ISBN : 2848051000
Éditeur : Sabine Wespieser (2011)


Note moyenne : 3.66/5 (sur 29 notes) Ajouter à mes livres

Avec ce court roman en forme d’allégorie, Clara Dupont-Monod confirme l’inscription de son travail littéraire dans la veine des portraits d’exclus et de marginaux. Nestor est comme exilé dans son propre corps. Il est obèse. ... > voir plus
Ajouter une critique Ajouter une citation

> voir toutes (24)

Critiques et avis

> Ajouter une critique

    • Livres 4.00/5
    Par Missbouquin, le 20 mai 2012

    Missbouquin
    Le livre
    Nestor est obèse. Il se rend tous les jours au chevet de sa femme, qui est dans le coma. Petit à petit on comprend qu'ils ne s'aimaient plus. Par flash-back on remonte jusqu'au drame à l'origine de ces deux faits – l'obésité et l'éloignement. Mais dans sa solitude, Nestor éveille l'intérêt d'une jeune médecin qui va tenter de le faire sortir de la forteresse de chair derrière laquelle il se retranche.
    “Lui, c'était un homme d'excès. Un homme qui n'avait pas peur des outrances, prêt à vivre avec un corps et une mémoire démesurés. Il mangeait trop, dormait en criant, ne passait pas les portes et ne faisait aucun effort pour se lier.”
    Mon avis
    Dans ce court roman, c'est une part d'humanité que nous dépeint Clara Dupond-Monod, à travers le quotidien de cet homme, ce “gros père” qui est terriblement seul, malheureux et qui se laisse mourir. Car le médecin s'en rend rapidement compte : “En réalité, Nestor dégringolait avec la majesté d'un oiseau suicidaire. Il se laissait glisser, conscient qu'à n'avoir aucune raison de vivre, on n'en a pas non plus pour mourir.”
    En effet, c'est un drame qui est à l'origine de cette solitude, de cette tristesse immense qui crée une barrière entre Nestor et les autres, une barrière d'ignorance mutuelle. Une barrière que personne ne franchira, car elle a été forgée en partie par Nestor et son apparence extérieure qui n'appelle que mépris de la part du reste du monde, alors que lui voudrait oublier : “Nestor était maintenant persuadé que l'ignorance des souffrances renforce. Rien de pire que cette stupeur hébétée et la conscience des espaces noirs qui guettent.” Non seulement oublier les gens mais aussi le monde qui l'entoure : “Il fallait échapper à la mémoire des objets pour dormir enfin tranquille.”
    Pourtant Nestor ne se résume pas à ça, et c'est le tour de force de Clara Dupond-Monod que de nous le montrer, de nous le faire admettre. Les apparences sont toujours trompeuses. Et page après page, alors qu'on prend connaissance du drame, notre cœur se serre, tout comme celui du médecin qui essaye de le sauver, jusqu'à l'aveu final : “De toute façon, et Alice s'en rendait compte, Nestor rendait les armes. le chagrin remontait en sursauts lents, capable d'anéantir cette masse. Alice assistait au carnage de Nestor, rempli de gémissements et de mises en garde.”
    Mais Clara Dupond-Monod ne s'arrête pas sur cette fin que l'on pourrait qualifier de négative et nous propose une fin originale, qui en rend la perspective encore plus intéressante, laissant la clé du récit aux mains du lecteur. Difficile d'analyser plus loin sans tout vous dévoiler.
    C'est donc l'histoire terrible d'un être se détruisant lui-même, un homme qui se laisse glisser, sans aucun moyen de se raccrocher au monde, sans main tendue, à cause de son apparence. Un homme à la douleur trop lourde pour avoir le goût de vivre. Un homme que le passé veut rattraper et qui s'y refuse, n'acceptant que l'évocation de son pays, de son bonheur, à travers un phare rouge.
    Un récit délicat, fort et bouleversant qui nous fait voir la vie autrement.

    Lien : http://missbouquinaix.wordpress.com/2012/05/18/nestor-rend-les-armes..
    > lire la suite
    Critique de qualité ? (18 votes positifs)
    • Livres 5.00/5
    Par LiliGalipette, le 12 septembre 2011

    LiliGalipette
    Nestor est énorme, mais délicat. « Il ménageait son corps lourd. Il ne lui demandait jamais d'effort superflu. Peut-être l'aimait-il quand même, cette masse de plis et de rebonds. Avec elle, Nestor se montrait charitable. » (p. 12) Nestor est une masse qui gravite sans satellite. « Mon corps m'éloigne de vous et il me tient chaud. En un mot, il m'isole. C'est un ami et un tyran. Il n'essaie pas de se rendre aimable. » (p. 22 & 23) Ses journées sont rythmées par des repas grandioses aux allures de cérémonies et par des visites mécaniques à l'hôpital. Dans une chambre anonyme, il retrouve Mélina, inconsciente et bardée de machines. Nestor n'a nulle part d'autre où aller. « Son horizon était accroché au mur. C'était une grande photo sous cadre. » (p. 13) La solitude de Nestor s'enroule autour de la photo d'un phare rouge et blanc.
    Mais Nestor ne se bat pas. Il ne lutte pas contre la solitude. Il ne lutte pas contre la graisse qui l'envahit. Il ne lutte pas contre la disparition de son épouse. « Mélina meurt et je m'en fous. » (p. 24) Aveu d'impuissance, aveu de lassitude. Nestor rend les armes de la vie, de son couple et il se retire du monde. Incapable d'efforts infimes, il excelle dans un lâcher-prise extraordinaire. « Lui, c'était un homme d'excès. Un homme qui n'avait pas peur des outrances, prêt à vivre avec un corps et une mémoire démesurés. » (p. 81) Nestor voudrait fuir son passé, refouler les souvenirs et éteindre des douleurs incommensurables. Là encore il rend les armes et se laisse glisser vers le néant.
    Il y a des peines que l'on voudrait muettes. En n'ouvrant pas les cahiers de Mélina, en ne triant pas les affaire de toute une vie, Nestor espère maintenir le statut quo, ne pas réveiller une conscience qui tend vers l'abrutissement. Mais auprès d'Alice, Nestor se livre, se vide. L'issue ? Il y en a trois : désormais, c'est l'auteure qui refuse de rendre les armes et qui les tend au lecteur pour qu'il continue le combat. Nestor, nous en ferons ce que nous voudrons.
    Clara Dupont-Monod m'avait éblouie avec La passion selon Juette. Même effet avec son dernier roman. Nestor rend les armes est un hommage à la pudeur et à la délicatesse. La plume de l'auteure est faite d'un dénuement qui n'empêche pas une fabuleuse puissance d'évocation. On pourrait faire le tour de Nestor avec nos yeux, avec nos bras. On pourrait sentir son odeur grasse et fade. On pourrait lire dans ses yeux la douleur d'une bataille perdue. Nestor se dessine sur les pages, sa chair déborde des lignes et sa peine noie les mots. Mais son corps massif n'est pas écrasant : sa silhouette a l'allure d'une ombre chinoise, d'un dessin d'enfant. Un rien pourrait la souffler.
    Ce que nous lisons, ce n'est pas un portrait, c'est une élégie. Poétique et bouleversant jusqu'au sublime, ce court roman ne se dévore pas : il se lit avec pondération, dans le respect d'une peine qui ne peut se dire que par touches.
    > lire la suite
    Critique de qualité ? (8 votes positifs)
    • Livres 5.00/5
    Par Jeneen, le 05 novembre 2011

    Jeneen
    C'est donc l'histoire d'un homme, "un homme d'excès".
    Cet homme obèse est de ceux qu'on peut croiser, gêné, en détournant le regard, par peur de montrer de la pitié ou de l'incompréhension face à ce qui semble être un laisser-aller. Mais cet homme-là se réfugie dans son obésité, elle lui sert de rempart face à l'adversité de la vie, comme cette photo de phare, seul élément de décoration de sa maison, à laquelle il s'accroche. (pourquoi ?)
    " Son horizon était accroché au mur. C'était une grande photo sous cadre. (...) Aucun mur de la maison n'était décoré, sauf dans cette cuisine. le phare avait sa place. Nestor regardait intensément cette photo."
    Cet homme-là est en fait un homme de caractère, et il a une histoire, originale, difficile. Argentin chassé de son pays par la dictature, exilé en France, il y a retrouvé et épousé une jeune femme rencontrée lorsqu'il était étudiant. Il était médecin, elle vendait des vêtements. On sent que leur vie était douce, ensemble.
    "Jusqu'au drame qui inexorablement les a éloignés l'un de l'autre, au point qu'il finisse enfermé dans la rassurante forteresse de sa propre chair."
    Ce drame qu'on pressent mais qui n'est révélé que dans la seconde moitié du livre les a coupés définitivement l'un de l'autre. Et pour se rassurer, se consoler, se protéger de la souffrance et du monde des vivants qu'il ne supporte plus, Nestor s'est donc mis à manger, grossir et va parvenir à son but : se couper du monde.
    " Nestor s'était résigné à cet ensemble de règles qui verdit les feuilles, dicte les rencontres, massacre des vies pour en épargner d'autres (....) Il fallait s'y plier. Il n'y avait là rien à chercher, rien à comprendre, et la meilleure parade était encore d'ouvrir un réfrigérateur".
    Et tandis que sa femme, Melina, se meurt à l'hôpital, maintenue en vie artificiellement tandis que Nestor semble a priori indifférent, ce dernier redécouvre leur passé par le biais des dossiers, factures, notes qu'il a entrepris de trier.
    Il tombe alors sur des cahiers, écrits par Mélina, qui racontent leur vie. Et leur drame. Mais il n'ose les ouvrir...
    Un jeune médecin, Alice, touchée par la détresse de Nestor, va se mettre en tête de l'aider contre l'avis de son entourage qui a du mal à la comprendre : “Pourquoi tu t'intéresses autant, à ce gros père ?” avait souri un confrère en se lavant les mains. Alice avait haussé les épaules. Il aurait fallu expliquer qu'à certains moments, une personne valide peut porter en elle l'infirmité de son conjoint. Alors, les soins prodigués à celui qui reste sont ceux qu'on donnerait à sa moitié alitée. Mais elle ne dit rien, et le confrère lui lança un clin d'œil."
    Alice va peu à peu s'immiscer doucement dans la vie de Nestor , "avec tendresse et patience", silencieuse, réalisant qu'il est en train de "rendre les armes".
    Jusqu'à ce qu'une nuit...
    A partir de là, l'auteure propose trois issues au roman, très différentes mais toutes les trois très belles, "comme s'il était impossible qu'une histoire aussi improbable et bouleversante finisse mal".
    J'avoue que ma préférence va à la première, qui se termine sur un très beau paragraphe, et une (mini) chute...

    Coup de coeur donc : un très très beau roman, une écriture ciselée et maîtrisée, profonde. Un vrai bijou que cette écriture, poétique par instants, un vocabulaire riche et humain : des phrases qui marquent l'esprit. Et une belle leçon de courage, de tolérance, d'humanité aussi : la pitié laisse place à l'empathie pour Nestor.
    " Nestor voulait respirer. Ce souhait minuscule, élémentaire, buttait contre un geste simple que des milliers de gens effectuaient chaque jour. Lasser une paire de chaussures s'ajoutait à une longue liste d'inscousciances interdites. Nestor connaissait ces petites paix auxquelles il n'avait plus accès. (...) Il fallait croire qu'il y avait des élus."
    > lire la suite
    Critique de qualité ? (2 votes positifs)
    • Livres 4.00/5
    Par saphoo, le 04 septembre 2011

    saphoo
    Une histoire qui se dévoile à petits pas feutrés. Un récit court mais qui pourtant demande une certaine lenteur pour pénétrer au cœur de la faille. Nestor rend les armes, le titre interroge. Un homme qui se calfeutre dans son obésité, se terre dans une solitude qui semble lui convenir. Seul horizon d'évasion, cette image illustrant un phare.
    Page 12 : Longtemps, il avait pensé que la solitude était un sentiment. Maintenant il l'apparentait aux branches nues des arbres ou au sang qui coule dans les veines. La solitude n'était pas une inclination du cœur mais un élément organique, inscrit dans les lois du monde. Nestor s'était résigné à cet ensemble de règles qui verdit les feuilles, dicte les rencontres, massacre les vies pour en épargner d'autres.
    Le récit se pose en douceur, malgré les sujets parfois blessants que l'auteur aborde. Tout semble amoindri par cette pudeur avec laquelle les personnages se dévoilent au fil des pages. le début se porte sur l'obésité et ses travers, le regarde des autres, cette forme d'infirmité latente, non reconnue mais moquée. Puis vient le problème de la solitude, de cet homme qui a fui son pays, une plaie ouverte s'agrandissant avec l'accident de sa femme. Sur son lit d'hôpital, elle végète entre la vie et la mort. Nestor est seul avec sa souffrance, il lit les cahiers de Mélina. Acide vérité qui éclabousse la réalité du destin.
    Quotidiennement, il se rend au chevet de son épouse, comme dans une bulle, la routine semble le tenir debout. Dans cet univers où le regard ne se porte plus sur son obésité, il se sent comme un malade parmi les autres.
    Page 16-17 : Il arrivait à l'hôpital (…) ---- Sa démarche devenait plus souple. Son large dos s'accordait au décor. Personne ne le remarquait. C'était la fin du calvaire. Ici s'ouvrait le royaume des difformes, tandis qu'à l'extérieur palpitait la vie du matin. Certains traînaient une perfusion à roulettes. La plupart avançaient en somnambules. Nestor était chez lui. Il se sentait admis au sein d'une confrérie résignée à écouter seulement le bruit du dehors.
    Un médecin, s'intéresse à lui, et le prendre sous son aile simplement et naturellement. Une nouvelle histoire commence. L'être n'est plus une enveloppe charnelle, mais un homme avec son passé, ses souffrances, mais aussi ses qualités, sa sensibilité, ses cauchemars. Comment dissiper cette brume opaque qui s'abat sur son avenir ?
    Page 25 : Que pouvait-il lui arriver encore ? Quel châtiment le sort lui réserverait ? En réalité, Nestor dégringolait avec la majesté d'un oiseau suicidaire. Il se laissait glisser, conscient qu'à n'avoir aucune raison de vivre, on n'en a pas non plus pour mourir.
    Page 60 : Elle saisit Nestor par l'épaule et l'obligea à s'étendre. Il n'opposa aucune résistance quand elle déboutonna sa chemise. Il se laissa toucher, tellement honteux que même la honte lui était égale. Sa chair débordait du pantalon, s'amassait sous les bras, faisait des bourrelets dans son cou. Mais elle cédait sous des gestes précis. Nestor n'était plus gros, ni déraciné, ni vieux. Il était un ensemble de connexions nerveuses et sanguines. Les médecins traitaient des corps en plainte. Ils se fichaient de leur fortune, de leur déboires ou de leur rang.
    Page 72 : “Pourquoi tu t'intéresses autant, à ce gros père ?” avait souri un confrère en se lavant les mains. Alice avait haussé les épaules. Il aurait fallu expliquer qu'à certains moments, une personne valide peut porter en elle l'infirmité de son conjoint. Alors, les soins prodigués à celui qui reste sont ceux qu'on donnerait à sa moitié alitée. Mais elle ne dit rien, et le confrère lui lança un clin d'œil.
    Une plume élégante, tout en finesse nous transportant dans ce récit non en voyeur mais en ami ne pouvant hélas rien changer aux faits. On découvre Nestor et son refuge dans l'obésité, Mélina est cet enfant perdu, Maria l'amie restée au pays, ce médecin sans doute qui se dissimule également derrière sa blouse mais réellement, n'est-elle pas aussi une personne en quête d'un renouveau ?
    Un très beau récit, conté de façon originale, nous sommes, lecteur comme dans un paysage de brume, l'histoire nous est révélée, en douceur par la découverte de Nestor et de sa vraie valeur humaine.
    Page 94 : le cœur d'Alice tressautait. Elle regardait ces dos larges, aux épaules rondes. Ces démarches d'animaux lourds frayant parmi les chevreuils. Ces toupies trop lentes que l'on heurte du pied. Alors elle sentait un chagrin immense déferler en elle. C'était la peine des combats perdus, c'était la mort des mères et de leurs élans.

    L'auteur offre trois issues à cette histoire, comme trois chances à donner à Nestor, je ne pourrais dire laquelle des trois est la mieux, je choisis les trois et laisse se dessiner trois fins inédites.


    Lien : http://lesmotsdepascale.canalblog.com/archives/2011/08/28/21858338.h..
    > lire la suite
    Critique de qualité ? (0 votes positifs)
    • Livres 3.00/5
    Par austen, le 03 octobre 2011

    austen
    Je l'ai lu très rapidement, quelques heures...
    C'est assez paradoxal, parce que toutes les 5 pages, je me disais: "il n'est pas très sympa ce Nestor". Et malgré tout, je restais, à suivre sa démarche de plus en plus lourde, à rager en voyant ses lacets défaits et à me sentir défaillir à l'évocation de ses repas.
    Sincèrement, cela fait quelques jours que je me demande si j'ai aimé ce roman ou non.
    Il est très facile à lire: l'écriture est fluide et claire. Tout est dit, et on a même le choix de la fin. Trois fins sont proposées à ce roman et toutes trois sont très satisfaisantes. J'ai une (légère) préférence pour la troisième, probablement dans ma rage de vouloir à tout prix des personnages aimables.
    Cependant, les personnages principaux ne sont pas sympathiques. On peut s'approcher d'eux, les plaindre, avoir envie de les prendre par la main, mais il m'aurait fallu plus de temps (de mots) pour les aimer. J'aime bien aimer les protagonistes des romans que je lis, c'est probablement pour ça que je ne lis pas de biographies. Or, je n'ai pas aimé l'auto-apitoiement de Nestor, et je n'ai pas suivi Alice sur ses chemins un peu tortueux. Mélina, la femme de Nestor est pratiquement transparente. Seule Maria, l'amie de Mélina semble réelle, vivante.
    Malgré tout, dans ce cas-ci, j'ai été happée par l'écriture de Clara Dupond-Monod, même si je suis restée à l'extérieur de l'histoire. Et je lirai autre chose de cette auteure.
    > lire la suite
    Critique de qualité ? (5 votes positifs)

Critiques presse (2)


  • LePoint , le 19 octobre 2011
    L'écrivaine dresse ici le portrait tout en émotion retenue et en finesse d'un embastillé volontaire au sein de son propre corps. Mais son roman crépusculaire est aussi une ode à ces déserteurs sociaux qui, estimant avoir assez servi dans les combats perdus d'avance de la vie, ont rendu les armes pour trouver asile dans l'isolement.
    Lire la critique sur le site : LePoint
  • Bibliobs , le 20 septembre 2011
    Dans un style sans graisse, où seule l'émotion est généreuse, et avec beaucoup de finesse, Clara Dupont-Monod raconte le pathétique destin de Nestor, échoué dans la vie comme un cétacé à l'agonie sur le rivage des hommes.
    Lire la critique sur le site : Bibliobs

> voir toutes (20)

Citations et extraits

> Ajouter une citation

  • Par Missbouquin, le 20 mai 2012

    “De toute façon, et Alice s’en rendait compte, Nestor rendait les armes. Le chagrin remontait en sursauts lents, capable d’anéantir cette masse. Alice assistait au carnage de Nestor, rempli de gémissements et de mises en garde.”
    Citation de qualité ? (7 votes positifs)
  • Par EricM, le 27 mai 2011

    « Il sortit les aliments et les posa sur la table. Il procéda lentement, respectueux d’un protocole secret. Cette cérémonie exigeait du calme. Chaque chose avait sa place. Nestor aménageait l’espace selon un plan invisible. Les œufs, le jambon, le maïs, le saladier de pâtes, les escalopes panées, l’amas de fromages formaient une couronne autour de l’assiette. Le jaune du maïs et le rose du jambon côté fenêtre. Les couleurs venaient en dernier. On ne commençait pas la fête avec un feu d’artifice. Les fromages près des escalopes, deux petites pyramides de beauté granuleuse, aux reflets d’or. Les œufs, lisses et blancs, étaient couchés devant le verre, dont la tige de cristal dominait la table. Son ombre s’allongeait, pareille à une baguette d’orchestre attendant son chef. Sa rayure noire zébrait l’assiette. La reine de porcelaine ouvrait le défilé.

    Nestor contempla la scène. Table, tableau. Un sentiment de gratitude l’envahit.

    Morceau par morceau, il effaça le spectacle. Il ne saccageait rien. Il terminait. Un repas, c’est la seule chose au monde dont il pouvait décider la fin. Ce qu’il préférait, c’était déglutir. Il y a avait, bien sûr, la mise en bouche, ce moment où la matière rencontre la langue, et la mastication, cette douce destruction, et les saveurs libérée. Mais rien ne valait la sensation de chute au fond de la gorge. Combler, broyer, ingérer. La dernière étape signait la toute-puissance de Nestor. Chaque bouchée l’alourdissait un peu plus. Il imaginait parfois le sol craquer sus son poids et l’avale. L’avaleur avalé, pensa-t-il, et il se resservit.

    Lorsque les plats furent vides, il garda les yeux rivés sur le phare. Puis la tristesse s’abattit.

    Nestor détourna la tête. Il se souvint qu’un soir, en passant devant le magasin d’électroménager, son œil s’était laissé happer par le damier coloré, mouvant, des dix téléviseurs exhibés en vitrine. Un albatros pataugeait dans une flaque de pétrole. Cette image multipliée par dix, étalée sur un mir entier, semblait ne s’adresser qu’à lui. L’oiseau claudiquait. Pourtant, cette grâce engluée s’offrait sans honte ni humiliation. C’était les autres qui souffraient pour l’oiseau. Lui, il ne voulait qu’avancer. » (page 25)
    > lire la suite
    Citation de qualité ? (1 votes positifs)
  • Par saphoo, le 04 septembre 2011

    Elle saisit Nestor par l’épaule et l’obligea à s’étendre. Il n’opposa aucune résistance quand elle déboutonna sa chemise. Il se laissa toucher, tellement honteux que même la honte lui était égale. Sa chair débordait du pantalon, s’amassait sous les bras, faisait des bourrelets dans son cou. Mais elle cédait sous des gestes précis. Nestor n’était plus gros, ni déraciné, ni vieux. Il était un ensemble de connexions nerveuses et sanguines. Les médecins traitaient des corps en plainte. Ils se fichaient de leur fortune, de leur déboires ou de leur rang.
    > lire la suite
    Citation de qualité ? (1 votes positifs)
  • Par stefferon, le 11 octobre 2011

    "Elle connaissait le rituel. Elle poserait son menton sur son poing fermé, pour cacher ses ongles. Elle lancerait ses sujets de conversation. Elle les avait notés et mémorisés. Alice ne l'avait jamais révélé à personne : depuis son adolescence, elle appréhendait tellement les autres, et plus encore le tête-à-tête, qu'elle prévoyait les thèmes à aborder. (...)

    Le terrain devenait dangereux. Déjà, elle ne s'attendait pas à ce visage un peu cabossé, ni à ce sourire. Alice se terrait au fond d'elle-même, pétrifiée par tant de gentillesse."
    > lire la suite
    Citation de qualité ? (1 votes positifs)
  • Par saphoo, le 04 septembre 2011

    “Pourquoi tu t’intéresses autant, à ce gros père ?” avait souri un confrère en se lavant les mains. Alice avait haussé les épaules. Il aurait fallu expliquer qu’à certains moments, une personne valide peut porter en elle l’infirmité de son conjoint. Alors, les soins prodigués à celui qui reste sont ceux qu’on donnerait à sa moitié alitée. Mais elle ne dit rien, et le confrère lui lança un clin d’œil.
    > lire la suite
    Citation de qualité ? (1 votes positifs)

> voir toutes (4)

Videos de Clara Dupont-Monod

>Ajouter une vidéo
Vidéo de Clara Dupont-Monod

Interview de l'écrivain Clara Dupont-Monod pour son roman "La passion selon Juette" paru aux Editions Grasset








Acheter sur Amazon

Faire découvrir Nestor rend les armes par :

  • Mail
  • Blog

> voir plus

Quiz