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Par araucaria, le 24/11/2012
Le merle bleu de
Michèle Gazier
Ils regardaient la vie comme on feuillette un livre d'images, avec des ravissements d'enfance. Mais ils vivaient la leur avec frugalité et pingrerie. Ainsi n'invitaient-ils jamais personne à partager leurs repas. Ils s'en excusaient en disant : "Vous savez, nous, nous picorons." Ce qui prêtait à sourire. La minceur presque maladive de M. René était comme une preuve de son ascétisme. Plutôt bien plantée sur ses mollets de scoute que battaient invariablement des kilts sombres aux dominantes bleues ou vertes, Mme René, plus ronde et surtout plus musclée, ne parvenait pas à contrebalancer l'image famélique qu'offrait son mari. Les René mangeaient mal en privé et bien en société. Certains observaient sans aménité qu'ils faisaient dans un cas des économies et dans l'autre des réserves.
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Par araucaria, le 25/11/2012
Le merle bleu de
Michèle Gazier
Plus tard, lorsque l'histoire des René et de leur drôle d'oiseau défraierait la chronique d' Uzès, ces gens qui lui avaient souri diraient à l'unisson qu'ils avaient bien vu, eux, que ce jeune étranger - ils diraient : cet émigré de merde qui vient manger le pain des Français, ce putain de métèque - était un escroc-né, un menteur comme tous les gens de sa race. Ils diraient aussi qu'il avait manoeuvré comme un fou, inventé des stratagèmes pour se rapprocher d'eux et devenir indispensable.
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Par araucaria, le 25/11/2012
Le merle bleu de
Michèle Gazier
Les oiseaux! Ils avaient été toute leur vie. Ils leur avaient tenu lieu de famille, d'enfants, d'amis. Quand, autour d'eux, des couples de leur âge partaient à travers la France vacancière pour rejoindre leurs vieux parents, leurs petits-enfants ou simplement des lieux où ils passeraient entre amis ces jours si longs de l'été, eux compulsaient leurs fichiers et décidaient d'aller surprendre la migration prénuptiale précoce des courlis cendrés dans les salins d'Aigues-Mortes ou de guetter le vol majestueux des faucons pèlerins qui planent en solitaire au-dessus des gorges escarpées du Tarn.
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Par Carosand, le 07/04/2013
Virginia Woolf de
Michèle Gazier
J'ai toujours aimé lire, rédiger des critiques. Mais ce qui est pour moi aussi nécessaire que destructeur, c'est ce long travail de l'écriture, transformer la vie, les frustrations, les souvenirs en mots.
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Par LydiaB, le 21/03/2012
L'Été du secret de
Michèle Gazier
Il était évident que Julio ne me dirait plus rien. Il fallait changer l'angle d'attaque. Je me sentais épuisée et excitée, sonnée et nerveuse. Nous avancions vers la buvette et, dans pas longtemps, je pourrais avaler quelque chose et être confortablement assise. L'idée m'a stimulée. Je n'ai pas tourné sept fois la langue dans ma bouche avant de poser la question suivante. Elle est partie toute seule.
- Mon grand-père est mort ici, et je ne sais pas où est sa tombe. Tu sais, toi, où elle se trouve ?
En réalité, je n'avais jamais pensé à la tombe de mon grand-père. J'ai toujours eu horreur des cimetières.
Julio, qui m'avait dépassée et me tenait la main pour m'aider à franchir un passage un peu escarpé, m'a répondu simplement :
- Le corps de ton grand-père n'est pas dans une tombe.
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Par araucaria, le 25/11/2012
Le merle bleu de
Michèle Gazier
Bien sûr, ils auraient pu l'inviter à partager ce repas éthéré, mais elle avait si peu l'habitude de cuisiner pour trois. En réalité, cela ne lui était plus arrivé depuis... Elle compte. Elle recompte. Comment est-ce possible? Trente-cinq ans! Il y a trente-cinq ans, au bas mot, qu'elle n'a pas convié quelqu'un à leur table. Comme le temps passe... Pourtant, quand elle y repense, il lui semble que c'était hier qu'elle accueillait de vagues cousins, un couple, dont le mari avait de l'influence dans les milieux scientifiques et pourrait être utile à son cher René.
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Par Chouchane, le 02/07/2012
Virginia Woolf de
Michèle Gazier
Nous voici de retour à Londres effarés, menacés par la violence antisémite de l'Allemagne (...) Je sens que je perds pied à nouveau. Est-ce moi qui suis folle ou le monde ? pour la première fois, il me semble la folie du monde est bien supérieure à la mienne.
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Par araucaria, le 25/11/2012
Le merle bleu de
Michèle Gazier
Il tombe des nues. Quelqu'un chez eux? Mis à part la femme de ménage, le médecin et, parfois, le plombier, il n'entre jamais personne ici à moins d'avoir été annoncé, plusieurs jours auparavant, par téléphone ou par lettre. En outre, il n'a même pas entendu sonner. Se serait-il endormi sans le savoir? se demande-t-il en cherchant à toute vitesse dans sa tête qui peut bien être le visiteur digne d'être ainsi convié.
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Par milado, le 16/03/2012
Michèle Gazier
-Je sais bien que grand-mère Paula est morte, mais c'est pas grave, elle était très vieille.
Et eux, sonnés par la froideur d'une telle remarque, n'avaient pas osé répondre, ni protester. Alors, devant air ébahi et gêné, elle avait ajouté en éclatant de rire :
- Ce que vous êtes drôles. Vous ne savez pas que les enfants devinent tout ?
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Les Garcons d'en face de
Michèle Gazier
Attendre. A vingt ans, on a l’impression de passer sa vie à attendre. Tout ce qu’on veut, qu’on désire, dont on rêve est à attendre. « Attends un peu. Il te faudra attendre encore, quelques jours, quelques mois. Attendre… »
Et c’était bien là mon problème : la patience. Je me sentais impatiente de faire, d’être, d’obtenir, de voir, impatiente de tout. Le temps me semblait indéfiniment suspendu entre mon désir et sa réalisation. J’ai appris avec les ans que la distance entre le désir et la réalité dépend plus de la violence et de la pertinence du désir que des contingences de la réalité. Si l’on veut quelque chose de toute sa volonté, on finit (presque) toujours à l’obtenir. En laissant le temps au temps, en ayant…de la patience. La boucle est bouclée. Combien de fois ai-je fini par avoir ce que j’avais voulu avec ardeur sans en être jamais satisfaite, an ayant le sentiment que cela venait trop tard ? Mon désir du moment était ailleurs lorsque celui de la veille était enfin exaucé. Réflexe d’enfant gâtée sans doute. Elève, je n’éprouvais que tristesse ou du moins mélancolie lorsque j’obtenais des félicitations ou des résultats positifs à des examens. J’avais tant travaillé, tant attendu et ce n’était que cela. J’ai compris par la suite que le plus beau du vouloir est dans l’attente. L’attente est un voyage immobile au cours duquel tout est possible, même ce que l’on n’a pas imaginé. Ulysse n’est Ulysse qu’avant d’avoir rejoint les rives d’Ithaque, lorsqu’il a seulement le désir du retour au cœur, qu’il est dans l’attente des retrouvailles. L’attente, c’est l’espace du romanesque. C’est la page blanche sur laquelle tout peut être écrit. Il est aussi des attentes insupportables lorsque ce que l’on attend ne relève pas du désir mais de la peur. Attente d’une nouvelle triste, d’une mort redoutée…
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