Cet écrivain aime sa chambre, sa table, sa chaise, dans la pénombre : on l'envoie en Afrique où sont les lions, dans le soleil. Que va-t-il chercher là-bas ? Un grand poème, dit-il. Ou ne serait-ce pas plutôt l'inévitable récit de voyage que tant d'autres avant lui ont ... > voir plus
Eric Chevillard, à travers le personnage d' « Oreille rouge » nous montre sous la forme d'un roman provocateur, moqueur à souhait, l'individualisme, la supériorité supposée, les contradictions, l'égoïsme et l'hypocrisie de l'homme occidental en quête d'ailleurs. « Oreille rouge » se rend au Mali pour y puiser l'inspiration d'un poème sur l'Afrique. Il s'y rend plein de préjugés, en revient la tête pleines de certitudes et de fausses anecdotes tandis que là-bas on le baptise Maïga ce qui signifie en tamasheq « où est-il »… La plume de Chevillard, incisive, caustique décrit la vanité humaine avec une merveilleuse efficacité. Œuvre à explorer.
Dans cette anti-aventure pseudo romanesque décapante, Eric Chevillard nous livre le portrait moqueur de l'occidental moyen en visite en terre étrangère: il sait tout, il a tout vu, il a tout fait. Tout est vu au travers de son prisme égocentrique et monocible. Sa quête d'ailleurs, mâtinée d'hypocrisie, d'individualisme, d'égoïsme (et autres mots désagréables en -isme) ne sert qu'à afficher la supériorité qu'il éprouve envers tous et toutes, qu'ils soient ses concitoyens, ou ses hôtes. Se prenant pour ce qu'il n'est pas (une star? un démiurge?), il erre (du moins le suppose-t-on) en affichant des airs de vieux routard rompu à toutes les vicissitudes de la vie, fin connaisseur du lieu qu'il arpente. La plume caustique de l'auteur nous dépeint ce portrait grandeur nature d'un homme qui pourrait être n'importe lequel d'entre nous, parti en Afrique la tête pleine de fausses certitudes et d'a priori, revenant l'esprit farci des mêmes convictions.
Un livre que j'ai du lire pour mes études et que je n'aurais certainement pas connu autrement.
Il faut selon moi aborder ce livre avec humour et second degré. L'histoire qu'Eric Chevillard nous raconte n'est pas sérieuse. Pourtant, elle a quelque chose de séduisant.
Dans son roman postmoderne "Oreille rouge", Eric Chevillard se moque avec humour de l'écrivain voyageur qui magnifie l'Afrique des clichés. Un texte d'une savoureuse dérision qui fait voler en éclat les clichés!
Albert Moindre croyait avoir fait le tour de l’éléphant.
Il ne lui avait fallu pas moins de quinze années, sans jamais ralentir le pas. Mais cette fois il arrivait au bout de son périple. Ne commençait-il pas à reconnaître des choses qu’il avait vues déjà, des gens et des lieux ? Il continuait pourtant. Car dès qu’il prenait la décision de s’arrêter et de poser son sac, le doute s’insinuait en lui : et s’il ne s’agissait que de ressemblances, de similitudes fortuites ? Et il repartait. Il allait voir plus loin.
Le malheureux, il marche encore.
A-t-on jamais fait le tour de l’éléphant ? se demande Albert Moindre en allongeant le pas
Il retrouve Rouki et ses sœurs pour une promenade dans la savane. C'est un gri-gri, disent les enfants en désignant une corne enveloppée dans des bandes de tissu et de plastique suspendue à une branche de manguier à l'aplomb d'un crâne de mouton. Je l'aurais parié, dit Oreille rouge. On ne doit pas y toucher disent les enfants. Mais ils rient en approchant les doigts de la chose. Cependant, ils n'y toucheront pas.Lui, vous pensez s'il s'en moque, il s'est fabriqué un gratte-dos avec l'annulaire de Catherine de Sienne dérobé dans son reliquaire.
Mais il respectera les croyances locales.
En attendant, il vient de recevoir son passeport. J’ai dû le faire refaire, dit-il. Mais c’est évidemment la première fois qu’il possède un passeport. Il attrape l’objet plat par un angle et l’agite devant son visage, puis tapote avec la paume de sa main gauche. Il caresse du bout des doigts la couverture lisse et luisante, très légèrement grenue. Jusqu’alors il n’avait connu ces sensations extrêmes qu’en dorlotant son livret de caisse d’épargne.
C'est pourtant le contraire. Finie l'économie mesquine.
Roulements de tambour. Applaudissements. Une femme arrive qui porte sur la tête un ballot de vingt ou trente calebasses emprisonnées dans un filet. Et telle cependant elle se fond dans la foule. Deux exploits impossibles pour Oreille rouge. Certaines portent l'eau, d'autres la terre ou le sable. Celles qui n'ont qu'un foulard soutiennent certainement le ciel. Longues et fines,ondulantes, elles défilent le long du fleuve, top-modèles sans rivales, la collection printemps-été en boule dans la bassine en fer blanc posée sur leur tête.
Oreille rouge défend avec ardeur la cause de la femme africaine en lorgnant ses fesses hautes d'un œil fou.
Un écureuil a traversé la route de droite à gauche devant la voiture. On s'arrête. Le chauffeur descend, cueille un peu d'herbe sèche sur le bas-côté, qu'il glisse sous les roues : voici comme on contrecarre le mauvais présage de l'écureuil. Repartons. Puis nous sommes à peine entrés dans Bamako qu'un policier nous dresse un procès-verbal pour dépassement de la date limite du contrôle technique. Oreille rouge règle l'amende.
Il songe avec épouvante que, sans la poignée de paille, le flic aurait tiré à vue.
Commentaire autorisé sur l’état de squelette d'Eric Chevillard
Lu par Natalie Dessay
Émission spéciale lectures au théâtre du Rond-Point
A l’occasion des fêtes de Noël, France 5 propose une émission exceptionnelle de "La Grande Librairie" le 22/12/2011, le 22/12/2011, enregistrée en public au théâtre du Rond-Point. De grands comédiens viennent lire, sur scène, quelques-uns des textes les plus beaux et les plus savoureux de la littérature classique et contemporaine. Des livres, des voix et beaucoup d’humour pour donner envie de lire ou de relire...