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Par csapin, le 22/03/2011
William Styron
"Il m'a fallu du temps pour comprendre que la littérature était plus que le simple fait de raconter une histoire : un mode d'expression artistique à travers lequel on peut transmettre des messages importants. Quand je dis "message", je n'entends évidemment pas propagande ou prêche. Je veux dire qu'un écrivain peut, si son art est assez fort, faire passer à travers une fiction une vision intuitive de l'Histoire ou de la société contemporaine que les historiens et sociologues ne peuvent exprimer. J'écris pour trouver un sens aux événements majeurs de mon temps lorsqu'ils causent des angoisses et des chocs psychiques : l'esclavage en ce qui concerne Nat Turner, l'Holocauste pour Le choix de Sophie. Un roman, si on y a mis assez de passion et d'intelligence, peut être plus vrai que toutes les thèses des érudits et forcer la compréhension mieux qu'aucune autre documentation : il s'agit à la fois d'être totalement libre dans son imagination et de ne jamais trahir l'exactitude historique. Mon ambition, en tant qu'écrivain, n'est pas de changer le cours du destin des hommes mais de modifier, sans s'éloigner de la vérité, les perceptions d'un seul homme ou d'une seule femme.
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Par Eloah, le 09/05/2010
Face aux ténèbres de
William Styron
Quant à ceux qui ont séjourné dans la sombre forêt de la dépression, et connu son inexplicable torture, leur remontée de l'abîme n'est pas sans analogie avec l'ascension du poète, qui laborieusement se hisse pour échapper aux noires entrailles de l'enfer
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Par csapin, le 22/03/2011
William Styron
Je crois qu'un écrivain est quelqu'un qui joue le rôle de passeur entre le lecteur et les mondes dans lesquels ce lecteur va se sentir immergé. Ca, oui, c'est un rôle que l'on peut attribuer à l'écrivain. Mais il ne faut pas pécher par prétention : ce n'est pas l'écrivain qui peut se donner ce rôle. On ne se réveille pas, un beau matin, en se disant : "Tiens, je vais devenir le passeur entre le lecteur et le monde." Non, ce sont les lecteurs - et personne d'autre - qui peuvent nous assigner cette mission. L'unique devoir d'un écrivain est d'être fidèle à sa vision du monde. Mais ce devoir-là est littéraire : il consiste à maintenir haut l'exigence de la langue."
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Par Piling, le 02/10/2010
Le Choix de Sophie de
William Styron
Explicit :
I had abominable dreams – which seemed to be a compendium of all the tales of Edgar Allan Poe : myself being split in twain by monstruous mechanisms, drowned in a whirling vortex of mud, being immured in stone and, most fearsomely, buried alive. All night long I had the sensation of helplessness, speechlessness, an inability to move or cry against the inexorable weight of earth as it was flung in thud-thud-thuding rhythm against my rigidly paralyzed, supine body, a living cadaver being prepared for burial in the sands of Egypt. The desert was bitterly cold.
When I awoke it was early morning. I lay looking straight up at the blue-green sky with its translucent shawl of mist; like a tiny orb or crystal, solitary and serene, Venus shone through the haze above the quiet ocean. I heard children chattering nearby. I stirred. 'Izzy, he's awake!''G'wan, yah mutha's mustache!''Fuuuck you!' Blessing my resurrection, I realized that the children had covered me with sand, protectively, and that I lay as safe as a mummy beneath this fine, envelopping overcoat. It was then in my mind I inscribed the words : 'Neath cold sand I dreamed of death/but woke at dawn to see/in glory, the bright, the morning star.
This was not judgment day– only morning. Morning : excellent and fair.
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Par csapin, le 22/03/2011
William Styron
Je n'écris que l'après-midi, après 4 heures. J'ai toujours été incapable de me concentrer le matin. J'ai besoin de beaucoup marcher, de réfléchir. (...) Les mots ne me viennent pas facilement. Lorsque j'écris, je rassemble les pensées éparses et vagabondes qui se sont présentées à moi pendant ma promenade. (...) Ecrire est une agonie. Chaque phrase, chaque paragraphe doit être définitif avant que je passe au suivant.
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Par csapin, le 16/05/2011
Les confessions de Nat Turner de
William Styron
Au cours des nombreuses semaines qui suivirent cette nuit-là, je me suis plus d'une fois demandé ce qui avait bien pu se passer dans les sens assoupis de Travis quand, avec une telle violence et une si brutale soudaineté, nous apparûmes devant lui et lui montrâmes clairement ces intentions que, même lui, maître indulgent et tolérant, devait avoir considérées comme un cauchemar possible, mais que, depuis longtemps, il avait chassées de son esprit comme on chasse toute idée d'un désastre lointain et impensable. Car certainement, dans les heures d'insomnie, comme tous les hommes blancs, il avait dû de temps à autre, se retourner dans son lit avec un gémissement de malade en songeant à ces dociles créatures, toujours portées à rire là-bas à la lisière du bois, se demandant dans un éclair de folle et terrible illumination ce qui pourrait bien arriver si - si, comme de gentils animaux familiers devenus subitement des bêtes déchaînées, ils décidaient de venir l'exterminer et avec lui, les siens, ce qu'il avait de meilleur, de plus cher. Si, par quelque tour de passe-passe, ces grands nigauds comiques, connus pour leur dévotion enfantine - si attendrissante de même que leur astuce dans leurs fautes et leurs manquements - mais qui n'avaient jamais eu la réputation d'être doués de masculinité, de volonté ou d'audace, se transformaient brusquement, en une nuit, en quelque chose de différent, en assassins implacables, disons, en chiens enragés, en bourreaux vengeurs - qu'arriverait-il alors à cette frêle et pauvre chair ? Sûrement, à certains moments de sa vie, Travis, comme tous les autres Blancs, avait dû être lanciné par des visions aussi troublantes qui le faisaient frémir d'angoisse dans son lit - car n'était-il pas vrai qu'un tel cataclysme ne s'était jamais produit ? N'était-ce pas un fait connu du plus humble fermier, squatter et vagabond, qu'il y avait quelque chose de stupidement inepte chez ces gens-là, quelque chose d'abject, de paresseux, d'émasculé, qui les empêcherait toujours d'accomplir des actes aussi dangereux, aussi audacieux, aussi intrépides, ce même quelque chose qui, depuis deux siècles et même davantage, les avait maintenus docilement en esclavage ? Certainement, Travis mettait toute sa confiance dans l'histoire, déduisant avec les autres Blancs que, puisque ces gens, à en croire les plus anciennes annales du pays, ne s'étaient jamais soulevés, ils ne se soulèveraient jamais et, dans cette confiance - solide comme le roc et aussi inflexible que la confiance du banquier dans le dollar - il lui était possible de dormir du sommeil de l'innocence, à l'abri de toute inquiétude. Aussi, ne fut-ce sans doute que l'incrédulité qui envahit son esprit à demi éveillé, et non le souvenir de frayeurs anciennes, lorsqu'il se redressa d'un bond dans son lit, près de Miss Sarah, jeta sur ma cognée un regard perplexe et dit : -"Qu'est-ce que vous venez tous faire ici ?"
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Par csapin, le 16/05/2011
Les confessions de Nat Turner de
William Styron
Une haine de l'homme blanc aiguisée à l'extrême est naturellement une émotion que les Noirs ressentent sans la moindre difficulté. Pourtant, à dire vrai, on ne trouverait pas cette haine dans l'âme de tous les nègres : elle dépend de trop de modes de vie, mystérieux et cachés, de trop de hasards, pour fleurir abondamment partout. La véritable haine dont je parle - une haine si pure, si inexorable qu'aucune sympathie, aucune chaleur humaine, aucune lueur de compassion ne peuvent en écorner, en rayer la surface de roc - n'est pas commune à tous les nègres. Comme une fleur de granit au feuillage cruel, elle sort, quand elle le fait, d'une frêle petite graine jetée sur un sol incertain. Beaucoup de conditions sont nécessaires pour que cette haine se développe complètement, pour que grandisse sa malveillante croissance, mais la plus importante de toutes est que le Noir, à une certaine époque, ait vécu dans une intimité plus ou moins grande avec l'homme blanc. Qu'il connaisse l'objet de sa haine et qu'il connaisse toute la fausseté du Blanc, sa duplicité, sa cupidité et sa dépravation sans bornes.
Car s'il ne connaît pas l'homme blanc de très près, s'il n'a pas eu à se plier à ses bontés futiles et arrogantes, s'il n'a pas respiré l'odeur de ses draps de lit, de ses caleçons sales, de l'intérieur de ses lieux d'aisance, s'il n'a pas senti l'attouchement fortuit et pourtant insolents des doigts de ses femmes sur la chair noire de son bras, s'il ne l'a pas vu au repos ou en train de se divertir ou de prier hypocritement ou de s'adonner abominablement à la boisson ou de se livrer derrières les meules de foin à des accouplements charnels et adultères - s'il n'a pas connu toutes ces vérités intimes et familières, j'affirme qu'un Noir ne peut que feindre la haine. C'est haine n'est qu'une abstraction, une illusion. (...) Je priai un instant avec une contrition passionnée : c'était une prière de l'âme et je sentis que le Seigneur m'avait compris et m'avait accordé son pardon pour cette défaillance. Mais néanmoins, l'intensité de ma passion me troubla grandement et, pendant tout le reste de la matinée, je fouillai dans ma Bible, espérant y découvrir la clé de cette puissante émotion et la raison des sauvages pensées qui m'avaient assailli quand la femme s'effondra, si pathétiquement noyée dans sa sympathie. Mais la Bible ne me donna pas de réponse et je me rappelle que, plus tard, ce jour-là, quand Moore vint me chercher au marché pour me ramener à la ferme dans la charrette entre les champs d'été jaunâtres et desséchés, j'étais plein de sombres sentiments que je n'arrivais pas à chasser, profondément troublé par le fait que ce n'était pas les insultes, le mépris ni même l'indifférence d'une personne blanche qui pouvaient allumer en moi cette haine meurtrière, mais sa pitié, peut-être même le plus tendre élan de sa charité.
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Par csapin, le 16/05/2011
Les confessions de Nat Turner de
William Styron
De même, c'est Hark qui avait trouvé une expression pour définir une sorte de sensation - un sentiment intime impossible à exprimer par des mots - que tout nègre ressent lorsque, dès l'âge de douze ou dix ans ou moins encore, il prend conscience qu'il n'est qu'une marchandise, une denrée, aux yeux de tous les Blancs dénués de caractère, de sens moral ou d'âme. Hark appelait cela "se sentir cul-noir", et je ne connais pas de meilleure façon d'exprimer ce sentiment de torpeur et d'effroi qui se cache au fond du coeur de tous les nègres. "N'importe qui, Nat, que ça soit les bons ou les mauvais, même not' maître, Mr. Joe, tous les Blancs, ça vous fait sentir cul-noir. J'ai jamais vu un Blanc me sourire sans que je me sois senti deux fois plus cul-noir qu'avant. Comment que ça se fait, Nat ? Imagine un Blanc qui te traite bien, tu devrais te sentir cul-blanc. Eh ben, non ! Que ce soit le jeune maître ou le vieux maître qui me parle gentiment, j'me sens cul-noir de bout en bout. J'm'imagine que, quand j'arriverai au ciel, comme tu dis que je le ferai, le bon Dieu lui-même le fera sentir cul-noir, le pauv' vieux Hark, debout devant son trône doré. Il est là, lui, blanc comme neige, et il me parle tout ce qu'il y a de plus gentil, et moi j'me sens comme un ange cul-noir. Parce que ça ne ratera pas, j'sais déjà ce qu'il s'apprête à me dire. Sûr et certain, sûr et certain, j'peux déjà l'entendre crier : "Hark, hé mon gars ! Cette salle du trône, elle a besoin d'un sérieux coup de fion. Hop, gredin de cul-noir ! Hop, va-t'en me quérir la serpillière et le balai !""
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Par Aela, le 08/02/2011
Le Choix de Sophie de
William Styron
Then there was an even more sinister revelation. For the first time since the night of my arrival at Yetta's house over a month before, I began to see seeping out of Nathan, almost like some visible poisonous exudate, his latent capacity for rage and disorder. And I also began gradually to understand how the turmoil that was grinding them to pieces had double origins, deriving perhaps equally from the black and tormented underside of Nathan's nature and from the relieshed reality of Sophie's immediate past, trailing its horrible smoke - as if from the very chimneys of Auschwitz - of anguish, confusion, self-deception and, above all, guilt...
Puis vint une révélation plus sinistre encore. Pour la première fois depuis la nuit de mon arrivée chez Yetta, plus d'un mois auparavant, je commençai à voir poindre chez Nathan, presque à la manière d'un suintement vénéneux et visible à l'oeil nu, une propension secrète à la fureur et à l'incohérence. Et je compris aussi peu à peu que le tourment qui les broyait tous deux avait une double origine, procédant peut-être tout autant de la noirceur torturée, sous-jacente au tempérament de Nathan, que des réalités inaltérables du passé récent de Sophie, qui traînait encore derrière lui son horrible fumée - comme crachée par les cheminées même d'Auscwitz - d'angoisse, de confusion, d'illusion et surtout, de culpabilité.
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Par steppe, le 29/08/2011
Les confessions de Nat Turner de
William Styron
Jamais, depuis le jour où j'avais été vendu pour la première fois, je n'avais ressenti une rage aussi grande, une rage intolérable, une rage qui me rappelait la fureur d'Isham quand il hurlait des insultes à Moore, une rage qui était le point culminant de toutes les angoisses réprimées, de toutes les frustrations qui grandissaient en moi depuis ce temps lointain, dans mon enfance, où des conversations de véranda m'avaient appris que j’étais un esclave, et un esclave pour toujours. Mon coeur, comme je l'ai dit, se rétrécissait, mourait, disparaissait en moi et, pour combler ce vide ma rage, comme un nouveau-né se mettait à hurler. C'est à ce moment là que j'ai compris sans le moindre doute, sans la moindre conscience du danger que - quel que soit l'endroit, quel que soit le moment, quelle que soit la douce jeune fille cueillant innocemment des fleurs sous une charmille, ou la dame penchée sur son tricot dans la fraîcheur d'un salon de campagne, ou l'innocent jeune homme contemplant, assis, les murs couverts de toiles d'araignée dans les cabinets au bout de son jardin d'été - le monde entier des Blancs s'effondrerait un jour, tomberait en morceaux, victime de ma vengeance, périrait de mes mains et selon mes plans. J'eus un haut- le- coeur et dus faire un effort pour ne pas vomir sur les planches où j'étais assis.
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