> Georges Mongrédien (Éditeur scientifique)

ISBN : 2715219229
Éditeur : Mercure de France (2000)


Note moyenne : 4/5 (sur 2 notes) Ajouter à mes livres
Mémoires de l'abbé De Choisy

Abbé De Choisy
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Critiques et avis(1)

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    • Livres 4.00/5
    Par Woland, le 04 septembre 2009

    Woland
    Plus on avance dans ses "Mémoires", plus on acquiert la certitude que l'abbé de Choisy était un homme charmant. Dans tous les sens du terme. On a l'impression d'être assis en compagnie d'un hôte aux petits soins qui nous raconte, avec sérieux ou drôlerie, les mille et une histoires d'une Histoire que les relations de sa mère lui ont donné l'occasion de traverser avec discrétion certes mais aussi l'attention perpétuellement en éveil.
    On imagine Saint-Simon maniant avec fièvre des brassées de parchemins et de journaux tels celui de Dangeau. Chez le petit duc, la plume glisse, s'envole, s'accroche aussi et griffe, rageuse, crépitante, plus souvent qu'à son tour. Saint-Simon a l'ironie féroce de l'aristocrate qui méprise le courtisan et la lucidité sans faille de celui qui respecte trop l'Histoire pour la faire mentir. Evidemment, de temps à autre, il s'égare et instruit un peu trop à charge. Mais, deux pages plus loin, dans un sursaut d'honnêteté, il allège son réquisitoire, il consent une ou deux vertus délicates à celle qu'il tient pour une arriviste, à celui en qui il ne voit qu'un bien pauvre sire. Saint-Simon oeuvre avec sérieux et les sourires suscités par ses portraits ont beaucoup du ricanement.
    Toute différente est la démarche de l'abbé de Choisy. Non qu'il n'ait pas, lui aussi, le sens de l'Histoire. Simplement, il la relativise et il admet avec plus de facilité que le personnage historique est également un homme ou une femme. Et puis, Choisy est l'indulgence même - sauf envers le cardinal de Retz, qu'il ne semble guère priser. Les portraits qu'il brosse, les événements qu'il relate prennent du coup le relief exquis des miniatures de grand prix. Ses modèles s'humanisent et, n'étaient leurs titres et leurs fonctions, on oublierait presque qu'ils ont joué leur rôle sous la Régence d'Anne d'Autriche, puis sous le règne de son fils.
    Choisy n'a pas non plus la veine chronologique. Il va gaiement d'un personnage à l'autre, conservant toutefois un fil directeur qui le ramènera à son point de départ une fois qu'il aura dévidé l'écheveau des souvenirs qui le concernent. Sa plume sautille, joue à la marelle, traîne dans les flaques, en ressort en s'ébrouant et repart de plus belle, à cloche-pied. L'abbé s'amuse et le lecteur ne voit pas le temps passer et ceci, chose qu'il faut souligner, même s'il a déjà lu le récit des mêmes événements chez Madame Palatine, Saint-Simon ou encore Mme de La Fayette.
    Bref, si l'abbé de Choisy n'a sûrement pas la puissance de Saint-Simon, ses "Mémoires" ne doivent pas être pour autant laissés de côté, dans le recoin poussiéreux d'une étagère de grenier. Il s'agit d'un complément indispensable, que l'amateur de documents du même type prendra un plaisir gourmand à déguster - satisfaction que ne lui aurait certes pas reprochée François-Timoléon, abbé de Choisy. ;o)
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Citations et extraits

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  • Par Woland, le 04 septembre 2009

    [...] ... Cependant, le cardinal se sentait défaillir à vue d'oeil. Ses douleurs, qui étaient souvent fort aiguës, en minant son corps n'attaquaient pas son esprit ; il l'eut toujours gai, et tourné vers la plaisanterie : et sur ce que Brayer, qui avait la conversation fort agréable, lui dit, en causant et sans songer à rien, qu'il paraissait une comète (1), il se l'appliqua aussitôt et, en s'humiliant en en acceptant l'augure : "La comète me fait trop d'honnour." (2) Il mourut enfin, moins chrétien que philosophe, avec une constance admirable, et avec une tranquillité qui lui venait, à ce qu'il disait lui-même, de l'innocence de sa vie passée. Il mourut dans la vision de se faire pape ; et c'était peut-être dans cette pensée qu'il ne s'était jamais voulu naturaliser français. (3)

    (1) : la tradition astrologique veut que l'apparition de comètes dans le ciel soit la marque de la mort ou de la naissance d'une personnalité, ou encore de l'arrivée d'un fléau (comme les épidémies mortelles, par exemple, ou les guerres). Il est normal que Mazarin ait interprété celle-ci comme annonçant son proche décès.

    (2) : Mme de Sévigné rapporte elle aussi le bon mot du cardinal.

    (3) : depuis que la papauté avait regagné Rome, les candidats français au trône de Pierre étaient plutôt mal vus : les Italiens se rappelaient trop bien comment le roi de France Philippe le Bel avait transporté la papauté en Avignon, où elle devait résider plusieurs siècles ...
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  • Par Woland, le 04 septembre 2009

    [...] ... [Ma mère] m'avait eu à quarante ans passés ; et comme elle voulait absolument encore être belle, un enfant de huit à neuf ans qu'elle menait partout la faisait paraître encore plus jeune. On m'habillait en fille toutes les fois que le petit Monsieur [Philippe, frère cadet de Louis XIV] venait au logis, et il y venait au moins deux à trois fois la semaine. J'avais les oreilles percées, des diamants, des mouches, et toutes les autres petites afféteries auxquelles on s'accoutume fort aisément, et dont on se défait fort difficilement. Monsieur, qui aimait aussi tout cela, me faisait toujours cent amitiés. Dès qu'il arrivait, suivi des nièces du cardinal Mazarin et de quelques filles de la Reine, on le mettait à sa toilette, on le coiffait. Il avait un corps [= corset] pour conserver sa taille (ce corps était en broderie) : on lui ôtait son justaucorps, pour lui mettre des manteaux de femmes et des jupes ; et tout cela se faisait, dit-on, par l'ordre du cardinal, de peur qu'il ne fît de la peine au Roi, comme Gaston [Gaston d'Orléans, frère de Louis XIII] avait fait à Louis XIII. Mais la nature a été la plus forte en lui : quand il a fallu se battre, il s'est montré du sang de France, et a gagné des batailles ; je l'ai vu, pendant des campagnes entières, quinze heures à cheval, en suivant les ordres du Roi, exposant toute sa beauté à un soleil qui ne l'épargnait pas. (4) Quand Monsieur était habillé et paré, on jouait à la petite prime (c'était le jeu à la mode), et sur les sept heures, on apportait la collation, mais il ne paraissait point de valets ; j'allais à la porte de la chambre quérir les plats, et les mettais sur des guéridons autour de la table ; je donnais à boire, dont j'étais assez payé par quelques baisers au front, dont ces dames m'honoraient. ... [...]
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  • Par Woland, le 04 septembre 2009

    (...) La mort du cardinal fit plaisir au petit peuple, qui croit toujours gagner au changement. Il avait fait la paix, et avait promis des merveilles ; mais ce n'était que des paroles d'un ministre italien. Les impôts n'étaient point diminués et, sous le prétexte spécieux de rétablir les finances, les choses allaient leur train ordinaire. On ne voyait que spectacles publics, ballets mêlés de musique, carrousels, feux d'artifice. La cour était dans la magnificence extérieure ; toute la misère était au-dedans. On voyait bien les fleurs de la paix, mais on n'en avait point encore goûté les fruits. ... [...]
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