Semblable au pauvre Orphée, le nouvel Adam libéral est condamné à gravir le sentier escarpé du "Progrès" sans jamais pouvoir s'autoriser le moindre regard en arrière.
Voudrait-il enfreindre ce tabou - "c'était mieux avant" - qu'il se verrait automatiquement relég... > voir plus
Cet "éloge du rétroviseur" est rafraîchissant. La manière dont Jean-Claude Michéa étrille les producteurs des lieux communs de la pensée libérale est roborative. Sa foi en un monde qui ne serait pas commandé par le seul intérêt et en une humanité altruiste peut laisser perplexe. Mais comment ne pas souscrire, avec lui, à cette critique drolatique et décisive de l'individualisme, qu'il emprunte à Orwell: "On ne peut pas jouer au football tout seul !"
Comme ses prédécesseurs, les anticonformistes des années 1930, l'auteur du Complexe d'Orphée entend prendre appui sur la "sensibilité populaire" et même sur la "colère du peuple" pour lutter contre "la police de la pensée". Qu'il existe aujourd'hui une sorte de "police de la pensée" est plus que plausible. La question est de savoir dans quelle mesure la pensée de Jean-Claude Michéa n'en est pas elle aussi une expression particulièrement retorse.
N'oublions pas que "déterritorialisation", en français, ne signifie rien d'autre que "délocalisation". Il n'y a entre ces deux termes que la différence qui sépare le libéralisme poétique de Gilles Deleuze de son application prosaïque par les grands prédateurs du Marché.