> François Mauriac (Préfacier, etc.)

ISBN : 2707319929
Éditeur : Editions de Minuit (2007)


Note moyenne : 4.27/5 (sur 33 notes) Ajouter à mes livres
Ce que j'affirme, c'est que ce témoignage qui vient après tant d'autres et qui décrit une abomination dont nous pourrions croire que plus rien ne nous demeure inconnu, est cependant différent, singilier, unique...
L'enfant qui nous raconte ici son histoire était ... > voir plus
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Critiques et avis

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    • Livres 5.00/5
    Par MissG, le 15 janvier 2012

    MissG
    "Je suis l'un d'eux", telle est la phrase lâchée par Elie Wiesel, jeune journaliste, à François Mauriac, lors d'un entretien.
    François Mauriac a devant lui pour la première "l'un d'eux", l'un de ces enfants juifs entassés dans des wagons en partance pour les camps d'extermination.
    Elie Wiesel va alors coucher par écrit son adolescence passée dans le camp d'Auschwitz-Birkenau avec son père, séparé de sa mère et de ses soeurs, puis la terrible "marche de la mort" et l'arrivée au camp de Buchenwald, jusqu'à sa libération.
    Le manuscrit, écrit en yiddish sous le titre "Et le monde se taisait", traduit en français d'abord puis en anglais, fut rejeté par tous les grands éditeurs parisiens et américains, malgré les efforts de François Mauriac, jusqu'au jour où la maison d'édition "Les éditions de Minuit" acceptât de le publier.
    Bien plus qu'une autobiographie, qu'en essai ou qu'un récit, "La nuit" est un texte à part, sans nul doute fondateur de ce qu'écrira par la suite Elie Wiesel mais également une petite clé, un aperçu de ce qu'a pu être la déportation et la survie dans les camps de la mort.
    Bien que ce récit soit très dur et très réaliste, fondé sur les souvenirs d'Elie Wiesel, sur son ressenti, il n'est pas possible pour moi de savoir et de comprendre intégralement ce que les déportés ont vécu.
    On ne peut qu'essayer d'aller vers Auschwitz-Birkenau, de tendre vers l'enfer sur terre que ce camp, comme tant d'autres, représentait.
    J'ai été, et resterai, marquée par ce livre pour plusieurs raisons.
    Tout d'abord, c'est l'un des premiers récits sur la vie dans les camps d'extermination que je lisais et j'ai été prise par cette lecture, mais surtout surprise par le fait que l'auteur ait réussi à mettre des mots sur ce qu'il a vécu, même si ces mots ne reflètent pas toujours bien sa pensée ou ce qu'il a vécu (et qui pourrait lui en vouloir).
    Il s'est écoulé peu de temps entre son retour à la vie et la rédaction de ce manuscrit, cela n'en est que plus admirable.
    Tout commence dans sa ville natale à Sighet, où malgré les mises en garde de Moshé : "Juifs, écoutez-moi ! C'est tout ce que je vous demande. Pas d'argent, pas de pitié. Mais que vous m'écoutiez !", survivant miraculeux d'une tuerie mobile, les habitants se croient à l'abri et que rien ne leur arrivera :"Je ne tiens plus à la vie. Je suis seul. Mais j'ai voulu revenir, et vous avertir. Et voilà : personne ne m'écoute ...".
    Mais voilà, l'histoire finit par les rattraper et après les ghettos c'est le regroupement et le départ pour une destination inconnue : "Un sifflement prolongé perça l'air. Les roues se mirent à grincer. Nous étions en route."
    Cette destination, c'est Auschwitz-Birkenau, précédée d'un terrible voyage en train.
    Lors de ce voyage, une personne du wagon, Madame Schächter, qui n'a sans doute plus toute sa raison ne cesse de les mettre en garde, comme si elle devenait ce qu'il allait advenir d'eux : "Un feu ! Je vois un feu ! Je vois un feu ! ". Et si personne ne la croit, la vérité s'imposera d'elle-même à leur arrivée : "nous vîmes cette fois des flammes sortir d'une haute cheminée, dans le ciel noir."
    L'auteur raconte ensuite la sélection à l'arrivée : "Quelqu'un se mit à réciter le Kaddich, la prière des morts. Je ne sais pas s'il est déjà arrivé, dans la longue histoire du peuple juif, que les hommes récitent la prière des morts sur eux-mêmes."", les mises en garde des détenus, la chance (si l'on peut dire) qui l'a fait passer de la file des condamnés à la chambre à gaz et aux crématoires à la sélection pour le camp de Monowitz-Buna.
    Il y raconte ensuite son quotidien, le travail difficile, le manque de nourriture, le froid, la peur de la sélection, jusqu'à l'évacuation du camp et la terrible marche de la mort jusqu'au camp de Buchenwald et sa libération.
    Mais l'Elie Wiesel rescapé n'a plus rien à voir avec l'adolescent déporté de Sighet : "Du fond du miroir un cadavre me contemplait. Son regard dans mes yeux ne me quitte plus."
    L'auteur a bien su retranscrire ses pensées, y compris certaines scènes très difficiles, pour ne pas dire humainement insoutenables.
    Ensuite, le ton employé par Elie Wiesel ne contient aucune haine, aucune rancune.
    Il ne juge pas, il raconte ce qu'il a vécu adolescent avec son père, la faim, les privations, les coups, la peur, la sélection, le travail et par dessus tout la déshumanisation : "Je devins A-7713. Je n'eux plus désormais d'autre nom." et la perte de la dignité humaine, qui le poussera à laisser son père mourant alors que celui-ci l'appelle à son chevet.
    Il a aussi une profonde réflexion concernant la religion et Dieu.
    Avant ces évènements, Elie Wiesel était très croyant et étudiait la religion juive, particulièrement la Kabbale.
    Ce qu'il a vécu dans ce camp aura eu raison de sa croyance en Dieu, c'est d'ailleurs une réflexion parfois rapportée par des rescapés et qui pose des questions sur la religion, son sens réel et la place de Dieu.
    Lors d'une exécution, un détenu demande : " Où donc est Dieu ?", intérieurement Elie Wiesel lui répond ceci : "Où il est ? le voici - il est pendu ici, à cette potence...".
    Mais outre sa révolte contre Dieu, c'est aussi contre l'humanité qu'il se révolte, car toutes les valeurs sont inversées (les enfants frappent les adultes, et même le coeur le plus tendre se transforme en pierre, dans le seul but de survivre. Plus personne ne pense en masse, chacun pense à soi.
    Pour écrire cela, Elie Wiesel utilise un style narratif fragmenté, comme s'il devait écrire dans l'urgence car il peut disparaître à tout instant, et change régulièrement de points de vue.
    Je n'ai absolument pas été gênée par ce style narratif, au contraire je trouve qu'il sert même la fluidité de la lecture de ce récit.
    S'il était encore besoin de démontrer que ce n'est pas le nombre de pages d'un livre qui en fait sa qualité, ce récit d'Elie Wiesel d'un peu plus d'une centaine de pages en est la parfaite illustration.
    A travers ce récit, Elie Wiesel livre au lecteur de tout âge, de toute nationalité, de toute religion, un formidable, émouvant et poignant témoignage de la vie en déportation.
    C'est un livre qui m'a profondément marquée, c'est la déposition d'Elie Wiesel sur une partie de sa vie et l'une des pages les plus sombres de l'histoire de l'Humanité.
    C'est un livre unique qui restera dans L Histoire.

    Lien : http://lemondedemissg.blogspot.com/2012/01/la-nuit-delie-wiesel.html
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    • Livres 5.00/5
    Par mimipinson, le 21 mars 2011

    mimipinson
    Ce témoignage aussi court qu'il est poignant est dans la lignée de Si c'est un homme, ou du Journal d'Anne Frank .Il fait parie de ce qu'appelle les indispensables.
    J'ajoute l'excellente préface de François Mauriac qui est à elle seule d'une beauté à couper le souffle.
    « En quelques secondes nous avions cessé d'être des hommes »
    Avec des mots simples et percutants, dans un style impeccable, avec juste assez de détails sans pour autant alourdir, Elie Wiesel réussit à raconter dix ans après l'indicible, l'incroyable, l'impensable, pour toute une génération que n'a pas connu cela. Et pourtant, ça a existé…..
    Dans ces quelques pages il y a tout l'amour d'un fils pour son père, son admiration inconditionnelle, tout le respect pour l'homme de foi, toute la tendresse pour un homme qui se meurt à petit feu à côté de lui, sans qu'il fut possible de faire quoi que ce soit.
    Je suis toujours éberluée de lire la passivité des déportés face au funeste destin qui les attendait. Comment ont-ils pu se laisser aller ainsi à la mort ?
    Je connaissais Elie Wiesel pour l'avoir à de nombreuses reprises entendu s'exprimer sur le sujet, je connaissais l'homme de paix qui au sortir des camps s'est acharné tout au long de sa vie à défendre l'Humain, ses droits, sa dignité, où qu'il soit dans le monde. Curieusement aucun de ses livres n'était arrivé jusqu'à moi, c'est choses faite. Et c'est avec plaisir que je retrouverai au hasard d'un autre ouvrage.


    Lien : http://leblogdemimipinson.blogspot.com/2011/03/la-nuit.html
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    • Livres 5.00/5
    Par ahasverus, le 20 mars 2012

    ahasverus
    """Quelqu'un se mit à réciter le Kaddich, la prière des morts. Je ne sais pas s'il est déjà arrivé, dans la longue histoire du peuple juif, que les hommes récitent la prière des morts sur eux-mêmes."""
    Voici le témoignage d'Elie Wiesel sur sa déportation. Il a juste ce qu'il faut de mots et je ne saurais en ajouter aucun. Il a atteint son but : "conférer un sens à sa survie - empêcher l'ennemi de remporter une victoire posthume, sa dernière, en effaçant ses crimes de la mémoire des hommes."

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    • Livres 5.00/5
    Par Hindy, le 28 janvier 2011

    Hindy
    L'anéantissement de toute chose, un livre remarquable, beau, triste. Un livre qui boulverse
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    • Livres 5.00/5
    Par lonesloane, le 30 mai 2011

    lonesloane
    Comment imaginer l'inimaginable. Comment se plonger dans un enfer sans nom, l'histoire d'un rescapé, l'histoire d'une tragédie, un témoignage bouleversant. Simple, cru, réel, palpable. Un carnet de « voyage » jusqu'au bout de l'enfer, jusqu'au bout de l'ignominie. Ce que des hommes ont été capables de faire à d'autres hommes… une claque magistrale.
    Un ouvrage à lire, relire et surtout faire lire pour que personne ne puisse jamais oublier…

    Lien : http://testivore.com/la-nuit/
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Citations et extraits

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  • Par MissG, le 11 janvier 2012

    Béni soit le nom de l'Eternel !
    Pourquoi, mais pourquoi Le bénirais-je ?
    Toutes mes fibres se révoltaient. Parce qu'Il avait fait brûler des milliers d'enfants dans ses fosses ? Parce qu'Il faisait fonctionner six crématoires jour et nuit les jours de Sabbat et les jours de fête ? Parce que dans Sa grande puissance Il avait créé Auschwitz, Birkenau, Buna et tant d'usines de la mort ? Comment Lui dirais-je :
    "Béni sois-Tu, l'Eternel, Maître de l'Univers, qui nous a élus parmi les peuples pour être torturés jour et nuit, pour voir nos pères, nos mères, nos frères finir au crématoire ? Loué soit Ton Saint Nom, Toi qui nous as choisis pour être égorgés sur Ton autel ?"
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  • Par MissG, le 11 janvier 2012

    Jamais je n'oublierai cette nuit, la première nuit de camp qui a fait de ma vie une nuit longue et sept fois verrouillée.
    Jamais je n'oublierai cette fumée.
    Jamais je n'oublierai les petits visages des enfants dont j'avais vu les corps se transformer en volutes sous un azur muet.
    Jamais je n'oublierai ces flammes qui consumèrent pour toujours ma foi.
    Jamais je n'oublierai ce silence nocturne qui m'a privé pour l'éternité du désir de vivre.
    Jamais je n'oublierai ces instants qui assassinèrent mon Dieu et mon âme, et mes rêves qui prirent le visage du désert.
    Jamais je n'oublierai cela, même si j'étais condamné à vivre aussi longtemps que Dieu lui-même. Jamais.
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  • Par MissG, le 11 janvier 2012

    Soudain, nous entendîmes un hurlement terrible :
    - Juifs, regardez ! Regardez le feu ! Les flammes, regardez !
    Et, comme le train s'était arrêté, nous vîmes cette fois des flammes sortir d'une haute cheminée, dans le ciel noir.
    Madame Schächter s'était tue d'elle-même. Elle était redevenue muette, indifférente, absente et avait regagné son coin.
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  • Par mimipinson, le 21 mars 2011

    « En quelques secondes nous avions cessé d’être des hommes »
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  • Par MissG, le 11 janvier 2012

    - Tu ne comprends pas, dit-il avec désespoir. Tu ne peux pas comprendre. J'ai été sauvé, par miracle. J'ai réussi à revenir jusqu'ici. D'où ai-je pris cette force ? J'ai voulu revenir à Sighet pour vous raconter ma mort. Pour que vous puissiez vous préparer pendant qu'il est encore temps. Vivre ? Je ne tiens plus à la vie. Je suis seul. Mais j'ai voulu revenir, et vous avertir. Et voilà : personne ne m'écoute ...
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La grande librairie 24/11/2011 sur France 5 de François Busnel, Elie Wiesel parle de son nouveau livre "Cœur ouvert"








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