Copper, le fils métis et illégitime du maître blanc, revient dans la plantation où il est né. Appelé à rendre visite à son oncle, il refuse de passer par la petite porte à l'arrière de la maison, comme l'impos... > voir plus
Si Ernest J. Gaines, qui a été surnommé le Faulkner noir, plante le décor de ses romans dans le Sud, la Louisiane, chez les Cajuns dans La Ville fictive de Bayonne non loin de Bâton-Rouge, dans une période qui oscille entre les années 30 et 70, ce n'est pas par hasard. Lui-même est issu de cette région et a vécu de près ou de loin les scènes décrites, ramassant à neuf ans des pommes de terre dans une plantation, et sa mère repartant aux champs seulement deux ou trois jours après sa naissance, car la saison de la canne à sucre battait son plein. Personnellement je le rapprocherais plus d'Erskine Caldwell, l'auteur entre autre de « le p'tit arpent du Bon Dieu » et « La route au tabac », avec une sobriété efficace de l'écriture. Mais quel que soit l'auteur auquel on pourrait le comparer, Ernest J. Gaines est et reste Ernest J. Gaines.
Une centaine de pages qui disent tout de la ségrégation à travers juste une scène, une journée. La chronique d'une rencontre qui raconte un monde, la fin de de monde. Lorsque l'on lit les romans de E.J.Gaines, il est toujours difficile d'admettre qu'il se situe au XXème siècle. Et pourtant. La force de ses textes tient en ces scènes pointées, pointues, qui ne sont ni plaidoyer ni réquisitoire. Une fiction qui témoigne par les faits et le parler vrais. Pas d'épopée, de saga, le vécu. Nulle nécessité de développer une thèse, d'épiloguer sur un contexte socio-politico-économico-historique. Gaines, c'est la narration du et en direct, des dialogues dans la langue des communautés, des situations au quotidien qui suffisent à l'éloquence, à la profondeur des sentiments. Démonstrative au sens premier du terme. Des scènes puissantes sur cette terre là avec ces hommes, ces femmes et ces enfants là. Des gestes et des paroles prises sur le vif sans cliché qui témoignent de toutes ces vies. Les silences aussi, lourds de tension, d'Histoire et d'histoires.