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Résumé :
Trois citations illustrent l’esprit de ce livre :

1) « Dans les communications d’Église durant la domination nazie, jamais les Juifs ne furent explicitement nommés comme tels et leur persécution ne fit jamais l’objet d’une condamnation ecclésiale spécifi... > voir plus
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Critiques, analyses et avis

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  • Par Menahem, le 07 juillet 2012

    Menahem
    Saviez-vous que 3 millions de Juifs ont été sauvés par Pie XII ? Menahem Macina
    01/07/2012
    Quand des éminences du Vatican encensent et honorent un Juif, en l'occurrence, Gary Krupp, créateur de la fondation Pave The Way – devenu célèbre précisément pour sa « croisade » (le mot n'est pas trop fort) en faveur de Pie XII –, il ne faut pas s'étonner que l'intéressé, se sente pousser des ailes au point d'oser écrire (1) :

    « Il y a probablement trois millions de juifs qui sont en vie aujourd'hui grâce à l'intervention directe, mais secrète, [de Pie XII]. »

    C'est, entre autres, pour mettre un terme à ce genre de propos irresponsables, que j'ai soumis, en 2011, au Cerf, éditeur catholique bien connu, le manuscrit de mon nouveau livre, L'apologie qui nuit à l'Église. Révisions hagiographiques de l'attitude de Pie XII envers les Juifs (2). Si mon travail a été accepté, c'est qu'il s'appuie, pour l'essentiel, sur une documentation solide et fiable, et que ses conclusions sont recevables. En témoigne, parmi d'autres, cette appréciation d'un critique littéraire respecté, Marc Riglet (3) :
    …comment ne pas être sensible, avec [l'auteur], à ce qu'il peut y avoir d'indécent dans l'entreprise de "révision hagiographique de l'attitude de Pie XII envers les Juifs" ? Elle s'explique dans le projet, bien avancé, de béatifier ce pontife et culmine même, chez certains, dans la proposition de conférer à Pie XII la qualité de « Juste des Nations » […]. Menahem Macina reprend toutes les pièces du dossier. Ses conclusions sont sévères mais justes. Pie XII, tout attaché à la défense de son Église, a manqué, vis-à-vis des Juifs, de la troisième vertu théologale : la charité. Ce serait la force de l'Église catholique que de le reconnaître et de s'en tenir là une fois pour toutes. »
    Au cours de mon enquête, ce qui m'a le plus heurté, outre l'étrange et incroyable zèle du Juif américain Gary L. Krupp – qu'un journaliste du New York Times décrit comme « un colossal admirateur du Pape du temps de guerre : un chevalier blanc juif » (4) –, ce n'est pas le caractère ridicule, voire délirant des dithyrambes émis par certains thuriféraires de l'Église et du pape du temps de guerre, mais le fait que jusqu'à aujourd'hui, les autorités vaticanes fassent fond sur eux et sur leurs auteurs, tant les aveugle leur désir de justifier par tous les moyens l'institution et ses pontifes. Il n'est que de consulter le curriculum médiatique de l'un d'entre eux, Gary Krupp, pour constater avec atterrement les honneurs dont il est couvert par les organes du Saint-Siège (5).
    Qu'on se rassure, toutefois, mon livre ne se limite pas, tant s'en faut, à ce cas-limite de l'apologie : il débusque également bien d'autres embellissements historiographiques, plus subtils, de nature hagiographique. Mais surtout, il invite la chrétienté et ses hauts-dirigeants à faire enfin une véritable teshuvah (pénitence). Plutôt que de faire flèche de tout bois pour redorer un blason historique terni par les attitudes peu honorables de leurs prédécesseurs du temps de guerre, les chefs religieux du peuple chrétien feraient mieux de reconnaître humblement – comme l'ont fait maints évêques et conférences épiscopales, après la guerre – la dramatique absence d'une déclaration brûlante et prophétique des hautes instances de l'Église, qu'attendaient les Juifs persécutés d'alors, même si un tel geste ne les eût pas sauvés de leur effroyable destin.
    De cette attente frustrée témoignent deux textes inoubliables. Celui du philosophe agnostique Albert Camus, d'abord (6):
    J'ai longtemps attendu, pendant ces années épouvantables, qu'une grande voix s'élevât à Rome. Moi, incroyant ? Justement. Car je savais que l'esprit se perdrait s'il ne poussait pas devant la force le cri de la condamnation. Il paraît que la voix s'est élevée. Mais je vous jure que des millions d'hommes avec moi ne l'avons pas entendue et qu'il y avait alors dans tous les cœurs, croyants ou incroyants, une solitude qui n'a pas cessé de s'étendre à mesure que les jours passaient et que les bourreaux se multipliaient. On m'a expliqué depuis que la condamnation avait bel et bien été portée. Mais qu'elle l'avait été dans le langage des encycliques qui n'est point clair. La condamnation avait été portée et elle n'avait pas été comprise ! Qui ne sentirait ici où est la vraie condamnation et qui ne verrait que cet exemple apporte en lui-même un des éléments de la réponse, peut-être la réponse tout entière que vous me demandez ? Ce que le monde attend des chrétiens est que les chrétiens parlent, à haute et claire voix, et qu'ils portent leur condamnation de telle façon que jamais le doute, jamais un seul doute, ne puisse se lever dans le cœur de l'homme le plus simple. C'est qu'ils sortent de l'abstraction et qu'ils se mettent en face de la figure ensanglantée qu'a prise l'histoire d'aujourd'hui. le rassemblement dont nous avons besoin est un rassemblement d'hommes décidés à parler clair et à payer de leur personne.
    Et voici le témoignage brûlant du catholique François Mauriac (7) :
    Mais ce bréviaire a été écrit pour nous aussi Français, dont l'antisémitisme traditionnel a survécu à ces excès d'horreur dans lesquels Vichy a eu sa timide et ignoble part – pour nous surtout, catholiques français, qui devons certes à l'héroïsme et à la charité de tant d'évêques, de prêtres et de religieux à l'égard des Juifs traqués, d'avoir sauvé notre honneur, mais qui n'avons pas eu la consolation d'entendre le successeur du Galiléen, Simon-Pierre, condamner clairement, nettement et non par des allusions diplomatiques, la mise en croix de ces innombrables « frères du Seigneur ». Au vénérable cardinal Suhard qui a d'ailleurs tant fait dans l'ombre pour eux, je demandai un jour, pendant l'occupation : « Éminence, ordonnez-nous de prier pour les Juifs! » [...], il leva les bras au ciel : nul doute que l'occupant n'ait eu des moyens de pression irrésistibles, et que le silence du pape et de la hiérarchie n'ait été un affreux devoir; il s'agissait d'éviter de pires malheurs. Il reste qu'un crime de cette envergure retombe pour une part non médiocre sur tous les témoins qui n'ont pas crié et quelles qu'aient été les raisons de leur silence.

    © Menahem Macina

    --------------------------------

    Notes

    (1) Texte original anglais : « There are perhaps 3 million Jews who are alive today because of his secret but direct intervention », cité d'après Pope Pius XII and World War II. The Documented Truth. A compilation of International Evidence Revealing the Wartime Acts of the Vatican. Compiled and edited by Gary L. Krupp. Presented by Pave The Way, 2011, p. 6. [Le Pape Pie XII et la Seconde Guerre mondiale. La vérité documentée. Une collection de preuves révélant les actes du Vatican durant la guerre, rassemblées et publiées par Gary L. Krupp. Présentation par Pave The Way, 2011]. J'ai transcrit une soixantaine de pages de ce document qui en compte 288, voir « Pie XII a sauvé 3 millions de Juifs [!!!] (Pave The Way) ».
    (2) Pour commander par Internet : via la FNAC, via Amazon, etc.
    (3) Sous le titre « Pièces à charge », dans la revue LIRE, de juillet-août 2012, n° 407, Page 46 (voir couverture).
    (4) Paul Vitello, « Wartime Pope Has a Huge Fan: A Jewish Knight », NYT, 7 March 2010 ; Menahem Macina, « Qu'est-ce qui fait courir Mr Krupp, Juif américain tout dévoué à la cause de Pie XII ? ».
    (5) « Gary Krupp couvert d'honneurs par le Vatican », Page reprise du site de Pave the Way. Traduction française M. Macina.
    (6) Extrait d'un exposé fait par le philosophe au couvent des dominicains de Latour-Maubourg en 1948, édité dans Albert Camus, Actuelles. Chroniques (1944-1948), Paris, Gallimard, 1950, p. 211 sq.
    (7) Dans sa préface à l'ouvrage de Léon Poliakov, le Bréviaire de la haine, Calmann-Lévy, 1951 et 1969, cité ici d'après la version au format poche des éditions Complexe, Série Histoire, n° 31, Bruxelles, 1985.
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  • Par Menahem, le 07 juillet 2012

    Menahem
    Quand l'Eglise se taisait, recension, par Michaël de Saint-Cheron, du livre de M. Macina, 'L'apologie qui nuit à l'Eglise'
    15/06/2012

    Sur le site de BHL, "La Règle du Jeu", 15 juin 2012
    Sous le titre L'apologie qui nuit à l'Église. Révisions hagiographiques de l'attitude de Pie XII envers les Juifs (1) de Menahem Macina, suivi de deux contributions signées Michael R. Marrus et Martin Rhonheimer, l'historien juif spécialiste des doctrines messianiques autant que des rapports entre les religions juive et chrétienne, revient sur la question qui n'a cessé de diviser juifs et catholiques depuis la sortie du livre de Rolf Hochhuth, Le Vicaire (1963).
    Passionnante étude scripturaire, historique, historiographique aussi, mais également talmudique (au sens propre) sur la révision hagiographique de Pie XII pendant la guerre. On connaissait les principales critiques émanant d'historiens ou de personnalités juives depuis cinquante ans, comme on connaissait les thèses très favorables au pape de l'écrivain juif israélien Pinchas Lapide, qui fut l'un des rares parmi les juifs à avoir défendu jusqu'à sa mort la mémoire de Pie XII.
    Menahem Macina, après être revenu sur les témoignages hagiographiques de la part des historiens catholiques mais aussi anti-hagiographiques, propose un appareil des sources émanant des Églises chrétiennes (en particulier protestantes et catholiques) faisant acte de contrition pour les crimes commis par l'Allemagne nazie, et appelant les chrétiens à approfondir leurs connaissances du judaïsme.
    Nous relisons, avec effroi, en juin 2012, l'adieu des dirigeants juifs polonais à l'adresse des juifs de Palestine, en 1943 :
    « À la dernière minute avant leur anéantissement total, les derniers survivants du peuple juif en Pologne ont lancé un appel au secours au monde entier. Il n'a pas été entendu […] le sang de trois millions de Juifs hurle vengeance, et il sera vengé ! Et ce châtiment ne frappera pas seulement les cannibales nazis, mais tous ceux qui ne firent rien pour sauver un peuple condamné (2) […]»
    La seconde voix que nomme l'auteur est le magnifique appel d'Albert Camus, le seul des écrivains français avec Claudel, à avoir, dès 1946, parlé du silence du pape durant l'Holocauste. Son discours avait lieu au couvent des dominicains de la Tour Maubourg. Il leur dit :
    « J'ai longtemps attendu, pendant ces années épouvantables, qu'une grande voix s'élevât à Rome. Moi, incroyant ? Justement. Car je savais que l'esprit se perdrait s'il ne poussait pas devant la force, le cri de la condamnation. Il paraît que la voix s'est élevée. Mais je vous jure que des millions d'hommes avec moi ne l'avons pas entendue et qu'il y avait alors dans tous les cœurs, croyants ou incroyants, une solitude qui n'a pas cessé de s'étendre à mesure que les jours passaient et que les bourreaux se multipliaient. […] Ce que le monde attend des chrétiens est que les chrétiens parlent, à haute et claire voix, et qu'ils portent leur condamnation de telle façon que jamais le doute, jamais un seul doute, ne puisse se lever dans le cœur de l'homme le plus simple (3). »
    Dans l'exergue tiré du long et accablant témoignage de Ian Karski, le célèbre courrier du gouvernement polonais en exil, dans le film Pie XII, les Juifs et le nazisme (BBC, 1995), par Menahem Macina, il est une évidence que son témoignage ne fut entendu ni à Londres ni à Rome, ni nulle part.
    Le chapitre crucial du livre est la « réponse d'un rabbin aux inquiétudes de l'abbé Journet à propos de la défaillance de l'Église à l'égard des Juifs ». le rabbin qui parle ici est le grand rabbin Safran, qui fut, au pire de la guerre d'extermination, grand rabbin de Roumanie, et fit preuve d'un vrai courage auprès des autorités religieuses chrétiennes de Roumanie. La responsabilité du Vatican et donc du pape Pie XII est proportionnelle à la puissance qu'aurait eu une condamnation papale entre 1940 et 1945 vis-à-vis de l'Allemagne hitlérienne. Condamnation qui ne vint donc jamais. Et, même après la guerre, pas une parole radicale, forte, ne sortit de la bouche du prélat, qui n'eut au contraire que des paroles horriblement conventionnelles et diplomatiques sans portée ni politique, ni théologique. Macina rapporte que la réponse de Safran au futur cardinal Journet fut sans appel, utilisant une page du Talmud de Babylone (traité Shabbat) sur la responsabilité. Ce texte parle de la responsabilité de celui qui est témoin de quelque faute commise par « les gens de la maison », mais les a laissés faire sans les réprimander : « [il] est coupable [du péché] des gens de la maison. »
    Le texte poursuit : « Selon Rav Pappa, même les gens de la maison du Chef de l'Exil [Exilarque] sont coupables [du péché des gens] du monde entier. Si les princes ont péché, les anciens en quoi ont-ils péché ? Il y a lieu de répondre : il s'agit des anciens qui n'ont pas réprimandé les princes » (Shabbat, 54b-55a (4)).
    Pie XI, lui, avait parlé haut et fort, en 1938, dans son encyclique au titre allemand : Mit brennender Sorge (avec une brûlante angoisse), et il n'avait pas craint d'affirmer que les chrétiens étaient « spirituellement des sémites. »
    Ce livre de Menahem Macina a le grand mérite de faire le point sur un « brûlant » sujet qui mériterait que la haute hiérarchie catholique puisse enfin l'aborder sans peur mais dans la vérité des faits. Léon XIII, au XIXe siècle, savait, lui, que l'Église serait d'autant plus grande qu'elle serait davantage capable de « ne rien dissimuler [des] fautes de ses enfants et parfois même de ses ministres (5). »
    ©
    Michaël de Saint-Cheron
    Menahem-Macina
    Menahem Robert Macina, L'Apologie qui nuit à l'Église, Cerf, 15 mars 2012, 300 pages, 25 euros, ISBN-10: 2204097446
    (1) Cerf, 2012, 300 pages.
    (2) Cf. Ibid., p. 98-99.
    (3) Œuvres Complètes, II, Bibliothèque de la Pléiade, Gallimard, 2006, Actuelles. Chroniques (1944-1948), p. 471-472.
    (4) Cf. Macina, Ibid., p. 182-185.
    (5) Ibid., p. 15.
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  • Par Menahem, le 07 juillet 2012

    Menahem
    Recension critique de Frédéric le Moal, sur le site lelittéraire.com
    C'est un livre étrange que celui écrit par Menahem Macina. L'ouvrage est une charge contre ceux que l'auteur, spécialiste engagé des relations judéo-chrétiennes, appelle les « zélateurs de l'ecclésiodicée ». Derrière ce néologisme, Menahem Macina désigne les défenseurs acharnés de l'Eglise catholique, des pontifes romains et de leurs actions. Ces avocats trouvent, dans la question Pie XII, une occasion de plaider qui exaspère Menahem Macina.
    Selon lui, cette défense acharnée du pape de la Seconde Guerre mondiale met en danger le rapprochement opéré par Vatican II entre juifs et chrétiens, et serait symptomatique de l'orgueil de l'Eglise romaine, du maintien des thèmes anti-judaïques dans le monde catholique et de « l'apparition inquiétante de réticences, voire de remises en question du bien-fondé de la nouvelle attitude de l'Eglise envers le peuple juif et le judaïsme. » C'est en cela que ces avocats de l'accusé Pie XII nuiraient aux intérêts de l'Eglise.
    La démarche de l'auteur respecte les critères de la science historique. Il soumet les textes à une critique soigneuse et précise en utilisant des travaux historiographiques. Ces principales cibles sont le Document émis par Rome en 1998, « Nous nous souvenons : une réflexion sur la Shoah », les analyses de l'historien juif Pinchas Lapide, celles du rabbin David Dallin et le travail de récolte de documents favorables à Pie XII mené par Gary Krupp, un juif américain, et sa fondation Pave the Way. Notons d'ailleurs que cette liste remet en cause la thèse de Menahem Macina sur le lien entre défense de Pie XII, orgueil romain et hostilité au judaïsme...
    Dans tous les cas, Menahem Macina traque les omissions, les erreurs, les surévaluations et sous-évaluations, les mauvaises interprétations des textes. Certaines de ses critiques ne manquent pas de pertinence. Il est vrai que les critiques du racisme et de l'antisémitisme nazis émises dans les années Trente par l'Eglise cohabitent avec la réaffirmation des thèmes anti-judaïques (peuple déicide, lutte contre l'influence néfaste des juifs, etc.). D'autres critiques sont plus sévères, voire fragiles, comme la systématique remise en cause des témoignages des proches de Pie XII, comme Sœur Pascalina. Mais le problème se situe ailleurs.
    Menahem Macina ne reprend pas à son compte les accusations les plus absurdes formulées contre Pie XII, et il balaie d'un revers de la main les thèses grotesques de Hochhut et de Cornwell. Ni antisémite ni indifférent. C'est une preuve des avancées de l'historiographie sur la question Pie XII dont il faut se féliciter. Ce que reproche Menahem Macina à Pie XII, c'est son silence qu'il juge total et coupable, insupportable et marque « de la non-assistance religieuse à peuple en danger de mort ». Certes, et avec honnêteté, il avance à plusieurs reprises des explications pertinentes sur ce « silence ».
    Jusque-là, son livre trouve toute sa place dans les débats historiographiques. Mais, à partir de cette critique, respectable en soi mais qui n'est pas la nôtre, l'ouvrage quitte la route scientifique. L'auteur enlève son costume d'historien pour revêtir celui du prédicateur engagé.
    Qu'on en juge. Dès l'introduction, Menahem Macina révèle le cœur de sa démarche. A côté des attaques contre les défenseurs de Pie XII, il veut obtenir de l'Eglise une démarche de repentance pour les coupables silences, ceux du pape et des autres ecclésiastiques. Or, l'historien ne peut que condamner une telle prétention.
    Le repentir, rappelons-le, est une démarche volontaire et individuelle d'un individu face à ses fautes. La repentance, elle, consiste à demander pardon pour des fautes commises par d'autres, il y a plusieurs décennies, quand ce n'est pas plusieurs siècles. le tout baignant dans l'anachronisme, la réduction, les confusions. Elle est globalisante et juge a posteriori. Très révélateur des insuffisances d'une telle démarche, Macina met en avant des déclarations de repentance, dont celle de certains évêques français (1998) dont on sait qu'ils sont un modèle de courage.
    L'historien n'a pas à dire le Bien et le Mal. Nous n'avons que faire des sentiments de Menahem Macina, de son malaise à l'écoute des discours de Benoit XVI sur son prédécesseur, de son attachement pour Jean XXIII et de ses jugements personnels sur ces « chrétiens qui ne le sont que de nom ». Qu'il sache, mieux que quiconque, ce qui est bien pour l'Eglise, on n'en doute pas un seul instant. Mais qu'est-ce que cela vient faire dans un livre d'histoire ?
    Sa critique de Pinchas Lapide repose sur la surévaluation des chiffres des juifs sauvés par Pie XII et par l'Eglise en général (la confusion entre les deux brouillant, il est vrai, l'analyse). Pour expliquer ces erreurs, Menahem Macina évoque l'engagement de Lapide dans le rapprochement judéo-chrétien et qui l'aurait poussé à exagérer les succès humanitaires de Pie XII. Mais on pourrait renverser la critique et la formuler de la même façon à Menahem Macina.
    Il y a, dans son livre, beaucoup trop de passion, et même de passion personnelle, une posture morale dérangeante. Cette étude souffre d'une confusion des genres très regrettable. Elle offre elle-même le flanc à la critique. C'est dommage.


    Lien : http://www.lelitteraire.com/article4989.html
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  • Par Menahem, le 07 juillet 2012

    Menahem
    L'Eglise catholique face au génocide, par Marc Riglet (Lire), publié le 05/07/2012 sur le site de l'Express.
    Spécialiste des relations judéo-chrétiennes, l'auteur revoit la position de l'Eglise vis-à-vis des Juifs.
    Quelle fut l'attitude de l'Eglise romaine, des années 1930 jusqu'à la fin de la Seconde Guerre mondiale, envers les Juifs persécutés ? Quelles positions de principe adopta-t-elle par rapport au fascisme en général et au national-socialisme en particulier et quelle politique fut conduite, par le Vatican, avec l'Allemagne nazie ? L'antijudaïsme chrétien s'accommoda-t-il de l'antisémitisme racialiste moderne ou bien y a-t-il eu entre l'un et l'autre solution de continuité ? Quel jugement, enfin, convient-il de porter sur la personnalité et les actions de Pie XII qui, de la nonciature à Berlin dans les années 1930 au trône de saint Pierre pendant la guerre, joua le tout premier rôle et commanda l'essentiel des réponses à ces questions ?
    Dans les années 1960, la pièce de Rolf Hochhuth, Le Vicaire, qui dénonçait sans ménagement les silences du pape face aux persécutions des Juifs, avait provoqué une vive polémique. Les travaux historiques conduits depuis, les réflexions menées au sein même de l'Eglise romaine, l'aggiornamento de Vatican II revisitant et déplorant l'antijudaïsme traditionnel, et puis, surtout, les déclarations de repentance de nombreuses autorités ecclésiales semblaient avoir établi solidement le "jugement de l'Histoire". Non seulement Pie XII était bien resté silencieux face au martyre juif, mais sa position ambiguë sur l'antisémitisme rendait ce silence coupable. Or, voici que ce constat est à nouveau discuté. Menahem Macina, éminent spécialiste des relations judéo-chrétiennes, s'en émeut dans un excellent livre où la richesse de la documentation le dispute au caractère serré de l'argumentation. Et comment ne pas être sensible, avec lui, à ce qu'il peut y avoir d'indécent dans l'entreprise de "révision hagiographique de l'attitude de Pie XII envers les Juifs" ? Elle s'explique dans le projet, bien avancé, de béatifier ce pontife et culmine même, chez certains, dans la proposition de conférer à Pie XII la qualité de "Juste des Nations" dont Israël honore ceux qui, dans les épreuves, ont aidé le peuple juif.
    Menahem Macina reprend toutes les pièces du dossier. Ses conclusions sont sévères mais justes. Pie XII, tout attaché à la défense de son Eglise, a manqué, vis-à-vis des Juifs, de la troisième vertu théologale : la charité. Ce serait la force de l'Eglise catholique que de le reconnaître et de s'en tenir là... une fois pour toutes.

    Lien : http://www.lexpress.fr/culture/livre/l-apologie-qui-nuit-a-l-eglise-..
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  • Par Menahem, le 07 juillet 2012

    Menahem
    …comment ne pas être sensible, avec [l'auteur], à ce qu'il peut y avoir d'indécent dans l'entreprise de "révision hagiographique de l'attitude de Pie XII envers les Juifs" ? Elle s'explique dans le projet, bien avancé, de béatifier ce pontife et culmine même, chez certains, dans la proposition de conférer à Pie XII la qualité de "Juste des Nations" […]. Menahem Macina reprend toutes les pièces du dossier. Ses conclusions sont sévères mais justes. Pie XII, tout attaché à la défense de son Église, a manqué, vis-à-vis des Juifs, de la troisième vertu théologale : la charité. Ce serait la force de l'Église
    Recension par Marc Riglet, pour LIRE-L'Express
    (http://www.lexpress.fr/culture/livre/l-apologie-qui-nuit-a-l-eglise-revisions-hagiographiques-de-l-attitude-de-pie-xii-envers-les-juifs_1134786.html)
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Critiques presse (1)


  • Lexpress , le 06 juillet 2012
    Menahem Macina reprend toutes les pièces du dossier. Ses conclusions sont sévères mais justes.
    Lire la critique sur le site : Lexpress

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Citations et extraits

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  • Par Menahem, le 07 juillet 2012

    Force est de reconnaître qu’après la honte et le remords causés par la Shoah à la conscience de l’Église comme à celle de ses fidèles, et le retournement radical d’attitude qui en a résulté, les vieux réflexes d’autojustification et de déni ont repris vigueur, au fil des décennies, chez certains zélateurs de l’honneur de l’Église, les incitant à réviser l’histoire, voire à la réécrire là où l’image qu’elle leur renvoie ne correspond pas à celle qu’ils souhaitent. (P. 201)
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  • Par Menahem, le 07 juillet 2012

    Il y a probablement trois millions de juifs qui sont en vie aujourd'hui grâce à l'intervention directe, mais secrète, [de Pie XII].

    (Estimation délirante de Gary Krupp, fondateur de Pave The Way, citée p. 146.)

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