p.175)
> lire la suite
-
Par Sesheta, le 12/10/2012
L'Anthropologie n'est pas un sport dangereux de
Nigel Barley
Visiter le musée fut plus difficile que prévu. J'embarquai dans un trishaw avec un conducteur d'une grande antiquité. Une telle situation est toujours un peu délicate et ambigüe. Les gens vous dévisagent. Mais se disent-ils : "Tiens ! Voilà un puttyman [homme blanc] paresseux transporté par un pauvre vieux qui pourrait être son père" ou : "Vous avez vu ça ! C'est super qu'il ait engagé ce vieil homme au lieu d'un jeune qui serait allé plus vite"?
(p.85)
> lire la suite
-
Par Sesheta, le 04/12/2012
L'Anthropologie n'est pas un sport dangereux de
Nigel Barley
Le véhicule s'affaissait toujours plus sur ses amortisseurs. On embarqua une femme qui semblait sur le point d'accoucher. On démonta une bicyclette et on la rangea au fond. On prit des enfants sur nos genoux, on transféra des bagages dans les coins. Tout le monde fumait et gardait les fenêtres soigneusement fermées, alors que la journée était loin d'être froide.
Le tableau de bord du minibus indiquait d'impossibles pannes simultanées de tous les systèmes. Le voyant d'alarme des freins et celui de l'huile étaient allumés. On n'avait ni carburant ni eau. La batterie, apparemment, se déchargeait en continu. A tous les points d'eau le conducteur s'arrêtait et versait des litres et des litres sur le siège de son voisin. Ce n'était pourtant pas là que se trouvait le radiateur. En fait, c'était l'embrayage qui chauffait tellement que les sandales en plastique du voyageur de devant commençaient à fumer.
(p.158-159)
> lire la suite
-
Par Sesheta, le 15/12/2012
L'Anthropologie n'est pas un sport dangereux de
Nigel Barley
Un anthropologue est probablement le pire des invités imaginables. Je n'en voudrais pas chez moi. Il arrive sans en avoir été prié, il s'installe sans y être convié et il harcèle ses hôtes de questions stupides jusqu'à les rendre fous. Au départ, il n'aura qu'une vague idée de ce qu'il cherche. Comment, après tout, saisir l'essence d'un mode de vie étranger? Les anthropologues ne sont même pas d'accord entre eux sur le genre de proie qu'ils poursuivent. La découvre-t-on dans la tête des gens, dans les faits concrets de la réalité extérieure, dans les deux, ou dans ni l'un ni l'autre? Certains considèrent aussi que la majeure partie des "connaissances" anthropologiques est une fiction fabriquée quelque part entre l'observateur et l'observé, et qu'elle dépend de rapports de pouvoir inégaux entre eux. La réponse presque inévitable, c'est de foncer, en attendant d'analyser plus tard ce qu'on a fait.
(p.174)
> lire la suite