-
Par sabina, le 21/05/2012
Personne de
Gwenaëlle Aubry
Tout homme porte en lui un terre promise, une terre où ses pas ne le conduiront jamais, à laquelle nulle histoire, nulle origine ne l'enracine, dont certains rêves, seulement, parfois, lui apportent la couleur, le parfum,...une terre à laquelle, si par hasard il la touche un jour sans avoir su avant la reconnaitre ni la nommer, il sait qu'il appartient, dont la lumière, le relief sont les siens, où il peut sans entraves se mouvoir, respirer, dont les pierres, les arbres, la langue le charment et le libèrent comme si lui-même, dans un passé immémorial, avait parlé cette langue, été l'un de ces arbres, l'une de ces pierres, et c'est alors comme si la vie d'avant, la vie ailleurs, glissait de lui, le laissant nu, natif, lustré, tout ce temps perdu ailleurs, à s'agiter, à grimacer, alors que rien ne compte que d'être ici, à vivre, regarder, respirer, ici où le temps ne passe plus, ou passe sans histoire, ni dates, ni années, car c'est le lieu d'un passé sans mémoire mais dont le corps est tissé, c'est si simple finalement, ce lieu il suffirait d'y rester, cette terre de s'y encrer, pourquoi revenir ?
> lire la suite
-
Par luocine, le 11/12/2009
Personne de
Gwenaëlle Aubry
Quand je disais « mon père » cette année-là, les mots tenaient bon, je ne sais pas comment le dire autrement, j’avais l’impression de parler la même langue que les autres, d’habiter un monde commun (alors que d’ordinaire, prononçant ces deux mots, je voyais s’ouvrir un écart infranchissable …… « mon père » c'est-à-dire mon délire, ma détresse, mon dément, mon deuil, mon disparu).
-
Par gwenlaot, le 11/11/2009
Gwenaëlle Aubry
J'étais là, dans la cuisine, à préparer des quiches et des gâteaux, le bébé dormait dans son couffin d'osier posé sur la table, à l'amie qui fêtait son anniversaire avec moi, j'ai dit cela aussi, mon père a disparu il est parti pieds nus, et quelques jours plus tard, encore, de retour à Paris, pour expliquer mon retard à une lecture, mon père a disparu, ces mots que je prononçais tombaient dans le silence, c'est peut-être que j'aurais dû les dire autrement, sur le ton de la confidence ou de la déploration, pas comme une brèche ouverte sur ce qu'à tous, depuis toujours, je cachais, ces mots ne se raccordaient pas à la langue que je parlais, à celle que les autres entendaient, pas plus qu'à cette cuisine où un enfant dormait dans l'odeur du chocolat chaud (...)
> lire la suite
-
Par jostein, le 02/06/2010
Personne de
Gwenaëlle Aubry
il ne lui reste alors qu'à regrouper le troupeau de son âme, tous, le mouton noir et le cheval blanc, le renard apprivoisé et les moineaux ivres, la mule harassée et les poissons volants, les recueillir, les abriter, se dépouiller de leurs crocs, de leurs griffes.....
-
Personne de
Gwenaëlle Aubry
Il faut accepter sa fragilité. Hélas les idées pirates du passé reviennent parfois à l'improviste
-
Par canel, le 21/11/2011
Personne de
Gwenaëlle Aubry
On ne perd pas un père, encore moins un père qui était, ou qui s'était, lui-même perdu. C'est de son vivant, peut-être, qu'on l'avait perdu, qu'on ne savait plus qui il était, où il était. A présent qu'il est mort, on réunit ce qu'il a laissé, miettes et cailloux semés dans les forêts de son angoisse, trésors et épaves, on construit le vide, on sculpte l'absence, on cherche une forme pour ce qui, en nous, demeure de lui, et qui a toujours été la tentation de l'informe, la menace du chaos, on cherche des mots pour ce qui, toujours, a été en nous la part secrète, la part muette, un corps de mots pour celui qui n'a pas de tombe, un château de présence pour protéger son absence. (p. 20)
> lire la suite
-
Personne de
Gwenaëlle Aubry
Peut-être a-t-il pensé, ce jour-là, que je l’aimerais mieux mort que vivant. Il nous a accompagnées jusqu’à la porte du cimetière dans la lumière nuageuse et plombée. A aucun moment je n’ai compris que c’était nous qui étions en train de l’accompagner.
-
Par tulisquoi, le 19/07/2010
Personne de
Gwenaëlle Aubry
Quand mon père est mort, il avait déjà disparu depuis longtemps. Depuis longtemps déjà il avait organisé sa disparition, « privé les siens de lui-même ». Depuis longtemps déjà, on ne parlait plus de lui qu’en baissant la voix.
-
Par Lencreuse, le 26/07/2010
Personne de
Gwenaëlle Aubry
On raconte, je ne sais plus où, cette histoire du Golem qui, parce que chaque matin il oubliait où était ses vêtements, décide un soir de noter leur emplacement. Au réveil, il parvient enfin à remettre la main sur chacun, passe pantalon, veste et chapeau, mais soudain il s’aperçoit qu’il lui manque encore quelque chose : moi-même, se demande-t-il soudain, où me suis-je laissé, où suis-je donc ? Voilà, je crois, ce que faisait mon père chaque matin : il attrapait cigarette, stylo et cahier, et il se demandait où il s’était laissé. Il tendait la main, saisissait des défroques, des costumes rapiécés, des manteaux d’Arlequin. Sur la page blanche surgissaient les masques de sa scène intérieure, un peuple nombreux, bariolé, titubant, le Fils prodigue et l’Amoureux éconduit, le Clown et le Pirate, le Flic et le Truand, le Moine et le Débauché, le Bourgeois et le Clochard, le Sage et le Fou. Mais lui dans tout cela, il n’y était pas. Parfois aussi il tentait un portrait, il énumérait ses qualités, nom prénom date de naissance signes particuliers, puis il s’arrêtait net, comme s’il n’y croyait pas : lui-même, où s’était-il laissé, où était-il donc ?
> lire la suite
-
Par luocine, le 11/12/2009
Personne de
Gwenaëlle Aubry
…comme si, après toutes ces années, au seuil de sa nuit, il avait appris à jouer avec l’ombre en lui, renoncé à « faire comme tout le monde », à faire comme si, accepté cette figure imposée, ce portrait de lui en brebis galeuse, en bouc émissaire, en mouton à cinq pattes, que sais-je encore, accueilli sa folie et trouvé par là le désir et l’espoir de ne plus en souffrir, seul, toujours, différent, encore, mais apaisé