C'est un genre à part entière, qui naît grâce à un carnet, un crayon et un regard.
Depuis quelques décennies, elle touche un public de plus en plus large et explore sans cesse de nouveaux modes de narration et de nouveaux formats. Elle a une grande capacité à créer des univers de toute pièce et nous y embarquer, mais elle nous raconte aussi notre propre monde, en n'hésitant pas à arpenter le réel. Et c'est à ce type de bande dessinée, puisqu'il s'agit d'elle, que nous allons nous intéresser dans ce nouvel épisode des Éclaireurs de Dialogues. Celle que l'on appelle la bande dessinée du réel, de non-fiction ou de reportage.
Pour nous en parler, nous avons eu la chance de rencontrer l'un des maîtres du genre en France, Étienne Davodeau, qui est venu nous rendre visite à la librairie, à l'occasion de la parution du Droit du sol.
Et pour compléter cet entretien, notre libraire Adeline nous confiera sa liste de BD du réel à avoir absolument dans sa bibliothèque.
Pour retrouver les livres d'Étienne Davodeau, c'est ici :
https://www.librairiedialogues.fr/personne/personne/etienne-davodeau/305517/
Et pour nous suivre, c'est là :
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Bibliographie :
- Rural !, d'Étienne Davodeau (éd. Delcourt)
https://www.librairiedialogues.fr/livre/14377380-rural-nouvelle-edition-etienne-davodeau-delcourt
- Les Ignorants, d'Étienne Davodeau (éd. Futuropolis)
https://www.librairiedialogues.fr/livre/1906853-les-ignorants-recit-d-une-initiation-croisee-etienne-davodeau-futuropolis
- le Droit du sol, d'Étienne Davodeau (éd. Futuropolis)
https://www.librairiedialogues.fr/livre/19099529-le-droit-du-sol-journal-d-un-vertige-etienne-davodeau-futuropolis
- Les Mauvaises Gens, d'Étienne Davodeau (éd. Delcourt)
https://www.librairiedialogues.fr/livre/14374834-les-mauvaises-gens-etienne-davodeau-delcourt
- Chroniques de Jérusalem, de Guy Delisle (éd. Delcourt)
https://www.librairiedialogues.fr/livre/2023827-chroniques-de-jerusalem-guy-delisle-delcourt
- Palestine, de Joe Sacco (éd. Rackham)
https://www.librairiedialogues.fr/livre/8908848-palestine-joe-sacco-rackham
- Gaza 1956, de Joe Sacco (éd. Futuropolis)
https://www.librairiedialogues.fr/livre/1191680-gaza-1956-en-marge-de-l-histoire-en-marge-de--joe-sacco-futuropolis
- Persepolis, de Marjane Strapi (éd. L'Association)
https://www.librairiedialogues.fr/livre/11778537-persepolis-monovolume-nouvelle-edition--marjane-satrapi-l-association
- le Photographe, d'Emmanuel Guibert, Frédéric Lemercier et Didier Lefèvre (éd. Dupuis)
https://www.librairiedialogues.fr/livre/1759118-le-photographe-l-integrale-tome-1-le-phot--didier-lefevre-dupuis
- Voyage aux îles de la Désolation, d'Emmanuel Lepage (éd. Futuropolis)
https://www.librairiedialogues.fr/livre/1829407-voyage-aux-iles-de-la-desolation-emmanuel-lepage-futuropolis
- Algues vertes, l'histoire interdite, d'Inès Léraud et Pierre van Hove (éd. Delcourt/La Revue Dessinée)
https://www.librairiedialogues.fr/livre/15460416-algues-vertes-l-histoire-interdite-ines-leraud-delcourt
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« … Cet épisode a laissé dans mon coeur une plaie qui ne pourra jamais cicatriser. Le seul fait de vous raconter cette histoire me donne envie de pleurer. On n’oublie jamais des actes pareils… [ils] ont planté la haine au fond de nos coeurs. »
(Avant-propos)
Parler de génocide après coup est moins risqué que d'intervenir pour l'empêcher.
En ce temps-là, il n'y avait pas de rôle masculin ou féminin. Tu risques toujours de te retrouver dans la forêt à un moment donné. Le jour où ça t'arrive, si tu ne sais pas cuisiner ni coudre... ni faire des choses soi-disant réservées aux femmes, tu es fichu.
p 19
Dans mon quartier, il y avait des gardes armés, musulmans et serbes, ensemble. Tout était possible. Quelqu'un pouvait venir du dehors, de Visegrad, ou d'une autre partie de la ville et tuer mon voisin serbe. Et l'on penserait que c'était l'oeuvre d'un voisin musulman.
Ou bien quelqu'un viendrait tuer un Musulman, et les Musulmans penseraient que c'est un voisin serbe qui l'a fait. Il valait mieux patrouiller ensemble dans le quartier toute la nuit.
(p. 39)
L’Histoire peut se passer d’annexes. Les notes de bas de page sont au mieux superflues. Au pire, elles font trébucher le grand récit. De temps à autre, paraissent des éditions plus audacieuses, plus dépouillées, l’Histoire se débarrasse de quelques notes. On comprend pourquoi… L’Histoire a les mains pleines. elle ne peut s’empêcher de produire des pages à l’heure, à la minute. Elle s’étrangle avec les épisodes récents et digère les plus anciens. (…) Une autre page, une autre annexe. Ici, l’encre ne sèche jamais

Des pays industrialisés, les États-Unis affichent:
-Le plus fort taux de pauvreté (générale et infantile).
-La plus forte disparité salariale.
-La plus faible part du PIB consacrée aux programmes d'aide des personnes défavorisées.
-Le nombre le plus faible de jours de congés payés annuels et de maternité.
-La plus mauvaise note des Nations-Unies concernant l'inégalité entre hommes et femmes.
-La plus faible mobilité sociale.
-La plus forte part du PIB consacrée aux dépenses (publiques et privées) en matière de soins de santé.
A cela s'ajoute:
-Le plus fort taux de mortalité infantile.
-La plus forte prévalence des problèmes de santé mentale.
-Le plus fort taux d'obésité.
-La plus forte proportion d'habitants vivant sans couverture médicale en raison de son coût.
-Le deuxième plus faible poids moyen des nouveau-nés, derrière le Japon.
-La plus forte consommation d'antidépresseurs par habitant.
-La troisième plus faible espérance de vie à la naissance, dernière le Danemark et le Portugal.
-Le plus fort taux d'émission de CO² et de consommation d'eau par habitant.
-L'avant-dernière note (devant la Belgique) attribuée par le forum économique mondial en terme de performance environnementale.
-La troisième plus forte empreinte écologique par personne, derrière la Belgique et le Danemark.
-Le nombre le plus élevé de traités internationaux non ratifiés.
-La plus faible part du PIB consacré au développement international et à l'aide humanitaire.
-La plus forte part du PIB consacrée aux dépenses militaires.
-La première place en matière de vente internationales d'armes.
-Le quatrième déficit de la balance des paiements, derrière la Nouvelle-Zélande, l'Espagne et le Portugal.
-La troisième plus mauvaise note s'agissant des performances scolaires en mathématiques, derrière le Portugal et l'Italie; le pays se classant très loin des meilleurs en sciences et en lecture.
-Le deuxième plus fort taux de décrochage scolaire derrière l'Espagne.
-Le plus fort taux d'homicides.
-La plus forte population carcérale par habitant.
(P11)

"Je cligne des yeux, photographie mentalement la scène en me disant : ça va me faire de sacrées pages dans la BD - une séquence étrange avec une voiture ballotée sous une pluie torrentielle, Sameh qui essaie par dessus son épaule de percer l'obscurité, triturant les vitesses pour nous dégager des allées inondées, et moi, à côté, au comble du bonheur... J'y suis tu comprends, j'ai fait des centaines de kilomètres en avion, en bus, en taxi, pour arriver précisément ici : Jabalia, l'incontournable camp de réfugiés de la bande de Gaza, le point de départ de l'Intifada, le Disneyland de l'ordure et de la misère... Et me voilà, moi le peintre des misères palestiniennes, le putain de dessinateur aventurier qui n'a pas changé de fringues depuis des jours, qui a enjambé quelques rats morts et tremblé dans le froid, qui a déconné avec les gamins et acquiésé calmement à leurs terribles récits... Dans la voiture, je me pince pour y croire, pris de vertige dans le noir, devant les flots et les vents furieux, pensant, "vas-y bébé, balance la sauce, je peux encaisser." Mais je garde la vitre bien fermée..." (p. 206)
[témoignage d'un Musulman] :
- On a trouvé cinq corps dans trois maisons. On ne voulait pas croire que nos voisins avaient pu faire ça, incendier nos maisons, tuer des gens, les brûler.
- Tu es sûr que c'était vos voisins serbes ?
- Pour la plupart, c'est certain. Ils ont laissé un carnet dans un tas d'ordures, dans un ruisseau au-dessus de chez moi. Toute une liste de noms et de prénoms, et les armes qu'ils portaient. 59 d'entre eux étaient des voisins. Et je les connaissais tous.
(p. 91)
Il existera toujours, lorsqu'on présente du journalisme en bande dessinée, une tension entre ce qui peut être vérifié (une citation enregistrée sur un support, par exemple) et ce qui échappe à toute vérification (un dessin qui prétend représenter un épisode en particulier). Les dessins sont des interprétations, même quand ils sont des reproductions fidèles d'un moment réél. Il n'y a rien de fidèle dans un dessin. Un dessinateur de BD assemble délibérément des éléments et les dispose à dessein sur la page. Cela n'a rien à voir avec le travail du photographe, qui a la chance de capturer une image au moment opportun. Un dessinateur de BD "capture" don dessin au moment qu'il ou elle choisit.
- Avant l'intifada on pensait qu'Isarël était toute puissante, qu'il n'y avait aucun moyen d'expulser les Israéliens...
- On avait peur des soldats, on croyait qu'ils étaient comme superman... et là on a vu qu'ils avaient peur des pierres.