Nous sommes en Argentine dans les années 80, dans une république presque démocratique. Elvio Guastavino travaille dans un ministère. Il est le fils unique du grand colonel Aaron Guastavino, mort dans d'étranges circonstances. Il est célibataire et vit avec sa maman, handicapée, dont il a du mal à s'occuper. Il faut dire qu'il a d'autres soucis en tête. En effet, il voue un certain culte pour une poupée autrichienne du XIXe siècle, Luisita. Amoureux fou d'elle, il n'a pas les moyens de se l'acheter, le prix que propose le magasin est au-dessus de ses moyens. Il n'hésite pas à droguer sa mère au Valium pour aller rejoindre Luisita en pleine nuit. Mais Elvio est également torturé par ses rêves dans lesquels il revoit son père torturer de jeunes femmes. D'ailleurs, l'une d'entre elles retrouve la demeure d'Aaron et vient harceler la maman d'Elvio. Celle-ci meurt d'une crise cardiaque et c'est avec un certain soulagement que ce dernier voit arriver le bel héritage qui lui permettra d'acheter enfin Luisita. Malheureusement, celle-ci vient d'être vendue. Il n'a plus qu'à aller la retrouver... à n'importe quel prix.
Voilà pour la petite histoire car derrière cet album à l'apparence anodine se cache la grande Histoire, celle de la dictature argentine dans les années 70, avec son lot de tortures, de violence et de viols.
Carlos Trillo nous livre un album dérangeant et complexe, voire malsain. Car sous ces airs bon-enfant, c'est tout un gouvernement et l'église catholique argentine qu'il dénonce dans sa préface.
Elvio Guastavino n'est qu'un pâle reflet de la société actuelle traumatisée par la dictature.
Avec des dessins inoffensifs, aux couleurs vivantes et claires et aux traits presque caricaturaux, cet album nous entraine dans la folie d'Elvio et la tourmente. L'ambiance devient pesante et oppressante au fil des pages, le personnage principal et les situations en deviennent ridicules voire grotesques.
Les deux Argentins nous livrent donc un récit indispensable et atypique pour comprendre cette sombre période de l'histoire.
L'héritage du colonel... lourd à porter...