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Le roi au-delà de la mer de
Jean Raspail
‘’Quand on représente une cause (presque) perdue, il faut sonner de la trompette, sauter sur son cheval et tenter la dernière sortie, faute de quoi l’on meurt de vieillesse triste au fond de la forteresse oubliée que personne n’assiège plus car la vie s’en est allée ailleurs.’’
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Sept cavaliers quittèrent la ville au crépuscule par la porte de l'Ouest qui n'était plus gardée de
Jean Raspail
‘’Qu'avait donc écrit Osmond, l'évêque, à la première page de son calepin noir, à propos des sept cavaliers quittant la Ville au crépuscule, tête haute, sans se cacher, car ils ne fuyaient pas, ils ne trahissaient rien, espéraient moins encore...? C'était cela: l'espérance! Ils avaient cru tuer l'espérance, ils en avaient vidé leur âme comme on expulse un air vicié pour respirer enfin plus à l'aise, sans passé et sans avenir, sans mémoire, à l'exemple du chevalier de Dürer, éternel et inexpugnable, et voilà que l'espérance les avait ignoblement rattrapés, qu'elle était venue se rappeler à eux sous la forme de cette malheureuse fleur qui pourtant expirait sous leurs yeux et qu'ils en avaient célébré le symbole comme un assoiffé, dans le désert, découvrant une source et remerciant son créateur... Voilà ce qui leur était arrivé. Est-ce que cela ne leur suffisait pas qu'ils eussent chacun, au fond du cœur, une secrète espérance cachée ? Quel besoin avaient-ils ressenti, venu d'où, et de quelle façon, de s'en trouver une autre en commun à propos d'un détail infime, à propos de rien, c'est-à-dire à propos de tout, l'Espérance avec un grand E, l'insondable vertu d'espérance qui accompagne l'homme dès sa naissance et qui lui colle à la peau comme une illusoire cuirasse ? Elle les avait saisis par surprise. Peut-être ne les lâcherait-elle plus, à moins que la nuit ne l'emportât, comme elle emporte tant de choses. Silve pesta contre lui-même. Il s'était fait avoir comme un bleu... Il songea au cadet Vénier. Un bloc de pierre, ce garçon. A peine seize ans, et, déjà, d'une souveraine insensibilité. Au moins le plus jeune d'entre eux avait-il échappé au piège. Là-dessus Pikkendorff s'endormit.’’
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Par litolff, le 01/03/2011
Qui se souvient des hommes... de
Jean Raspail
Le bonheur est un mot qui n’existe pas dans la langue des Alakalufs, ni aucun vocable similaire. On a faim ou on est rassasié, on est malade ou bien portant, on a chaud ou on a froid, on se serre les uns contre les autres sous la peau de phoque, dans la hutte, et de cette chaleur animale de la chair naît une sorte d’apaisement de l’âme qu’on partage sans l’exprimer. Mais le bonheur ? On rit quelquefois, on chante, mais comme cela ne dure jamais et se paye ensuite chèrement, les Alakalufs ne l’ont pas défini par un mot. En revanche ils en ont cent pour exprimer l’angoisse.
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Par 100choses, le 14/12/2010
Sire de
Jean Raspail
Le principe royal ne repose pas sur la foi que l'on a ou que l'on n'a pas en lui. Il importe peu qu'on y croie ou que l'on n'y croie plus, et que les incrédules soient innombrables. Cela ne peut se peser. Dieu est Dieu, et le roi est le roi.
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Par Piling, le 14/05/2010
Adios, Tierra del Fuego de
Jean Raspail
Ils portent des noms gutturaux. Ils s'appellent Tséfayok, Lafko, Yatsé, Yuras, Tchakval, Ksafak, pour les hommes… Waka, Chayatakara, Tellapakatcha, Samakanika, Kamankar, Yerfa, pour les femmes. Ils sont petits, un mètre cinquante en moyenne, avec un gros torse et des pieds de canard gluant de crasse. Ils sont nus, mais sans pilosité, les femmes comme les hommes, avec, en revanche, une tignasse noire pleine de poux, et le corps enduit de graisse de phoque. Ils empestent terriblement. Ils ne rient pas, ou très rarement. L'ethnologue José Emperaire, qui a recueilli in extremis l'essentiel du vocabulaire de cette langue moribonde, souligne que s'ils avaient trente façons de nommer des vents différents, ils n'en avaient en revanche aucune pour exprimer la beauté, la gaieté, le bonheur. Quant à la bonté, n'en parlons pas. Leurs dieux sont terrifiants. Ce sont des dieux qui n'existent que pour les écraser !
Le premier, le plus puissant, c'est Ayayéma. C'est lui qui déclenche les tempêtes, les naufrages, les accidents, les incendies. Le deuxième, tout aussi effrayant. s'appelle Kwatcho. Il règne sur la nuit et les rivages. S'il surprend un Alakuf la nuit hors du tchelo, il lui crève les yeux et l'étrangle. On ne le voit jamais. Il n'attaque que par-derrière. Enfin, Mwono, le troisième larron, fait énormément de bruit. C'est lui qui précipite les valanches, les blocs de glacier, les pans de montagne, les coulées de boue, les rochers, et ces funestes tourbillon de vent, les williwaw, qui tombent sur les malheureux Alakalufs. Imaginons une nuit de campement d'hiver, qui n'en finit pas, dans un chenal, sur une grève, des milliers et des milliers de nuits tout aussi intensément obscures de la tempête, qui n'a d'autre abri que sa hutte de peau, avec, par-dessus le marché, ces trois divinités infernales qui le guettent pour l'achever. Chose étrange : mis en présence du Christ rédempteur et de l'Évangile prêché par les missionnaires, c'est-à-dire une religion de compassion et de recours, les Alakalufs la refuseront, la fuiront, contrairement aux Yaghans et aux Onas, qui, d'ailleurs, en mourront tout autant…
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Par litolff, le 01/03/2011
Moi, Antoine de Tounens, roi de Patagonie de
Jean Raspail
Attendre.
Toute ma vie j'ai attendu. Roi, je l'ai été. Durant de fort courtes périodes et pas toujours dans les conditions que l'on croit. Entre ces instants de royauté, je n'ai rien fait qu'attendre. Le destin d'un roi ne se force pas. Il procède à l'évidence de la dignité royale qui est un principe éminemment supérieur et indépendant des volontés humaines. Il finit par s'imposer, seul. L'attendre est déjà s'en imprégner. Et tandis que j'écris ces lignes, c'est le dernier acte que j'attends : la mort d'un roi. Sublime attente. Je le sais, Dieu me reconnaîtra.
Attendre.
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Par Piling, le 14/05/2010
Adios, Tierra del Fuego de
Jean Raspail
Trois, et même quatre si l'on compte les Haush, très tôt disparus, quatre peuples minuscules – en tout une vingtaine de milliers d'individus – se partageaient la Terre de Feu avant l'arrivée des Blancs : les Alakalufs (ou Kaweskars), les Yaghans (ou Yamanas), les Onas (ou Selk'nams) et leurs proches cousins les Haush. Les deux premiers vivaient sur l'eau, nomadisant avec leurs canots à travers l'immense labyrinthe maritime, les Alakalufs au détroit de Magellan, dans les mers de Skyring et d'Otway et dans tout cet univers inconnu de fjords, de passes et de chenaux qui longe le Chili austral entre le glacier infranchissable du Hielo Patagonico et l'océan Pacifique, les Yaghans au canal de Beagle et dans les archipels du cap Horn. La terre ferme leur inspirait une telle terreur que jamais ils ne s'aventuraient au-delà des grèves étroites où ils campaient. En revanche, les Onas et les Haush risquaient rarement un orteil dans l'eau. C'étaient des terriens, des marcheurs, des chasseurs. Les Onas sillonnaient la grande île de leurs pas infatigables et les Haush se contentaient de la pointe extrême de la Terre de Feu, toujours inaccessible aujourd'hui, qui par le cap San Diego et le détroit de Le Maire fait face à l'île des États où Jules Verne planta son phare imaginaire. Deux modes de vie radicalement différents et quatre peuples qui parlaient chacun leur langue, alors que Darwin, en 1834, les considérant avec mépris, jugeait qu'ils n'avaient pour tout langage que des cris inarticulés…
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Les veuves de Santiago de
Jean Raspail
loi démocratique qui “étend peu à peu cette dégradante protection qui fait les hommes faibles” ; “on ne tue plus pour une injure, et les hommes perdent leur honneur.”
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Les veuves de Santiago de
Jean Raspail
“Sentiments simples, spontanés, puissants mais fugitifs qui liaient sans passions ni doutes les hommes et les femmes de la puna. Un verre de pisco, un sourire, une nuit d’amour, un enfant qui pleure, un lama qui souffre, un homme qui meurt…la vie qui passe. Il en saluait chaque instant avec la même chaleur, et le même détachement.”
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Par Piling, le 13/05/2010
Adios, Tierra del Fuego de
Jean Raspail
Il vivait à Nuremberg, la Rome des géographes de ce temps-là, loin des mers et des océans. Tout capitaine d'ambition se devait avant le grand départ d'accomplir le pèlerinage à Nuremberg, comme les médecins allaient à Montpellier, les mathématiciens à Salerne et les philosophes à Heidelberg. Behaïm en était le maître, la lumière de la géographie. Il connaissait les secrets de la tour de Sagres que lui avaient transmis les savants juifs qui entouraient naguère Don Enrique, Henri le Navigateur. On ne parvenait pas jusqu'à lui facilement. Il fallait d'abord franchir tout un réseau d'initiateurs secondaires qui filtrait les visiteurs. Il ne recevait qu'en secret. Au capitaine enfin admis qui se présentait, il demandait : "Qu'avez-vous d'abord à m'apprendre ?" C'était le prix à payer pour accéder au monde de Martin Behaïm,la face encore cachée de la terre, cette Amérique que lui, déjà, entrevoyait. Assis dans un fauteuil droit, vêtu de noir, un bonnet à oreillettes enfoncé sur le crâne, il écoutait en silence : un Flamand avait couru la baleine blanche au pied de falaises immenses, un Malouin avait troqué l'ambre loin à l'ouest avec des sauvages emplumés, un Portugais avait longé les côtes du Brésil sans parvenir à imaginer qu'il avait découvert un continent, un Hollandais qui marchait au sud entraîné par une tempête avait vu surgir un cap neigeux dominant un puissant courant qui semblait venir de l'intérieur des terres... Des scribes muets comme des tombes notaient : vents dominants, courants de haute mer, terres incertaines entrevues dans la brume, récits de capitaines égarés découvrant des bois flottés encore recouverts de feuillage vert ou des vols d'oiseaux inconnus à des milliers de lieues supposés d'un rivage identifié, légendes celtiques ou norvégiennes, journaux de bord volés, propos de gabiers qu'on a fait boire dans les tripots de Lisbonne et d'Anvers et qu'on retrouvait plus tard un poignard planté dans le dos, telles étaient les monnaies d'échange que Martin Behaïm entassait dans les épais dossiers cadenassés qui tapissaient les murs de sa bibliothèque : un puzzle géographique qui peu à peu se construisait et dont il était le seul à posséder la clef.
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