L’ouvrir ou la fermer, se mettre debout ou se coucher: questions essentielles et existentielles, et un objet littéraire à l’origine de la pièce de théâtre éponyme présentée à Avignon en 2009
Comme un grand poème roulant, le livre, mise en page, l'alternance des poèmes, des cris, de la prose poétique, des emportements, des textes de grands anciens, de discours ironiques et presque calmes, de photos et dessins de Jean Luc Raharimanana - la colonisation et ses entours
mes noms de bougnoule
et tes lèvres qui peinent à m'ensyllaber
- voyelle, consonne,
c'est bien pourtant ce qu'on sonne dans toute langue.
Tu butes sur mon nom, tu le raccourcis, tu le déformes.
Tu regardes ma peau, tu me railles :
Je suis donc le fils du polygame !
Yes man, j'ai des frères en masse
des soeurs en pagaille
des oncles à furoncle
des tantes sous la tente
des cousins sur le coussin – vautrés !
Des cousines à foison dans la cuisine sans cloison.
Ma mère, je la voile.
Ma soeur, je l'excise.
Et quand je t'aurai bien massacré, toi et ton peuple, je te déverserai des tonnes et des tonnes de nourriture que tu ne pourra pas refuser car assoiffé tu baves ; car affamé, tu crèves. Je n'attendrai pas que tu tendes la main... Je ne te donnerai pas ce choix. Ta vie m'appartient. Sous les bombes ou contre mes nourritures. Je reconstruirai ta terre millénaire à ma manière. Tu chanteras démocratie. Tu scanderas démocratie. Tu réciteras démocratie. Et le monde s'alignera sur ma volonté.
En attendant l'insouciance, tenez la désespérance.. Au rien ne vaut que la panique et la froide lucidité de pouvoir désespérer ! D'être de ce monde. D'hériter de la connerie des siècles. De se bâfrer de mots et d'en rire à en mourir.
Je suis la menace.
Non, je ne viens pas avec les armes, on me les vend.
Et vous exultez de l'équilibre de vos balances commerciales, rafales en hausse et mines antipersonnels, la mort que je répands dans le ventre de mes frères.