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EAN : 9782259278546
264 pages
Plon (22/08/2019)
3.56/5   32 notes
Résumé :
« Tateru apprend les vents. Sur une île, rien n'est plus important. Le vent, c'est un peu la majuscule de l'air. Elle lui donne un sens, une direction, le brasse, l'embrasse. Il affole les oreilles, domine la tâte. le vent, c'est son frère. L'île, sa soeur. Il les protège, calme la mer, nettoie les cieux. Il les tient par les épaules. »

Au printemps 1945, le jeune Tateru, sa famille et son meilleur ami Ryu sont contraints de quitter la colonie chinois... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (23) Voir plus Ajouter une critique
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Merci à Babelio et aux Editions Plon pour cette lecture dans le cadre de la Masse Critique Privilégiée.


1945. Les deux jeunes Tateru et Ryu doivent quitter la colonie japonaise qui occupait la ville chinoise de Qingdao. Pour tous leurs compatriotes, c'est une fuite honteuse et un retour déshonorant dans un Japon sous tutelle américaine, complètement ruiné et ravagé. Les deux enfants vont devenir adolescents dans un Tokyo qui repart de zéro et où fleurit sans entrave une dangereuse criminalité.


François Simon manie la plume, fort joliment d'ailleurs, comme d'autres fleurètent avec un stylet : les phrases sont courtes, l'écriture précise et incisive, chaque mot choisi avec justesse. Aucun gras n'habille l'ossature du récit qui s'en tient aux faits, mettant de côté les sentiments sur lesquels les protagonistes n'ont guère le loisir de s'attarder, dépassés comme ils le sont par une situation et des évènements absolument sismiques pour la société japonaise. Si les personnages n'ont aucune complaisance avec eux-mêmes et se corsètent dans leurs efforts de survie, c'est à travers la poésie que transparaît leur âme, cette poésie que l'auteur est parvenu à faire fleurir sur l'extrême sobriété de son texte.


Le cadre historique est évoqué avec réalisme et habileté, au travers d'évocations saisissantes et vraiment intéressantes qui font penser aux Sept roses de Tokyo de Hisashi Inoue : entre les vents qui sauvèrent le Japon de l'invasion mongole en 1274, les bombardements les plus terribles de l'histoire sur Hiroshima mais aussi sur Dresde, les kamikazes et leurs collines couvertes de fleurs, le code du seppuku, la différence entre les saules et les fleurs du monde de la nuit japonaise et la première locomotive à sel…, revit un Tokyo d'après-guerre si vivide que le lecteur s'y sent transporté.


Curieusement, le début et la fin semblent presque ne pas faire complètement partie du même livre : après une première moitié où les personnages servent plutôt de faire-valoir à une vaste fresque historique, la seconde partie prend une tonalité plus proche d'un roman noir, resserré sur les destins de Tateru et de Ryu confrontés au monde du crime, organisé ou pas.


La fin m'a laissée presque désemparée, écartelée entre la rupture abrupte d'un des destins évoqués, et l'absence de fin de l'autre, qui laisse la porte ouverte à une suite que l'on voudrait réclamer à l'auteur.


Intéressant sur le fond pour une découverte saisissante du Japon d'après-guerre, ce roman est aussi séduisant sur la forme, portée par une belle écriture à la fois sobre et poétique. Monsieur Simon, quand publierez-vous la suite ? Coup de coeur.

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"L'esprit des vents" de François Simon a dormi pendant 14 ans dans un tiroir avant de se rebeller et de décider son auteur à le laisser libre comme l'air.

Bien lui en a pris, avec une plume pareille, je m'étonne que François Simon se soit si longtemps attardé aux tables des restaurants. Je n'ai jamais lu ses critiques gastronomique mais quand il s'attable au roman, on se demande pourquoi il n'a pas suivi plus tôt le souffle de l'inspiration qui devait le tarauder.

Ce roman est une longue, longue poésie d'une tendresse infinie. François Simon écrit comme un papillon : ses mots se posent avec délicatesse sur le papier, déploient leurs ailes magnifiques et multicolores puis s'envolent dans un zéphyr.
L'amoureux des vents c'est Tateru, qui les nomme au fur et à mesure qu'il les découvre. Il les transmet à son ami de toujours Ryu. Ensemble, suivant doucement le cours de leur enfance, ils vont apprendre à les apprivoiser. 
Ces vents qui n'en font qu'à leur tête, la douce brise de leur début d'adolescence dans la baie chinoise de Qingdao va se transformer en typhon quand le 15 août 1945, l'empereur du Japon signe sa capitulation.

Aux vents mauvais, après bien des péripéties, les deux amis vont apprendre au coeur de Tokyo la sauvage, comment on peut passer brutalement d'adolescent à adulte. Soutenus par de petits vents de ville ils vont chacun choisir un vol direction l'indépendance, mais vont-ils prendre le même avion ? il faudra laisser le vent vous tourner les pages pour le découvrir.

Pendant un temps, la vie de Tateru et Ryu se déroulant presque tranquillement, le vent est tombé, et pendant quelques pages, j'ai senti comme un léger flottement, un rythme lent, un peu ennuyant, l'histoire semble retomber comme absorbée par elle-même. Heureusement, une bonne bourrasque a soufflé, et l'intérêt a décollé à nouveau pour ne plus me quitter jusqu'à la fin du livre.

Au milieu de toute cette poésie, François Simon sait nous faire passer, comme une torture de sa plume sous la plante de nos pieds, les atrocités de la Seconde Guerre Mondiale, la complicité du Japon et le prix à payer dans cette île dévastée par les bombardements et le passage de l'Enola Gay. le plus frappant c'est que ce vent de face que doit affronter le pays lui donne plus d'envie, plus de vie, plus d'énergie. On sent l'émergence des esprits qui, loin de se reposer, s'activent, se lancent le défi de repartir de zéro et d'innover pour redonner au Japon son élan et favoriser son envol avec un grand vent d'avance sur l'Occident qui n'en finit pas de panser ses plaies et de faire son deuil.

François Simon est un poète, un homme de sensations, normal quand on a passé beaucoup de temps dans les plaisirs de la chère. Les idées qu'il fait passer glissent sur notre peau de lecteur comme une caresse et ce n'est que plus tard qu'on s'aperçoit de ce qu'elle nous a transmis. Les deux amis qui se construisent après-guerre dans un Japon dévasté ont moins d'importance que le vent qui les a portés jusque-là, leur nouvelle vie d'adulte à Tokyo a moins d'importance que le cyclone de l'après-guerre qui les emporte dans son oeil. Ce roman est pour moi une longue et magnifique poésie avant tout, mais ce qui est sûr c'est que ce roman, ce n'est pas du vent !

Tout mes remerciements aux Editions Plon et à Babelio pour l'envoi de ce livre qui n'a pas raté sa cible, non pas chargé de bombes mais de petites graines de beauté semées à tous les vents, il m'a ravie et emportée avec lui.
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à l'extrême Orient, à travers l'extrême tension des sentiments, les vents marins défient l'histoire, on vibre à la fidèle et émouvante restitution d'une impossible cicatrisation des êtres touchés par la Bombe atomique.


Traçant un petit tatouage avec de l'encre rouge et noire, pareille à une fleur pommelée, Kazuko, venait de poser sur la fine coupure au ventre de son neveu Tateru, un camélia. La scène se déroulait en Chine à Qingdao, occupé alors par l'Armée Japonaise. Les japonais ont cultivé l'art de se taire dans la douleur, "Tateru baissa les yeux devant le filet de sang avant de retourner un regard clair vers son père."


Largement scalpé au cuir chevelu, à Qingdao en 2005, je me suis trouvé affublé par contre, d'une coiffe en forme de cheminée, loin de représenter une fleur de Lotus. J'étais loin d'imaginer que je foulais en courant une île où avaient piétiné 30 000 japonais avant moi. Tateru et la communauté japonaise vivait en 1945 ses dernières heures à Qingdao, la ville devenue si vivante aujourd'hui, est encore le berceau de la bière Chinoise, la Tsingtao. 


En 1945 c'est l'ingratitude qui dominait, les japonais pillaient, raflant les bronzes de la ville, comme de nombreux objets négociables.
Tateru évoque son enfance captant tout ce qu'il voit et discerne les territoires de la mer, et l'espace que dessine les oiseaux de l'île. L'expérience du vent marin et de toutes ses nuances resteront gravées dans son imaginaire. de même, les plats de Keiko sa mère ou de Kasuko vont imprégner ses sens. le goût des parfums l'envahit à tel point qu'il voyait les vents en couleur ou les distinguait par leurs odeurs. 


Son ami Ryu est plus sombre, sans doute depuis la disparition de sa mère. Son père est un photographe, qui engrange toute la vie de cette cité, ses rumeurs comme les faits et les gestes de ses habitants, chinois ou Japonais, c'est la mémoire vivante de Quingdao. Ryu pousse de guingois comme une plante mal éclairée, sans se sentir choyé.


Après le 7 puis le 9 août, après Hiroshima et Nagasaki, le monde bascule, le Japon capitule, les japonais doivent partir, c'est l'exode et son lot de ruptures, et notamment la disparition de Ryuichi le père de Ryu. 
A travers la vie des deux amis François Simon revisite l'Histoire du Japon avant et après Hiroshima.
Il analyse les deux facettes du Japon dévasté par la guerre, comme deux regards irréconciliables que le passionné du soleil levant va réveiller.


D'un côté la renaissance du Japon, comme la redécouverte des grandes traditions, comme sa vocation culinaire remise à jour que le célèbre journaliste François Simon excelle à décrire.
A l'opposé la fin des hostilité permettra à la pègre la plus cruelle et la plus sanguinaire de prospérer. On la découvre dans le décor de l'Hôtel Columbus Star, et son impitoyable Shinpei, Kamikase miraculeusement sauvé par un crash au décollage.
C'est là que Ryu reçoit ses ordres de fine lame, c'est aussi de là qu'il observe la belle Mamechiyo Guesha au service des plus riches japonais.


Bien des grands moments de la très meurtrière guerre du pacifique sont restitués. Ils viennent illustrer toutes les contradictions entre raffinements et cruautés. Les deux jeunes amis illustrent ce mélange de traditions très subtiles et élitistes, avec en arrière plan les disparitions sanguinolentes.


Le jeune Tateru devenu grand cuisinier grâce aux savoirs très anciens reçus de sa mère et de Kasuko, vous enchantera, et le langage poétique qu'il porte est remarquable de sensibilité.
François Simon est une brillante plume de toutes ces subtiles impressions olfactives ou de ses envolées personnelles sur la finesse des vents marins.

"C'est un feulement mélodieux, hypnotique, lancinant, mais tellement apaisant". Page 29 

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Ce roman nous raconte l'amitié entre deux adolescents japonais, Tateru et Ryu, en 1945 et dans les quelques années qui suivirent. Ils sont installés à Qindao, ville insulaire devenue japonaise à la suite de la conquête de l'est de la Chine par le Japon dans les années 30. Tateru y vit heureux avec sa famille, Kanki son père gardien de phare, et Keiko sa mère, Kazuko sa tante. Sa passion, les vents, il en ressent les moindres variantes, origines, subtilités. Son copain Ryu n'a pas connu sa mère, il est ici avec son seul père Ryuichi. Mais au printemps 1945, ces familles apprennent, dévastées, que le Japon est vaincu. Il faut fuir Qindao et rentrer au pays avant d'être la cible de la population chinoise. Si la tante Kazuko décide de rester, dans le chaos et l'urgence, le père de Ryu se perd sur le quai, est tabassé, perd conscience…Le bateau du retour part sans lui. A Tokyo, Ryu bénéficie au début du cocon familial de Tateru. Mais Kanki vit mal ce retour, on le retrouvera pendu un matin. Lorsque Keiko rencontre un homme pour refaire sa vie, elle confiera son fils à sa jolie tante célibataire Minako, mais Ryu en quête de son père disparu, et sans doute plus encore de lui-même, ira apprendre la dure loi du quartier réservé, dans un dangereux Tokyo de la nuit, où règnent les yakusas, où évoluent les prostituées, au service de l'occupant américain, un Tokyo qui pue la misère, l'insalubrité, l'insécurité et tous les vices. Les chemins de ces deux jeunes amis vont en apparence diverger. Si Tateru apparaît plus privilégié, s'éveillant à la sensualité du corps féminin au contact de sa tante, puis à la cuisine, ce don commençant à lui ouvrir des perspectives d'emploi alors même qu'il renonce à faire des études, le destin va venir les frapper brutalement et durement, chacun de leur côté...

Les cinquante premières pages peinent à situer le roman, on a du mal à voir où l'auteur veut nous embarquer. La trame autour des vents subtiles apparaît bien mince et pour tout dire prête un peu à sourire : vaporeuse, elle est pourtant très, trop prégnante dans le texte, qui souffre d'un style à la fois trop stéréotypé et qui pourtant se cherche. François Simon use et abuse de phrases courtes, souvent sans verbe. Cet effet, habituellement efficace pour dramatiser l'action, apparaît comme surjoué pour compenser une action bien maigrelette sur ce démarrage. Comme si l'auteur en avait conscience, il redilue sa phrase par plusieurs qualificatifs : « …Les soldats sont désemparés, harassés, dépossédés par une victoire sans ennemi ». Ce procédé utilisé de temps à autre passe, mais c'est assez systématique et donne le sentiment que l'auteur en fait trop, ou qu'il craint de ne pas trouver le terme le plus précis et évocateur. C'est assez agaçant. Ou alors la figure de style hasardeuse, incongrue, comme plaquée artificiellement sur un contexte autre « Il aurait tant voulu que plus rien ne bouge, que le Japon triomphe, que son père reste en place, et le soleil accroché tout là-haut. Il sent confusément la vie tapie comme un jaguar, prête à fondre sur lui. »

Par la suite, ces maladresses s'atténuent. Le texte se débarrasse de figures de style inutiles pour laisser libre cours à une action qui enfin arrive, se déploie au rythme de chapitres très courts. Et ça fonctionne plutôt bien, on se prend à l'histoire mouvementée, à ces trajectoires en parallèle de ces deux amis. L'auteur ne résiste pas à recourir aux mots devenus assez courants que nous connaissons finalement tous et aux poncifs habituels sur le Japon (évidemment, la mort de Kanki est un suicide, et en plus il se pend à un ginko !!!), et on devine bien vite qu'un ado choyé par une jolie tante esseulée pourrait donner lieu à des tentations...Mais heureusement, l'écrivain a le mérite de ne jamais sombrer dans le pathos, la bluette sentimentale ou le voyeurisme gratuit, il s'arrête à temps ou n'approfondit pas, et c'est tant mieux. L'action est primordiale, des surprises interviennent, et pas dans le bon sens pour nos jeunes amis, ce qui permet d'éviter un angélisme qui serait incongru dans ce contexte d'après-guerre terrible d'un Japon détruit. On regrettera que l'auteur ne sache pas toujours que faire de ses personnages secondaires, pas assez fouillés et abandonnés en route, mais on lui concèdera son soin de focaliser sur les deux jeunes.

Le titre du roman est la traduction de kamikaze, ce qui rejoint à mon goût une sorte de facilité pompeuse qui ne traduit pas forcément l'esprit de l'histoire. Cependant, ce livre possède une force, à savoir le rappel, précis, et synthétique, des faits historiques (par exemple le bilan et les effets de la bombe d'Hiroshima). Il nous plonge dans une ambiance sombre de la fin de la guerre où le désespoir cède vite la place à la reconstruction, les japonais se débrouillent, se retroussent les manches, on sent déjà Tokyo grouiller, se moderniser à marche rapide. C'est un bon point pour ce roman, l'histoire individuelle qui souffre parfois de quelques effets d'exagération s'inscrit dans un contexte historique du pays rendu avec réalisme. L'auteur le maîtrise dans les grandes lignes, et c'est utile de nous faire ces rappels.

Finalement, un roman inégal, qui se lit avec un certain plaisir. L'auteur nous dit qu'il a végété des années durant avant sa publication, et reconnaît qu'il a fait l'objet d'améliorations progressives grâce à des soutiens amicaux du milieu littéraire éditorial, et japonais. Son début poussif est rattrapé honorablement par une intrigue qui enchaîne bien malgré ses quelques invraisemblances, une fin ouverte qui pourrait comme l'auteur le suggère lui-même autoriser une suite ?
Je remercie sincèrement babelio et les éditions Plon pour ce roman reçu dans le cadre de masse critique.
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C'est à Qingdao, ville portuaire chinoise occupée par les Japonais, que grandissent deux amis, Tateru et Ryu. le premier, fils d'un gardien de phare, n'est que sensations, lumière, imagination. Il parle le langage des vents dont il perçoit les variations, les forces, la douceur. le second, fils du photographe de la ville, est plus sombre, plus observateur, plus mature aussi.
1945 marque la fin de leur enfance insouciante. Hiroshima et Nagasaki sonnent le glas de l'esprit de conquête japonais. Chassés de Chine, les Japonais reviennent au pays natal. Ryu est séparé de son père laissé pour mort sur le quai par une horde de Chinois vindicatifs. Les parents de Tateru recueillent bien volontiers l'ami de leur fils et la petite famille s'installe dans un village de montagne. Mais suite à un accident, Tateru doit s'installer à Tokyo pour y être opéré et entamer sa rééducation. Ryu le suit dans une capitale dévastée par les bombardements où la population survit tant bien que mal. Tateru est hébergé par sa tante tandis que son ami s'immerge dans la rue et les bas-fonds de la ville. Toujours très unis et complices, ils suivent pourtant des voies bien différentes. Tateru devient cuisinier, Ryu homme de main des yakuzas.

Un roman poétique et sensuel qui aurait pu être un grand roman. Malheureusement, François Simon accumule les maladresses stylistiques. Tantôt ses phrases sont courtes, elliptiques, à la limite de la compréhension, tantôt elles deviennent envolées lyriques et se perdent dans des descriptions ampoulées. Par ailleurs, Tateru aime les vents, il leur donne des petits noms, il les appelle, il leur parle, mais tout est prétexte pour l'auteur à filer la métaphore, jusqu'à épuisement du lecteur.
Pourtant, l'idée de départ est des plus belles. le Japon de 1945, la colonie chinoise, la fuite, le retour au pays, l'humiliation des vaincus, Tokyo à terre qui peu à peu se relève de ses cendres, la capacité des Japonais à faire table rase du passé pour aller de l'avant, reconstruire, revivre. Autant de thèmes passionnants qui se noient dans le melting-pot des idées d'un auteur qui en fait trop, ajoutant ici et là les clichés liés au Japon. On croise donc des yakuzas, des geishas, du saké et un zeste d'érotisme sulfureux.
Bilan mitigé donc. La lecture n'est pas désagréable mais manque de fluidité. Un roman japonais écrit par un français, c'est peut-être là son principal défaut.

Merci à Babelio et aux éditions Plon pour cette masse critique privilégiée.
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Citations et extraits (32) Voir plus Ajouter une citation
Il y avait auprès de l’abri deux cerisiers encore en fleurs. On se demande comment ils avaient pu échapper aux effroyables tourments de la ville. Pourtant, ils étaient toujours là. Comme un défi poétique, un îlot d’innocence. Une bombe venait de tomber non loin de là et juste avant que Minako eût le temps de voir un déchirant spectacle : lentement, si lentement, les fleurs blanches des cerisiers tombèrent. Avec une grâce insolente, en prenant tout leur temps alors que la ville basculait en enfer. Elles voulaient dire tellement de choses, donner tellement d’espoir. Résister même jusque dans leur chute molle. Prendre leur temps alors que la mort vomissait son venin, raturait tout à larges traits impérieux.
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Rien de plus mystérieux qu'un lichen. On a vite fait de le classer comme une funeste moisissure. En fait, il se nourrit de chlorophylle et de tas de molécules qu'il génère pour lui-même. C'est un drôle de champignon. On dit même que c'est le champignon qui aurait inventé l'agriculture. Sa présence témoigne de la qualité de l'air. À Karuizawa, les arbres en sont marbrés. C'est un océan qui aurait basculé la tête à l'envers, baladant ses algues comme des cheveux.
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Il se dégage d'eux la magie veloutée d'un couple d'amants. Celle-là même que l'on cueille au petit matin dans les rues de toutes les villes du monde ; ce mince duvet de caresses, ce nuage d'étreintes, de regards, cette électricité irradiante, ce fil invisible qui agrandit le monde. Même lorsqu'ils ne se tiennent pas la main, deux amants ne peuvent être séparés.
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Le dimanche, tout Qingdao bascule vers la baie.

La station devient méconnaissable. On en oublie la guerre, l'Occupant. Rire pour s'insurger, se rebeller dans l'insouciance, courir sur la plage pour se sentir libre. Manger l'écume de mer, éventrer l'océan, recracher l'eau en jets narquois, donner des coups de pied dans les vagues comme si c'était le derrière d'un soldat japonais.
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L'opium imprègne le port et la ville de Qingdao. Les Japonais laissent faire, trop contents d'avoir pour allié cet édredon analgésique. Il apaise les esprits, endort les velléités, la douleur, celle-là même qui tournoie encore autour de la ville. Les Anglais ont procédé de même pour anesthésier la Chine au début du siècle.
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