Il y avait longtemps que je n'avais lu de roman sm, et je dois dire que sauf rares exceptions, j'ai souvent été déçue. Or, avec celui-ci, j'ai été très agréablement surprise, et à plus d'un titre.
Le style est excellent, au rythme soutenu, et loin des conventions du genre. Si l'on retrouve le décorum et beaucoup des rituels du sadomasochisme classique, nous ne sommes pas ici dans quelque chose de sombre, loin de là. Pauline, la jeune archiviste, est une soumise novice assez atypique (au même titre que La Renarde de Carnets d'une soumise de province) dans la mesure où elle ne décide d'aller que l'à où elle désire aller. Elle entre en soumission par amour certes, mais aussi et surtout par jeu. Et toute figure emblématique que soit son Maître dans le milieu sm, celui-ci l'accepte (plus ou moins aisément, il ne faut pas croire que cela soit sans peine), à condition que cela ne soit pas trop flagrant aux yeux des autres (image oblige !).
Ce roman est également remarquable dans la mesure où, à l'inverse de beaucoup de romans du genre qui prônent un sm dur et sans pitié, celui-ci pose bien les règles de sécurité, l'usage du safeword… En cela, il est quasiment unique en son genre, et l'on ne peut que s'en féliciter. Lorsque l'on sait que bon nombre d'adeptes de ces jeux-là prennent souvent tel ou tel roman comme Bible (Histoire d'O fait encore pas mal de ravages), il était temps qu'arrive enfin sur le marché un texte qui contrebalance tout cela.
Emma Cavalier a osé le faire !
Ce premier roman est une grande réussite, avec des pages d'un érotisme à la fois subtil et torride, mais aussi de l'humour, de l'émotion. Et, cerise sur le gâteau, un happy end. Pour une fois, la soumise ne se retrouve pas vendue, cédée ou détruite. Il y a fort à parier qu'il deviendra très rapidement un classique de la littérature sadomasochiste.
Le seul bémol que je mettrais, l'usage du verbe « battre ». Beaucoup de personnes ont tendance à assimiler le sm à des violences et si, en littérature ou en pratique, on écrit que l'on bat une soumise, on a tendance à les conforter dans cette opinion. Une soumise se fouette, se flagelle, se fesse… mais en aucun cas elle ne peut se « faire battre ».