> David Boratav (Traducteur)
> Rick Bass (Préfacier, etc.)

ISBN : 2914834373
Éditeur : Passage du Nord-Ouest (2010)


Note moyenne : 4.17/5 (sur 6 notes) Ajouter à mes livres

" La ville de Tombstone en Arizona, pendant les années 1880, est notre Camelot national. Une terre fabuleuse où les vertus de l'Amérique s'incarnent chez les frères Earp et ses maux dans la bande des Clanton ; une terre imaginaire aussi, o... > voir plus
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Critiques et avis(2)

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    • Livres 4.00/5
    Par encoredunoir, le 28 décembre 2011

    encoredunoir
    « Je répète donc que cet ouvrage est un roman. le rôle de la fiction n'est pas d'exposer les faits, mais la vérité », avertit Oakley Hall dans la note préliminaire de Warlock. Et, en effet, ce que nous propose ici l'auteur, c'est bien de romancer des faits qu'il annonce comme véridiques tout en cherchant à les départir de la légende dans laquelle ils sont entrés. Ici, cela prendra donc la forme d'une variation autour du mythique règlement de comptes d'O.K. Corral.
    Warlock est une petite ville perdue du far west, proche de la frontière mexicaine. Une ville qui vit essentiellement des mines d'or et d'argent exploitées par une compagnie californienne et qui tente de survivre aux expéditions régulières des cowboys frustes qui y viennent se défouler, tirant dans la rue et, à l'occasion, descendant un barbier ou le shérif. Abandonnée par la capitale du comté qui, à une journée de cheval, se désintéresse d'elle, Warlock subit une véritable hémorragie de représentants de la loi. Ceux qui ne se font pas tuer, donc, finissent toujours par prendre la fuite, et la population vit avec la peur au ventre.
    C'est pour cela qu'un comité d'éminents citoyens décide d'embaucher elle-même un marshal pour faire respecter l'ordre. L'élu sera Clay Blaisedell, célèbre pour ses qualités de tireur et de tueur, doté de ses deux pistolets aux crosses d'or. Au même moment, d'autres personnages arrivent en ville : John Gannon, ancien cowboy de la bande de McQuown qui terrorise Warlock, revient après avoir coupé les ponts pendant plusieurs mois ; Tom Morgan, ami de Blaisedell à la réputation sulfureuse, ouvre un bar et une table de jeu ; Kate Dollar, ancienne prostituée qui a connu Morgan et Blaisedell dans une autre vie et qui semble avoir des comptes à régler, s'installe elle aussi à Warlock.
    Tous les éléments du western classique sont donc en place : une bande de brigands vicieux, un shérif lâche, un marshal à la gâchette facile, un juge alcoolique, une femme manipulatrice, un joueur dont on ne sait s'il est du côté des bons ou des méchants et une population versatile. de fait, écrit en 1958, Warlock est un classique du western littéraire et cinématographique puisqu'il a été adapté dès 1959 (L'homme aux colts d'or pour le titre français) par Edward Dmytryk, avec, entre autres, Henry Fonda et Richard Widmark.
    Mais à ces figures classiques du western, Hall ajoute des éléments qui accentuent le côté roman noir social de son livre, en faisant en particulier intervenir les mineurs de Warlock. Exploités, soumis à des conditions de travail dangereuses, ils tentent de s'organiser en syndicat et se trouvent confrontés aux régulateurs payés par leur patron pour briser la grève. Ils vont bien entendu tenter de tirer leur épingle du jeu en utilisant eux-aussi le shérif et Blaisedell.
    Le foisonnement de personnages et d'intrigues qui s'entremêlent autour de Blaisedell, Morgan et John Gannon donne au roman d'Oakley Hall une dimension épique peu commune et, plus prosaïquement, une dimension imposante à l'ouvrage qui atteint les 700 pages et pourrait offrir la matière à au moins trois livres différents. Cela donne un roman d'aventures, certes, mais aussi un roman noir social et un huis-clos tragique de haute-volée. Car les personnages de Hall sont clairement des héros de tragédie confrontés à des choix douloureux et, surtout, écartelés entre ce qu'ils sont, ce qu'ils voudraient être et ce que l'on attend d'eux.
    On ne peut que se féliciter du fait que les éditions Passage du Nord-Ouest puis Rivages se soient enfin décidées à traduire et publier ce roman qui, sous le couvert d'une écriture classique de roman d'aventures, nous offre à voir la chair de la légende de l'Ouest, crasseuse et sanglante mais véritablement humaine. Sans doute aussi les passionnés y verront un ancêtre, plus austère peut-être d'apparence, mais tout aussi iconoclaste dans le fond au Deadwood de Pete Dexter, à L'Homme aux pistolets de James Carlos Blake, à l'Incident à Twenty-Mile de Trevanian ou, pourquoi pas ?, au Méridien de sang de Cormac McCarthy.


    Lien : http://encoredunoir.over-blog.com/article-derriere-la-legende-warloc..
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    • Livres 5.00/5
    Par souslevolcan, le 08 mai 2012

    souslevolcan
    L'entrée au Panthéon est le fruit d'une longue réflexion politique, y entrer par la grande porte nécessite d'être mort et d'avoir bien servi la nation. Mais notre Panthéon personnel ne souffre pas de limitation, les tombes comme les photos y sont légions et les arbitres solitaires loin de toutes discordes. Certains y entrent, d'autres pas, mais chacun qui s'y trouve n'en sort jamais. Je n'ai besoin de personne pour désigner du doigt l'étagère où se trouvent Au dessous du Volcan de Malcom Lowry, Crime et châtiment de Dostoïevski, L'adieu aux armes d'Hemingway, Central Europe de Vollmann, Moby Dick de Melville, American Psycho de Ellis, et quelques autres dont l'inventaire ne trouve pas sa place dans ces quelques lignes. Mais je veux pourtant y faire une nouvelle entrée : Warlock de Oakley Hall.
    Nous voici dans un Western pur jus (adapté à l'écran en 1959 sous le titre de L'homme aux colts d'or) dont la matière trace les lignes d'une humanité vacillante où les seules richesses à se partager se résument entre les chevaux, le destin, l'orgueil et l'honneur. le parti pris de Hall est de nous faire vivre ces quelques mois d'enfer avec la précision d'un entomologiste. Les âmes souffrent et révèlent peu à peu leur secret, pendant que se déroule autour des protagonistes le grand barnum des enjeux de la vie et de la mort. La lecture nous assèche la bouche, on se sent brisé par le sable et la chaleur, les coups de feu partent plus vite que le fracas de leur description, on se sent le témoin interdit d'une séquence de vie plus vraie que nature. A Warlock, l'histoire s'écrit sous le regard de Satan, car chacun des personnages magnifiques du roman vaut moins que le papier utilisé à les décrire. Chaque homme, chaque femme racontée ressemble à un personnage légendaire de l'épopée américaine, car outre le Marshall Clay Blaisedell (le héros aux pistolets d'or) et son double ambigu Tom Morgan, les méchants symbolisés par la famille McQuown ont leur place dans le grand livre de l'histoire. Il y a tant d'autres personnages secondaires plus vivants que les voisins de mon immeuble que la tâche de les décrire ressemblerait à un défit lancé à la littérature. de fait, Hall construit une œuvre d'art à la puissance rare, et l'on se prend à faire de Warlock le Pequod de Moby Dick et de la première sortie de Blaisedell avec ses colts d'or, le même moment légendaire que celui qui accompagne la première apparition claudicante d'Achab sur le pont de son navire. C'est là un très grand livre qui doit se consommer comme un grand vin, lentement, avec délectation. Entrer dans Warlock est comme entrer dans un monde vivant, dévorer les peintures interdites d'un monde disparu, et s'en réjouir.


    Lien : http://souslevolcan.over-blog.com/article-104822126.html
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