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3,63

sur 1858 notes

Critiques filtrées sur 5 étoiles  
3 raisons de lire ce roman :
- Une jolie petite bombe. Publié anonymement à Amsterdam, Montesquieu ne s'est présenté que comme traducteur des lettres. Jouant sur l'image de la fausse naïveté des voyageurs découvrant de nouveaux horizons. Et il dézingue à tout-va la France du XVIIIème : les coutumes, le gouvernement du pays, le roi, les moeurs et la religion.
- Cédant à la mode de l'orientalisme et des romans par lettres, Montesquieu produit un chef-d'oeuvre du genre, reflet parfait de l'esprit des Lumières. Une satire tout en finesse qui veut mener le lecteur à mener sa propre réflexion - sur des thèmes qui restent totalement d'actualité. Même Diderot était fan : "Quel livre plus contraire […] à tous les préjugés vulgaires et par conséquent plus dangereux que les Lettres persanes ? Que nous reste-t-il à faire de pis ?" Alors il ne faut pas hésiter une seconde…
- La langue, qui pour un texte du XVIIIème siècle, que je ne trouve pas si aisée que ça en général, reste assez facilement compréhensible. le format de la lettre facilite également la lecture du fait de "chapitres" assez brefs. Et je ne m'en cache pas : Montesquieu, je l'aime ;)
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J'ai commencé ce roman car c'est un classique qui m'intriguait. Je n'ai pas été déçu§
Les sujets abordés sont variés et intéressant. Les questions de société de l'époque restent les même que ceux de nos jours c'est assez incroyable.
Ce livre permet d'établir une réflexion sur les différences! (religion, sexe, lieu). Certains passages sont moins intéressante et philosophique que d'autre mais le tout reste de très grande qualité. le roman a très bien vieilli.
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Un riche Persan, Usbek, décide de voyager en Occident, aussi bien par intérêt d'observer d'autres sociétés, que par prudence, pour se mettre à l'abri du pouvoir politique de son pays. Il amène avec lui, un jeune homme, Rica. Après un passage par l'Italie, nos Persans arrivent à Paris. Ils écrivent moult lettres, à des amis restés en Perse, à des gens rencontrés sur la route, entre eux également, et pour Usbek à ses femmes et aux eunuques chargés de les garder.

Les lettres sont très diverses, il y a celles qui décrivent les moeurs locales, souvent sous un angle humoristique ou caustiques, il y a les lettres plus philosophiques, où surtout Usbek, s'interroge sur l'organisation politique, sur la religion, sur les moeurs, sur l'économie, l'histoire… et il y a les lettres qui composent une sorte de roman sur les histoires du sérail, sur les rapports d'Usbek avec ses épouses.

Le livre joue sur la vogue de l'Orient, apparue dans la deuxième moitié du XVIIe siècle, suite aux voyages en Chine, au Siam, aux Indes… et aux récits publiés. Entre 1704 et 1717, Antoine Galland, orientaliste et voyageur, publie ainsi sa traduction des Mille et une nuits.

Ces voyages, ces échos des civilisations très différentes, posent les questions de la relativité des cultures, des usages, remettent en cause ce que l'on croyait allant de soi. En même temps, l'opulence supposée et le faste de ces contrées lointaines font rêver.

Une partie du succès des Lettre persanes vient sans doute du goût de l'exotisme du public, des descriptions des moeurs orientales, des savoureuses petites histoires de sérail. Mais l'essentiel du livre se passe en France, et c'est bien plus de moeurs françaises qu'il s'agit que de moeurs persanes. le fait que le regard soit porté par des étrangers, par des gens venus d'une culture complètement différentes, pas du tout au courant de la façon dont les choses se passent ici, permettent à Montesquieu beaucoup d'acuité dans le regard, beaucoup de férocité dans la critique et la satire, puisque ce sont des étrangers qui ne comprennent pas. Au fameux « Comment peut-on être Persan » il peut opposer « Comment peut-on être Parisien ».

De même, les réflexions sur le pouvoir politique, sur la religion, sur les moeurs (avantages du divorce etc) sont permises davantage à ces Persans, d'autant plus qu'ils les illustrent par des exemples de chez eux, même si évidemment, la portée que veut leur donner Montesquieu est universelle. Comme commence à être universelle la nature humaine, vue par les philosophes du XVIIIe siècle.

Il est évidemment impossible de faire ici une analyse de cette oeuvre très dense et complexe. Juste quelques remarques sur les choses qui m'ont frappées lors de cette relecture.

Déjà le prima accordé à la raison. L'être humain est complètement rationnel, il agit dans son intérêt, en choisissant la meilleurs option pour lui. Montesquieu semble éliminer complètement les affects, les conduites émotionnelles et passionnelles. Par exemple, il exclut complètement la possibilité de prendre plaisir à faire souffrir l'autre, sans que cela rapporte un bien matériel, juste pour le plaisir d'infliger de la souffrance. Ce qui est bien optimiste, et bien naïf j'en ai peur. Enfin tout au moins dans ses analyses. Parce que notre Usbek, tout prêt à avoir une immense ouverture sur les moeurs, à s'interroger sur le bien fondé des harems, à vanter les mérites de la douceur et de la mansuétudes, se transforme en tyran sanguinaire dès qu'il sent ses femmes lui échapper à distance.

Liée à cette notion de rationalité de l'être humain, l'idée qu'on a qu'à laisser jouer les intérêts individuels, pour obtenir le meilleur état possible de la société. Les forces vont d'une certaine façon s'équilibrer, nous avons tous besoin les uns des autres, si on se comporte d'une façon malhonnête ou injuste, cela va se retourner contre nous. Montesquieu ne semble pas du tout percevoir que les appétits de certains sont bien plus grands que la moyenne, qu'il existe un goût du pouvoir et de la domination pour elles-mêmes, la cruauté gratuite. J'exagère sans doute un peu, mais cette vision du monde est quand même là, et comme elle est toujours d'actualité, elle m'a frappée.
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Un roman épistolaire qui est une vraie invitation au voyage. Lu au lycée j'avais adoré.
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On ne lit trop souvent que quelques lettres choisies dans l'ensemble de ce roman épistolaire foisonnant, drôle et tellement varié. C'est dommage : on passe à côté de l'histoire complexe du sérail, des relations homme-femme; de l'échec ironique du "libéral" Usbek à mettre en pratique ses propres idées progressistes avec ses femmes. On néglige l'histoire tragique des eunuques, les débats sur l'islam, l'étonnement des Persans devant tout le bouillonnement culturel de la Régence. Il faut donc se plonger dans ces Lettres et n'en sortir qu'à la fin, quitte à en lire distraitement certaines, comme on ferait avec un livre d'images, un album de photos ou une anthologie, la forme relativement libre de l'ensemble le permettant.
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Montesquieu - "Lettres persanes" édition établie et annotée par Jean Starobinski, Gallimard; 1ère éd en 1973. (ISBN 9782070429349)

Est-ce bien utile de préciser qu'il y a là-dedans de véritables trésors de réflexion ? Chaque personnage se voit doté de traits de caractères qui engendrent chez le lecteur quasiment à tous les coups l'évocation de tel ou tel de ses proches. Certaines observations sur le théâtre social n'ont pas pris une ride, et restent toujours aussi drôles. L'intrigue enfin se dessine peu à peu,au fil des échanges de courriers : les adeptes du courrier électronique d'aujourd'hui y retrouvent immédiatement leurs réflexes...

Oubliez tout ce que les profs ont pu faire et dire pour vous pourrir cette lecture : elles et ils sont bien obligé(-e)s de "respecter le programme" et de "débroussailler" des têtes en friches...

Plongez sans crainte et sans bouée, vous verrez, c'est rigolo, ça fait du bien, c'est inusable.
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Les Lumières naissent à peu près au moment où Montesquieu écrit ce livre, tant commenté : que faut-il y voir ? Que faut-il en retenir ? La désagrégation du sérail annonce-t-elle la fin de la monarchie absolue ?
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Un des livres les plus intelligent qui soient !
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Rédiger un commentaire sur ce livre est une tâche difficile. Ce n'est pas assez que de percevoir en lui un simple roman épistolaire constitué d'une douzaine de personnages orientaux. Les lettres persanes est un roman encyclopédique :
- Une analyse historique et commentaire original sur les genres de pouvoir politique.
- Une fresque universelle des sociétés occidentale et orientale.
- Un dictionnaire des métiers.
- Une vue sur les diverses religions.
- Un commentaire sur les domaines philosophiques traités par d'autres philosophiques.
- Une critique d'art et surtout de la littérature.

Les lettres persanes est un roman où son héros Usbek quitte ses femmes et voyage avec son ami Rica, de la Perse vers l'Europe et précisément en France où il s'installe. Usbek ressent une terrible nostalgie envers sa patrie et veut revoir ses femmes (ce sujet central n'est qu'un prétexte pour Montesquieu pour d'autres intentions).

Montesquieu a fait une ébauche de son projet ultérieur de L'Esprit des lois. Il traite du despotisme en exposant ses dangers pour le despote, ses inconvénients et les outrages qu'il exerce. de plus, il nous présente les rois –avec toujours cette comparaison Orient-Occident- guidés par leurs ambitions et la bassesse de leurs ministres mais aussi d'un savoir très modeste résultats du mauvais conseil des maîtresses multiples et des confesseurs. Montesquieu semble plus favorable vis-à-vis les républiques qui sont la voix du peuple et sa volonté (toujours selon lui). Après, il vient aux gouvernements dont les plus doux sont les plus parfaits, et aux ministres source de la corruption des rois qui seront parfaits étant de bonne foi et conscients de leur responsabilité.

Par ailleurs, Montesquieu décrira son idéal des lois et les règles selon lesquelles elles doivent s'établir. Pour lui les peines doivent être modérées et justes. Il fera une ample présentation de la justice, sa définition, son rôle, son importance et ses critères de réussite. Montesquieu trouve l'occasion aussi de mettre à nu les avocats et leurs manoeuvres, de faire le portrait des juges et de ridiculiser les jurisconsultes qui manquent d'esprit et de justesse.

Dans son roman, Montesquieu n'oubliera pas la littérature. Pour lui les poètes dramatiques sont supérieurs aux poètes lyriques, les épopées sont rares (il n'y a que deux). Il décrira la vie des comédiens et leur détresse. Mais il est hostile aux romans et n'épargne pas l'art, pernicieux et enseignant la mollesse.

Les lettres persanes présente un débat sur les religions où l'auteur décèle leurs misères et leurs grandeurs. Il se réfère surtout aux adeptes de ces religions qui se plaisent à transgresser leurs commandements. Il esquissera de nombreuses questions métaphysiques comme l'existence de Dieu et sa bonté, la liberté de l'homme… et montrera la limite de la raison humaine.

Ce roman épistolaire est aussi un véritable dictionnaire des métiers : médecins, juges, avocats, évêques, acteurs, financiers, interprètes, militaires, marchands, astronomes, scientifiques, orateurs, paysans… et des conditions : esclaves, eunuques, maîtresses des rois, bourgeois, vieux, femmes (qui tiennent une place importante dans le roman)…

Montesquieu fera un vol sur plusieurs peuples, portugais, français, espagnols, turcs, persans, romains, grecs... faisant une description de leurs moeurs, caractères et spécificités, tout en rapportant plusieurs faits historiques. le roman contient beaucoup d'anecdotes aussi.

Tout cela dans une prose admirable, l'une des meilleures de la littérature française. Ce qui fait de cette oeuvre l'un des plus grands romans.
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Etudiées au lycée, les Lettres Persanes sont restées un grand moment de plaisir. La langue de Montesquieu est belle et le propos volontiers ironique quand le fond est grave. On se demande parfois s'il s'agit de la France ou de l'Orient, du roi ou du sha ; on s'en délecte. A lire ou à relire.
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