Avec
Un homme accidentel,
Philippe Besson fait son coming-out littéraire en ce sens où pour la première fois, il ne se cache pas derrière un personnage féminin pour exprimer la passion entre deux êtres. Ici, on l'aura compris, la passion fulgurante balaye tout sur son passage. du coup, l'énigme policière, sans surprise, passe rapidement au second plan. Les personnages secondaires sont relégués au rang de figurants : Laura, l'épouse bafouée, McGill, le collègue discret et compréhensif ou la mère du narrateur, effacée. Cette passion vorace donne à Besson l'occasion de publier sa première scène de sexe. Pas vraiment réussie, ni vraiment indispensable d'ailleurs.
Alors forcément, puisqu'il s'agit d'une relation improbable entre deux hommes fleurissent ici et là des comparaisons entre
Un homme accidentel et
Brokeback Mountain. le raccourci est facile et un peu rapide. Bien sûr, il s'agit d'une rencontre, d'un coup de foudre improbable, entre deux hommes, emportés malgré eux par la fulgurance de leurs sentiments. Dans les deux cas, l'universalité du propos dépasse sans mal le cadre restreint des amours homosexuelles. Mais là où les deux personnages d'
Annie Proulx choisissent de "rentrer dans le droit chemin", préférant donner le change à la société plutôt que de vivre ouvertement leur relation, les personnages de
Philippe Besson, le narrateur principalement, décident de vivre le moment intensément, quitte à en payer le lourd tribut. A chaque fois qu'il a l'occasion de faire marche arrière, le narrateur préfère lâcher prise et s'abandonner à ses sentiments, même s'il pressent que cela va le conduire à sa perte. L'inéluctabilité d'une fin tragique amplifie le sentiment d'urgence qui se dégage du récit.
En fait, le seul défaut de cet Homme accidentel, ce sont ses 64 premières pages. Il faudrait les arracher. Alors, il serait excellent.