Konrad Jonsson revient à Tomelilla, cette petite ville qu'il s'était juré d'oublier. S'il y retourne aujourd'hui, c'est qu'il y est convoqué par la police : ses parents adoptifs viennent de mourir. Herman et Signe viennent d'être victime d'un meurtre et laissent derrière eux un joli magot gagné à la loterie. de l'argent qui aiderait bien Konrad, journaliste en panne d'inspiration et d'argent depuis qu'une mission a laissé son accompagnateur pour mort. Sans alibi, Konrad devient le principal suspect. Durant l'enquête de la police, ce dernier replonge alors dans ses souvenirs et se penche sur le mystère qui entoure la disparition de sa vraie mère, Agniezka, une polonaise ostracisée tout comme son fils, ce "bâtard de Polak" qui subit particulièrement la haine du fils légitime de Herman et Signe. Un retour sur le passé difficile qui mènera chacun à expier ses fautes.
Voici un bon polar suédois qui nous mène tout droit dans une petite ville aux accents racistes voisine d'Ystad où officie le célèbre Wallander de papier.
Le retour de Konrad dans la ville se fait sous le signe du malaise. Homme un peu largué, père d'une grande fille dont il n'est pas très proche, divorcé et s'investissant peu dans sa nouvelle relation amoureuse, Konrad va devoir affronter et exorciser ses peurs. Parti de Tomelilla pour une raison que nous découvrirons au cours du roman, il culpabilise quelque peu de n'avoir jamais pris de nouvelles de ses parents adoptifs mais peu aimants, d'avoir abandonné Sven le seul ami qu'il avait pour fuir un passé qu'il a occulté depuis toujours. Son retour provoque pourtant des réminiscences de sa vie avec sa mère et entraîne beaucoup de questionnements de sa part. Enquêtant à sa façon sur cette femme qui a disparu mais qui est toujours resté dans son cœur, Konrad va peu à peu tisser des liens entre ses recherches et la mort de ses parents adoptifs, et retrouver l'équilibre qui lui manquait depuis toujours.
Vous l'aurez compris l'enquête policière se double surtout d'une quête identitaire et c'est cette dernière qui nous est donné le plus à voir. L'enquête suit son cours et nous y avons accès par l'intermédiaire d'un journaliste bien renseigné qui se prend d'affection pour Konrad et l'aide dans ses recherches. Konrad se révèle bien vite un personnage très intéressant dont la quête est passionnante. Sans être totalement de neige, il apparaît avec ses failles et ses faiblesses qui le rendent attachant.
Les autres personnages apparaissent également assez troubles. Chacun semble avoir quelque chose à cacher et un terrible secret pèse évidement sur certains.
Au delà de cette histoire familiale, l'auteur nous déroule un portrait assez sombre de la société suédoise : racisme, intolérance, homophobie, partisans d'extrême-droite, lâcheté et abandon, ... La vie est loin d'être une réjouissance ici. Pourtant quelques fenêtres plus lumineuses s'ouvrent ici et là : l'amour d'une fille pour son père, l'amour d'un homme pour une femme. Après avoir expié ses fautes, le bonheur semble encore possible heureusement et on referme le livre sur une note d'espoir.
Ce qu'il faut expier s'avère donc un très bon polar qui offre une intrigue étoffée et des personnes riches sans tomber dans une surcharge sanglante. Toute la réussite de l'auteur tient dans l'art de mener une histoire dont le final ne lassera pas de nous surprendre tout en construisant avec beaucoup de réalisme une fresque sociale et psychologique des habitants de Scanie. Une très bonne découverte que je vous conseille donc !
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