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ISBN : 2246798809
Éditeur : Grasset (2012)


Note moyenne : 4.02/5 (sur 63 notes) Ajouter à mes livres
Résumé :
C'est sans doute le dernier secret de Khadafi. Et le plus scandaleux. En novembre 2011, Annick Cojean publiait dans Le Monde un article terrifiant.

Une jeune femme y racontait comment l'année de ses 15 ans, le Guide libyen la repérait dans son école, ... > voir plus
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Critiques, analyses et avis

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    • Livres 5.00/5
    Par Lune, le 02 octobre 2012

    Lune
    Sommes-nous « les proies » d'une hallucination ? Sommes-nous « les proies » d'un cauchemar dont on se réveillera en sueur mais rassurés d'être dans notre lit douillet ?
    Non, nous sommes « les proies » d'une lecture effarante. Âmes trop sensibles s'abstenir ? Certainement pas, savoir et diffuser sont de la responsabilité de chacun. Et nous ne pouvons que rendre hommage à la journaliste d'investigation Annick Cojean d'avoir rendu public ce sujet.
    Dans notre confort de pays libre d'expression, il est difficile de nous imaginer à quel point l'histoire de Soraya puisse avoir eu lieu sans que rien ni personne ne s'en soit ému, scandalisé et dénoncé. Sujet tabou. En parler demeure difficile. Obscurantisme.
    Tels sont pourtant les faits : l'horreur dépasse la réalité de ce que nous pouvons imaginer : silence, culpabilité, rejet sont les revers de cette souffrance que son témoignage nous apporte.
    Il y a l'ogre pervers Khadafi à la sexualité anormalement débordante, anarchique et destructrice aussi bien pour des jeunes filles que pour des jeunes garçons. Salué en « guide » pendant ses voyages en Afrique de manière passionnelle voire hystérique, reçu par des chefs d'état... on ne connaît que trop les images qui nous firent frémir.
    Un chaos de sentiments accompagne tous les témoignages recueillis, la mémoire est-elle parfaitement exacte ou amplifie-t-elle les souvenirs en les gonflant des vécus de chacun ?
    Quoi qu'il en soit, l'abjection est totale et bien réelle. Tous les superlatifs du monde ne suffisent pas pour décrire l'épouvante dans laquelle des hommes ont plongé d'autres hommes et particulièrement les femmes notamment en décrétant le viol comme « arme de guerre ».
    Les blessures dans la chair, le non-dit trop présent, le trouble permanent, « l'omerta » décrétée empêchent toujours ces femmes de respirer. Et cela durera tant que la raison ne l'emportera pas.
    Un espoir : ces associations de femmes qui tentent d'imposer leur existence autrement que comme créatures dont on dispose... mais ces autres sacrifiées qui ne peuvent parler, quand les entendra-t-on ?
    Je suis fière qu'une femme journaliste ait eu le courage de s'investir dans ce travail et je la salue.
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    • Livres 5.00/5
    Par Tomisika, le 19 décembre 2012

    Tomisika
    Ce livre fait mal. A plusieurs reprises mes yeux ont piqué, et je me suis retenue de ne pas verser quelques larmes (notamment car j'étais dans les transports publics). Mais aux lecteurs, je les avertis: ce livre est un monstrueux témoignage qui révèle encore que la condition des femmes est toujours soumise à la tradition, et que même victimes, beaucoup d'entre elles seront à jamais coupables et continueront de payer la dette d'un homme malade mentalement et vouant une haine féroce envers tout être humain.
    Dans la première partie du récit, nous rencontrons Soraya. Une jeune femme kidnappée à 15 ans, et violée ainsi que battue pendant des jours, des mois, des années. Esclave sexuelle qui, en plus, a loupé une chance de s'en sortir. Mais comment lui en vouloir, ou en vouloir à ceux qui ont abusé de sa naïveté sachant que son échappatoire était aussi dans un autre pays et une autre culture? Alors oui, on peut ignorer ceux qui ont abusé d'elle au point de l'emmener danser et d'utiliser son argent, mais de son corps cela devient difficile.
    Le récit de Soraya est juste douloureux, et donne encore une fois une claque à toutes les idées qu'on pourrait se faire d'un monde qui irait mieux.
    La seconde partie précise l'enquête d'Annick Cojean. Encore des témoignages tout aussi durs.
    Et on retient ceci de cette lecture:
    -Qu'il est possible que toutes les institutions d'un Etat soient détournées, même à plus petite échelle, pour assouvir les besoins pervers et démentiels d'un chef d'Etat.
    -Que Khadafi était malade mentalement et surement un pervers. Il avait besoin de 4 femmes/ hommes par jour, les battaient et étaient cruel elles/eux, les considérant comme des choses. D'ailleurs pour lui, tout le monde n'était qu'une chose, il violait les plus haut gradés de l'armée, et faisait tout pour les éloigner de leurs femmes et de leurs filles pour aussi s'en emparer.
    -Le sexe, une arme de guerre. Il prenait du viagra, de la drogue, de l'alcool, faisait de la magie noire et c'est dans cet état qu'il rencontrait ses victimes. D'ailleurs de nombreuses femmes de tous continents ont donné leur corps pour recevoir de l'argent. Même des femmes de chefs d'Etat. Pour lui, c'était un plaisir d'assouvir les plus grands, en tapant là où ça fait mal. Il forçait ses armées à prendre des médicaments pour qu'ils violent toujours plus les opposants, dans une véritable politique de terre brulée.
    -Les femmes abusées et encore vivantes (car en perdant son pouvoir, Khadafi a aussi éliminé les femmes qu'il avait violé pour que rien ne sorte) sont à jamais considérées comme perdues. En Libye, même leurs frères préfèreraient les tuer car c'est une honte de perdre sa virginité avant le mariage, même en cas de viol. Et elles sont encore nombreuses à être traitées comme coupables et soutiens de Khadafi. Double peine pour elles!
    -Et que les rebelles en ont bien profité en abusant de ces femmes déjà détruites par la vie. Sans jamais vouloir mettre la question du viol au centre des débats, comme si ce qu'à fait Khadafi n'était rien.
    Ce livre, quand on le lit, encore plus en tant que femme, donne mal au coeur, perturbe. Et on comprend à quel point la condition féminine n'est pas prêt d'évoluer dans certains pays. Il suffit de regarder quelle place ont les femmes en Libye. Si déjà on ne leur reconnait pas le droit de porter plainte et de crier au monde « au viol »!
    Comment personne ne s'en est-il douté? Comment nos gouvernements ont-ils pu s'acoquiner avec un tel homme sans remords et en allant se coucher chaque soir avec la pensée satisfaite d'avoir fait de bonnes affaires?
    Un livre dur, difficile, et écrit avec virtuose. Quand on lit, on s'engouffre dans l'histoire, et on ne sent pas la présence de l'auteur, comme si elle nous emmenait avec elle sur le terrain et veillait à faire de nous des témoins à son côté. Un livre qui donne la rage au coeur.
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    • Livres 5.00/5
    Par nastie92, le 16 mai 2013

    nastie92
    En 2011, après la mort du dictateur Mouammar Kadhafi, Annick Cojean enquête sur le rôle des femmes dans la révolution libyenne. Elle commence à pressentir qu'elles ont été plus que d'autres les victimes du régime. Mais elle n'arrive pas à obtenir de témoignage (pas plus que la Cour pénale internationale qui enquête également), seulement quelques bribes, quelques rumeurs. Jusqu'à ce qu'elle rencontre Soraya.
    À quinze ans Soraya a été repérée par Kadhafi, puis enlevée pour aller grossir les rangs du harem du dictateur. Elle se retrouve alors séquestrée dans le sous-sol sordide d'une des résidence du "guide".
    Soraya, comme de nombreuses autres jeunes femmes, voire jeunes filles, se trouve à la merci du "colonel", sommée de se rendre illico dans sa chambre dès que l'envie lui prend. Elle va y subir les pires horreurs, les pires humiliations. Violée, battue, droguée, elle n'est qu'un bout de viande entre les griffes du monstre.
    Sa famille est impuissante à la sortir de là :
    "Porter plainte ? Auprès de qui ? Pourquoi ? Soraya était partie dans une voiture du protocole, encadrée par des gardes du corps attachés au Guide. Toute protestation était impensable. Qui songerait, en enfer, à porter plainte contre le diable ?"
    Le livre est divisé en deux parties : le témoignage de Soraya, puis " l'enquête ". Dans cette seconde partie, on apprend que Kadhafi avait mis en place un système bien organisé. Des rabatteurs cherchaient sans arrêt de nouvelLes Proies, car le dictateur était avide de chair fraîche sans cesse renouvelée.
    Certains passages du livre m'ont littéralement donné envie de vomir. Khadafi était un grand malade, fou, pervers, drogué et avide de pouvoir sur le monde entier, sur les femmes en particulier. Ses gardes du corps, ses amazones comme on s'amusait à les appeler, faisaient sourire partout : elles n'étaient en réalité que ses esclaves sexuelles.
    Dire qu'il a été reçu avec tous les honneurs à l'ONU et qu'il s'est pavané dans presque tous les grands pays de notre planète...
    La Lybie est le pays africain qui contient les plus grandes réserves de pétrole : jusqu'où est-on prêt à s'abaisser, et devant qui, pour un peu d'or noir ?
    Merci à Annick Cojean de nous ouvrir les yeux sur ces horreurs, sans toutefois tomber dans le voyeurisme. Son livre est une lecture difficile, mais c'est un mal nécessaire.
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    • Livres 3.00/5
    Par paroles, le 21 avril 2013

    paroles
    La nausée. Voilà ce que j'ai ressenti à la lecture de ce livre. Difficile, très difficile d'avancer dans ce témoignage. Plusieurs fois, j'ai lâché ce livre. Ensuite j'ai laissé passer plusieurs semaines avant d'en reprendre la lecture.
    Pourquoi continuer ? Je ne voulais pas laisser tomber Soraya. Cette jeune femme a eu le courage de témoigner.
    Ce témoignage, recueilli par Annick Cojean, concerne la première partie du livre. C'est l'histoire d'une jeune Libyenne dont la vie a basculé lorsqu'elle a croisé, vers l'âge de quinze ans, le Guide. Elle a été enlevée, battue, violée, insultée par celui qui prônait la liberté et le respect des femmes. Ce même dictateur qui emmenait partout sa colonie militaire et féminine. Cet homme qui paradait, entourée de ses amazones, dans le monde entier, qui jouait la comédie du bon chef d'Etat, a oppressé des centaines de femmes et d'hommes pour satisfaire ses besoins sexuels, mais aussi parce que le viol était pour lui une arme…
    La seconde partie concerne l'enquête même d'Annick Cojean. Une enquête laborieuse, car la Libye se tait. Il lui a été très difficile de recouper les informations car la peur continue de régner sur le pays, malgré la mort de Kadhafi. La peur et puis surtout la honte, l'humiliation. Impossible de parler sur un sujet extrêmement tabou comme le sexe. Plutôt tuer la cause du malheur, du déshonneur que de porter secours à la personne violée. Plutôt tuer « la coupable d'avoir été victime. »
    Voilà Soraya, toi qui as si peur qu'on ne t'entende pas, je me fais le relais de ton histoire pour prouver que ton « malheur, inaudible en Libye et donc inracontable, ne passe pas par pertes et fracas ».
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    • Livres 5.00/5
    Par Pixie-Flore, le 26 juin 2013

    Pixie-Flore
    Ce livre se compose de trois parties. D'abord un prologue, où l'auteur nous narre ce qui l'a amené en Libye et sa rencontre avec Soraya. Ensuite vient le douloureux témoignage de cette dernière. Un témoignage poignant. Finalement, Annick Cojean nous livre son enquête. Celle qui consistait à faire éclater la vérité mais qui fut si dure à mener de part le silence qui entoure les horreurs commises par une partie de la population. La honte est plus dure à porter que le silence.
    L'auteur nous montre que le viol en Libye n'est pas qu'un crime, c'est une arme de guerre qui consiste à briser des vies, des familles, toute une population. Effarant, consternant. C'est un livre essentiel qu'Annick Cojean a brillamment écrit. Je ne la connaissais pas. Mais en lisant l'enquête qu'elle a mené, j'ai compris que j'aurai toujours beaucoup d'estime pour cette journaliste qui a su briser un tabou. Malheureusement, j'ai l'impression que ce livre n'a pas eu assez d'écho, que le sort des femmes libyennes n'intéresse plus. Que le silence perdure.
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Citations et extraits

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  • Par Spilett, le 10 octobre 2012

    Et soudain Il est arrivé. Dans un crépitement de flashes, entouré d'une nuée de gens et de femmes gardes du corps. Il portait une tenue blanche, le torse recouvert d'insignes, drapeaux et décorations, un châle beige sur les épaules de la même couleur que le petit bonnet posé sur sa tête et d'où émergeaient des cheveux très noirs. Ça s'est passé très vite. J'ai tendu le bouquet, puis j'ai pris sa main libre dans les miennes et l'ai embrassée en me courbant. J'ai senti alors qu'il comprimait étrangement ma paume. Puis il m'a jaugée, de haut en bas, d'un regard froid. Il a pressé mon épaule, posé une main sur ma tête en me caressant les cheveux. Et ce fut la fin de ma vie. Car ce geste, je l'ai appris plus tard, était un signe à l'adresse de ses gardes du corps signifiant: "Celle-là, je la veux !"
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  • Par Pixie-Flore, le 24 juin 2013

    Des véhicules bariolés continuaient de sillonner la ville, dégorgeant de rebelles assis sur le capot, le toit, les portières, drapeaux au vent. Ils klaxonnaient, brandissaient chacun leur arme comme une amie précieuse qu'on emmène à la fête, qui mérite un hommage. Ils hurlaient "Allah Akbar", s'enlaçaient, faisaient le V de la victoire, un foulard rouge, noir, vert noué en pirate sur la tête ou porté en brassard, et qu'importe si tous ne s'étaient pas battus depuis la première heure, ou avec le même courage. Depuis la chute de Syrte, dernier bastion du Guide, et sa mise à mort fulgurante, tout le monde, de toute façon, se proclamait rebelle.
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  • Par nastie92, le 16 mai 2013

    J'ai couru dans ma chambre en sanglotant et je suis restée toute la soirée sous la douche. Je me lavais et je pleurais. Je ne pouvais plus m'arrêter. Il était fou, ils l'étaient tous, c'était une maison de dingues, je ne voulais pas en être. Je voulais mes parents, mes frères, ma sœur, je voulais ma vie d'avant. Et ce n'était plus possible. Il avait tout gâché. Il était dégueulasse. Et c'était le président.
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  • Par rolandm1, le 28 juin 2013

    Une jeune femme , que le connaissais pour son activisme a publié sur Facebook un message frivole: "C'est vendredi et le temps est fabuleux. Mais étant une femme, en Lybie, je me retrouve cloitrée à la maison et déprimée, car je n'ai pas le droit d'aller à la plage. Pourquoi n'y a-t-il pas de plages pour femmes? Combien êtes-vous les filles, à ressentir la même chose? Combien? Mais voyons des milliers! J'habite une rue donnant sur la plage et je n'ai pas le droit d'y mettre mes pieds nus, mes orteils! "
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  • Par Pixie-Flore, le 25 juin 2013

    Soraya ne triche pas. Elle raconte ce qu'elle a vu, vécu, ressenti, sans la moindre hésitation à reconnaître ce qu'elle ne sait pas, ne comprend pas, ne connaît pas. Aucune envie d'exagérer l'histoire ou d'amplifier son rôle. Jamais elle n'extrapole. Fréquemment, à mes demandes de précision, elle opposait un: "Désolée, ça, je n'en sais rien. Je n'y étais pas." Elle ne souhaite pas être crédible, elle veut être crue. Et dans cette exigence, il y a quelque chose de vital. C'était d'ailleurs les termes de notre accord: mieux valait un silence qu'une approximation ou un mensonge.
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Annick Cojean est en tête à tête avec Gérard Collard
A Saint Maur en poche en juin 2013, Gérard Collard était en tête à tête avec Annick Cojean pour une discussion intense et émouvante sur son livre "Les Proies".








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