On retrouve dans Ce parfait ciel bleu Antoine Duhamel, le héros de votre précédent ouvrage, Un coup à prendre. Avez-vous écrit ce second roman pour ce personnage, dans le but précis de nous offrir la suite de sa vie ?
Non, Antoine Duhamel est à mon sens un personnage à part entière, j`avais envie de le retrouver, pas de lui offrir une suite pour une suite. D`ailleurs les deux livres ne se suivent pas plus que ça… On peut par exemple commencer par Ce parfait ciel bleu et ouvrir, Un coup à prendre après ou l`inverse. Bref, on est libre.
Mouna, la grand-mère d`Antoine, est sa confidente. Antoine la comprend, l`admire, à l`image de cette description extrêmement poétique, dans laquelle il fait l`éloge de sa beauté. Il s`agit là d`une relation originale, pour un homme qui n`a que peu de liens avec ses propres parents. Pourquoi avoir choisi ce duo grand-mère/petit-fils ?
Parce que en l`espèce Antoine a un problème avec sa mère, elle l`a trahi. Et son père est une énigme. Il fallait mettre une distance entre lui et les femmes… Une grand-mère c`est la bonne distance pour évoquer le lien de la famille, et surtout la transmission…
Dans une très jolie scène, afin de connaître un peu mieux cette grand-mère dont il ignore finalement beaucoup de choses, Antoine fait la liste de ce qu`elle aime et de ce qu`elle n`aime pas. De la même manière, si vous deviez lister ce que vous aimez et ce que vous n`aimez pas chez votre personnage principal, qu`en retireriez-vous ?
Je n`aime pas sa manière de se croire immortel en fixant sur son passé. J`aime sa capacité infinie à se remettre en question.
Laurence, la nouvelle moitié d`Antoine, est obsédée par son envie de réunir tous ses précédents compagnons, telle un « prix Nobel de la paix des ménages ». Elle incarne une image optimiste de certaines familles recomposées, parfois idéalistes. A l`inverse, Antoine hésite, s`attache à demi-mots, presque effrayé par les enfants de Laurence. Souhaitez-vous avec cet ouvrage lancer une réflexion sur la manière de vivre une séparation ?
Si Ce parfait ciel bleu permet de parler de ça tant mieux. On a tendance à trouver ça normal aujourd`hui de décomposer et de recomposer la famille. Ça reste à mon sens une aventure singulière, personnelle, et forte, où beaucoup plus de choses que l`on croit se joue… C`est un pari et un défi. Pas si simple.
Justement, Antoine ne semble pas remis de sa séparation. Il épie le remariage de son ex-femme sur Facebook, observe sa façon d`évoluer dans sa nouvelle vie, sans lui. Cette chasse à l`information ne l`apaise pas - au contraire. Selon vous, Internet contribue-t-il à altérer les rapports humains ?
Qu`il améliore ou abime les rapports humains, ce n`est pas là le problème. Internet n`est qu`une technologie, et la technologie est ce que l`on en fait en tant qu`individu. Internet pose le problème de la responsabilité et du respect de chacun, c`est comme les mots, les mots peuvent faire du bien, ou tuer, c`est selon.
Vous présentez une description assez violente, d`un réalisme cru, de la maison de retraite, ainsi que des réflexions parfois cynique sur la vieillesse, comme « Il arrive un âge dans la vie où il vaut mieux ne pas trop s`attacher. On prend vite froid aux enterrements. » Ou encore « Les pensionnaires ne sortent d`ici que les pieds devant, c`est leur dernière étape avant l`épitaphe ». Est-ce quelque chose qui vous effraie personnellement ? Avez-vous peur de vieillir ?
La description n`est pas si violente que ça. Allez donc voir sur place dans une maison de retraite. Et on en reparlera. Je n`ai pas peur de vieillir, je trouve même ça assez amusant. Mais j`ai peur de mourir, ça oui, avant d`avoir terminé ma vie.
Ce roman est un véritable tableau de la société actuelle, et dépeint les caractères des personnages de manière extrêmement juste. Vous avez auparavant, en tant que journaliste, présenté des « portraits » de personnalités. Aujourd`hui vous le faites en tant qu`écrivain. L`écriture est-elle différente, d`un métier à l`autre ?
Ça n`a rien à voir. Raconter des histoires aux gens c`est l`aventure suprême, ça vous mange la tête toute la journée, ça vous réveille la nuit, ça vous rend un peu dingue, joyeux, triste, heureux, libre, ça vous accompagne, ça vous borde et c`est drôlement bon !!!
Antoine nous livre cette réflexion : « Mouna a peur de mourir et moi j`ai peur de vivre ». Il connaîtra pourtant la sensation folle du road-trip, l`évasion d`une « prison moderne », l`excitation du jeu. Des sensations de liberté, de dépassement de soi, de réflexion pour s`élever. Ce roman n`est-il pas, n`en déplaise à la peur d`Antoine, une ode à la vie ?
Exactement. Ce roman est d`abord une ode à la vie, j`achète cette idée ! Avec comme dans nos vies imparfaites, un début, un milieu et une fin.
Quel est le livre qui vous a donné envie d`écrire?
Tendre est la nuit.
Quel est l`auteur qui vous a donné envie d`arrêter d`écrire (par ses qualités exceptionnelles...) ?
Francis Scott Fitzgerald.
Quelle est votre première grande découverte littéraire ?
Siddhartha de Hermann Hesse.
Quel est le livre que vous avez relu le plus souvent ?
La dernière bande de Samuel Beckett.
Quel est le livre que vous avez honte de ne pas avoir lu ?
La Bible.
Quelle est la perle méconnue que vous souhaiteriez faire découvrir à nos lecteurs ?
Mondo et autres histoires de J.M.G Le Clézio.
Quel est le classique de la littérature dont vous trouvez la réputation surfaite ?
Le Grand Meaulnes.
Avez-vous une citation fétiche issue de la littérature ?
« L`homme est un adolescent diminué. » Michel Houellebecq dans Extension du domaine de la lutte.
Et en ce moment que lisez-vous ?
Avenue des Géants de Marc Dugain.
Découvrez
Ce parfait ciel bleu aux éditions du Diable Vauvert.

Merci à
Xavier de Moulins !