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Zakuro
  26 août 2021
Ce très beau roman social aux contours historiques est centré sur le personnage de Szonja dont l'apparente fragilité cache un courage exemplaire. J'ai aimé la suivre tout au long du roman dans la découverte de sa personnalité, de ses attentes, de ses rencontres.

En 1929, l'usine française de textile Gillet et Chatin installée en Hongrie ferme définitivement ses portes. Tous ses ouvriers sont déplacés dans le nouveau site industriel installé à Lyon, la Sase (Soie artificielle du sud-est renommée plus tard Tase pour Textile) qui fabrique la viscose alors en plein essor.

L'usine embauche, l'emploi est rémunérateur. La promesse d'un meilleur avenir pour toute une jeunesse hongroise rurale et pauvre.
C'est donc avec le coeur et le pas encore légers que Szonja et Marieka, deux adolescentes de 17 ans quittent leur famille pour Lyon, c'est un contrat provisoire de 6 mois dit-on.
Seule la grand-mère sait. « De ses lèvres s'écoulait une prière ». La scène de la grand-mère sous l'ombre d'un tilleul au milieu des volailles est très poignante. Dernière image sur arrêt avant le voyage interminable vécu comme un enfer « On ne sait plus si on attend le soleil ou l'éternité ».

A travers Szonja, Paola Pigani fait revivre intensément toute une époque, un quartier, les lieux de vie austères où sont cantonnés les jeunes filles et les couples mariés, les échappées sur le canal de Jonage, les très dures conditions de travail.
Une ambiance restituée de façon très documentée qui frappe par sa puissance visuelle comme les murs de l'Hôtel des religieuses, rue de la Poudrette et son règlement intérieur très dur envers les jeunes filles «  On veut leur voix claires pour le chant des offices, leurs doigts fins pour embobiner le fil de viscose. Et surtout pas de rêves qui dépassent, pas d'envies de baisers derrière les buissons, ni d'échappées hors de la cité ».

La description à la fois très détaillée et puissamment humaine fait surgir de terre la mélancolie de la cité ouvrière, le familistère censé être la porte du bonheur dont l'architecture patriarcale renvoie les femmes mariées à leur condition «   Elles secouent à leurs fenêtres les petits riens de la vie entre l'appel aux enfants, le cognement des casseroles, les fredons de gaieté et les sorties de messe ».

A l'usine, les phrases courtes reproduisent la mécanique du labeur, les mains comme des pièces détachées du corps, attelées au filage, 60 heures par semaine dans l'odeur insupportable de l'acide sulfurique, du bruit, de la moiteur par le manque d'aération. 

L'écriture très imagée de Paola Pigani aide à affronter le quotidien de Szonja qui suffoque dans l'usine et dans sa vie de jeune femme.
Car l'imagination est la force de Szonja. Elle rêve près du château d'eau au bord du canal, laisse venir les notes nostalgiques d'un violon polonais, hume les herbes coupées de sa prairie natale quand le fermier apporte le lait.

Szonja la rêveuse se construit aussi à travers les autres et à travers la danse le dimanche, dans les bals de plein air « les femmes sont belles même sans bas dans de vieux souliers ajourés ».
Szonja apprend la légèreté, à relever la tête. Danser, c'est vivre.
Les rires sont les siens mêlés aux sonorités de voix étrangères de toutes nationalités et de toutes religions soudées par des liens plus forts que ceux du sang. «  Ce soir et pour 3 jours, chaque bal va assourdir le monde entier et ses rumeurs funestes, guerrières, raciales. On va envoyer son corps paître au-devant de soi dans une prairie d'étoiles, picorer des baisers. La musique va pousser chacun au centre, sur la piste » .

Le grand bal pour une insurrection joyeuse avant les grands rassemblements sociaux qui feront vivre à Szonja l'aventure collective de la solidarité.

J'ai beaucoup aimé ce roman pour son fonds historique et sa véracité, sa dimension sociale et le touchant portrait de Szonja qui parle au nom de toutes les femmes.

Paola Pigani dans un style à la fois réaliste et poétique entrelace avec talent les liens d'une communauté dont le patrimoine industriel aujourd'hui disparu en était le socle.

Un roman très fort et authentique.
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Blandine80
  13 septembre 2021
Deux cousines choisissent de s'expatrier dans l'espoir d'une meilleure vie. Elles quittent leur Hongrie natale pour une vie d'ouvrières en France. Alors pas à pas, jour après jour on suit leur installation en France, leur découverte de la vie à l'usine, leur intégration dans la société française.
L'immigration un sujet vieux comme le monde. Paola Pigani nous raconte ici une tranche de l'histoire industrielle de l'entre-deux guerres. Une montée en puissance avec des besoins croissants de main-d'oeuvre puis les difficultés qui amèneront les grandes grèves de 1936.
J'ai eu un peu de mal à « rentrer » dans le livre dont je trouvais le rythme un peu trop lent à mon goût. Puis je me suis prise d'affection pour les deux cousines. Paola Pigani sait instiller en vous l'atmosphère de l'époque, un peu comme les poisons chimiques de l'usine de viscose s'installent dans la vie des ouvriers. Elle aborde également au travers de son roman des sujets toujours d'actualité : l'immigration, le racisme (des Français à l'encontre des étrangers, mais aussi des étrangers entre eux), les difficultés économiques du peuple ouvrier. Elle dénonce aussi la condition féminine, les différences de traitement homme/femme, la violence à leur encontre.
Le livre m'a fait penser à une valse. Trois temps : l'arrivée, la découverte puis le quotidien, enfin la colère libératrice. La danse du dimanche était leur détente…
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julienleclerc45
  28 août 2021
Dès les premières lignes, Paola Pigani se tient au plus près de son personnage, de cette femme dont la tête est pleine de rêves et le coeur d'innocence. Szonja découvre peu à peu cette nouvelle vie, l'espoir amenant immanquablement la déception. La jeune femme, par son regard, nous place au coeur des conditions de travail, du rapport entre les hommes et les femmes et celui entre les Français et les étrangers. Par cette histoire dont elle tient le fil jusqu'au bout, la romancière capte les enjeux intimes et sociaux. L'usine devient peu à peu son monde sur qui elle ne peut pas garder un certain aveuglement. Par ce destin, Paola Pigani témoigne de la capacité de certains êtres à croire à l'amélioration de la vie, au-delà du risque et du péril. le roman brasse le mouvement d'abord silencieux puis actif qui permettra au Front Populaire d'exister en 1936. Mais il reste en filigrane la violence des rapports et la prégnance de l'argent. Au sein de la communauté malmenée par des énergies contraires, on constate naître un fossé entre certains êtres, Szonja perd de vue sa cousine, le quotidien est bousculé par la mort. C'est cet équilibre qu'elle imaginait heureux et apaisé qui se révèle bancal. On sent alors le plaisir de la romancière de composer un personnage qui décide d'atteindre ce rêve et d'y croire encore et toujours.
Lien : https://tourneurdepages.word..
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Medulla
  30 octobre 2021
Dans le Lyon industriel de l'entre deux-guerre, le roman suit le destin d'une jeune hongroise et de sa cousine, venue nourrir de leur force les usines textiles de viscose, soie chimique révolutionnaire à l'époque. Conditions de vie et de travail, mixité sociale, engagements politiques sont abordés dans un récit où la dureté du quotidien côtoie l'espoir et le rêve.
Communautés italiennes et hongroises se mélangent aux jeunes français issus de la paysannerie, en quête d'une vie plus confortable, cherchant une modernité loin des travaux des champs. Ce petit monde cosmopolite fracasse leur rêve à la dureté et la froideur des machines, aux produits chimiques abimant corps et âme.Le roman évoque aussi la difficulté d'être étranger, isolé, le début des grands ensembles immobiliers, la peur du fascisme et le plaisir léger d'aller danser.
Un très bon roman.
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VincentGloeckler
  20 septembre 2021
Sous la plume de Paola Pigani, qui avait déjà su nous émouvoir, et ô combien, avec des romans mettant en scène sa rencontre d'enfance avec les tsiganes, dans N'entre pas dans mon âme avec tes chaussures (Liana Levi, 2013), la vie de sa famille de paysans italiens immigrés et sa jeunesse en Charente dans Des orties et des hommes (Liana Levi, 2019), ou des poèmes comme ceux du recueil, La Chaise de van Gogh (La Boucherie littéraire, 2021), un merveilleux hommage rendu à son père récemment décédé, Et ils dansaient le dimanche est un très grand roman historique et social, montrant une fois de plus l'extrême attention de l'auteure aux simples « choses de la vie » humaine, sa manière bien à elle de révéler dans le quotidien la violence ou la beauté. En 1929, Szonja, une jeune paysanne hongroise, quitte son pays avec sa cousine Marieka, pour gagner Lyon, où les attend une promesse d'embauche dans une usine de fabrication de viscose, cette soie artificielle qui connaît alors un bel essor. Au cours même du long voyage ferroviaire, pourtant, le rêve d'émancipation commence déjà à s'effriter, et la découverte de leur nouvel environnement industriel à l'arrivée ne fera qu'empirer le désenchantement. Szonja est obligée de se loger dans une triste pension tenue par des soeurs, de partager avec les autres ouvrières les maigres repas au réfectoire, de subir à l'usine cadences infernales et mauvais traitements, victime des brimades et des inégalités entre hommes et femmes, abimant ses mains dans des produits toxiques, sa tête et ses poumons dans un brouillard de fumées nocives. Et pourtant, avec ses collègues immigrés d'Europe centrale et d'Italie, elle découvre aussi la camaraderie et la solidarité, la joie des conversations, de la fête dominicale, et des danses au bord de la Rize. Quand surgit la grande Crise, conséquence du crash économique de 1929, entraînant le chômage et l'hostilité à l'égard des étrangers, cette fraternité des ouvriers, dans la colère et la lutte, leur permettra de résister jusqu'au Front Populaire et ses promesses de jours meilleurs… Dans un récit engagé, trouvant toujours les mots justes pour dire les tourments du corps comme les sentiments, traduisant avec la même poésie la douleur et l'amour, Paola Pigani nous entraîne, comme ses héros, dans la plus belle des valses littéraires… Laissez-vous emporter par sa musique, comme par le souffle de l'accordéon du « petit bal perdu » !
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Alexmotamots
  16 septembre 2021
Lyon, ville de la soie et des canuts. L'histoire que raconte Paola PIGANI dans son dernier roman est plus contemporaine.

L'histoire se déroule à Lyon, il est question de la soie, mais celle issue de la chimie, la soie artificielle.

Les ouvriers ne sont plus les canuts mais des paysans de l'Europe de l'est que les entreprises font venir, leur assurant le gîte et le couvert.

Nous suivons Szonja, arrivée à Lyon en 1928 depuis sa Hongrie natale.

Elle découvre la langue française, le travail à l'usine, les femmes de toutes les nationalités, les polluants chimiques, la ville.

A travers la vie de cette ouvrière comme les autre, se lit en arrière-plan la crise de 29 et l'arrivée des congés payés.

J'ai aimé les amitiés entre femmes (forcément séparées des hommes en ces années-là), le soutient mutuel malgré parfois la barrière de la langue, les expressions et chansons italiennes.

J'ai eu de la peine pour Szonja dont le mari devient alcoolique et la frappe.

J'ai aimé partir respirer les dimanches sur les bords de Saône.

J'ai découvert que la Villa Gillet devait son nom à cette riche famille qui inventa la fibre de viscose.

J'ai aimé le paysan qui apporte au couvent des soeurs où logent les travailleuses son lait et quelques patates. Pour « ses fenottes de partout » comme il les appelle affectueusement.

J'ai aimé les château d'eau comme point de repère de Szonja, comme un ancrage dans ce nouveau monde qui la malmène.

Un roman touchant.

L'image que je retiendrai :

Celle de la muette qui aide les femmes de l'atelier, sans jamais prononcer un mot.
Lien : https://alexmotamots.fr/et-i..
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Bazart
  06 septembre 2021
Ils sont nombreux, ils viennent de toute l'Europe, poussés par la misère. Fuir une triste existence dans l'espoir d'une vie meilleur. Trois jours de train pour Szonja et sa cousine Marieka. Partir, s'éloigner de Sarvar et ses champs de houblon et de betterave.

Le travail en usine comme une promesse de liberté. La TASE (Textile Artificiel du Sud Est) de Vaulx-en-Velin, une usine chimique qui dévore le corps et l'âme de ses ouvriers, sera toujours mieux que l'absence d'avenir dans la campagne hongroise.

Soixante heures par semaine six jour sur sept et ils dansaient le dimanche, en 1936 le Front Populaire leur fit espérer des lendemains qui chantent.

Au contact de travailleurs italiens ayant fui le fascisme, la jeune femme s'ouvre au monde. Elle n'est plus seule, sa vie sera plus belle, elle ne subira plus.

Une écriture blanche, presque froide pour nous conter la dure réalité de la vie ouvrière dans l'entre deux guerres. Paola Pigani nous émeut et sous sa plume Lyon et sa triste banlieue brumeuse prennent vie, son roman, beau et poignant, touche au coeur, comme les photos de Willy Ronis.

Lien : http://www.baz-art.org/archi..
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karined1
  21 octobre 2021
Quand on est jeune et jolie, l'on rêve d'autre chose que de vivre la même vie étriquée que ses parents et grands-parents, une vie de paysans hongrois. C'est pourquoi quand des recruteurs viennent proposer aux villageois un travail dans une filature de viscose en France, Szonja et sa cousine signent immédiatement. Quel sera leur avenir au bout de ce long voyage en train ? Que vont-elles trouver à Vaulx en Vélin ? L'argent ? L'amour ?

Mais c'est une vie de labeur qui les attend au milieu d'autres immigrés. Des italiens, des polonais, des hongrois qui partagent avec elles les dures journées de travail, la vie à l'internat … Les français, eux, ne veulent pas travailler dans les vapeurs toxiques de cette usine où beaucoup tombent malades.

Vont-elles s'adapter ? Rentrer au pays ? Elle-même s'interroge :« Faudra-t-il qu'elle reste dans cette vie en noir et blanc que rien n'éclaire, ni ne réchauffe ? ».

Les amitiés se créent entre ouvriers et ouvrières de toutes nationalités, la misère rapproche. Les pique-niques à la campagne et les bals du dimanche permettent de survivre aux dures journées à l'usine. La solidarité rend plus douce la vie à l'internat ou à la cité ouvrière où certains noient leur désespoir dans l'alcool.
L'auteure nous entraine dans le monde ouvrier des années 30, dans ce pan de l'histoire que nous connaissons peu. le livre est bien documenté et c'est une photographie haute en couleur que nous livre Paola Pigani : une photographie du monde ouvrier lyonnais, de ses luttes pour une vie décente, de ses grèves jusqu'à l'avènement du front populaire. Elle s'inscrit complètement dans la lignée du courant réaliste du 19eme siècle.

J'ai eu un véritable coup de coeur pour ce roman qui nous offre une réalité brute sans fioriture et que j'imagine très bien adapté au cinéma.
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Heleniah
  06 septembre 2021
En 1929, des volontaires venus de la Hongrie débarquent à Lyon, Gare Perrache, pour aller travailler dans les usines de viscose.
Szonja fait partie de ces femmes, mais la vie qui l'attend ne sera certainement pas idyllique.

Roman sociétal, travaillé, historique, avec une prise dans le quotidien des années 30 à Lyon, ce livre est vraiment très intéressant !
Si j'ai parfois eu un peu du mal, avec tous les personnages et le ton du roman qui ne retenait pas toujours pas concentration, c'était malgré tout instructif (d'autant plus quand on vit dans la région !).
Lien : https://www.instagram.com/p/..
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dogasquet
  19 novembre 2021
1929. Une fresque historique et sociale sur les émigrés polonais, italiens, hongrois venus travailler dans les usines textiles de Lyon.

C'est l'histoire de Szonja, une jeune hongroise qui fuit la vie paysanne de son pays pour les lumières de la ville, pour le travail à la chaîne.
J'ai retrouvé l'ambiance des temps modernes de Chaplin, avec la force des mots en plus.
La force de la déshumanisation.
« Tant pis, si elle n'a pas de contour, si elle flotte, si elle n'est rien, ni personne. C'est ce qu'on attend d'elle, ne pas avoir vraiment d'idée sur l'après, l'au-delà de l'usine. Elle s'en tient juste à ses besoins élémentaires comme tous ceux qui n'ont qu'une vie brute avec juste assez de bonne volonté pour se maintenir sur le fil tendu entre la faim, la soif, la peur de ne plus être à l'abri, plus aimée de personne, de n'avoir plus d'origine. »

L'auteure évoque aussi les accidents de travail :
« Ses mains ont été brulées. On évite d'évoquer cet événement. Les mots « accidents du travail » sont écartés du vocabulaire. Dans leurs rapports hebdomadaires, les chefs préfèrent écrire « maladresse », « erreur d'inattention », imprudence ». L'épouse de l'homme accidenté a été embauchée afin que le couple garde son logement. »

Seul moment de répit, où ils s'oublient dans le bal du dimanche
« Tous enchaînent la danse de l'oubli. Des corps radieux dans des corsages de misère. Leur dimanche ne sera qu'une poignée d'heures, une petite suée de gaité sous les aisselles et sur le front. »

Un récit qui rappelle des migrations actuelles et qui rappelle aussi que rien n'a changé. Autres migrants, mêmes conditions de vie.


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