Ruriko, la narratrice, quitte Tôkyô et son mari infidèle pour se réfugier dans le chalet de son enfance, isolé au fond d'une forêt.
Calligraphe de profession, elle a prévu d'achever sa dernière commande, la biographie d'une très vieille dame anglaise qu'une longue suite de tragédies ont finalement menée au Japon.
Elle fait la connaissance de ses plus proches voisins par une nuit de tempête : d'abord Kaoru, puis Nitta, facteur de clavecin dont Kaoru est l'assistante. Ruriko est subjugée par le charme de Nitta, pourtant plutôt taciturne. Une étrange relation à trois s'instaure, les trois personnages solitaires ayant chacun vécu une histoire sentimentale douloureuse : Ruriko a quitté son mari, la femme de Nitta l'a quitté et Kaoru a fui Nagasaki après avoir perdu son fiancé dans des circonstances tragiques.
On retrouve dans ce dernier roman traduit (publié au Japon en 1996) de
Yoko Ogawa quelques unes des obsessions de l'auteur : l'écriture, quelle que soit sa forme (calligraphie, dactylographie), la nécessité de solitude, ces fameuses « cavités », celles où l'on peut se cacher et se soustraire au monde extérieur, le manque et l'absence, et les doigts, plus précisément le bout des doigts, vecteurs de sensibilité et donc particulièrement vulnérables. Et bien sûr, les éléments naturels, en particulier l'eau, calme ou tourmentée, reflet des sentiments ou des états d'âme des personnages, et qui occupe une place importante dans l'œuvre de
Yoko Ogawa.
Apparaissent également au fil de l'histoire quelques allusions à des romans précédents de Yogo
Ogawa, comme la dame au bonnet de bain rose de "
La petite pièce hexagonale" (paru au Japon en 1991) ou la mutilation du doigt à sa partie la plus tendre, qui fit le sujet de "
L'annulaire" (paru au Japon en 1994).
Ce roman d'atmosphère, à la fois sensible et oppressant, sur l'amour et la jalousie, bercé par "
Les tendres plaintes", œuvre toute en douceur de Jean-Philippe Rameau, petit bijou de musique baroque, m'a toutefois laissé un sentiment un peu mitigé. Comme toujours, le style inimitable de
Yoko Ogawa m'a transportée, mais ma lecture s'est terminée sur un (léger) sentiment d'insatisfaction, assez difficile à exprimer, d'ailleurs, car j'ai aimé l'histoire et ses personnages. A relire, donc, dans quelque temps. Ce qui n'empêche nullement que j'attends avec grande impatience une nouvelle traduction d'un roman (ancien ou récent) de Mme
Ogawa !